CHAPITRE
Les recherches étiologiqués auxquelles ont été consacrées les pages qui précèdent ménent à cette conséquente, que l'application des ressources de l'hygiène domine le traitement de la pellagre. S'il ést vrai que le meilleur movén de prévenir, d’atténuer et de détruire un effet morbide, consiste à supprimer la cause, assurément le meilleur moyen de prévenir, de dininuer,; de guérir la pellagre, qui a sa cause dans un aliment altéré, consistera à supprimer cet aliment et à changer l'alimentation. Or, je puis annoncer dès à présent que cette conséquence, à laquelle nous sommes çonduits par l’étiologie, est précisément celle à laquelle une
expérience de plus d’un siècle a conduit tous les observateurs, en Espagne, en Italie et en France; et je puis ajouter que c’est là le seul point de l’histoire de la pellagre qui n'ait fait naître aucune contestation.
Ces faits m'autoriseront à abréger les détails relatifs au traitement pharmaceutique. Chaeune des hypothèses qui servirent tour à tour à expliquer la nature de la pellagre devait entrainer à sa suite une méthode thérapeutique particulière; ainsi, ceux qui regardaient le scorbut comme l’élément dominant de la maladie, et de cenombrese trouvent Casal”, J. Penada, Odoardi, Piacentini, etc., prescrivirent les antiscorbutiques comme base du traitement; Scudelanzoni, afin de combattre l’acrimonie muriatique, faisait aciduler toutes les boissons des pellagreux, et Odoardi leur proposait le suc de limon comme un vrai spécifique ; Frapolli, d’après sa théorie pathogénique particuliere, faisait consister l'indication la plus urgente à ouvrir les pores exhalants de la peau, et à rendre la transpiration plus facile : c’est pourquoi il prescrivait les frictions, l’eau tiède, les diaphorétiques, et surtout le bain chaud, qu'il regardait comme le meilleur de tous les remèdes. Des théories différentes firent recommander avec
1 Casal recommande des décoctions de fumeterre, de chicorée, d’oseille, d’aigremoine, de cresson, d’ellébore noir, de polypode de chène, d’anis, de fenouil, de semences de cartame. On voit par là qu'il avait en vue de satisfaire à des indications différentes, [| associait ce moyen, soit au bon laitage, aux purgatifs, aux vomitifs ou aux émissions sanguines. :
( 241 ) un égal enthousiasme le beurre et le lait, qui paraissent avoir réussi quelquefois en Italie, en France et en Espagne; le camphre, l'ail, l’antimoine”, le mercure, l'opium, l’eau de chaux? etc. Dalla Decima mettait sa confiance dans les antispasmodiques.
Ghérardini, après s’être attaché à démontrer la parfaite inutilité de la plupart de cés moyens, chercha à faire prévaloir quelques sudorifiques, tels que la décoction de patience, de gaÿac ou de sassafras, associés au petit-lait et surtout aux bains. Quelques auteurs employaient les vomitifs ou les purgatifs comme moyen prineipal, d’autres comme moyen accessoire; il en fut de même des bains et des émissions sanguines.
‘Ainsi, dans leur empressement à trouver un spécifique, ou à relever par des résultats thérapeutiques la valeur d’une théorie particulière , les médecins avaient mis à contribution la matière médicale à peu près tout entière, lorsque Gaetano Strambio , plus sincère et moins impatient, se mit à expérimenter la plupart des moyens les plus vantés, et reconnut que les uns étaïent
: Thiéry prétend avoir guéri, en:1753, une femme de la Nouvelle-Castille, avec un mélange d’éthiops minéral, d’antimoinercru ; de safran de mars, aveéciquelques substances balsamiques, le tout entremèêlé de quelques purgatifs et soutenu d’un régime convenable. Elle guérit en deux mois. Cependant les rougeurs revinrent en 1754.
2 Guerreschi prétendait que l’eau de chanx, à la dose de demilivre à une livre, en trois fois par jour, était le meilleur remède. Scudelanzoni ne l’employait qu'à l'extérieur, il employait de préférence l’eau de chaux seconde,
nsignifiants , les autres nuisibles, et que quelques-uns pouvaient être trés-dangereux; c’est ainsi qu'il se trouva mal de l'emploi de l'opium, du mercure, des bains et des saignées. Jansen, qui fréquentait l'hôpital de Legnano au temps des expériences de Strambio, assure qu ‘ayant interrogé beaucoup de dry et même les médecins, il s'était conyaincu qu’on ne retirait à peu prés aucun profit des bains, et que même à une certaine époque ils devenaient “angers c’est pourquoi il RFÉféraIL les frictions.
