‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 28 sur 44 · PROPHYLACTIQUE · texte numérisé non relu

PROPHYLACTIQUE

J'arrive à la question la plus importante pour l'avenir des populations au milieu desquelles la pellagre se montre aujourd’hui, la préservation : à cette question se rattache en effet le sort d’un grand nombre de familles encore intactes, aussi bien que celui des familles dont une ou ph générations ont été atteintes déjà.

On a vu dans la première partie de cet ouvrage que dés le règne de Joseph II, les gouvernements de la haute Italie sentirent la nécessité de mettre un terme aux ravages de la pellagre et eurent la pensée d'arrêter ses envahissements, tant dans la Lombardie que dans les provinces Vénitiennes. Depuis cette époque et malgré les vicissitudes politiques qui ont fait passer l'Italie sous des dominations diverses, l'autorité administrative a toujours paru occupée de rechercher des moyens préservatifs; les médecins ont été souvent interrogés par elle, et de leur côté ils ont souvent provoqué des réformes. Malheureusement le peu d'accord qui a régné dans les opiunions des savants, relativement aux causes de la

maladie, à eu pour conséquence de diminuer l’importance de leurs conseils touchant les mesures préservatives, et c’est ainsi sans doute que la bonne volonté des médecins et des gouvernements a été paralysée et que la pellagre s’est perpétuée et étendue avec'son cortége de maux.

Avant d'indiquer ce que des données certaines sur l'étiologie permettent enfin à la médecine de proposer et à des gouvernements éclairés et humains d’exécuter pour l’extirpation d’un fléau déjà trop enraciné, je dois retracer sommairement les opinions principales des Italiens sur cette question si grave.

J'éprouve quelque répugnance à dire qu'a l'aurore même du dix-neuvième siécle, au moment où les ravages de la pellagre préoccupaient le plus les esprits de l’autre côté des Alpes, il s'est rencontré des hommes sérieux, des médecins éminents, qui ont proposé de recourir envers les malheureux paysans frappés du mal de misère, à ces lois barbares qui, durant le moyen âge, maintinrent au milieu des nations chrétiennes upe nation de parias sous le nom de lépreux. L'un (Gherardini) conseillait de retrancher les pellagreux de la société, et de les transplanter dans des solitudes; un autre {J. Frank) proposait de les déporter dans quelque ile voisine de l'Italie. Il faut er sie de semblables aberrations à des esprits égarés par la terreur d'un mal supposé contagieux, et par le désespoir de lui trouver un remede. Mais on me dispensera de discute

de semblables opinions; el je passe outre. Il était bon cépendant de les signäler, afin qué l’on n'oublie point où enétaient encore naguère la science et la philanthropie. J’ajouterai, pour l'honneur de l'humanité, que si ces conseils ont été donnés; il ne s’est trouvé personne pour les suivre. Malheureusement les conseils ütiles n’ont guère éLé mieux SUiVIS.

À côté de ces mesures dignes des codes mosaiqués, on en remarque une autre dont la rigueur ne frappe pas moins au premier aspect; elle fut indiquée par Strambio', et consistait à interdire le mariage aux pellagreux. J’avoue que M. Jour-dan, qui flétrissait énergiquement en 1819 la proposition de Gherardini, me paraît trop sévère envers une pensée qui ne fut pas inspirée à Strambio par des frayeurs chimériqués, et que ce médecin n’énonçait que dans l'intérêt des pellagreux eux-mêmes, etsurtout de leur postérité. Pour moi, sans la défendre d’une maniere absolue, je crois que, formulée avec une convenable téserve, elle serait digne d’une sérieuse attention. Elle se rattache à l’unedes plus graves questions dé lécononie sociale, question à laquelle les législateurs de lavenir s’arréteront peut-être, lorsqu'ils s’occuperont, plus qu’on ne l’a fait jusqu'ici, de perfectionner l'espèce humaine et d’améliorérses conditions d'existence. La loi naturelle et la loi

1 J. Frarik partageait l'avis de Sirambio. Il consentait $eulement à ce qu'on permit le mariage aux pelligreux moribonds:

( 265 ) | religieuse, dans des vues dorit les médecins sentent mieux que personne la sagesse ; ont interdit le mariage entre certaines catégories d'individus. Un jour peut-être la loi civile viendra donner un supplément à la loi naturelle et à lä loi religieuse. De quel droit en effet la source des générätions futures serait-elle livrée à discrétion aux tares et aux souillures qui la corrompent; aux vices qui l’épuisent et la font tarir? Malheureusement, avant qüe ces hautes questions puissent être abordées par les législateurs ; il faut que la science en ait préparé la solution ; en portant la lumière dans le domaine vaste et ténébreux des maladies héréditaires.

Au fond, la question que je viens d’effleurer n'offre pas autant d'intérêt qu'on. l’a prétendu relativement aux pellagreux ; elle ne leur est point applicable d’une manière générale , ainsi qu’on doit, le comprendre d’après ce qui à été dit de l’hérédité. Si l’on examine avec attention le passage dans lequel Sirambio a développé son idée, on reconñaît qu'il n'y attächait lui-même de l'importance que pour les individus arrivés à un degré où la maladie est incuräble; et c’est aussi pour ces cas seulement qu'il serait permis de soulever une question dont le véritable terrain est celui de la syphilis, des maladies mentales et des affections tuberculeusés, fléaux infatigables des races humaines. |

IL faut d’autres moyens pour atteindre dans sa racine le mal qui uous occupe. La pellagre a

sa cause efficiente dans l’alimentation, ses causes prédisposantes et adjuvantes dans un ensemble de circonstances qui débitent le physique et le moral de l’homme; c’est donc seulement en donnant à l’homme une alimentation plus saine'et des conditions d’existence plus heureuses, que l’on chassera la -pellagre des misérables chaumieres où elle éternise la souffrance et le deuil.

Cette vérité fut comprise de bonne heure par quelques médecins italiens, et Zecchinelli, entre autres, implora en faveur des pellagreux, dans des termes qui donnent la mesure de leurs imiseres, la pitié des possesseurs du sol; au lieu de recourir aux instincts charitables, il crut devoir s'adresser à l’intérêét bien entendu; il chercha à montrer qu’en continuant à traiter les paysans plus mal que les bêtes de somme, à leur donner des habitations et des aliments pires que ceux du bétail des fermes, le dépérissement de la race des cultivateurs entraînerait le dépérissement des terres et la diminution des revenus qu'on en retire : « Que l’affreux spectacle de ces maux, s’écriait-il, ouvre enfin les yeux aux maîtres et puisse les déterminer à considérer au moins les travailleurs qui labourent leurs champs comme autant d’ustensiles indissolublement attachés et absolument nécessaires à ces champs! De même que les maîtres sont désireux de posséder de bons animaux, d’en améliorer les races, de veiller à leur santé ; de même qu’ils veillent à leurs charrues, à leurs chars, à leurs faux, et autres us-

tensiles ruraux, qu'ils veillent aussi à la conservation de l’ustensile humain (ustensile uomo), qui, pour leur procurer aisances et richesses, baigne tous les jours de sueur et de larmes cette terre sur laquelle il traine une pitoyable vie, et qui l’engloutit avant l'heure. »

Si l’on veut savoir jusqu’à quel point les maîtres onLouvert l’oreille à ces exhortations, on n’a qu’à comparer ces passages de Zecchinelli aux plaintes et aux prières des médecins d'aujourd'hui; et si le langage de ceux-ci ne paraissait pas assez éloquent, on n'aurait qu'à comparer le chiffre des pellagreux aux différentes époques; ce chiffre prouverait, comme on le verra plus loin, que la pellagre est en voie d’accroissement, et cet accroissement n'est-il pas la meilleure preuve que la cause de l'humanité a peu gagné dans les campagnes d'Italie?

