PELLAGRE OBSERVÉE DANS LE CENTRE DE LA FRANCE
Les cas de pellagre observés en 1842 et 1845 à à l'hôpital Saint-Louis offraient les traits essentiels de la maladie qui règne dans les Asturies, dans la haute Italie, dans les landes de Bordeaux et les campagnes de la Haute-Garonne et de l'Aude. Peut-être les phénomenes cutanés ont-ils été moins prononcés qu’ils ne le sont d’ ordinaire sous un climat plus méridional; peut-être la mar-che a-t-elle été plus insidieuse et plus difficile à suivre. Au reste, comme on ne peut raisonner que d’après deux ou trois cas bien constatés, on comprendra la nécessité de s'exprimer avec réserve à ce sujet, jusqu'à ce que de nouveaux exemples, si tant est qu'il s’en présente, viennent fournir des lumières suffisantes.
Deux des observations déja connues ont été publiées ? par moi avec des détails suffisants au point de vue de la symptomatologie, et, afin d’éviter ici d’inutiles répétitions, je me bornerai à les rapporter comme pièces justificatives à la fin de cet ouvrage. Je dois remarquer seulement que le premier malade, la fille Chenu, morte dans
1 Rev. méd., numéros de juillet 1842 et juillet 1843.
l'été de 1842, ne faisait remonter le dérangement de sa santé qu’au printemps de. 1840; d’où il résulterait que la maladie a parcouru son cours dans l’espace de moins de trois années, et suivi une marche plus rapide encore que chez la jeune fille Dutruch, dont M. Hameau a rapporté l’observation. Ces faits sont dignes d'attention, quoiqu'il me paraisse très-probable que chez la fille Chenu la maladie avait existé plusieurs années saus être reconnue, et que sa marche semble avoir été accélérée par une grossesse, et sans doute aussi par les chagrins presque inséparables de la condition dans laquelle cette pauvre fille devint mere. Plusieurs auteurs, et surtout Jeprofesseur del Chiappa 1,ont montré l'influence fâcheuse que l’état puerpéral exercçait sur la marche de la pellagre. On peut voir au reste, dans la description que j'ai publiée, que le cours de la maladie, dans le cas dont il s’agit, fut tranché brusquement par une méningite à une époque où les lésions cutanées et intestinales étaient peu prononcées, ainsi que Strambio, Liberali, Carraro, etc., l'ont vu en Italie.
La marche de la pellagre chez le second malade, mort le 6 juillet 1845 dans le service de M. Gibert, a été différente et d’une remarquable lenteur. Elle avait conduit graduellement ce malheureux ouvrier à un état d’affaissement intellectuel et physique qui le rendait incapable d’aucun
‘ Voir Annali univ. di med., janvier 1833,
( 86 acte raisonné, lorsqu'un dévoiement dysséntérique a mis fin à sa vie.
L'observation publiée par M. Devergie semble offrir un cas de pellagre au preinier degré, êt sans ce cortége de phénomènes graves qui ont été décrits précédemment. |
Enfin, lobservation ‘ publiée en 1844 par M. Brugière de Lamothe, et recueillie dans le département de l’Allier, est relative à une pauvre femme âgée de cinquante ans, amaigrie, se nourrissant mal, et passant sa vie à travailler aux champs. Au mois de mai 18/4r, les règles se supprimérent, et elle fut prise au visage et aux parties exposées à l'air, de rougeurs accompagnées de démangeaison. Cette éruption disparut au mois de septembre. Au printemps de 1842, elle revint et se comporta comme l’année précédenté. Les mémes phénomènes se reproduisirent encore en 1843, et cette année il se forma des croûtes et des gereures sur les doigts. Il n'y avait pas de fièvre, mais le corps était souvent dérangé. Il existait une grande faiblesse; tres-peu de somimeil, de fréquentes douleurs dans'les membres, avec des bourdonnementsd’oreilles et des maux detête.
M. Brugière remarqua sur les points malades des écailles minces comme celles du psoriasis; la peau sous-jacente était noirâtre et offrait des gercures, etc.
La malade entra à l’hôpital dans un état d'idiotisme, et mourut le 2 juin 1844.
* Gazette des hôpit., numéro 6, juillet 1844.