Quant à la saignée, déjà Frapolli l’avait vue, dans la première période, être promptement suivie d’ un symptôme à à peu près inconnu à cette époque de la maladie, le délire. Mais Fanzago s'éleva vivement contre. l'abus des émissions sanguines, dont Ramazzini avait dès longtemps signalé les fâcheux effets sur la santé des villageois ; il le regardait comume disposant à la maladie et l’aggravant lorsqu” elle existait.
Enfin, Strambio, après de tres-nombreux es- Sa1s tous malheureux, déclara avec une désespérante franchise : « Qu'il n ‘avait jamais vu un pellagreux qui dût sa guérison aux remédes. » Triste vérité que Casal avait reconnue déjà en Espagne, et qui, l’année dernièr «H échappait, encore en Italie à la Plûme d’un médecin du grand hôpital de Milan, le docteur Mosé Rizzi, de même qu'elle échappait, il y a peu de mois,
1 Ouvrage cité, p. 367.
à Ja plume du docteur Calès,. qui m'écrivait en parlant de ce PIS * « J'arrive à l’article Lonteux, le traitement.
Il est inutile d’insister davantage ROUE, mon trer comment les médecins se sont égarés en cherchant dans la matière médicale des moyens que l'hygiène seule pouvait. leur fournir ; ; Je passe à l'examen des méthodes Ro in qui se recommandent par le nom de leurs auteurs, et qui se partagent encore la confiance des praticiens.
F anzago avait réglé l’emploi des moyens curatifs qu’il proposait contre la pellagre, d aprés la marche de la maladie qu'il divisait, ainsi que je l ai fait dans le deuxième livre, en trois périodes.
Première période. Lorsqu'un nié éprouvail ces premiers symptômes auxquels on donnait vulgairement le nom de salso : rougeurs aux mains, abattement des forces, sensation d’ardeur dans l’ arrière-gorge et l œsophage, tournoiements de tête, etc., la première mesure à prendre était de cesser aussitôt toute espèce de travail , et d'éviter le soleil. En même temps, s'il n y avait aucune complication, il administrait l'ipécacuanha, afin de débar rasser l'intestin des malières glaireuses quis y accu mulaient, ets’il Y avait contr e-indication d’un émétique , il administrait
un léger purgatif salin.
« Le premier effet obtenu, dit E Fanzago, “j faut S ’abstenir des évacuants qui deviennent sou vent nuisibles 5, €t dans le cas où le malade serait tour
menté par la constipation, ce qui arrive souvent au début de la maladie, il faut le soulager par de simples lavements... Le signe qui doit surtout déterminer le médecin à provoquer une légère évacuation, est ce sentiment de brülure dans l'estomac et jusqu’à l’arrière-corge dont se plaionent beaucoup de pellagreux.» Fanzago employait ordinairement dans ces cas de la limonade émétisée. Soler opposait la magnésie à ce dernier symptôme.
Après.ces premiers moyens , Fanzago recommande de soumettre les pellagreux à un bon réoime alimentaire, et il fait remarquer que c’est de là que dépend le succès du traitement. Sans exclure les végétaux de bonne qualité, il veut que l'alimentation animale forme la base du régime.
Quoique Gherardini eût déjà vivement critiqué l’emploi du lait, Fanzago le recommande comme médicament plutôt que comme aliment.
Il se fonde sur les expériences d’Albera , de Facheris, de Soler, du docteur Macoppe, et sur les nombreuses expériences qu'il avait faites luimême en 1807 et en 1808. Je crois qu'il n’est pas sans intérêt de rapprocher de ces observations celles que Casal avait faites à Oviedo, où il avait eu occasion de reconnaître les bons effets
du bon lait et du beurre. Cet auteur cite l'exemple
d’une femme arrivée à un degré avancé de la maladie, ayant eu plusieurs atiaques de délire mélancolique, et qui, après avoir employé inutilement tous les moyens, vendit tout son bien pour
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avoir de quoi se nourrir de bon beurre de vache, et guérit en effet. Enfin, M. Hameau a mis aussi en usage la diète lactée, et s’en est assez bien trouvé momentanément chez une femme de Mestras.
