‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 29 sur 44 · TOPOGRAPHIE MÉDICALE DES ASTURIES · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE MÉDICALE DES ASTURIES

D'après les renseignements si curieux ‘ que Casal nous a laissés sur l'Histoire naturelle et médicale dé la principauté des Asturies, le climat et le sol de cette contrée n'offrent pas les mêmes caractères partout. Une grande partie de la province? est occupée par de hautes monta-

‘ Le docteur Gonzalès Crespo, dans sa réponse aux questions que M. Orfila a bien voulu transmettre en Espagne, sur ma demande, appelle Casal eZ hipocratico doctor, et, en parlant de la description latine du mal de la rosa, il dit qu’elle est faite penicillo hipocratico. Ces expressions s'appliquent, suivant moi, plus justement encore à la partie du livre de Casal qui est écrite en espagnol et dans laquelle on trouve une profonde méditation du Traité des airs, des eaux et des lieux, et une empreinte vraiment hippocratique dans un grand nombre de passages.

? Les limites actuelles de la principauté des Asturies sont : à l'est, les montagnes de Santander; à l’ouest, la Galice ; au sud, le royaume de Léon; au nord, l'Océan, Les Asturies forment , le long du rivage, une bande d'environ 40 lieues de long sur 13 ou 15 de profondeur dans les terres, On les divise en deux parties ; l’une plus petite et plus

gnes que séparent des vallées profondes et humides dont le sol est généralement assez fertile. Vers le nord-ouest, les montagnes s’abaissent au oisinae, de la mer, et l'on rencontre quelques plaines « "une ‘cértame étendue; dans cette dernière partie et sur toute la longueur du rivage, l'oranger et le citronnier croissent en abondance ; la neige est inconnue , et l’hiver n’est jamais assez froid pour faire: geler les: ruisseaux + D'autre part } les chaleurs de l’été sont moins fortes que dans la Castille, l’Aragon et l'Estramadure :. éd |

Dans la région montagneuse?, lé caractère dominant de l'atmosphère , sujette d ailleurs : à de continuelles vicissitudes, est une excessivé hümidité unie à un froid rigoureux pendant l'hiver , et à une chaleur variable pendant le reste de l'année. Ce pays est arrosé par une infinité de ruisseaux d’une limpidité remarquable, ainsi que l’atteste l'abondance des truites.

Au-dessus des vallées on voit, presque toujours suspendues, d’épaisses vapeurs qui interceptent les rayons du soleil. « On passe souvent, dit Casal, les mois de mai; de juin et de juillet sans apercevoir cet astre. En août ét en septembre les vapeurs sont dissipées. vers huit héures du matin par un soleil ardent qui jusqu’à six heures du soir dessèche la terre, si bien que souvent nous adressons à Dieu des prières publiques, afin qu’ ’il envoie l'éäu à à notre SCOUTS , et que nous ne perdions pas la récolte de mais qui est la ressource ordinaire des laboureurs 5. »

orientale est l'Asturie. de Santillana, l'autre est l'Asturie d’ Oviédo, à laquelle s appliquent surtout les remarques de Casal.

: L Cp...

5 je, C., P: 76. Les Asturiens avaient pris l'habitude de eouy rie leurs

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champs à avec. de la chaux vive. Ils avaient remarqué que c'était l’en- Ë Li grais qui convenait le mieux à leur sol,

“Aù cœûf de l'été, lorsque le ténips parait bien : assure, il se ét tôut à Coup à pleuvoir à torrents d'EARE VRS hérrés Comme en décembre. En hiver, au contraire , on voit survenir des tempêtes accompagnées d’ éclairs, de iohñèrres èt de grêle. Les mois d'octobre, de novembre et dé décembre offrent quelques éclaircies de beau temps.

Des vents violents battent fréquemment cetté contrée. Celui dû nord-ouest est froid et orageux : au printemps il ravagé tout. Celui du nord-est, plus glacial encoré peñdant les mois de mars et d'avril, devient au contraire le salut des Asturiens en été; il éclaircit leur triste atmosphère ; mais il est quélquefois si impétueux dans la pläge Maritime , qu'il ensevelit des maisons sous le sablé, et qu’on l’a vu intercepter la circulation dans les rues de Gigon ; la petite capitale du roi Pélage.