Je vais emprunter à l'ouvrage le plus récent sur la pellagre, au Mémoire de M. Balardim, quelques passages qui compléteront ceux que J'ai empruntés à Zecchinelli.

« Dans une question d’une aussi haute impor-tance, dit le médecin de Brescia, il convient d’appeler l'attention des propriétaires et du gouvernement,auxquelsilappartient surtout de pourvoir a un meilleur traitement du paysan et à laméhoration de sa condition physico-économique.

« Qu'ils songent que dans des pays éminemment agricoles, tels queles provincesvénitiennes, la Lombardie, le Piémont , Emilie, toute l'Italie

supérieure, une malädie qui saisit et paralysé le cultivateur, surtout pendant la saison des tra: vaux champêtres, altère la source principale de la prospérité nationale; qu'ils ne perdent point de vue que la pellagre étant une maladie qui devient chronique et rend un grand nombre de bras inactifs, ceux-ci finiront par rester à leur charge ou à la charge des communes, ce qui est à peu près là même chose; et que cette maladie étant héréditaire et se propageant de plus én plus par les mariages, ilest hors de doute que, sion n’a pas le pouvoir de la détruire ; elle se rendra générale avec le progrès du temps, et enlèvera à nos cultivateurs toute leur ancienne vigueur!

« Puissent-ils, avec le philanthrope Fanzago, se persuader que la condition économique de l’agriculteur est depuis quelque temps détériorée dans nos pays; dans les temps passés, en effet, les familles rustiques possédaient quelques coins de terre et goûtaient un peu le fruit de la propriété; quant au laboureur et au métayer, le produit du sol qu’il ärrosait de ses sueurs était partagé également entre lui et le propriétaire. Aujourd'hui, les choses sont en grande partie changées, puisque dans les provinces de la plaine, le nombre des paysans possesseurs est tres-petit, que les métairies ne sont plus ce que leur nom indique, et ont été remplacées en beaucoup d’enidroits par le système des grandes fermes (grandi affittañze ); dans lequel les produits des terres sont

répartis entre le propriétaire; le fermier ét le travailleur ou journalier: Dans ce système, le fermier s'interposant entre le propriétaire et le laboureur , et trop souvent dans le but de spéculer sur les fatigues du pauvre cultivateur, celuici n’est plus considéré que comme une machine aratoire; et le malheureux journalier, toujours en sueur, courbé sous les rayons ardents du soleil, pour féconder une terre qui n’est ingrate . que pour lui seul, ne reçoit, pour prix de ses fatigues, qu’une faible portion de maïs de la dernière qualité.

« Pour améliorer la condition é éconionifiqu el en même temps la condition physique du paysan, le principal moyen serait de renoncer à l’usage des grandes fermes ; et de diviser la culture des grandes propriétés entre plusieurs familles campagnardes , de telle facon que chacune püt en cultiver une partie, soit comme ferme; Soit comme métairie, et tirer elle-même de son travail un profit que, dans le système pré un tiers lui enlève injustement.

€ Quel qué soit du reste le Système agricole , il faudrait que les propriétaires s’imposassent la charge de pourvoir à une meilleure alimentätion de ceux qui dépendent d’eux, afin que ceux-ci se fortifient et se rendent propres aux fatigues ; dans ce but; il faudrait qu’ils considérassent scrupuleusement comme un devoir de leur fournir du bon grain en quantité suffisante, "et non-seulement du maïs; mais encore du froment ou du

seigle , afin qu’il füt possible de préparer debon pain, de la polenta saine et bien conditionnée; il faudrait veiller à ce que les paysans pussent se pourvoir de nourriture animale. »

Il n’y aurait sans doute guère moins de réformes à opérer pour chasser la pellagre des campagnes espagnoles et de nos départements pyrénéens. Il est probable, en effet, que la vie du pauvre aldeano des Asturies n’est pas beaucoup plus heureuse aujourd’hui qu’au temps de Casal, et qu’elle n'offre rien qui puisse faire envie au contadino de Lombardie. Et d'autre part, l’existence du berger ou du résinier des Landes est-elle mieux partagée? et le pâtre des Pyrénées, le paysan du Lauraguais, ont-ils recu du Ciel et de la société une condition plus douce? les faits sont là pour montrer que d’affreuses misères étendent un dur niveau partout où il y a des pellagreux ; et s’il se présentait quelque trompeuse apparence pour couvrir le mal, la pellagre servirait à en indiquer la trace et à découvrir la réalité.

C’est donc à l'hygiène, mais à l'hygiène fondée sur une intervention active de la science et de l'autorité publique, qu’il faut demander l'extirpation de la maladie. 11 faudrait que les médecins iudiquassent d’ane manière spéciale pour chaque pays les mesures les plus urgentes, il faudrait que l’autorité fit exécuter ces mesures.

Plusieurs fois, en Italie, les gouvernements ont consulté les médecins pour savoir ce qu'il y

aurait à faire contre la pellagre; mais on dirait qu’une fatalité pèse sur beaucoup de gouvernements pour les empêcher de tirer aucun parti des conseils qu'ils réclament.

+ Au reste, parmi les mesures récemment proposées aux autorités qui régissent en ce moment la haute Italie, nous en trouvons plusieurs qui prouvent que, malgré les dissidences qui régnent parmi les médecins, la vérité se fait jour par sa force irrésistible. C’est ainsi que le professeur del Chiappa disait au gouvernement autrichien : « La culture du blé, de l'orge et du seigle, doit être encouragée de préférence à celle du maïs ou blé indien, dont les pauvres font tant d'usage en Italie. Le pain de mais est indigeste, et beaucoup moins nourrissant que celui des autres grains. » Le même médecin conseille d'encourager la culture de la vigné.

Je ne pourrais multiplier les citations sans tomber dans des répétitions inutiles. Depuis quelques années, les médecins italiens, sans s’entendre sur la cause du mal, se sont accordés sur les mesures générales à proposer : j'ajouterai seulement une citation dernière, et je l'emprunterai au Mémoire du docteur Balardini, que j'ai déjà mis plusieurs fois à contribution; ces passages feront voir de quelle manière on envisage aujourd’hui en Italie la prophylactique de la pellagre. | | à

« Il est nécessaire d’abord, dit M. Balardini,

de supprimer parmi les paysans l'usage du pain jaune, de celui surtout qui se prépare aujourd’hui dans beaucoup d’endroits avec la farine de maïs seul, et de remettre en usage pour l'alimentation du pauvre l’ancien pain de mélange (pane di mistura), fait avec du froment mélé au seigle, au millet, ou même si lon veut, à une petite quantité, à la moitié tout au plus, de mais, mais de maïs de bonne qualité et bien préparé.

