CHAPITRE Ÿ
PELLAGRE DU LAURAGUAS
{ Dépaftéitenté dé là Hañté:Garôhné et de l'Aude).
ee —
La Stiénce né possède ehcoré Sur la péllagre dés environs dé Villefranche que lés observations de MM. Calès ét Miquel, et sur celle des environs de Castelnaudar ÿ, que les observations dé M. Roussilhe.
Je vais d’abord extrairé dé la lettre que M. Calès m'a adressée quelques passages qui indiquent colnimént Ce praticién à été conduit à rééonnai: tré la ialadié, et quels en sont les syitiptômes D
« Au sortir dé nes études médicales, dit M. Calès, ét dans le mois de mars je fus consulté pour un homme desoitante hs, qui Me préséhia né rougeur tres-vive du dos dés rains acCompägnéé d’uhé cuisson violenté, et du soulèvémént par larges écailles de l’épidérme. Je crus avoir à Combättre üné affection dartreusé, je avais rien connu de $sémblablé soit dans lés livrés, soit dans les hôpitaux. L'erreur était donc facile. Quelques éiollients firent disparaître cette inflammation; au printemps elle se reproduisit l’ännée $uivañté, mais cette fois lé malade 8e plaiguit d’üne gratñide faiblesse aux jambes ét dé
vertiges fréquents; bientôt le délire survint, une manie aiguë se développa. Après plusieurs tentatives pour mettre fin à ses Jours, ce malheureux parvint à tromper la surveillance et à se précipiter du haut de l'escalier la tête en avant; il mourut sur-le-champ. Frappé de la coexistence de la maladie de la peau et des troubles cérébraux, je me livrai à des recherches ; j'étais à l’époque de la vie où on voudrait tout expliquer, aussi je cherchais dans les auteurs quelque chose qui m'expliquât cette énigme. Je finis par me procurer a première édition des Maladies de la peau d’Alibert, el je reconnus à l’article Ichthyose tous les phénomênes observés chez mon malade. Voilà mon point de départ; depuis il m'a été facile de ne plus me tromper sur l'existence de la pellagre.
« Voici maintenant, ajoute M. Cales, sous quelles formes jai vu la pellagre se produire : au commencement du printemps et lorsque les rayons solaires sont plus vifs, les malades voient le dos de leurs mains rougir, l’épiderme épaissi se gerce, se sépare et tombe en écailles plus ou moins larges; chez plusieurs, cette altération de la peau s'étend à la face, au cou, à la poitrine, eu un mot, sur toutes les parties qui ne sont pas défendues par les vêtements. La première année on ne voit ordinairement que cela, et l’homme du peuple n’est pas fort ému de ce qu'il attribue à un coup de soleil. Cependant les parties qui ont été atteintes conservent un aspect lisse et une leinte violacée; l’année suivante lérvthème se
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reproduit et présente les mêmes phases: mais cette fois le mal envahit sourdement d’autres organes. Les centres nerveux sont affectés, les sujets éprouvent une faiblesse générale, un engourdissement des extrémités inférieures, leur démarche est incertaine et chancelante; ils se plaignent de vertiges, la plupart se sentent entraînés en avant et tombent sur leurs mains. Quelquefois, à une époque plus avancée de la maladie, il existe une inappétence insurmontable, la langue rougit, la soif devient intense et la diarrhée colliquative s'établit; dans d’autres cas les progrès du mal amènent une exaltation des idées et une manie aiguë se dessine bientôt, ou bien on voit survenir une paralysie générale ou une paraplégie après l’arrivée de l’aliénation mentale et souvent sans qu'elle ait précédé.
« La folie des pellagreux a cela de particulier qu’elle les porte fréquemment au suicide. Dans le nombre de mes observations, qui s'élèvent à trente-trois, six malades ont mis fin à leurs jours, le premier déjà cité se tua en se précipitant d’un lieu élevé; deux se sont tiré un coup de fusil, l'un à la poitrine, l’autre à la tête, deux se sont jetés dans un puits, et M. Miquel vous a parlé de cette femme que nous visitâämes ensemble et qui se noya deux jours après le départ pour Paris de ce médecin. Le sixième fut trouvé mort dans un bois; il avait manifesté plusieurs fois l’intention de se détruire ; appelé pour constater le genre de mort, nous reconnümes qu'il s'était plongé un
(78) instrument aigu au-dessous du sein gauche.
