‹ De la peine de mortChapitre 90 sur 163 · CHAPITRE Vr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vr

Salmon fut piroclamée par le parlement de Paris , et lopprobre qui l'attendait retomba sur ses dénonciateurs.

Vers la fin du i8"« siècle, une jeune paysanne, d'unefigure très-agréable, s'était mise en service chez un homme qui avait tous les vices qu'entraîne la corruption des grandes villes. Ëpris de ses charmes , il tenta tous les moyens de la séduire. Elle était honnête ; elle résista. La sagesse de cette fille ne fit qu'irriter la passion du maître qui , ne pouvant la soumettre à ses désirs , imagina la vengeance la plus noire et la plus abominable. Il enferma furtivement dans la cassette où cette fille mettait ses bardes , plusieurs effets à lui appartenant et marqués de son nom ; puis il cria qu'il était volé , appela le commissaire et fit sa déposition en justice : à l'ouverture de la cassette y on reconnut les effets qu'il avait réclamés.

La pauvre servante emprisonnée n'avait' que ses pleurs pour défense , et pour toute réponse auxinten^ogations , disait qu'elle était innocente. On ne saurait trop accuser la jurisprudence criminelle de cette époque , quand on songe que les juges n'eurent aucun soupçon de la scélératesse de l'accusateur et qu'ils suivirent la loi dans toute sa rigueur.

La fille innocente fut condamnée à éti*e pendue. Elle le fut mal, parce que c'était le coup d'essai du fils de l'exécuteur des hautes -œuvres. Un chirurgien avait acheté le corps. Il fut transporté chez lui. Voulant le soir même y porter le scalpel , il sentit un reste de chaleur ; l'acier tranchant lui tomba des mains, et il mit dans son lit celle qu'il allait disséquer.

Ses soins pour la rappeler à la vie ne furent pas inutiles ; il manda en même temps un ecclésiastique dont il connaissait la discrétion et l'expérience , tant pour le consulter sur cet étrange événement , que pour êti^e témoin de sa conduite. — Au moment que cette fille infortunée ouvrit les yeux , elle se crut dans l'autre monde, et apercevant la flgu^^^e du prêtre

qui avait une grosse tête et une physionomie fortement prononcée , elle joignit les mains avec tremblement , et s*écria: Père éternel y vous sai^ez mon innocence y ayez pitié de moi] elle ne cessa d'invoquer cet ecclésiastique , croyant voir Dieu même. On fut long -temps à lui persuader qu'elle n'était pas décédée, tant l'idée du supplice et de la mort avait frappé son imagination. Rien n'était plus touchant et plus expressif que ce cri d'une ame innocente , qui s'élevait vers celui qu'elle regardait comme son juge suprême ; et au défaut de sa beauté attendrissante, ce spectacle unique était fiiit pour intéresser vivement l'homme sensible et Thomme observateur.

La servante guérie de son effroi , revenue à la vie , ayant reconnu un homme dans celui qu'elle adorait, et qui lui fit reporter ses prières vers le seul être adorable, quitta pendant la nuit la maison du chirurgien, doublement inquiet pout cette fille et poiu: lui. Elle alla se cacher dans un village éloigné, tremblante de rencontrer les juges , les sâtelUtes et l'affreux poteau qui poursuivaient ses regards.

Le procès ne fut pas * soumis à une nouvelle révision : l'honible calomniateur demeura impuni , parce que son crime , manifeste aux yeux de témoins particuliers , ne l'était pas de même aux yeux des magistrats et des lois (i).

Tel était jadis l'état de trouble et de défiance produit en France par ces fatales erreurs dans l'administration de la justice criminelle,qu'un célèbre personnage répétait souvent que s'il était accusé d'avoir volé les tours de Notre-Dame, il songerait plutôt à se mettre en sûreté par la fuite que de s'expostf h l'événement d'un procès.

On sait ce qui se passa pendant la révolution française,

(i) Tableau de Paris, par Mercier.

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