Fanzago attachait de l'importance aux ablutions faites sur les parties malades du tégument, au moins deux fois par jour, avec le sérum du lait, ou le lait étendu d’eau. Il recommandait en outre de tenir ces parties bien couvertes.
Ces moyens de traitement devaient être continués au moins pendant trois mois, et souvent, si la maladie était à son début, ils parvenaient à l’arréter.
. Deuæième et troisième périodes. Mais dans les périodes plus avancées de la maladie, Fanzago reconnaissait que tous les moyens échouent; il se bornait alors en général à traiter chaque symptôme : « Trois indications se présentent ici, dit-il; la premiere consiste à rendre à l’estomac et aux intestins le ton et la vigueur qu'ils ont perdus ; la deuxième à détruire l’état morbide de la peau; la troisième à rétablir le calme et l’équilibre dans le système nerveux. « Il est vrai, ajoute-t-il, que la première satisfait souvent aux deux autres, puisque l'affection de la peau et les désordres nerveux ne sont que des lésions secondaires et sympathiques. »
Pour remplir cette premiere indication , Fanzag0 ne suit pas d'autre marche et n’emploie pas d'autres moyens que ceux qui ont été déjà décrits; seulement il conseille de revenir de temps
à autre aux purgatifs doux, et de s'appuyer pfincipalement sur les toniqués et les martiaux, Il cohseille aussi des frictions sur l'abdomen avec de la flanelle imprégnée d’une décoction aromatique où d’un mélange spiritueux. Le malade est soumis à l’usage du lait et dés viandes. Enfin , il insiste sur les bains, et si quelques circonstances empêchent de recourir à ce moyen qu’il regarde comme tres-important, il veut qu’on le remplace par des fomentations laïteuses sucrées et mucilagineuses sur lés parties maladés, moyens déjà vantés par Frapolli, Gherardini et Thouvénel.
Enfin, pour rétablir l’ordre dans le système nerveux, Fanzago conseillait divers moyens qu'il empruntait à la classe des remèdes stimulants et excitants, per suadé que tous les désordres de ce systéme lenaiént, non pas à un excès de force , mais au contraire à üne condition asthénique ; ainsi, il employait la thériaque, l’opium associé au quinquina , etc.
On vient de voir que Panzago attachaït une grande importance aux bains, dont Frapolli ét Gherardini avaient fait aussi leur remède par excellence. Ce moyen, malgré lés insuccès de
Legnano, attestés par Jansen, malgré la critique de quelques médecins, à toujours consérvé une grande place dans la thérapeutique de la pellagre italienne. Le traitement par les bains (cura ARS établi comme fondation régulière au vrand hôpital de Milan, est encore en ce moment la ressource principale des médecins de ce
vaste asile; INaIS je dois à ce sujet furé la re rénar-
que que, dans le traitement dont il s’agit, lés bâins ne sont quel” apparence, ainsi que J. Frank et tous les auteurs le déclarent, et come j'a ai pu moi-même m'en convaincre. Les malades qe prénnént des bains recoivent en fnénie temps üne noürritüre abondante et substalitielle et sont placés dans des conditions dont chacune est plus efficace, peut-êtré, que le bain lui- -même pour améliorer leur état; il ne faut donc pas que ce titre dé cura balnearia soit cause d’une mépr ise.
Voici du reste les résultats principaux obtenus à à l’aide de cette méthode sur les pellagreux traités au grand hôpital pendant l’été de 1843. 1ls ont été publiés ‘ par M. Calderini : sur trois cent cinquante-deux malades traités par les bains, cent soixante sortirent guérIs en appärence, cent dixhuit avec une Amenslation très-notable; cinquante-un éprouvérent peu de changement, el vingt-trois restèrent dans le même état, ce qui fut attribué soit au degré avancé du Ab, soit à des complications.