Lés vents du sud Sont embrasés , mais ils arrivent trèsaffaiblis. Parfois, lorsqu'ils soufflent äu temps de la caniéulé, 6f dirait les exhalaisonis d’une fournaise ardente. Des vieillards se Souvenaient, äu temps de Casal, d’ avoir vü ve verit échauffer tellement les rivières , qu'on ramhssait partout les truites étouffées à la surface de l’eau.

Casäl décrit avéc üne sagacité remarquable les efféts de cette humidité dont l'ait é8t surchargé sur toutes les productions de la terre: il observé, ainsi que Pliné l'avait fait pour là vallée du Nil', que les fleurs? sont Sans parfumet les fruits sans saveur; que le tissu des plates est comme gorgé d'eau, et qu'il donne , lorsqu'on le brüle , beaucoup de fumée et presque point de cendres et de

«im Ægypto minime odorati flores , quia nebulosus et roscidus äér est a Nilô flumine. » (Hist. nat., |: XXL, ©. 7. )

# On remarque aussi que les labtéés sont très-rares dans, és Asturies, tandis que les plantes aqualiques \ abondent, ainsi que le gui et les Champignoïs qu’on voit naître de toute part sur r les bois employés aux bâtiments neufs,

( 304 ) sels fixes ; il en est de même du bois de chauffage , en sorte qu'on est obligé de faire ramoner très-souvent les cheminées, tandis qu'on ne recuille dans les foyers qu'une très-petite quantité de cendre. Par suite des mêmes causes, les fruits et les grains se gâtent avec une extrême facilité. Le blé dure rarement deux ans. Si l’on garde la farine plus de deux mois en hiver et de trois mois en été, elle se corrompt et se change en une pâte infecte. Le fer se rouille très-vite, et le sel tombe facilement en déliquium!. | Les hommes n’échappent pas à ces influences fàcheuses. Les maladies les plus fréquentes parmi le peuple asturien sont, d’après Casal, la gale, la lèpre, le scorbut, les flux divers, les érysipèles, les plaies aux jambes, les fistules avec carie des os, les calculs des reins et de la vessie, les lombrics, l’hypocondrie, la mélancolie, les manies, les hémorrhoïdes, la passion hystérique , les tumeurs des -glandes et les abcès, les hydropisies, les rhumatismes, le mal de la rose et l'hydropisie tuberculeuse de la poitrine*. 11 dit ailleurs que la manie fut épidémique en 4727 dans les environs de Pilona. Ê Ainsi des affections chroniques, les diverses formes de la scrofule et les maladies de la peau; tels sont les maux qui atteignent de préférence le peuple asturien; mais si la plupart de ces maux sont suffisamment expliqués par les conditions physiques dont le tableau vient d’être re-

* On peut comparer ces effets de l’humidité avec ce que Chardin rapporte sur la Mingrélie, pays excessivement humide ( 7oyage en Perse, in-12, t. L.). — Un chroniqueur espagnol du seizième siècle, Ambrosio Méralès, avait dit en parlant d'Oviédo, que même dans la belle saison, on voyait les meubles se couvrir de moisissures dans les étages supérieurs des maisons. ( Cron. gen. de Espana, Cordova, 1586, in-fol., 1. XIII, f. 63, v.)

? Ces dernières affections régnaient surtout dans les consejos de Aller, Lena et Quiros. — Zb., p. 87.

tracé, où est l'origine, où sont les causes particulières de la maladie qui semble le partage exclusif des pauvres habitants des campagnes, du mal de la rosa? cr

Ilest curieux de voir Casal, esprit judicieux et logique, aux prises avec les mêmes difficultés que celles qui ont exercé la sagacité de Strambio et du petit nombre d'auteurs italiens qui ont abordé sans parti pris la périlleuse question de l’étiologie de la pellagre. Il n’est pas sans intérêt de le voir conduit pour ainsi dire fatalement à raisonner de la même façon, à se tromper par les mêmes causes : « On ne peut, disait-il, chercher la cause de ce mal que dans les conditions atmosphériques ou dans le régime alimentaire. »

Casalavait un jugement trop droit pour attribuer uniquement à l'atmosphère une maladie qu'il voyait épargner les riches et ne sévir que sur de pauvres villageoïs. D'autre part, il avait remarqué un fait qu'il ne dit pas, mais qui ressort de ses observations, à savoir, que lé mal de la rosa n’existe pas seulement dans les contrées montagneuses, mais encore dans le pays de plaine; ainsi le Consejo de Llanera, qu'il cite comme un des quatre les plus maltraités, SPRHEnL à cette partie de la principauté.