« En second lieu, il faut restreindre la consommation habituelle de la polenta, dont on ne devrait faire usage qu’une fois par jour, en ayant sain de la manger aussitôt après sa préparation , de la faire bien bouillir et bien cuire et d’y employer de la farine bien moulue.

« Enttroisième lieu, il faut que le peuple soit averti de telle sorte qu'il cesse d'employer à son usage le mais altéré, qu’il faut réserver pour les animaux ou rejeter.

« Finalement, il faut associer autant que possible à l'alimentation maigre, un bon régime, au moins en partie animal, tel que lexigent notre nature, notre destination physique et la structure de nos organes digestifs...

« Comme presque tous ceux qui se sont occupés du traitement des pellagreux ; en commen çant à Thiéry ! et arrivant jusqu’à nous, ont re-

* On voit que le docteur Balardini, de même que ses prédécesseurs, n'a connu que de nom l'ouvrage de Casal ; dans Particle bibliographique qui suit son Mémoire, il ne cite pas même

cet ouvrage précieux , et 1l place Thiéry à la tête de sa longue liste d'auteurs.

commandé, pour prévenir etguérir la maladie, de faire largement usage du lait, un bon maître devrait pourvoir (et cela serait peu difficile) à ce que toute famille de laboureurs eût une vache qui pôt lui fournir chaque jour le lait nécessaire.

«Il sera aussi fort utile, pour atteindre le but désiré, que l'administration veille à ce que les médecins cantonaux (medici condotti), les curés, les délégués des communes, visitent souvent et sans l’apparat d'office, les maisons des paysans à l'heure des repas, afin de connaître la qualité et la nature de leurs aliments; de les détourner, s’il est nécessaire, et d’une manière amicale, de l'abus de la polenta et du pain de maïs, les engager à employer à autre chose qu'à la table le grain altéré, et leur apprendre tout ce qui peut servir au maintien de leur santé.

« On devrait inspecter souvent les midi lise aux grains, et surtout surveiller la qualité des grains mis en vente et par-dessus tout la confection du | pain, etc. 3

Le docteur Balardini CHU, ensuite de réclamer des médecins Cantonaux des rapports périodiques. faisant connaitre l'augmentation ou la diminution du nombre des pellagreux dans leurs cercles. respectifs et les moyens particuliers qui peuvent contribuer à éteindre la maladie; il propose d'établir des bains gratuits pour les pauvres, soit en leur ouvrant largement ceux des hôpitaux, soit en en créant dans les principales communes rurales; de restreindre la culture du maïs à la

plaine et aux localités où il mürit bien tous lesans, et de Îe remplacer dans les collines, les vallées et les lieux moins chauds, où il n’a pas coutume d'arriver à maturité, par d’autres céréales qui conviennent mieux, telles que le froment et surtout le seigle, qui a si malheureusement disparu aujourd’hui de lItalie supérieure, chassé par le maïs; il conseille surtout de propager la culture de la pomme de terre, qui ne se ressent jamais de la grêle qui est déveiis si fréquente sur pe collines lombardes.

Eofin, M. Balardini revient aux avis donnés par Strambio relativement aux mariages des pellagreux, et demande qu’ils ne soient autorisés que lorsque chaque fiancé aura subi un traitement et obtenu un certificat du médecin constatant sa guérison. Il faitsentir la nécessité de plier les villageois à l'observation des règles hygiéniques, à usage d’une ‘alimentation plus substantielle et plus saine, à une plus grande propreté; d'interdire le travail prématuré des enfants, des convalescents , des femmes en couches, et en somme tout ce qui concourt à affaiblir la constitution et à altérer la santé des paysans. Dans ce but, il propose de propager des instructions où un Manuel d'hygiène rustique misà la portée de tous, en aÿant soin de les distribuer gratuitement dans les maisons, de les faire expliquer dans la chaire par les curés, et dans les écoles routes par les instituteurs. » |

Tel est le dernier mot de la médecine italienne

sur la prophylactique de la pellagre. Faut-il espérer enfin que les vœux du docteur Balardini seront entendus des possesseurs du sol et des gouvernements, et que les uns et les autres comprendront qu'il est temps de se mettre à l’œuvre?

Quoi qu'il advienne, je dois, pour compléter ma tâche, résumer la question des moyens prophylactiques envisagée dans sa plus grande généralité , en ayant soin de signaler les mesures plus particulièrement applicables à la France.

Cette question. peut se résumer dans quelques propositions qui découlent de la connaissance exacte des causes, et se réduisent à la suppression de celles-ci. Ainsi, d’après ce qui précède, tout le monde admettra :

1° Que la cause efficiente étant le maïs altéré, il faut qu’un ensemble de mesures soit pris afin de ne laisser entrer dans la consommation que du maïs sain et de bonne qualité ;

2° Que la cause prédisposante principale étant un régime alimentaire insuffisant et presque exclusivement végétal, il faut augmenter considérablement la proportion de substances animales qui entrent dans l'alimentation du peuple des campagnes.

3° Que toutes les causes de débilitation qui pèsent sur la classe pauvre des agriculteurs, agissant également comme causes prédisposantes ou adjuvantes de la pellagre , il faut procurer à cette classe des conditions meilleures d'existence.

Ces trois propositions renferment les bases de

(#14) la prophylactique. Je vais les reprendre lune après l’autre avec plus de détails :

1° Perfectionner la culture du maïs et son emploi comme substance alimentaire.

La culture du maïs dans les régions tempérées de l'Europe situées entre le 42° et le 46° degrés de latitude septentrionale ; étant l’origine et le point de départ de la pellagre, des réformes dans cette culture doivent être le point de départ des mesures indispensables pour lextirpation de cette maladie. F

J’ai dit des réformes, et non la suppression de la culture du maïs, ainsi que plusieurs médecinsitaliens l’ont conseillé. Des réformes sont en effet là seule chose possible, nécessaire et logique : elles sont seules possibles, parce qu’on n’arrivera jamais à décider les agriculteurs qui sont parvenus à faire dû maïs un produit régulier de leurs terres, à renoncer entièrement à une céréale qui donne 66 à 86, et jusqu'à 156 de récolte pour un de semence , tandis que les céréales que le maïs a remplacées ne donnent que 4 à 6 pour un. 1} existe en outre, au point de vue économique, d’autres raisons graves qu’il ne m'appartient pas d'exposer ici, et qui montrent que l'abandon complet de la graminée américaine serait réellement préjudiciable au bien-être des classes inférieures auxquelles elle fournit un aliment si abondant.

1 Voir Appendice, note sur le maïs.

Mais je répète que cet abandon n'est pas nécessaire etne saurait être proposé comme conséquence logique des conclusions établies plus haut sur la cause de la pellagre; j'ai dit en effét que ce n’est pas le maïs lui-même et par ses qualités normales , mais seulement le maïs altéré àäccidéntellément qui produit la maladie : done là réforme nécessaire et logique consiste à bannir entièrement du régime alimentaire le maïs altéré;à étudier avec soin les altérations de ce grain, les causes d’où elles dérivent; à prendre enfin des mesures pour prévenir ces altérations.