Ces bains sont donnés à la température dé + 27 À 28° Réäumur; chaque malade én prend, terme moyen, une quinzaine. Ils ont pour effet de réndre à la pea u sa souplesse ét dé rétablir ses fonctions comme organé absorbänt et exhalänt: En outre, M. Calderitil leur attribue le r'é— täblissément des fonctions digestives, le calme
‘ Annali xs di Medic., aprile 1844.
qui d'ordinaire ne tarde pas à se montrer dans le système nerveux; enfin il les croit capables de produire la guérison complète, Je ne saurais partager l’opinion de ce médecin distingué , s'il ne finissait par déclarer lui-même qu'il faut associer aux bains d’autres agents thérapeutiques, el. que: « le repos, la propreté, l'éloignement des rayons solaires, une nourriture abondante et saine, le calme d’esprit, la pratique des devoirs religieux, doivent incontestablement favoriser l’action des bains. » Je partagerai donc à peu près la manière de voir de M. Calderini sur le traitement dont il s’agit, avec cette différence, que ce qu'il regarde comme l'accessoire est, suivant moi, l'essentiel, et réciproquement.
Enfin, lorsqu'on croit apercevoir une complicalion ou un symptôme prédominant, on associe aux agents ordinaires de la cura balnearia, les laxatifs, les toniques, les émissions sanguines, etc.
Il faut remarquer enfin que les bains ne sont pas donnés à tous les pellagreux, et M. Calderini note dans son rapport que l’on a soin de ne pas administrer ce traitement aux malades atteints de consomplion, de toux, d’anasarque, de diarrhée abondante et de délire.
On sait que les émussions sanguines ont été, à une certaine époque surtout, employées à a outrance par les médecins de l'Italie septentrionale: les pellagreux n’ontpas échappé aux conséquences de ce goût dominant, et nous en avons pour preuve les plaintes des plusieurs médecins recom-
mandables. Toutefois, il ne faudrait pas, par une réaction exagérée, se ranger à l'avis de ceux qui proscrivent entièrement la saignée générale ou locale du traitement de la pellagre. Casal, Frapolli, Odoardi, Gherardini, Soler, Marzari, etc., ont reconnu des circonstances dans lesquelles l'emploi de ce moyen devenait nécessaire, surtout pendant les premiers temps de la maladie. Je dois rappeler iciles observations des docteurs Liberali et Carraro, que j'ai mentionnées en traitant de la folie pellagreuse, et, sans partager entièrement leurs idées théoriques, je crois que lorsqu'on reconnait des symptômes évidents de méningite pendant les chaleurs de l'été, il est bon de suivre les conseils énergiques donnés par ces médecins. - de pourrais dire des purgatifs que Strambio prodiguait de préférence aux autres moyens, ce que je viens de dire des émissions sanguines ; il est des circonstances qui rendent leur emploi nécessaire. Je pourrais en dire autant de beaucoup de moyens, sur l'emploi desquels l’exagération des apologistes a jeté de la défaveur : on comprend en effet que dans le cours d’une maladie aussi longue et aussi compliquée, il doit se présenter des accidents variés qui réclament chacun une thérapeutique particulière; mais il ne faut pas croire qu’en faisant cesser ces accidents on se rende maître de la marche de la maladie. Je pourrais même étendre cette réflexion à tous les moyens dont je viens de rapporter la longue liste, car en examinant de près tous les exemples
deguérison rapportés par les auteurs, on s’ässure que les agents pharmaceutiques n’ont jamais eu d'autre effet que de dominer certains accidents'et d’enrayer peut-être un instant la marche de la maladie. J’ai fait connaître, à cet égard, l’aveu de Casal et de Strambio, et les praticiens qui ont voulu observer avec la même bonne foi sont arrivés à la même conviction, et nous voyons le docteur Rizzi la partager, et affirmer que les prétendues guérisons de pellagre que l’on. obtient dans les hôpitaux d’Italie ne se rapportent qu'aux complications de la maladie qui, un instant amendée, revient avec des complications nouvelles. |
