‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 25 sur 44 · RAT · texte numérisé non relu

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France, indiquer clairement le mais comme la cause efficiente de Ja maladie nouvellement reconnue dans nos provinces. de avais déjà « ces convictions profondes , et cependant il restait une

| exception inexpliable, je parle du fait que j ve \ vais observé moi-même à l'hôpital Saint- Louis, et

des deux faits observés plus tard par | MM. Gibert

et pese, On verra comment une étude atten-

tive m'a permis de Jes faire rentrer dans la règle! |

Ainsi, dans quelque pays que l’on examine les pellagreux, on les trouve toujours parmi des populations se nourrissant de maïs, et presque exclusivement dans la classe. malheureuse qui

‘ Voir Appendice (note sur le maïs).

fait abus de cette nourriture; les observateurs sont unanimes à cet égard.

C’est pourquoi je puis formuler, dès : ä. présent, cette proposition que je vais développer, à ;savoir, qu'au milieu des conditions si diverses dans lesquelles on rencontre les pellagreux, il n’y a que deux faits constants et communs à {ous les individus sans exception : 1° l'alimentation à peu prés exclusive avec le maïs, surtout pendant lasaison froide; 2° la misère qui « condamne à cette alimentation et au genre de vie affaiblissant qui donne : à iles toute son efficacité morbifique.

IL sera facile de démontrer ensuite que cette corrélation si constante, si remarquable, ne dépend pas d’une coïncidence fortuite, mais qu'il existe réellement entre le maïs et la pa un rapport certain, direct de cause à effet.

La proposition dont je m'occupe ici doit être étudiée au double point de vue de l’histoire et de la géographie : historiquement, il faut prouver que la pellagre n'a paru en Europe que postérieurement à l'introduction du maïs; que dans chacun des pays où elle existe, elle a suivi de près la généralisation de] la culture de cette céréale ; ; que dans chacun de ces pays elle a fait des progrès toujours réglés d’ après importance de la culture dont il s’agit et surtout de son influence sur l° alimentation des classes inférieures des campagnes: géograpliquement, il faut démontrer que la pellagre n'existe que dans des pays à maïs; qu ’elle ne sévit que sur

CAT2 3 des individus se nourrissant principalement de cette céréale ; que tous les faits de pellagre connus se rattachent à cette alimentation.

Il était important de traiter avec quelque développement la question historique, mais il fallait que ces recherches ne devinssent point un hors-d'œuvre et n’entrainassent pas trop de longueurs dans le cours d’une exposition déjà fort étendue; c'est pourquoi j'ai consacré un article à part à l’histoire de la culture du maïs en Europe, et j'ai placé cet article à la fin de cet ouvrage à litre de pièce justificative ! : le lecteur y trouvera les preuves des assertions que j'émets ici :

Je regarde comme démontré : 1° que le maïs (soit qu’il provienne du Nouveau-Monde, ainsi que tout tend à le faire croire, soit qu'il ait été connu anciennement des Égyptiens et des Indous), n’a été naturalisé en Europe que postérieurement à la découverte de l'Amérique, c’est-àdire durant le cours du seizième siècle.

2° Que pendant le seizième siècle tout entier et la première moitié du dix-septième, le maïs ne figurait encore parmi les grandes cultures dans aucun des pays où existe la pellagre, qu'il n’y était pas l’objet d’une consommation notable.

3° Que c’est peu à peu et pendant le cours du dix-septième siècle que le maïs est devenu la base de l'alimentation des classes pauvres des campagnes de l’Asturie, où la pellagre a été observée dans la première moitié du dix-huitième siècle, et

* Voir Appendice.

où les écrits de Casal prouvent qu’elle existait depuis assez longtemps, sans que l’on puisse fixer Ja date précise de son apparition.

4° Pour l'Italie, les recherches de l’économiste Zannon, celles de Facheris, de Marzari, de Sette, etc., prouvent que, pendant la première moitié du dix-septième siècle, le maïs ne figurait nulle part parmi les denrées de consommation dans l'Italie septentrionale. Ce n’est que vers la fin du dix-septième et dans la première moitié du dix-huitième que la culture de cette céréale s'est étendue, tant dans la Lombardie que dans les provinces vénitiennes, d’où elle a pénétré dans le Tyrol italien. Ce n’est que vers le milieu du dix-huitième siècle que ce grain a commencé à opérer une révolution dans le régime alimentaire du peuple de certains districts; ce n’est enfin que pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle que cette révolution elle-même s’est étendue dans presque tout le nord de la péninsule. Or, on a vu par les faits déjà exposés, que c’est exactement aux mêmes époques, suivant la même progression, que s’est opérée dans l’état sanitaire des populations la révolution caractérisée par l'apparition, la généralisation et l’aggravation de la pellagre.