Où n’atteindra sûrement ces résultats qu’apres avoir entrépris une série d’études qui n’ont pas éncore été faites et dont je me bornerai à esquisser rapidement le plan. Ainsi :

A. Parmi les espèces et les variétés si nombreuses' de maïs déjà naturalisées en Europe, il faut déterminer celles qui sont les plus propicées à chaque climat, à chaque nature de terrain, à chaque mode de culture. Les plaintes des médecins italiens sur les variétés précoces connuëés sous les noms de quarantain et cinquantain ; lés remarques faites par tous les observateurs depuis Parmentier jusqu'à M. Bonafous sur lés différences d’aptitudes et d’exigences des diverses variétés, prouvent la nécessité d’exécuter, au point de vue de l’hygiène publique, des études qui n’ont été commencées que sous des rapports

t Voir Appendice, note sur le inaïs.

( 276 ) d'intérêt agricole. Le maïs ne fait pas exception à la loi qui condamne toute plante et tout ètre organisé à ne pouvoir s’accommoder qu'à certaines conditions d'existence, à prospérer dans un milieu, à dépérir dans un autre; or, il faut songer ici qu'à la santé de la plante, à sa prospérité, sont liées la santé, la prospérité de l’homme qui s’en nourrit. Nous savons que certaines variétés résistent mieux à l’humidité, d’autres à la sécheresse, d’autres au froid ou au vent; il faudrait donc naturaliser dans les pays qui sont plus ou moins exposés à telle ou telle vicissitude la variété qui la brave le mieux. Il est probable que la composition géologique des terrains a plus d'influence qu'on ne croit sur les qualités du mais. J’ai déjà dit que le seigle s’ergotait facilement dans les terres argileuses, et rarement dans les champs assis sur le granit; j’ajouterai que d’après les remarques! communiquées à Parmentier par Lambert, la même espèce de maïs cultivée en Alsace, donnait des produits différents suivant les terrains : le grain récolté dans les terres argileuses était toujours très-coloré, tandis que dans les terres calcaires on le trouvait diversement nuancé. Je pourrais citer beaucoup d’exemples analogues, mais je n’ai besoin que de faire sentir la nécessité de rechercher quelles sont les modifications intimes dans la santé de la plante et la composition du grain, qui cor-

‘ Traité du maïs, p. 38,

( (ST ) respondent à ces modifications extérieures.

B. L'étude des maladies du maïs est encore trèspeu avancée ; les assertions de M. Balardini sur le verderame montrent l'importance qu'il y a à étudier la pathologie du maïs dans ses rapports avec la pellagre.

C. La récolte du maïs, dans les pays où la maturation est plus ou moins fréquemment compromise par les intempéries atmosphériques, dans la France entière par conséquent, devrait être l’objet d’une attentive surveillance de la part de l'autorité publique. Dans les années chaudes et les étés secs, et surtout dans les bons aspects, le maïs semé en avril est bon à récolter à la fin de septembre dans les départements méridionaux, un peu plus tard dans le centre; mais dans les années froides et pluvieuses, le grain de maïs, à cette époque déjà si avancée de l’année, est à peine mür et n’a pas atteint la dessiccation qui est nécessaire à sa conservation. C’est même sans doute pour parer à cet inconvénient que les Bourguignons ont été conduits à terminer artificiellement la dessiccation du maïs en le faisant passer au four. Cette pratique, dont je reparlerai plus loin, a peut-être contribué puissamment à préserver les paysans de Bourgogne de la pellagre endémique. Il est encore une pratique à laquelle les habitants de la campagne se livrent dans le but de procurer au bétail une nourriture

* Parmentier, Traité du maïs, p. 91.

qu'i ‘il aime beaucoup, je parle de l’ététement du mais, c’est-à-dire de l’ablation de la tige au niveau de la naissance de l’épi, quelque temps avant la récolte. Les ayantages et les inconyénients de ce retranchement ont été un sujet de contestation parmi les agronomes ; Bosc, entre autres, lui a reproché de nuire à la saveur et surtout au volume du grain; mais s’il était vrai que cette opération füt un moyen d'accélérer la maturité du grain et sa dessiccation, peut-être seraitil convenable de la généraliser et de la prescrire partout où la maturation paraît compromise. Il est malheureux que la science agronomique ne se soit pas prononcée définitivement sur la valeur de l’ététement.

D. La question des moyens de conservation du maïs est sans contredit l’une des plus importantes pour l hygiène et une de celles dont il serait le plus urgent que l'administration s "occupât. Ces moyens se rapportent à la conservation soit du maïs en grain, soit du mais en farine.

Le mais en grain se conserve soit par l'a chaud qui opère sa dessiccation, À à l’aide de procédés variables suivant! les pays, soit par le feu, dans quelques pays où l'air ne suffit pas habituellement. |

La dessiccation du maïs par le feu me paraît pouvoir jouer un rôle important dans la prophylactique de la pellagre, en suppléant aux ef-

" Voir à l’Appendice, note sur le maïs.

fets de la chaleur atmosphérique qui fait. défaut : dans nos climats. J’ai été frappé, en jetant les yeux sur les tableaux de la culture du maïs en France, de voir cette culture très-répandue dans nos provinces de l'Est, sans que les médecins aient encore élevé aucune plainte sérieuse’. Sans doute leur silence, avant ces dernières années, n’aurait pas été plus surprenant que celui des médecins du Midi, et s’expliquerait de même par le défaut de notions suffisantes sur les caractères et la nature d'une maladie insidieuse et d’ailleurs encore enracinée. Il est probable cependant que pendant les trois ans qui viennent de s’écouler, après que les faits de pellagre observés à Paris et dans les Landes ont retenti dans les journaux de médecine, nos cris d'alarme auraient trouvé des échos dans les départements de l'Est si la pellagre y eût existé.

Préoccupé vivement de ce fait singulier, de cette immunité inexplicable d’une vaste contrée qui cultive et consomme beaucoup de maïs, j'ai étudié de plus près le genre de vie des paysans bourguignons, franc-comtois et de leurs VOISINS,

* Depuis longtemps l'opinion populaire en Bourgogne, et surtout dans Ia Franche-Comté, attribue à la nourriture du mais le teint jaune des femmes et leurs grossesjambes. Mais Par- PO qu aan demandes sense neen à Drag, secrétairé-perpétiel de l’Académie des sciences de Besançon, ce dérnier lui répondit qu'il croyait ces accusations sans fondement; et que les influences locales y contribuaient pour le moins autant que les constitutions des races primitives. IL serait à désirer que les médecins exarhinassent de nouveau et de plus près ces questions intéressantes, (V. Traité du maïs, p. 248.)

‘et j'ai reconnu que ces populations se distinguent précisément des autres peuples mangeurs de maïs par les procédés dont ils se servent pour conserver cette céréaleet préparer les aliments qu’elle leur fournit. Les procédés particuliers aux départements de l'Est ont pour but et pour effet de donner au maïs ce que le climat lui refuse souvent, une dessiccation complète; d'assurer sa conservalion, d'empêcher toute fermentation et toute altération de se développer. Ces particularités remarquables, indiquées dans le Cours d'agricullure de l'abbé Rozier, sont décrites dans l'édition donnée en 1812 du Traité du maïs de Parmentier, et je tiens de mon confrère M. Perrusset, qu'on suit encore universellement dans les pays dont il s’agit ces usages salutaires ; Parmentier a cherché à apprécier ces procédés, et voici comment il s'exprime à cet égard *?