L'opinion unanime des médecins français qui ont traité des pellagreux confirme le triste aveu des médecins d'Italie : M. Léon Marchand déclare que l’on ne songe plus à guérir thérapeutiquement la pellagre landaise. « On se contente, dit-il, de porter remède à certains symptômes spéciaux qui peuvent se prononcer irop fortement...; mais le véritable traitement, c’est la diète lactée ou l'équivalent , et toute la propreté qu'il est possible d'obtenir de gens qui n’en comprennent pas le prix. Tous les malades qui ont été soumis à cette méthode ont vu leur état s'améliorer, etc. »
D’après l’aveu loyal de M. le docteur Caleés, Je pourrais passer sous silence les moyens de traitement employés contre la pellagre du Lauraguais. Je crois utile cependant de faire connaitre quelle a été la conduite de ce praticien éclairé,
(251) cet quels sont les résultats q qu il à obienus. Voici ce qu’il m écrit à cet égard .:
«Je ne prétends Pa dit M. Calès, que les agents M n aient aucune action sur avec É misère ét leur dénûment , nous ferons l’aveu de nos insuccès. Je n'ai BHERD des résultats satisfaisants que chez ceux qui ont pu se pla cer sous l'influence d’une meiïlleure hygiène. Les principaux moyens que nous avons mis en œuvré sont : les BAT les évacuations sanguines, les antispasmodiques , les révulsifs, et de légers toniques. |
« Nous dirons un | mot de chacun d’eux en particulier : ”
« 1° Au début de la maladie, les bains produisent un excellent effet ; On sérait peut-être en droit de penser qu ’ils en arréteraient la marche s’ils étaient secondés par un changement complet dans les habitudes de la vie.
«2° Les saignées par la lancette où tbe sangsues , dès que l'irritation de la muqueusé gastrique ou des centres nerveux apparaît, sont pres- ” que toujours suivies d’une IGUPE amélioration ; mais on ne saurait les employer qu’ avec HedGoËUp de mesure; Sans cela on jettérait les malades dans une faiblesse funeste. C’est ici que la dis: tinction, admise par Barthez, des forces de la vie en forces agissantes et en forces radicales, trouve son application. Ici des propriétés ou forces vitales exaltées, de l’irritation partout; on dirait
( 252 ) dans certains cas que la vie est en exces dans les principaux organes, et cependant il existe une énervation profonde, qui constitue le premier élément de la maladie.
« 3° Les antispasmodiques n’ont produit sous nos yeux aucun bon résultat.
« 4° De légers toniques astringents m'ont servi à modérer la diarrhée quand les mucilagineux avaient échoué et que tout autre traitement était inadmissible. | | |
«5° Les révulsifs appliqués après de légères évacuations sanguines ont fait diminuer les accidents cérébraux.
«6° J'ai employé sans aucun succès les moxas dans les cas de paralys:e. Au reste, toutes ces ressources seront impuissantes, elles n'auront aucune action salutaire si elles ne sont employées des les premiers temps de la maladie; elles se montreront encore tout à fait inutiles si vous ne changez pas les conditions dans lesquelles le malade se trouve placé; si vous ne remplacez pas sa maison sale et humide par une autre habitation propre et bien aérée, ses aliments faibles et grossiers par une nourriture substantielle; en un mot, si vous ne faites pas couler dans ses veines un sang plus généreux, vous tournerez toujours dans un cercle vicieux et ne devrez rien attendre de vos soins et de vos efforts.
« Vous le voyez, ajoutait M. Calès, le médecin ne peut pas tout faire, la part de l’administration est bien large; espérons qu’elle se montrera hu-
( 255 ) maine ét prévoyante dès qu’on lui aura clairément signalé le mal et que les études de quelques hommes de mérite l’auront éclairée sur les moyens d'y remédier. »
Ce n’est pas en effet à l’arsenal de la pharmacie qu'il faut demander uné arme contre la pellagre ; pour guérir les pellagreux, il n°y a qu'un seul moyen, c’est de retremper leur constitution détériorée aux sources d’une hygiène bien entendue , et surtout d’une bonne alimentation. Cette vérité, que les faits sont venus démontrer aux plus aveugles , éclate de toute part dans les écrits des médecins, à travers les erreurs et les hypothèses les plus opposées sur la nature et la cause du mal. On a vu que les partisans du traitement pharmaceutique avaient été conduits par une sorte de logique instinctive, et comme malgré eux , à associer aux remèdes les bons aliments, le pain de froment, le bon lait, le vin, la viande, et c’est ainsi seulement qu'ils ont obtenu d’heureuxrésultats dont les remédes ont eu l'honneur.
