‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 10 sur 44 · DESCRIPTION DU SCORBUT ALPIN, OÙ SCORBUT DES ALPES · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU SCORBUT ALPIN, OÙ SCORBUT DES ALPES

D’après Odoardi, qui le premier à publié une description de cette maladie, on n’observe : d'a bord « qu'une simple tache arrondie sur le dos des mains et d'abord d’un rouge obscur, qui pälit ensuite insensiblement et disparaît, laissant la peau lisse et reluisante. Cette tache,

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qui ne s'accompagne d’abord que d’un prurit léger, se montre depuis les mois de mars et d'avril jusqu’en août où en septembre, où elle s'évanouit. Ceux qui en ont été atteints l'attribueni au soleil, d’où lui est venu le nom de coup de soleil ( scottatura di sole). »

Chaque année, au retour du printemps, Jei mêmes phénomènes se reproduisent, et la troisième année seulement on voit d'ordinaire la tache s'agrandir, le prurit devenir plus marqué; la peau ne recouvre plus son aspect normal, elle est le siége d’une desquamation plus ou:moins notable. « h rc

*« Après la troisième ou la Lis année, les pieds s’affectent de la même façon: que: les mains, et dans la suite les 4aches s'étendent des pieds: sur les-jambes: Des: crevasses! longitudi-

nales ou irrégulièérement disposées se montrent aux mains, dont la desquamation est plus prononcée. On dit que les mains se pêlent, et c’est de là qu'est venu le nom de pellarina donné à cette maladie.

« Pendant les années suivantes, les écailles des mains et des pieds grossissent au point de ressembler parfois aux croûtes des lépreux. Quelquefois le mal s'étend à la bouche, et souvent les sencives se gonflent, deviennent fongueuses, et le sang en sort facilement. Chez. beaucoup, les dents deviennent noires et se détachent par fragments; ou bien des aphthes apparaissent sur la langue et les lèvres, tantôl rougeûtres, tantôt noirâtres, et acquièrent quelquefois la malignité des ulcères; l’haleine est tres-fétide. »

Les malades éprouvent en même temps des symptômes internes qui s'aggravent graduellement comme les symptômes cutanés. D'abord ils se plaignent de faiblesse, d'oppression ou de douleur d'estomac ; le plus souvent ils ont le ventre resserré ; quelques-uns ne se plaignent ni de nausées ni d'inappétence, mais seulement de flatu- - lences qui les tourmentent, Le pouls est plus faible et plus lent qu’à l'état normal; rarement on voit survenir la fièvre : « Les malades sont faibles et pleins de #auvais vouloir. » Chez les femmes, la menstruation s’affaiblit ou même se supprime vers la troisième année. |

«La maladie ne s'arrête pas là. 1l survient dans la suite, chez ceux qui en sont attaqués, une tris-

tesseet une timidité très-grandes et presque continuelles; ils deviennent engourdis, faibles, impropres à la fatigue et à toute espèce de travail; ils éprouvent de fréquents vertiges. A cette timidité.et aux tremblements de tête s'ajoute, dans les années suivantes, le trouble de l'intelligence, et à la fin ils deviennent fous, la plupart mélancoliques, quelques-uns furieux, jusqu'à ce que, cinq ou six ans s'étant encore écoulés, ils succombent enfin réduits au marasme, ou hien saisis par une fièvre hectique ou quelquefois par une fièvre putride.

« C’est là le cours ordinaire de cette maladie. Ce cours n’est cependant pas si constant qu’il ne présente quelquefois des variations : sa marche peut être retardée ou accélérée, suivant le régime des individus; elle peut passer du premier degré aux degrés extrêmes sans intermédiaire. »

Odoardi croyait avoir remarqué que chez les vieillards la marche était plus rapide que chez les jeunes gens. Il n'avait jamais vu, au reste, la maladie chez des individus ayant dépassé soixante ans, ni chez des enfants au-dessous de six ans.

Je me borne à cette description très-sommaire, quoique les documents ne fassent point défaut pour tracer un tableau plus étendu de la pellagre des États vénitiens; mais comme les auteurs postérieurs à Odoardi ont reconnu l'identité du scorbut des Alpes et de la pellagre lombarde, il m'a semblé plus avantageux de mettre surtout leurs écrits à contribution dans la description de

cette derniére et dans les autres parties de ce travail qui traitent de la pellagre en général. Les passages que j'ai empruntés à Odoardi suffisent du reste pour faire connaître quelle était la maladie découverte par PHjAH, et que lon s’obstina pendant quelques années à ji ot de la pellagre proprement dite. |

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