«Je vous ai présenté dans leur ordre de succession les divers symptômes de la pellagre, j'aurais pu surcharger le tableau, mais J'ai voulu vous peindre la maladie dans sa marche la plus fréquente et la plus régulière; j'ai donc négligé valontairement une foule de phénomènes morbides qui se raftachent à toutes les affections longues et graves.
« La maladie qui nous occupe porte donc ses principaux effets sur la peau, sur le tube intestinal, et sur les organes de l’innervation. C’est là qu il faut chercher leslésions qu'elle produit. Ontelles du rapport avec les traces que laissent après elles les inflammations? Nous le croyons, sans avoir rien de positif + à cel égard : vous connais: sez le préjugé qui s LA ppOse dans nos campagnes aux autopsies; je n'ai pu le vaincre que dans les ças de suicide, et alors des changements étrangers avaient défiguré le tableau dans lequel je voulais lire. En admettant que les désordres trouvés après la mort soient le produit d'une inflammation, nous ne croyons pas à une inflammation trés-franche, et nous ne saurions y voir toutes les causes de la maladie : nous nous expliquerons à cet égard; pour le moment, RECHPPRSS nous des symptômes extérieurs. 1 m’a toujours paru intéressant d'étudier leurs combinaisons. J'ai constaté que souvent dans le principe les sujets ne présentaient que lérythème des parties exposées aux rayons du soleil : après un délai
plus ou moins long, la muqueuse digestive ou les centres nerveux ‘s'affectaient; parfois ils $e mettaient simultanément de la partie; mais il nous est arrivé d'observer plus souvent que les voies digestives élaient intactes alors que l'encéphale et la moelle épinière se montraient fort compromis, et vice versd. Ainsi, M. Miquel a vu avee nous une pellagreuse dans un élat avancé de dégradation physique, voisine de la démence et de la paralysie générale, et dont les fonctions digestives n'avaient nullement faibli. J'ai encore sous les yeux un malade devenu paraplégique depuis dix ans, il n° a jamais cessé de se louer de son appétit et n la facilité de ses digestions. Une particularité fort remarquable chez cet homme, c'estque l’érythème n’a plus reparu, et qu'il a été délivré des autres symptômes dès que la paralysie à eté confirmée; enfin, je visite actuellement un malheureux qui nous offre à un haut degré l’altération de la peau; il y a environ six mois.qu'il est atteint d’une diarrhée qui cède au régime. au traitement , et qui revient au moindre écart, sans que les désordres de l’innervation aient eu lieu au plus faible degré. Cet exemple n’est pas le seul que nous possédions. »
Ce tableau, qui décèle un observateur instruit et judicieux, établit suffisamment l'identité de la maladie du Lauraguais avec celle des Landes. Je passe aux observations non moins importantes faites depuis vingt-deux ans par M. Roussilhe dans le département de l Aude. g De-
puis 1823, dit ce chirurgien, j'ai observé tous les ans des pellagreux. Le petit nombre de faits que je publie a été recueilli à la consultation gratuite où à l'hôpital de Castelnaudary, où Te uns de ces malheureux, ne pouvant SARA, viennent chercher un asile. »
Les neuf malades dont M..Roussilhe à rapporté l’histoire dans le numéro de mai du Journal de médecine de Bordeaux, sont pris sur les vingt-un pellagreux qu'il a observés en 1844. Tous ont présenté cette nombreuse série de symptômes qui ont été signalés dans les chapitres précédents. Une malade seule a offert les phénomènes légers qui constituent le premier degré, ce qui prouve que ce n’est qu’en dernière ressource que les pellagreux de l’Aude, comme ceux des autres pays, ont recours à la médecine.
La malade dontil s’agit, âgée de vingt-sept ans, éprouvait chaque année, au printemps, depuis trois ans, des fleurs blanches abondantes, une éruption cutanée ayant les caractères pellagreux, des douleurs et des faiblesses dans les jambes et des vertiges légers. M. Roussilhé ne l’avait pas encore revue au moment où il écrivait (avril 1845).