Aujourd’hui que les théories nous sont indifférentes, que l’on ne se passionne plus pour telle ou telle hypothèse, nous pouvons, en mieux analysant les faits, faire la part des agents pharmaceutiques et celle des moyens hygiéniques.
En conséquence nous croyons qu'il faut adjuger à l'hygiène seule le traitement de la pellagre, aux moyens pharmaceutiques les accidents et les complications qui peuvent s’y ajouter.
Il est encore aujourd’hui très-souvent difficile
et souvent, impossible que le régime alimentaire des pellagreux soit convenablement modifié dans les campagnes qu ‘ils habitent, Là, le bon pain, le vin, la viande ne sont que très- rarement à leur portée; et lors même que l'ayarice, que quelques auteurs leur reprochent, ne les empécherait pas d'en faire usage, le plus souvent cet usage leur serait interdit par la misère , mal bien plus général que. Payarice.
* Ces motifs doivent être pris en considération
t'engager à recourir, lorsqu'on le peut, à un moyen auquel du reste beaucoup de médecins ont atiaché Ja plus grande importance, et qui consiste à faire changer de pays aux malades. Ce déplacement d’ailleurs, outre les avantages du changement de nourriture, peut avoir celui de soustraire les pellagreux à l’ensemble des conditions affaiblissantes au milieu desquelles ils ont contracté leur maladie. Aussi doit-il être conseillé toujours lorsqu'il, peut s’opérer de telle manière que le. malade soit placé dans des conditions meilleures. C’est dans ces cas que l’on obtiendra les cures les plus inespérées, ainsi que l'expérience l’a démontré déjà; et c’est ainsi seulement que l’économie, même après une atteinte profonde, pourra revenir à son état normal.
On est surpris de trouver dans un écrit’ assez récent et d’ailleurs très-estimable cette singulière critique du déplacement des individus : « L’émi-
* Deila pellagre et de la folie pellagreuse, p. 80.
gration des familles, leur transplantation , leurs alliances , ont pour résultat de:favoriser l'augmentation de la pellagre. » Je dirai plus loin un mot des alliances; mais quant à la transplantation, en quoi peut-elle nuire, si la maladie n’est pas contagieuse? or, comment et sur quels arguments soutenir la contagion?
Heureusement on trouve dans le mème ouvrage des faits qui viennent démentir cette malencontreuse opinion, et donnent pour ainsi dire la clef de la veritable cure de la pellagre. Je cite : textuellement :
«Un homme, âgé de quarante-un ans, né de parents pellagreux, présenta dés l’enfance des symptômes de ce mal funeste. Atteint par la conscription, il servit quinze ans en Hongrie, en France et en Allemagne. Pendant tout ce laps de temps, malgré les fatigues inséparables de la vie de soldat, il ne se ressentit en aucune manière de son ancienne maladie. À sa sortie du service militaire, ilrevint dans son pays, et sept ans s'écoulèrent sans le plus léger symptôme de pel- Jagre. Il y a trois ans, la maladie reparut, comme si elle eût attendu que l’organisation de cet homme se fût retrempée dans les sources du mal. Depuis ce moment, elle s’est montrée chaque année. M. Panceri fils m’a fait voir un autre malade dans le même cas, et m’a assuré qu’il avait observé plusieurs faits de ce genre. M. le professeur Rasori m'a raconté qu’il a eu à son service deux domestiques en apparence fort bien
portants, mais qui chaque année au printemps avaient des symptômes d’hypocondrie : cette remarque ayant éveillé son attention , il les interrogea, et apprit d'eux qu'ils avaient eu la pellagre, et que leurs parents en étaient atteints; depuis qu'ils n’habitaient plus la campagne, il y avait eu une amélioration évidente dans leur état. Le médecin chargé dela division des femmesnous a cité lexemple d’une femme pellagreuse des l’enfance, qui, étant venue à Milan, entra au grand hôpital comme infirmière, et vit cesser sa maladie par le changement de sa position ; obligée de retourner dans son pays, tous les symptômes se sont reproduits ‘. »
Lorsqu'on a étudié l’histoire de la pellagre, de pareils faits n'ont pas besoin de commentaires.
