MAL DE LA ROSA DES ASTURIES
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Apres avoir décrit « la gale, qu’on peut appeler à bon droit la souveraine des Asturies, où presque personne n'échappe à satyrannie ‘; après avoir parlé de la lepre, pour le traitement de laquelle on comptait vingt hôpitaux dans cette principauté, Casal s occupe d’une troisième maladie également endémique dans la province, et qui lui semblait 4 plus horrible et lu plus opiniätre de toutes les affections du printemps. « C’est, ditil, une certaine espèce de lèpre maligne qui est trés-singulière, et qu’on désigne ici sous le nom vulgaire de mal de la rosa. »
Cette maladie présente un ensemble compliqué de symptômes, parmi lesquels Casal en admet sept qui sont principaux et constants, et se rapportent, les uns à la peau, les autres à la muqueuse digestive, les autres au système nerveux *.
‘ « Præ vernaculis alis affectionibus, dominatrix merito regionis hujus scabies appellari debet; paucis enum datum est tyranmdem ejus effugere. » ( Hist. natural del PES: de Asturias, p: 326.)
? Le Mémoire de Casal contient huit observations et des extraits de plusieurs autres ; malgré ce petit nombre de faits, on
Si l’on juge d’après les observations contenues dans le Mémoire du célèbre praticien d'Oviedo, la maladie débute tantôt par une faiblesse générale plus ou moïns niarquée’ dans les membres inférieurs, et par des douleurs spinales fixées surtout vers le sacrum; d’autres fois elle s'annonce par des lésions des voies digestives : les lèvres se couvrent d’aphthes et de vésicules, la gorge et l’œsophage sont le siége d’une sensation douloureuse continuelle, de sécheresse et d’ardeur. Enfin un certain tremblement de la tête, et quelquefois la perte du sens du. goût, peuvent précéder les autres symptômes.
« Mais bientôt, ajoute Casal, la matière morbifique est chassée des parties profondes vers les parties extérieures, et une sorte d’écorce squammeuse se montre au dehors. »
Cette écorce, ou plutôt cette éruption, n’est d’abord, suivant les expressions de Thiérv, «qu’unesimple rougeur' accompagnée d’âpreté», qui apparaît vers l’équinoxe du printemps, el rarement dans les autres saisons. Mais bientôt ce sont de véritables croûtes qui, apres avoir persisté
peut, lorsqu'on a suffisamment étudié la pellagre italienne, reconnaître les variations que le sexe, l’âge, l’intensité du mal et surtout l’époque de son développement, peuvent imprimer à la physionomie de la maladie.
: Le docteur Towsend parle ainsi de cette éruption : « Le mal attaque le dessus des mains, les cou-de-pieds et le cou, d’où il descend au sternum ; le reste du corps en est exempt. La place attaquée paraît d’abord rouge ; cette couleur est accompagnée de douleur et dé chaleur, puis elle finit ve une cp né 0. en Espagne; 1bid.).
(555 ) quelque temps, se Fm et irait en généralau moment de l'été. |
« Des lors, dit Casal, la partie est parfaitement débarrassée de toutes pustules et de toutes croùtes, et dans les lieux que celles-ci avaient :occupés, il reste des stigmates légèrement rouges (subrubra), très-nets et reluisants, semblables aux cicatrices que les brûlures ont coutume de laisser; la peau est un peu plus déprimée surces points que dans les parties voisines. C’est probablement de cette teinte reluisante et rosée qu'est venu le nom de al de la rosa, Ces stigniates, chez ceux qui sont profondément contaminés par la maladie, persistent jusqu’à la mort; mais chaque année, au retour du printemps (ainsi que lhi- . rondelle), cette croûte maligne reparait ! : elle est en effet annuelle.
« Ce mal se montre sur les deux mains; quelques-uns le présentent sur une seule, d’autres sur les mains et sur un pied, d’autres à la fois sur les deux pieds et les deux mains; ilse borne au dos, et ne s'étend pas ina la face palmaire et plantaire. »
Casal parle ensuite d’une croûte qui sobiaèus chez un certain nombre de malades à la partie antérieure et inférieure du cou en gurse de collier, et avec un appendice sur le sternum.