Dans la deuxième observation, il s’agit d’une malade âgée de vingt-cinq ans, se plaignant depuis deux ans de dérangements analogues à ceux qu'éprouvait la précédente malade. Au printemps de 1844, les parties du tégument sujettes à l'éruption se couvrirent de squames, qui, en tombant, laissaient à nu la peau rouge et gercée. La malade se
(°81 ) plaignait surtout des vertiges, de la faiblesse dans les jambes et de la difficulté des digestions. Après avoir subi un traitement touique, elle parut dans un état tres-satisfaisant. Le 3 mai 1845, M. Roussilhe à appris qu’elle venait de mourir avec des symptômes d’aliénation mentale.
La troisième observation se rapporte à une femme de vingt-deux ans, nourrissant un enfant de huit mois. La maladie paraît avoir débuté depuisses couches, et avoir fait en peu de temps des progrès rapides. Outre les phénomènes indiqués plus haut, cette malade avait depuis quatre mois une diarrhée rebelle. La faiblesse des jambes lui occasionnait des chutes assez fréquentes; elle pleurait sans motifs; sa langue était rouge et fendillée. M. Roussilhe ne l’a pas revue depuis l’année dernière. |
Dans la quatrième observation, il s’agit d’un cultivateur âgé de quarante-un ans, qui s’apercevait de sa maladie depuis environ dix années. Aux symptômes ordinaires se joignaient des douleurs sur le trajet de la colonne vertébrale; les digestions étaient difficiles, mais le ventre libre; il y avait du vague dans les idées, avec un bégaiement inaccoutumé.
Le cinquième malade est une pauvre femme de cinquante-quatre ans qui s'était aperçue de l’éruption cinq ans auparavant : vertiges, chutes fréquentes, insomnie, inappétence, langue rouge et fendillée,grandesoifaprèslerepas, air hébété, marche chancelante, douleurs dans la région spinale,
Le sixième malade, cultivateur, âgé desoixantecinq ans, présentait en outre un commencement d’héméralopie.
Les trois dernières Utile. offrent rs phénomènes encore plus tranchés. Dans deux, on trouve un œdème notable des-membres inférieurs, et l’aliénation mentale accompagnée d’hallucinations : une des malades voyait un fantôme; l’autre ne parlait pas, semblait en proie à des fraveurs et succomba dans un état comateux. Enfin, le neuvième malade se trouvait dans un état de démence joint à la paralysie incomplète des extrémités inférieures.
Après avoir rapporté ces observations, M. Roussilhe résume de la manière suivante les derniers faits observés par lui :
« Sur vingt-un pellagreux qui se sont présentés à mon observation en 1844, il y avait dix hommes et onze femmes; leur âge variait de dix à soixantequinzeans. Ce n’est quelorsqueles vertiges forcent les pellagreux à cesser leurs travaux qu'ils seregardent comme malades, aussi nous n'avons presque pas observé de pellagre : à son premier desré ; le sujet de la premièr e observation est le seul cas du premier degré que j'aie pu rapporter.
« Sur les vingt cas restants, quatorze étaient au deuxième degré, et six au troisième, Sur huit femmes de vingt-deux à quarante ans, quatre étaient atteintes d'aménorrhée; sur ces vingt-un malades, trois étaient atteints de folie, huit avaient des maladies gastro-intestinales avec diarrhée rebelle,
trois étaient atteints d’'héméralopie, un d’ophthalmie chronique; on observait chez quatre un œdème des extrémités inférieures. Presque tous se plaignaient de douleurs de tête, de vertiges, de douleurs dans l’épine dorsale, avec faiblesse des extrémités inférieures; deux offraient les symptômes de cette variété de pellagre décrite par Thiéry sous le nom de mal de la rose. Chez un de ces malades, il y a eu coïncidence d’une maladie grave de la luette et de la partie supérieure du larynx, à à laquelle a succédé une extincüon de voix. Deux sont morts avec des symptômes d'affection cérébrale aigüe. »
Tous ces pellagreux Ratéttent la campagne, à exception d’une femme qui résidait à Castelnaudary, mais qui allait tous les jours aux champs. Presque tous étaient agriculteurs et très-pauvres, par conséquent soumis aux mêmes causes. Ils se nourrissaient toute l’année de bouillie de maïs, de vesces, de pommes de terre, etc.