CHAPITRE VII
oi est leur excuse , leur justification ^ revêtus au contraire le ce droit illimité , le poids^ d'une grande responsabilité ne les forcerait-elle pas , en quelque sorte , à exercer leurs fonctions avec une attention plus scrupuleuse , une humanité plus éclairée? — Mais quel peuple, je le demande , croirait ses garanties assurées si , même soumis à cette responsabilité , les juges ou le souverain pouvaient d'après des circonstances indéterminées, d'après leur aeole opinion , leur seule volonté , livrer le coupable au l)0]arreau, ne lui infliger que quelques jours de prison, ou le renvoyer même impuni ? Que dirait- on de la loi qui ne sanctionnerait contre certains délits qu'une peine légère , mais qui laisserait aux juges et au souverain la faculté de la remplacer par la mort? Et quels seraient d'ailleurs les êtres supérieurs qui voulussent se charger de décider ainsi de lavie etde la mort de leurs semblables, à laide des seules lumières de lepr raison ? — Telle est cependant la pratique en Angleterre , à la responsabilité près, car la loi est labour pallier les abus sanglans.
Une pensée profonde , douloureuse vient peser ici sur mon ame : il me semble que tant que l'ignorance et les paslions seront le partage des juges et du souverain comme celui du reste des bommes, que tant que Dieu lui-même ne viendra pas présider aux jugemens des mortels, l'arbitraire laissé à Thomme , sera toujours inséparable de Terreur et de l'injustice. Je reconnais^ il est vrai, l'existence d'un code moral,mais tant qu'il pourra être interprêté par mille consciences différentes , accommodé à mille intérêts divers, je ne croirai jamais qu'il puisse prendre la place du code légal , seul stable , seul expressif de la volonté générale , seul
la
capable d'aMurcr invariablement les droits delà justicefl
de rhumanitë.
Que Ton se représente les juges revêtus d'un pouvofr y discrétionnaire , n'ayant pour limites qu'une loi atroce ;| qu'on se repr^nte le souverain investi du droit illimité '■ de remettre et de commuer les peines, de décider d'un mot de la vie ou de la mort d'un citoyen ; où est alors , je U demande , la garantie de l'uniformité des sentences et do cbâtimens, uniformité sans laquelle l'administration de ^ la justice n'est plus qn^une cbimère , une série d'actes déri' soires , un moyen d'iniquité , de baine , et de vengeance? La qualification dudélit , l'application de la peine varient dans cbaque tribunal , car il faudrait accorder â toni kf juges les mêmes idées, les mêmes opinions, les mêmes sentimens, la même raison pour que, sans règles certainef^ générales , ils pussent tons porter des jugemens uniformes (9). — Je dis plus; quelquefois le même magistrat, dans les diflG^rentes périodes de ses fonctions , décide contradic' toirement dans des circonstances absolument semblaUef ; bumain d'abord , peu à peu il s endurcit au spectacle des iniquités bumaines; ce qu'il regardait jadis comme eseO' sable , revêt alors à ses yeux l'apparence d'une oflenie dangereuse, et il frappe parce qu'il ne sait ou ne veut pins pardonner. — Et qu'éprouve la nation témoin de ces ^^ riations, de ce conflit perpétuel? Pénétrée d'un senti' ment de défiance en voyant le coupable absous dans na endroit et condamné dans un autre , elle ne croit pins i sécurité ; l'inutilité des lois, la crainte de l'injustice Tacct' blent , elle méprise le pouvoir et ses agens , et se ressonre* nant dès*lors d'un droit primitif quelle n'avait remis an