* Casa n'a pas manqué de dire que lorsque la maladie est récente,ces croûtes n'ont pas l'aspect hideux, et qu’après leur chute la cicatrice n’est pas asst manifeste. Il a ds surtout la maladie bien confirmée.
in même temps certains malades éprouvent une céphalalgie que la chaleur etl’insolation ren- ‘dent insupportable !. La plupart se plaignent d’une ardeur dévorante qui les tourmente surtout la nuit dans leur lit, qui tantôt parcourt toute la périphérie du corps, tantôt se porte sur un côté et puis sur l’autre, et tantôt se borne aux extrémités ou même aux métacarpes ?.
Casal notait aussi la faiblesse et les lassitudes continuelles, une inertie profonde qui s’accompagne parfois d’une diminution de la sensibilité des pieds et des mains ou d’une sensation insurmontable de froid; il observait très-souvent une impuissance à marcher, caractérisée par une #{u- . bation et des vacillations de la tête, en sorte que le malade ressemblait à un roseau agité par des vents contraires et sur le point de tomber à chaque pas. ni |
Casal avait été frappé encore de la profonde et imexplicable tristesse des malheureux qu’affectait le mal de la rose; il donne même comme un des signes les plus importants de ce mal, une disposition trés-prononcée à verser des larmes sans sujet. |
En résumé, voici quels sont, d’après l’observa-
t « Uno se præ omnibus alus torqueri clamabat ; non posse videlicet, calorem nec solis nec ignis ferre, ob crudelem capitis dolorem lancinantem a calefactione prouünus exorientem. » (Ibid. , 2° observat.) |
?« Vehemens incendium metacarpos perurens noctu præsertim in lecto, » (1b., 5° observat.)
(87 | teur espagnol, les symptômes propres et pour ainsi dire inséparables de la maladie :
« 1° Une continuelle vacillation de la tête qui n’épargne aucun malade, et qui chez quelquesuns acquiert une telle intensité que ces malheureux ne peuvent resler un seul instant sans $e livrer à un mouvement irrégulier de tout le corps.
« 2° L’ardeur douloureuse de la gorge, avec des vésicules sur les lèvres et la saleté de la lan- gue ‘: (Casal avait remarqué, chez une femme de Valduno, que cette ardeur et cette sécheresse étaient exaspérées par l’ingestion de l’eau froide, ce qu'ilexpliquait par l'existence d’érosions dans le pharynx.)
«3° Le malaise et la faiblesse de l'estomac ”, avec une grande lassitude de tout le corps et particulièrement des jambes, par suite un abattement et une paresse insolites. (Quelquefois Casal a vu ces phénomènes, et surtout la faiblesse d'estomac; se montrer le matin à jeun, et apres dîner faire place aux vertiges et à d’autres accidents nerveux.)
«4° Les croûtes des métatarses et des métacarpes, ainsi que celle qui forme une sorte de collier.
-« b° Cette ardeur et ce feu qui dévorent tous les malades, surtout dans le lit. |
1 Dans la quatrième observation, Gasal peint ce phénomène de la manière suivante : « Lingua albido colore atque mucagine conspurcata erat ; labia ampullosa, püstulosa et squalida; os aphthosum, mictùs ardor, et acrimonia laryngis. et faucium deflagratio.
2 « Molesta ventriculi debilitas ». (L. cit.)
« 6° Cette absence d'énergie, ou cette suscepübilité qui fait qu’ils ne peuvent résister ni à Ja chaleur ni au froid.