« Le maïs, quelque sec qu’on le suppose, subit, dans certains endroits du royaume, l’opération du feu, surtout celui dont on fait la bouillie ; on prétend méme que sans cela cette préparation serait très-inférieure ; mais les Italiens, qui ont toujours passé pour de grands amateurs de bouillie, ne font jamais sécher au feu le mais, et leur polenta a autant de réputation que les gaudes ° Le feu, dans ce cas, ne sert donc qu'à suppléer aux défauts du climat. |

‘ Voir, pour la description, à l’Appendice, note sur le maïs, * Ouvrage cité, P- 146 et suiv.

5 Bouillie de maïs des Bourguignons et de leurs voisins.

« Quoique mon travail nait été entrepris que pour éclairer les habitants de la haute et basse Guienne, qui en aucun temps n’invoquent le secours du feu pour donner une plus grande perfection au mais, avec lequel ils préparent de bonne bouillie, l’Académie’ me permettra de m’arrêter au procédé que suivent les Comtois et les Bourguignons. » |

Plus loin, Parmentier ajoute : « En parlant des effets généraux du feu sur les grains, j’ai dit que son action enlevait l’eau surabondante, combinait plus intimement celle qui leur était essentielle, détruisait l’état tenace et visqueux; ce qui . mettait les grains les plus nouveaux, et par conséquent les plus humides, dansle cas d’être moins attaquables par les insectes, de pouvoir se moudre avec plus de profit, de se conserver plus longtemps, de se transporter au loin sans crainte d’avaries, de donner enfin une farine plus propre à la préparation de la bouillie; mais que tous ces avantages, précieux sans doute, ne pouvaient avoir lieu sans apporter en même temps dans la constitution du grain un dérangement notable, dérangement dont le germe se ressentait le premier, et qui se portait ensuite sur le

‘ Le Mémoire de Parmentier avait été adressé à un concours établi par l’Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux ; il fut couronné par cette Académie en 1784. C’était plutôt un panégyrique du maïs qu’un traité scientifique ; plus tard , Parmentier modifia plusieurs assertions émises dans son premier travail. Jai eu recours à l’édition de 1812.

principe qui contribue le plus à la panification".

« 1] parait que l'expérience a rendu les Bourguignons , ainsi que leurs voisins, tres-attentifs à ces circonstances, puisque jamais ils ne passent au four le grain destiné à la reproduction future, et rarement celui qui entre dans le pétrin, ou qu’on donne à manger aux animaux. Ils ne pratiquent donc réellement cette opération que dans la vue de donner à la bouillie ou aux gaudes une perfection qu'elles n'auraient point, selon eux, sans celle dessiccation préalable. Aussi a-t-on coutume de dire en Franche-Comté et en Bourgogne, que les gaudes ne sont jamais aussi savoureuses quand on les prépare avec le turquie vert; expression qui prouve assez qu'ils regardent le grain, en cet état, comme une crudilé. »

Cependant, comme :il conservait une opinion peu favorable au procédé bourguignon, Parmentier s’adressa, pour obtenir des éclaireissements, à Maret, secrétaire perpétuel de Académie des sciences de Dijon, lequel soumit les doutes de son correspondant à M. Perret, de la même Académie, qui était alors l’homme le plus en état de donner des instructions à cet égard ; voici un éxtrait de la réponse de ce dernier, tel qu'il est publié par Parmentier. |

« En faisant sécher le maïs, on a intention de rendre la farine plus savoureuse et de contribuer à la conservation du grain qu’on garde assez souvent

1 On a vu pus haut que Parmentier avouait l'absence de ce principe dans le maïs.

plusieurs années dans des tonneaux défoncés ; ce qui serait impossible , ou du moins très-difficile, si le grain n'avait pas passé au four : on le garde encore en tas dans des greniers sans accidents, pourvu qu ’ilne soit pas exposé à l'humidité; mais on évite de sécher au four le maïs réservé pour les semailles. Quant au mais destiné à la volaille ou au bétail , On ne le fait pas non plus sécher; mais c’est plutôt par économie que pour toute autre cause ; car cette dessiccation opère toujours une Don te consommation de bois et une perte de temps considérable. Il n° y a d'autres motifs qui puissent dispenser les habitants de nos provinces méridionales de passer le maïs au four, que la chaleur du climat oulanature du sol qui produit cegrain; mais quelqueparfaites quesoientsa maturité et sa dessiccation sur pied dans les pays chauds, je doute que la saveur de la bouillie de mais y ait le même agrément que la farine employée en Bourgogne et provenant du mais séché au four. Le maïs qui a subi cette opération, et celui qu on laisse dans son état naturel,

ont une odeur si différente, qu'ils ne se ressemblent plus que par la forme: l’odeur et le goût de l’un et de l’autre varient en quelque sorte autant que ceux du café brülé et du café vert. Presque tous les consommateurs mangent avec plaisir é en Bourgogne, les différents mets BEPALÉS avec la farine du maïs desséché ; il n’y a guère que les hommes des champs qui, par une suite de l'éducation et de l'habitude, puissent faire usage

( 284 ) du blé de Turquie qui n’a pas été mis au four. Son odeur et son goût déplaisent à une multitude de gens, même à quelques-uns de ceux qui sont habitués aux aliments ordinaires de la campagne. Il serait possible sans doute de n’appliquer le feu au maïs qu’à mesure de la consommation, pour le transporter au moulin, et le garder plutôt en farine qu’en grains; mais cet usage n'est suivi que dans certains cantons et dans quelques fermes où l’on ne recueille que de petites quantités de maïs; dans celles où l’on fait de grandes récoltes, comme sur les bords de la Saône et du Doubs, on dessèche ce grain à la fin de l'automne et pendant l'hiver, pour le consommer ou le vendre, et il serait difficile de le conserver en gros tas, s’il n'avait pas été préalablement séché au four. Au surplus, les habitants de la campagne de la basse Bourgogne consomment plus de maïs que de blé, de seigle ou d'orge; ils lui donnent même la préférence sur ces grains, parce qu’il est susceptible de préparations plus variées et plus savoureuses pour leurs organes. On a déjà voulu essayer de dessécher le maïs en grains au lieu de le distribuer au four en épis; mais on a trouvé cette méthode embarrassante et défectueuse. D'abord ilest extrêmement difficile à égrener quand il n’a pas été chauffé. IT faut ensuite beaucoup de place pour pouvoir le conserver, l’étendre et le remuer souvent, ce qui exige des greniers vastes et un travail perpétuel. Enfin, en le plaçant en grains dans le four, les

parties supérieures et inférieures sont en partie brülées, ainsi que celles qui touchent à l’âtreet aux parois du four, celles du milieu sont mal desséchées ; en sorte que les grains, confondus ensemble, forment un mélange qui choque l’œil, produit une farine brune qui conserve un goût d'amertume. Ajoutons que les charbons, les cendres et la poussière du four qui recouvrent ces grains présentent une grande difficulté pour nettoyer le maïs. On observe d’ailleurs qu’il faut un degré de chaleur plus grand pour dessécher une couche épaisse de blé de Turquie mise en grains dans le four, que lorsqu'il est placé en épis, et que jamais il n’y a d’uniformité à espérer dans le desséchement. Ajoutons encore que jamais on ne méle avec le maïs des épis égrenés apres la dessiccation, niles grains quise sont détachés d'eux-mêmes dansle four. Les marchands, éclairés par l'expérience, refuseraient de l’acheter, ou ne voudraient le payer qu’à un prix audessous du cours. »