Il fallait donc chercher les causes de la maladie dans le régime alimentaire ; voici quel était ce régime Œ apEeS Casal :

« Le gi ou millet indien est le principal aliment de tous ceux à à peu près qui sont atteints de cette affection ; car c'est avec la farine de ce grain qu'est fabriqué leur pain; on‘en fait aussi des bouillies auxquelles quelques-uns ajoutent pour leur nourriture ordinaire du lait’ ou un peu de beurre. Ils se nourrissent aussi d'œufs, de châtaignes,

1 Casal dit que l'usage des paysans élait de vendre le lait et le beurre et de ne boire que le sérum, (P,353.)

de pois; de navets, de choux, de lait, de beurre; de fromage, de pommes, de poires, de.noïix, et d’autres fruits. Ils n’usent que très-rarement. de viandes fraîches, et rarement de viandes salées; presque tous ceux en effet qui ont cette maladie sont de pauvres cultivateurs, ét c’est pourquoi ils ne peuvent manger de viande, salée de porc ou de tout autre animal, non-seulement chaque jour, mais pas même une fois tous les dix jours. Cle pain de maïs est presque toujours azyme, c’est-à-dire, non fermenté et cuit sous la cendre ; leur boisson. est de l'eau; leurs vêtements, le linge, les lits; les habitations sont analogues aux aliments. » | Ce tableau, qui a tant de prix pour nous aujourd’hui que nous pouvons. le comparer à ce que nous savons du genre de vie, des pellagreux de France et d'Italie, aurait porté là lumière dans l'esprit de.Casal, si l'idée que le mal de la rosa était une affection endémique renfermée daris de très-étroites, limites, ne l'avait pas nécesshirement trompé : Q Au premier aspect, disait ce scrupuleux observateur, le régime dont je parle semble suffisant pour expliquer cette maladie ; mais en y réfléchissant on trouve des difficultés, car presque tous les paysans de la :province suivent un régime semblable, et tous n’ont pas le même mal : celui-ci s'observe sürtout dans les quatre cantons (consejos) de las Regueras, Llanera, Corvera êt Carreño, qui font environ le vingtième dela province. Là les malades sont innombrables ; dans le reste leur nombre | est irès-petit. »

: Casal n ‘osait pas accuser le Mais, par la raison dp'e ot le vantait comme la meilleure des. céréales; if n "osait pas accuser les châtaignes, parce qu'elles étaient en usage

{ Thesaur. rer. medie, Nov. Hispan, 1. VIL, €: XL.

dans un grand nombre de pays, et de même pour les autres aliments. ,

Ainsi tâtonnant au milieu des difficultés qui l'entouraient de toute part, manquant des lumières nécessaires pour y trouver la vérité, Casal s'arrêta à une opinion qui lui semblait capable de tout concilier; il admit.: détenu

« L'alimentation avec des substances de à comme la cause prédisposante, et l'atmosphère, comme la cause déterminante de la maladie’. » Sans le savoir, et par les mêmes causes, les Italiens n’ont fait la plupart que donner des variantes de l'hypothèse de Casal. |

‘ «ËSt ergo verisimile ab utrisque {cibis et atmospherä), exurgére totalem ipsius morbi causam quanquam divérso modo : näm cibi utpote ineflis substantiæ et parum spiriluosi, corpora reddunt lan-

guida,. impura et apta ad suscipiendam facile uamlibet impressio- ‘ném. Aimosphera, pravi sui qualitate, i in corporibus dispositis 8 genérât morbüni jeep Mél causa, » Asa d. 349-50.)

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