« 9° Enfin le chagrin qui les poursuit et les fait éclater en sanglots sans cause manifeste; car ce fait, considéré à côté des autres et non isolément, peut être presque regardé comme un signe pathognomonique de la maladie. »
Dans ce tableau, Casal n’a placé que les dérangements digestifs et les désordres nerveux qu’il croyait essentiels à la maladie; mais il en indique dans ses observations plusieurs autres qu’il regardait soit comme des accidents fréquents, soit comme des complications : tels sont la diarrhée, la constipation, le météorisme du ventre;-phénomènes signalés aussi par Thiéry et par M. de Alfaro.« On trouve, dit Casal, dans cette maladie, tous les accidents qui se présentent dans Îles affections hypocondriaqués et dans les autres maladies quelconques qui sont supposées provenir de crudités acido-glutineuses, et par suite de l’obstruction des viscères. »
Thiéry note encore parmi les symptômes les délires légers et la stupidité. Quant à l’aliénation mentale proprement dite, Casal et Fhiéry la regardaient comme une des termivaisons de la maladie, ou comme le résultat d’une métastase. Les terminaisons les plus fréquentes, d’ apres ces auteurs, étaient l'hydropisie, le développement de tumeurs lymphatiques, le marasme et la consomption. « Dans 1 règle ordinaire, dit M. de
Alfaro, les malades succombent à de profondes altérations du foie et de l’appareil gastro-intestipal, compliquées de l’inflammation des organes encéphaliques. » Casal cite deux malades qui étaient à un degré avancé de l'affection pellagreuse, et chez lesquels la périphérie du corps, surtout le dos des mains devint noire, rugueuse et effrayante à voir; il attribuait ce phénoméne à upe complication.
Voici ce que le même auteur. dit de la folie pellagreuse : :.« Il est une autre métastase assez fréquente qui n'arrive pas indistinctement eu tout temps, mais qui survient principalement l'été, lorsque la chaleur du soleil a sa plus grande efficacité. Alors, en effet, beaucoup de ceux qui sont profondément affectés du mal de la rosa tombent dans la manie ou plutôt dans la mélancolie; et par suite de ce changement, ces malheureux, contraints par la puissance insurmontable de la fureur et plus encore par leur angoisse, sont entraînés à diverses folies qu idées bizarres. Abandonnant leurs maisons, ils errent à travers les montagnes et les lieux solitaires, où ils ont coutume (ce qui est arrivé souvent) de s'abandonner au désespoir. »
Ce passage indique assez clairement plusieurs formes de mélancolie ou de lypémanie mentionnées par Strambio et par d’autres dans la pellagre italienne, telles que la lycanthropie, et cette tendance au suicide qui s'attache si souvent d’une manière fatale aux pellagreux.
La gravité que présente toujours le délire des malades dont il s’agit n’avait pas échappé à Casal : «Il est digne d’attention, comme je lai souvent remarqué, que plusieurs de ceux qui tombaient dans la mélancolie mouraient plus tôt que ceux qui devenaient maniaques ou mélancoliques par une autre cause. Que pouvonsnous en effet attendre de la mélancolie s’ajoutant à cette maladie si pernicieuse ? Est-ce que toutes les parties de l’économie, autant les solides que les liquides, ne sont pas souillées et altérées déjà ? Est-ce que toutes les forces ne'sont pas abattues, les chairs ulcérées et corrompues? Que peut-on espérer par conséquent lorsque ce principe malin el destructeur vient attaquer le cerveau? |
Le docteur Towsend, qui parlait surtout d’après ses conversations avec les médecins de lhôpital d'Oviedo, mentionne parmi les symptômes importants du mal de la rosa, le vertige, les délires, les pleurs, et un penchant particulier à se noyer, que le docteur Antonio Durand avait particulierement Férnar que:
” Voilà tout ce que j'ai pu récueillir touchant la sympiomatologie de la pellagre espagnole. Casal, Thiéry et Towsend ne nous apprennent rien de précis sur sa marche et sa durée; on juge seulement, d’après les observations du premier, que la marche était en général celle des maladies chroniques, et que j! durée pouvait se prolonger pendant. un grand nombre d'années. 3)
Dans les APE de Casal, plusieurs phé-