Je n’en dirai pas davantage sur l'emploi des moyens thérapeutiques ; le tableau sommaire des méthodes déjà suivies dans les divers pays, montre suffisamment la voie que désormais les praticiens devront suivre, soit pour combattre les compli- cations et parer aux accidents dont le cours de la pellagre est semé, soit pour s'opposer aux progrès du mal lui-même sur chaque individu.
Il importe surtout, à cet égard, de poser solidement les préceptes généraux qui devront servir de guide dans tous les cas particuliers. Or, les préceptes thérapeutiques les plus importants consistent: 1° à interdire au malade l'usage du maïs, et
: Ouvrage cité, p. 51.
au moins du maïs de mauvaise qualité; 2° après avoir soustrait le pellagreux à l'influence d’un aliment délétère, l’arracher au genre de vie affaiblissant qui avait donné à cet aliment toute son efficacité morbifique; par conséquent le soustraire autant que possible à la malpropreté et à toutes les misères inhérentes à sa condition sociale; 3° refaire sa constitution détériorée à l’aide d’un régime de plus en plus substantiel, et dans lequel entre graduellement une quantité notable de substances animales.
Le premier de ces trois préceptes est de rigueur absolue, le reste du traitement ne pourrait, sans lui, avoir aucune efficacité.
Les autres règles sont très-variables dans leur application; ainsi, pour transformer le genre de vie du pellagreux, le médecin aura quelquefois dans un changement de profession, dans un déplacement facile, des ressources inespérées ; mais trop souvent sans doute il se trouvera sans ressources, et sans doute beaucoup de malheureux seront voués à une souffrance sans espoir, si la bienfaisance publique et privée ne leur vient en aide. |
L'emploi des bainscomme moyen de propreté, comme auxiliaire thérapeutique, pourrait rendre de grands services; on sait malheureusement que les habitudes de la vie rustique rendront difficile dans beaucoup de cas l'emploi de ce moyen.
L'application de la règle relative au régime alimentaire devra être, de la part du médecin,
l’objet d’une surveillance attentive; elle devra en effet subir de nombreuses variations suivant les individus, suivant la période du mal, suivant les progrès du rétablissement. Le point capital est de passer par des transitions ménagées. L'avis! donné par Hippocrate, que les changements brusques sont périlleux, semble fait pour les tristes victimes de la pellagre, dont le tube digestif profondément lésé, habitué au régime végétal, ne Supporterait pas impunément une diète animale abondante et exclusive. « La faiblesse commande la lenteur», a dit Boerhaave”, et l'observation a prouvé aux observateurs italiens, et entre autres à Marzari, qu'il ne faut point se hâter dans la réforme du régime alimentaire des pellagreux. Le lait et les préparations qu’il fournit sont le premier aliment qu’il convient de faire prédominer dans leurs repas. Depuis Casal et Odoardi, jusqu'à MM. Hameau et Balardini, l’expérience a constamment fait voir les avantages de la diète lactée, comme préparation à un régime plus fortement animalisé. Au laitage on associera les œufs, les bons légumes et bientôt, si cela est possible, de la volaille, quelques viandes légères comme celles de veau et de cheyreau et un peu de vin. Au voisinage de la mer ou des rivières, on
1 Aphorism., sect. nu, n. 51.
*# & Præsens debilitas tarditatem jubet; nec enim ahbi perniciosior mutatio subita, » (4phorism., n. 46). — Boerhaave à dit encore dans un aphorisme qui répète celui d’Hippocrate : « Mutatio subita a consuetis in nova est ubique et semper quam maxime periculosa. » (/bid., n. 1027.) if
associera très-avantageusement de bon poisson frais à ces aliments. Le docteur Sette conseillait les grenouilles, qui peuvent en effet fournir une précieuse ressource dans les débuts du traitement.
On a conseillé l'emploi des préparations ferrugineuses dès que l'estomac est en état de les supporter, afin de reconstituer le sang.
On arrive ainsi graduellement à un régime tonique et substantiel, qu’il faut longtemps continuer même après la disparition des symptômes pellagreux, et dans lequel il faut autant que possible faire entrer une certaine quantité de vin généreux pour la boisson ét de viandes rôties de bœuf où de mouton au moins une fois par jour.
Telles sont les bases du traitement curatif.