‹ De la peine de mortChapitre 94 sur 163 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

et juge après , $i tu l'oses. Après ces terribles exemples de rinnqcence condan^née , ose dire à ce malheureux accusé : Cela est^ c^est toi qui Vas fait ^ et tu mourras. » ((Cependant il le faut, ajoute Servan.. » Que les législateurs e se le dissimulent pas; voilà ràlternative dans laquelle il sont lacé les citoyens appelés à juger leurs semblables : d*une part , 1 nécessité de punir le coupable ; de Tautre, )a possibilité de ùre périr l'innocent ! De quel poids nç chargent-ils pas la onscience de ces magisti'ats,par le maintien d'un châtiment Tepai^able ! De quelle responsabilité ne se chargent-ils pas ux-mèmes , en s'abandonnànt encore ainsi sans examen à un Qtiquç usage , que plus rien ne fonde , qui n'est plus dans os mœurs , qu,i fut et peut encore être la source de si terriles abus! — Veulent-ils conserver la peinp.de mort? qu'ils en istifient d'abord la nécessité, qu'ils donnent Tinfaillibilité aux iges chargés de l'infliger , qu'ils rendent désormais Terreur npossible , ou du moins réparable : sans ces conditions , les )is de sang sont attentatoires à la liberté et à l'existence des euples ; rien ne peut en réclamer la conservation.

NOTE V

n Personne n'ignore , dit M. Heiberg , (i)que, dans les États- Jnis de l'Amérique septentrionale , il y a des prisons organiéesde manière que non-seulement la dépravation des prisoniers est impossible , mais qu'ils en sortent presque toujours aeilleurs qu'ils n'y sont entrés. Qu'on organise , en Europe , es prisons sur ce modèle ; qu'on y ajoute les améliorations — — 1 — 1 1

(i) V. l'analyse de Touvrage de M. P. A. Heiberg , intitule' de la ^eine de mort, Revue encyclopédique , t. lo. On regrette que ce ^aite' inte'ressant, e'crit en norvégien, langue de Tauteur, ne soit pas ^aduit en français.

que la bienveillance des amis de l'humanité ne manquera pas de proposer , et les mêmes causes seront infailliblement suivies des mêmes effets. Mais les gouvernemens sont en général paresseux çt calculateurs : il est évident qu'il coûte bien moins de temps , et , ce qui est plus , bien moins d'argent, pour couper la tête à un scélérat que pour travailler à en faire un citoyen utile ,. qui pouiTa être rendu à la société sans danger. C'est ainsi, qu'aux yeux de Thomme d'état, la peine de mort paraît nécess^re et utile ; et Ton sait qu'en politique, ce qui est utile ou çQmmode au pouvoir est regardé comme juste (i).

» On ne raisonne pas de la sorte , quand il s'agit des ammaux. Un particulier possède un cheval fougueux, sujet à s'emporter , et dont malheureusement les emportemens ont cpùt4 ^^ '^^^ ^ ^° homme : exerce-t-il envers cet animal le droit du talion? lui ii|(lige-t-il la peine de mort? Non; il sait ^ mieux calculer : il envoie son cheval au ipapulin , où , les yeux bandés , il tourne le manège jusqu'à la fin de sa vie , ou du moins jusqu'à ce que Iç travail ayant dompté sa fougue , il puisse être de nouveau et sans danger attelé à la voiture de son maître , ou lui servir de monture. Serait-ce trop deman* der, de vouloir que les hommes fussent traités sur le même pied?

» D'ailleurs , l'assertion que la plupart des grands criminels sont incorrigibles, est impie. Vous déclarez, comme si c'était en pleine connaissance de cause, que les criminels que vous voulez tuer sont incapables d'amendement : quelle est donc cette om-

(i) Il faut avouer, dit Blackstone, ( comment. 1. ^, 17) qu*il est plus facile de détruire les hommes que de les corriger : cependant on doit, dans le premier cas, considérer le législateur comme un chirurgien perfide et cruel , qui coupe les membres dont son- ignorance ou sa paresse ne lui permettent pas d'entreprendre la cure.

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