J'ai cru devoir donner de l’importance à ces remarques, et j'ai décrit avec détail dans une des notes placées à la fin de cet ouvrage, l'usage suivi par les Bourguignons, parce qu'il me semble que son adoption dans le midi de la France et dans les autres contrées ravagées par la pellagre, pourrait contribuer puissamment à l’extirpation d’une maladie dont nos paysans de l’Est paraissent jusqu'ici avoir su se préserver. Il est bon de savoir en effet que le cultivateur comtois ou

bourguignon ne consomme pas où ne consomme que très-peu de maïs en pain; que la bouillie qu’il fait avec une farine préparée d’uné manière spéciale , est généralement confectionnée avec du lait, souvent avec du beurre; qu’elle est moins consistante et plus cuite que la polenta des Italiens et que la miliasse ou la cruchade de nos départements méridionaux; et c'est pourquoi il serait à désirer que lon remplacät toutes ces préparations par les gaudes, et que l’on ne préparät jàmais nulle part d'autre bouillie que celle de Bourgogne.

Lorsque le maïs n’a pas subi lutile opération dont je viens de parler, et qu'après avoir été égrené et vanné ,'il est déposé dans les greniers , il demande beaucoup de vigilance et de soins, et Parmentier! reconnaît que, quelque sec qu'on le suppose, ilse détériore facilement. La disposition des greniers est donc un des points importants à étudier, surtout dans les pays où l’on panifie le mais.

La farine de maïs est, dans nos climats, d’une conservation plus difficile encore que le graïn : elle passè, suivant Parmentier, pour ne se conserver que quelques mois; mais ce savant attribue cet inconvénient aux moyens employés pour la conservation: Il faudrait donc s’occuper aussi de cette question au point de vue dé l'hygiène; et je rappellerai que, d’après Fernandez d’Ovie-

t Ouvrage cité, p. 167.

( 287 do , les Indiens et même les Européens qui naviguaient aux mers australes et qui emportaient avec eux, pour le voyage, de la farine de mais, avaient soin d'emporter de la farine grillée.

E. Les divers emplois du maïs comme substance alimentaire sont aussi importants à étu- . dier que les moyens de conservation du grain ou de la farine. Depuis que l'usage de panifier la céréale américaine s’est introduit en Europe, on s'est plaint sans cesse, et partout où cet usage s'est introduit, des mauvaises qualités du pain, de son état pesant et massif. Parmentier ‘ raconte que lorsqu'il recut de Navarreins un pain de maïs enfermé dans sa terrine, et qu'apres avoir ouvert celle-ci il apercçut, au lieu de pain, une masse de pâte serrée, grasse et à peine cuite, il s'écria : « Quel pain mangent nos compatriotes les Béarnaïs ! » Dès lors, le désir d'améliorer un pain aussi détestable fit entreprendre à ce bienfaiteur du peuple une série d'expériences sur la panification du mais ; pour savoir si réellement il ne serait pas possible d’en perfectionner la fabrication; mais plus tard il avouait tristement n’être pas arrivé au but de ses efforts : « Je n’exposerai pas ici, dit-il, les raisons physiques qui s'opposent à ce que la farine de maïs la plus fine et la mieux blutée puisse jamais se changer en un pain comparable à celui de froment ou de seigle. Je dois seulement faire observer qu'il n’y a point de ma-

1 Ouvrage cité, p. 268.

nipulations pratiquées en boulangerie que je n’aie mises en œuvre, point de procédés chimiques que je n’aie employés pour obtenir plus de succés, c'est-à-dire pour suppléer à l'absence de la matière glutineuse dans le maïs, et diminuer la matière muqueuse trop abondante. Peut-être l’art en viendra-t-il un jour à bout; toutefois, en supposant que l'opération n'en devienne pas plus coûteuse, car la plus légère dépense dans la préparation de l'aliment journalier pour le riche en est bientôt une trés-considérable pour la classe indigente.

« 1] serait donc possible que, par la suite, on pût obtenir des résultats plus satisfaisants; mais j'ose assurer, sans crainte d’être jamais démenti, que la farine de maïs manquera toujours de ce liant et de cette glutinosité si bien caractérisés dans le froment, si essentiels à la fermentation de la pâte et à la bonne qualité du pain; que le pain dont il s’agit aura constamment une nuance jaunâtre; qu'il sera compact et gras; effets qui dépendent de matières inhérentes à ce grain ; qu’on parviendra bien, à force de recherches et de tentatives, à diminuer, sans cependant pouvoir en faire disparaître entièrement la cause. »

Si l’on ajoute aux reproches universellement adressés au pain de maïs, à cet aveu formel dela science, les accusations plus directes et plus précises des médecins italiens que j'ai cités dans un chapitre précédent, on sera conduit à considérer comme une question très-sérieuse celle de savoir

s'il n’y aurait pas lieu de supprimer entièrement la panification du maïs dont l’usage est encore répandu dans les Landes, le Béarn, les vallées du Gers et certaines parties de l” Italie et de l'Espagne;s’ilne faudrait pas prendre des mesures pour que l’usage des galettes et des gâteaux de maïs, convenablement préparés, füt, avec celui de la bouillie bourguignonne, universellement. substitué au pain.

Il est, du reste, bien reconnu aujourd’ hui que c'est Leu: sous forme de galettes que les Péruviens, les Mexicains et presque tous les peuples de l'Amérique consomment le maïs.

L'inexactitude de l’opinion qui leur attribuait l’usage du pain de maïs a été démontrée, et Parmentier s'était déjà élevé contre cette erreur. « Ecoutons, dit-il, les compilateurs dont le siècle abonde : rien n’est plus facile selon eux que de faire du pain de maïs, comparable pour la légèreté à celui du froment, et, si on les en croit, c’est toujours sous celte forme que ce grain sert de nourriture aux différents peuples de la terre. Suivons ensuite les détails des pratiques employées soit par les natifs de l'Amérique, soit par les Européens établis dans cette partie du monde, et nous serons bientôt convaincus que ce prétendu pain n’est qu’une véritable galette, puisque après avoir broyé le maïs, ils mêlent sa farine avec l’eau pour en former, sans le concours d’aucun levain, une pâte qu'ils cuisent sur-le-champ et mangent toute chaude au sortir du four... Je

© 390 | lé répète, le pain de maïs est peu connu èn mé: riqué. » |

La galette est aussi très-usitée en Espagne.

« Les Espagnols, dit encore Parmentier, qui paraissent avoir appris des Américains cetté manière Simple d’ apprêter Ïé maïs, ne suivent pas partout le même mode. Les liabitants des montagnes de Santander observent beaucoup de précautions pour cuire leur galetté àäu four. » | | | | Dans plusieurs parties de la Biscaye on fait autant dé galettés qu’il ÿ à de personnes dans la maison ; et il faut remarquer que dans lés Asturiés, cé foyer de pellagré éndémique, la confection des galettes est beaucoup plus grossière et plus tiégligée que dans les autrés provinces espagnoles. Ces galettes} très-épaisses, sont abandonnées tôüte la journée, sous des céhidres à peine éhaudes, recouvertes de paille et de feuilles sèches; « d’où résulte nécessairement, ébhtinue Parméntier, un aliment dit à demi-cuit, ayant un goût de fumée détestable *.

