‹ De la peine de mortChapitre 93 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'existence de la personne dont la mort supposée aurait donné lieu à la cendamnation, ( ait. 444 )<

Mais, hélas ! les procédures dans ces cas ne peuvent ranimer le froid cadavre de l'innocent, mort sur Téchafaud ; elles ne recommencent le plus souvent que pour réhabiliter sa mémoire , que pour servir de monumens à>la û*agiUté des jugemens humains ; et Ton se demande , en gémissant sur tant de méprises irréparables , si la législation , en admettant la révision des procès criminels , n'aurait pas dû par là même abolir le châtiment qui en détruit entièrement les effets.

En réfléchissant ici à l'inconséquence de nos sanctions pénales, on doit reconnaîti*e que, par rapport à elles, comme par rapport à beaucoup d'autres choses , l'expérience de la veille est trop souvent perdue pour le lendemain, et que faute de remonter à la source de l'abus , tout en cherchant à le pallier , on ne fait que le perpétuer. Cet abus cependant fut signalé avec les couleurs les plus fortes et les plus vraies, par les philosophes et les magistrats les plus éclairés et les plus estimables. Toujours on se rappellera les paroles éloquentes de Timmortel d'Aguesseau, justifiées par tant de sanglantes erreurs, échappées aux magistrats de son époque : u Souvent, dit-il (i), M une première impression peut décider de la vie et de la mort : )i un amas fatal de circonstances , qu'on dirait que la fortune M a rassemblées exprès pour faire périr un malheureux , dé* n posent contre l'innocence ; le juge se prévient , l'indignation y* s'allume , et son zèle même le séduit ; moins juge qu'accu- » sateui* , il ne voit que ce qui sert à condamner ; et il sacri- I» fie aux raisonnemens de l'homme , celui qu'il aurait sauvé » s'il n*avait admis que les preuves de la loi. Un événement n imprévu fait quelquefois éclater dans la suite l'innocence

(1} Di;iCoui-s »ur la piéxuiition des mugistrats.

M accablée sous le poids des conjectures, et dément les indices n trompeurs dont la fausse lumière avait ébloui l'esprit du ma- « gistrat. La vérité sort du nuage de la vraisemblance, mais )> elle en sort trop tard : le sang de l'innocence demande vcd- )» geance contre la prévention de son juge , et le magistrat est M réduit à pleurer toute sa vie un malheur que son repentir ne i w peut réparer. »

«c Ayons le courage,» disait l'illustre Servan (i) , en s adressant aux magistrats , ses collègues , u ayons le courage de nous M rappeler le souvenir de ces lamentables histoires, consignées » dans toutes les archives, de la magistrature ; de ces fatales » erreurs, qui ont fait périr l'innocence sous les apparences du n ciime. Juges malheureux, mais excusables, vains jouets d'un )• hasard cruel , qui se plaisait à marquer une tête innocente M de tous les caractères du crime ! Déplorable fataUté , qui M égarait la raison par ses propres règles , et forçait la main » du magistrat , malgi*é les résistances du cœur ! Arrêtons-nous n un moment , et si nous sommes humains, pleui^ons sur les B cendres de ces infortunés ; écoiitons surtout la voix salutaire Tt qui s'élève du fond de leur tombeau ; elle crie à tout ma- » gistrat : Toi qui disposes quelquefois de la vie des hommes, » et qui peux abréger encore l'existence de cet être admiran ble qui ne parah qu'un instant dans le temps ; toi qui juges )» tes semblables , fais-toi réciter mon histoire , et tremble sur » ce que tu vas faire ; ne t'assure ni sur ton expérience , ni » sur les preuves ; cette confiance a égaré tes prédécesseurs; n songe que ton intelligence n'a qu'une forme , et que lescom- » binaisons des circonstances sont variées à l'infini ; mesure ta » raison avant que de mesurer tout pai* elle ; sens ta faiblesse,

(i) Discours sur radministration de là justice criminelle.

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