5° En France le maïs a été connu des agronomes vers le milieu du seizième siècle, mais ce n’est que dans le cours du dix-huitième qu’il a pris de l'importance parmi les cultures du Midi, et ce n'est guère que vers la fin de ce siècle qu'il.

a produit une véritable révolution dans le régimié alimentaire des basses classes. Or, nous avons vu que les premières observations de pellagré remontent pour les Landes à 1818, où méme, suivantM. Gauthier de Claubry, à 1809; qu’elles remontent à 1855 et 1823 pour les départements de L’Aude et de la Häüte-Garonne. Enfin, les quelques exemples de pellagre signalés depuis 1842 dans le cénitre de là France peuvenit être rattachés au développement plus récent que la culture du mais a recu dahs diverses parties du royaume.

Ainëi l’histoire de la pellagre ét celle du mais én Europe offrent né concordance parfaite.

Je passe à la question géographique : il s’agit de montrer ici que les limites géographiques de la péllagre sont exactement renfermées dans celles qué présenté la culturé du mais dans les régions tempérées de l'Europe. |

Pour l'Espagne, je n'aurai que peu de mots à dire : la pellagre ést reconnue dans les Asturiés; elle existe peut-être dans la Galicé? mais les renséignements ous manquent complétément pour lé reste de la péninsule: Il suffit donc de pou- Voir affirmer (et j'ai cité’ les textes qui permettent cetté-affirmation) qué le maïs est le principal aliment du bas peuple des campagnes, dans la partie dé lEspagné où ont été trouvés les pellagreux.

Pour l'Italie , là quéstion offre un bien plus grand intérêt, et exige d’étré traitée avec plus de détails : là, en effet, la pellagre occupe bien plus

1 Voir Appendicé (note sur le maïs).

dé provinces; élle y présente aussi des variations notables d'intensité d’une province à l’autre; à côté de paÿs cruellement ravagés par elle, on trouve des contrées qui éu Sont entièrement éxemptés, étc.; c’est donc là un chämp à étudier avec attention dans chacune dé ses parties, afin de savoir si toutes les variations que je viens d'indiquer Sünt éxäclément én rapport avec des variations analogues dans la culture du maïs, où plutôt dans le rôle de cette céréale sur l’alimentation des basses classes des campagnes. Les docurhents que j’äi pu récueillir depuis trois ans sur cé point me prouvent que nulle part exacte ét parfaite corrélation du développement de la pellagre, et de l’alimentatiorni avec le blé turc, ne trouve ui fait Sérieux qui la détruise; et j'ajoutérai que j'ai abandonné avec une véritable satisfaction le fruit de mes propres rechérches, en lisänt le Mémoire déjà cité dé M. Balardini ; j'Y äi trouvé, en effet ; la question qui nous occube, traitée avec üne grande force d’argumentation, ét ce médecin ne laisse subsister ; à mon AVIS, Aucuñe des objections qui lui ont été adressées au dernier congrès scientifique de Milan ; en outré, comme il apporte des faits qui complètent ceux que j'avais moi-même rassemblés, jé crois devoir donner ici la tradüction des passages prin- Cipaux de cette partie de son travail, Mes réemplacéra lé Mieñ avéc avantage :

&«Nousobserverons, ditM. Balärdini , pour ré-

1 Annali univ. de med., avril 1845, p. 35 et suiv.

pondre à ce qui a été dit (on ne sait sur quel fondement) au congrès de Milan, que l’abus du maïs dans les provinces lombardes et ailleurs n'était pas proportionné à l'étendue et à la gravité du mal, qu’il était même en raison inverse dans certaines localités; nous observerons, dis- Je, que les faits ne s'accordent pas avec cette assertion générale. Ainsi, ilestde notoriété publique que, dans les contrées de Brescia et de Bergame (comme les tableaux officiels en font foi), le nombre des pellagreux, comparé à celui de la population totale, est de beaucoup supérieur à celui des autres provinces; or, là aussi l’usage de la polenta est tellement immodéré, qu'il est devenu proverbial parmi les autres peuples d’Italie : Ja consommation de maïs y est si grande, qu'elle absorbe non-seulement l’immense provision qui se récolte dans ces pays, mais encore des quantités considérables qu'on importe des provinces voisines plus basses... » Quant au haut Milanais ( y compris une grande partie du pays Comasque),qui vient après les deux provinces cidessus nommées pour le nombre proportionnel des pellagreux, tous les auteurs qui ont écrit les premiers sur la maladie, Strambio et les médecins les plus récents, notent que la nourriture des villageois, parmi lesquels ils comptent tant de victimes de la pellagre, se réduit presque exclusivement à la polenta et plus encore au pain de blé ture qu'ils mangent avec des choux, des raves, des citrouilles et des légumes assaisonnés avec un

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