La galetté Semble iéelténent avec la bouillie le node de préparation le plus naturel dû maïs, et j'en diräi aütant des gâteaux, qui ne sont que des valettes avec des assaïsonnements et des Véhivue äutres que le sel et l’eau. Tous les péuples qui cultivent le maïs ont châeun leur gâteau ébnnû £6us différents noms, préparé avéc la fa-

«Traité du maïs, p. 253-54.

rie la plus fiié ét réservé en général } pour lés jours dé fête. Dans le haut Latetlses ces gâtéaux portent lé nom dé pain de millet, milhasset, cas$ole. Céux qui sont populaires parmi les Bourgüignons, lës Comtois, les Bressans, sous lé nom de flamusses, paraissent encore préférablés: ils se fabriquent avéc trois quarts de farine de maïs et un quart de farine de froment, dé seigle, d’avoiné ou dé Sarrasin, auxquelles 6n ajoute du bêuiré où du lait.

Je ne dois pas quitter cette difheile questiôn

des mesures à prendre pour aécommoder la cul ture èt la consommation du maïs aux rigueurs dé notré climat ét aux lois de l’ liygiène, sans r'appelér un moyen d’utiliser les variétés précoces, qui consisté à les cultiver comme fourrage et non comme céréales. Vers la fin du siècle dernier, l’ancienne Académie des sciences et arts de Bordeaux, dans un avis Sur les moyens de suppléer à là diselle des fourrages, proposa comme la meilleure ressource, la culture du maïs-fourrage vert ou seé. Depuis lors Parmentier, et après lui beaucoup d’agronomes, ont traité ce sujet au point de vuë agricole et économique, et lé mais, Comme plañte fourragère, a prospéré dans plusieurs points des départements de l'Ouest. C'est un exemple qui pourrait être étendh àVec fruit, et que je devais signaler à cause de Ses rapports avéc l'hygiène publique.

Dans les pages qui précèdent, jé né pouvais avoir d’éutré but que dé poser quélqués jalôns

sur un terrain. obscur semé d'obstacles et dans lequel je marche sans précédents. J'ai voulu surtout provoquer des recherches plus approfondies et plus propres que les miennes à servir de base aux mesures définitives que réclame la santé publique. Puissent dès ce moment les médecins et les administrateurs se pénétrer de la nécessité de prendre ces mesures.

2° Je passe à la deuxième proposition, que l’on peut formuler ainsi : Augmenter la quantité des substances animales dans le régime alimentaire du peuple des campagnes. Je ne développerai pas cette proposition, elle m’entrainerait à des détails étrangers à mon sujet; il suffit que j'aie montré que la classe infortunée des pellagreux doit une grande partie de son infériorité et de ses souffrances physiques à l'abus du régime végétal; or, les preuves de ce fait se trouvent rapportées dans un grand nombre de passages de cet ouvrage; c’est d’ailleurs une vérité déjà proclamée par les économistes, que dans notre pays la population agricole, en général, souffre du manque de viande et se trouve réduite à une alimentation incapable de la faire lutter énergiquement contre les fatigues de la vie des champs: il y a peu de mois, M. Longchamps démontrait cette vérité en s’appuyant sur des chiffres irrécusables, et faisait voir que notre armée elle-même subit les fàcheuses influences d'une alimentation trop peu animalisée. Le mal est donc général, et les pellagreux ne forment qu'une fraction de Ja classe la

plus maltraitée, de celle qui a le moins de ressources pour échapper à ses effets les plus fâcheux, Quant à la cause de ce mal, je crois qu’elle réside pour la France dans l’organisation même du svystème agronomique. Il y a longtemps déjà que, entrainés vers la production toujours croissante des céréales, nous nous sommes mis à livrer nos terres à la charrue, et à lui sacrifier insensiblement le pâturage, sans penser que nous attaquions ainsi le principe même de la fertilité des terres, et qu'avec le pâturage disparaîtraient le bétail et les engrais. C'est, en effet, ce qui est advenu; la jachère, le manque d’engrais, l'insuffisance du bétail, sont aujourd’hui les grandes plaies de l’agriculture en France. Malheureusement, et c’est là seulement ce qu'il m’appartient de déplorer ici, la fortune publique n’a pas été seule compromise par les vices de ce système; mais encore la vigueur physique des populations agricoles et leur santé elle-même en recoivent une notable altération. Certes la pellagre n'aurait pas pris facilement racine au sein d’un peuple ayant de la viande chaque jour à sa disposition pour son repas principal. L’Angleterre est, de tous les pays de l’Europe, celui qui a le moins souf- fert des maladies que j'ai proposé de nommer maladies céréales, et dont la France et l’Allemagne ont été ravagées. L’ergotisme, le mal de la crampe, y sont presque inconnus aujourd’hui, et la pellagre n’y a jamais été observée. Je livre ces faits à la méditation des hommes qui se vouent

à |’ amélioration matérielle et morale du peuple; ce que le public connaît déjà des travaux de l'un des membres les plus éminents de l’Institut, M. Hippolyte Passy, permet d'espérer que la classe en faveur de laquelle j'élève ici la voix, celle qui fournit les pellagreux dans tous les pays; trouvera du moins en France un défenseur puissant à la fois par influence, par les lumières et par l'amour du bien,

30 Il me resterait à développer la troisième proposition que J'ai formulée, et qui embrasse un ensemble de réformes ane considérable encore que les propositions précédentes » puisqu’elle a pour but de préserver les campagnards, non-seulement des influences d’une nourriture affaiblissante, mais encore de toutes les causes de débilitation qui les entourent. J'aurais à m’occuper des habitations, des soins de propreté, des habitudes relatives au travail , au sommeil, à la veille, etc.; en un mot, ] aurais à tracer à grands traits un plan d’ hygiène publique « et privée, appropriée à l'existence des campagnards. Mais ce serait un, ouvrage nouveau à ajouter à celui que Je ter mine en ce moment ; c’est pourquoi Je me borne : à dire que nul ouvrage ne serait plus utile que « celui- Jà. Les villes ont été transformées déjà par la science hyg iénique; elle a tout à faire dans les campagnes, qui gardent encore à cet égard une triste virginité. Lorsque l'hygiène s'y fera jour ets y développera librement, bien des infirmités disparaîtront de la chaumière du la-

( 295 ) boureur. Le goître, la scrofule en seront exilés, et 1l en sera de même de la pellagre.

On comprend du reste que la plupart mr améliorations : à entreprendre deyron] varier Sul: vant les conditions inhérentes à chaque contrée ; ainsi les travaux qui : s ’exéculent depuis quelques années dans les landes de Gascogne présagent enfin à cette terre désolée, principal foyer de la pellagre en France, un avenir meilleur. L'ennemi natu-

rel des landes du littoral, c’est la mer qui l'en-

que les vents d'ouest poussent. vers l'intérieur, et c est là que les premiers efforts de l'homme devaient se porter. Des 1787, g grâce à l’énergique persévérance de semble qui prédisait à la Teste et à Bordeaux lui- -même qu'ils périraient un jour sous les sables, on commença à fixer les dunes par des semis de pin ! maritime. Ces travaux négligés pendant prés d’ un demisiècle, ont été repris avec plus d'activité depuis yugiques années; et en même temps on a songé aux landes de l intérieur, a ce delta dont les deux côtés coincident sensiblement avec la Gironde et l'Adour, et dont la base s’ appuie sur la ligne des dunes qui bordent l'Océan sur une longueur de plus de soixante lieues. Le point culminant de cette contrée ne dépasse pas 1 190 métres au- dessus du niveau de la mer, et cette pente, répartie sur ul ne aussi vaste étendue, est le plus souyent inappréciable ; de là le séjour prolongé des. Eaux pendant l'hiver, et la nécessité où se

trouvent les habitants de faire usage d’échasses pour traverser ces plaines inondées. Mais une compagnie fondée il y a dix ans, sous le nom de Compagnie des landes de Bordeaux, à déjà commencé l’œuvre de l’assainissement en créant le canal d'Arcachon, qui établit aujourd’hui entre le bassin d'Arcachon et le lac de Parentis une ligne navigable de plus de 40,000 metres de développement. Le chemin de fer de Bordeaux à la Teste est venu concourir aussi à lamélioration des landes, et, en contribuant au développement de la richesse, il a doublé l’émulation pour la culture et la mise en valeur des terres du littoral. L'aspect du paysage est transformé complétement en beaucoup d’endroits, s’il faut en croire M. Maréchal, qui a publié sur ce sujet une intéressante brochure. Enfin une nouvelle Compapagnie (la Compagnie agricole et industrielle d'Arcachon ) a déja défriché l'immense plaine de Cazau, autrefois inculte et déserte, et l’industrie est venue s'asseoir elle-même sur ce sol auquel le cultivateur semblait avoir renoncé pour ja- Mais.

Aïnsi sur ce point du domaine de la pellagre un mouvement salutaire est donné, et pourvu qu’il continue de s'étendre, les familles entamées par l’endémie en ressentiront sans doute le bienfait. Mais pour faire reculer également le fléau sur tous les points où nous lé voyons chaque jour gagner du terrain, 1l faut que les améliorations matérielles dont chaque contrée est sus-

ceptible viennent au secours des populations rurales; aujourd’hui, la force de l'homme pour dompter la nature a été doublée par l’industrie “et par l'esprit d'association; il faut que ces puissances nouvelles soient dirigées contre l’envahissement des maladies populaires, qui corrompent dans sa source la santé des nations. La plupart des endémies sont des débris du délaissement et de l'oppression au sein desquels les peuples ont vécu dans les âges passés, elles diminuent et tendent à disparaître avec l'ignorance et la servitude; mais la pellagre semble faire exception; nouvelle parmi nous, elle s’est jouée jusqu'ici des progrès de la civilisation; loin de décroître ou de demeurer stationnaire, elle s’étend et envahit chaque jour. Il est difficile de se prononcer avec certitude sur ses progrès en Espagne ‘, mais ces progrès sont incontestables en

* Si j'en jugeais d’après la courte notice qui m’a été transmise par M. Gonzalès Crespo , le mal de la rosa n'aurait pas fait de progrès depuis Casal, rien n’indiquerait son existence dans la plupart des provinces espagnoles, et dans les Asturies même ses ravages sembleraient avoir diminué. Mais l’histoire de la pellagre permet-elle de s'endormir avec sécurité sur la foi de semblables paroles ? Quel est le médecin français, à part quelques praticiens des Landes, qui, questionné il y a quelques années, par un de ses confrères d'Italie, sur l’existence de la pellagre en France, n’aurait pas répondu avec beaucoup plus d’assurance que l’honorable médecin de Guadalajara, que la pellagre n’existait point parmi nous ? Nous savons que, ds Casal, personne en Espagne n’a fait une étude approfondie de la question qui nous occupe, et qu’en Espagne, comme partout, la pellagre ne décime que la classe de la société qui est la plus délaissée , celle qui se plaint le moins, celle qui a le moins de contact avec la médecine. Or, je le demande, ne sommes-nous

France et en Italie; et dans ce dernier pays ils sont constatés à l’aide de chiffres bien propres à jusüfier l’effroi des médecins.

Depuis 1771, époque où Frapolli écrivait, jusque à la fin du dix-huitième siècle, presque tous les, observateurs lombards reconnurent que le nombre des victimes de la pellagre augmentait d’année en année. Strambio calculait qu’en 1784 les pellagreux formaient à peu près.le yingtième de la population dans les districts les plus maltraités. Depuis cette époque, le mal s’est encore accru, s'il faut en croire Rasori et plusieurs autres médecins. Marzari, dans l'édition de son Essai médico-politique publiée en 1810, prétendait ques si dans le nouveau ERYAUTRE d'Italie il ÿ avait autant de pellagreux (ce qu'il n’osait pas croire) que dans le département du Tagliamento, 1l y en aurait plus de cinquante mille ra le royaume. M, Jourdan, dans son article publié en 1810, assurait qu'il v avait certains districts où l’on comptait un malade sur cinq ou six individus. Nous avons vu en 1829 M. Brière de Boismont revenir d ltalie sous l'impression de l'effroi que causaient alors les envahissements de la pellagre. « Chaque : année, dit-il, des milliers de laboureurs sont en proie à ce fléau destructeur qui menace de s’étendre de plus en plus. »

pas en droit de penser que les médecins espagnols , et avec eux M. Gonzales Crespo, se trouvent dans la mème situation d’esprit que la presque universalité des médecins de France ? Îls

connaissent peu le mal de la rosa, ils ne le cherchent point é ils ne croient pas à son existence,

Les paroles de Joseph Frank ne respirent pas moips la terreur : « La pellagre, dit-il, emporté chaque année plusieurs milliers.de paysans, et ce qu'il y a de pire, la maladie s’accroît dans.sa marche, non-seulement en envahissant une plus grande étendue de pays, mais encore en acquérant plus d'intensité. Aussi est-il impossible de prévoir le terme d’un pareil fléau. » Zecchinelli affirmait que la pellagre avait fait, particulièrement dans le Bellunais, d’épouvantables progrès depuis quarante ans.

Enfin M. Calderini, dansle long Mémoire qu'il a publié l’année dernière dans les Annali universali de Milan (numéro d'avril), établit la progression croissante de la pellagre à l’aide de relevés” statistiques dressés pendant un espace de 11 années (de 1832 à 1842), et soutient qu'au moment même où il écrit, tous les documents relatifs à la maladie prouvent qu’elle est en cours d’accroissement.

* Patholog. médic., t. IL, p. 347.

? Tableau des pellagreux traités dans le grand hôpital de Milan, de 1832 à 1842:

1832 — 642. 2e semestre de 1837 — 194.

ler semestre de 1837 — 194. 1842 — 776.

Toraz...,. 3314. | AAC I NEA 3679.

Différence en. plus pour les trois demi-années : 379. :

J'abandonne ces faits à la méditation des hommes qui pensent et qui aiment leurs semblables; c’est la meilleure invocation que je puisse leur adresser.

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