‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 31 sur 44 · TOPOGRAPHIE, MÉDICALE DU LAURAGUAIS · texte numérisé non relu

TOPOGRAPHIE, MÉDICALE DU LAURAGUAIS

Pour compléter cet ensemble de tableaux topographiques, il me resterait à jeter un coup d'œil sur les départements pyrénéens où des cas de pellagre ont été observés dans ces dérnières aññées; mais afin de ne päs trop étendre ces descriptions, je me bornerai à dire quelques miots du département de la Haute-Garonne, et particulièrement de la plaine du Lauraguais; qui appartient à ce département et à celui de l'Aude. Là, en effet, la pellagre est non-seulement observée depuis plus de vingtdeux ans; mais encore elle est endémique et paraît exercer des ravages presque aussi considérables que dans les Landes.

Le sol de la Haute-Garonne offre une grande diversité de nature : on y rencontre des régions granitiques et des régions schisteuses, des collines calcaires et des plaines où le sable domine. Au midi s'élèvent des montaÿnes que l’on peut considérer comme les premiers échelons des Pyrénées; elles sont prolongées par une séries de coteaux qui rayonnent dans le reste du département , circonscrivant des vallées en général bien ouvertes et quelques plaines assez étendues. Excepté sur les bords de la Garonne, où le goître est assez commun , le pays n'est point humide; les vents qui y dominent sont le vent d'ouest où de sers, et surtout le vent d'est, connu sous le non d’autan, et si incommode l'été par sa sécheresse pénétrante. Au reste, la tempéra-

ture est modérée, et les maladies communes sont quelques fièvres rémittentes, des maladies catarrhales et des rhumatismes.

Les cultures dominantes sont len mais dans les terres fortes; le seigle, l'orge ; l’avoine, les fèves et les pois dans les terres légères. On récolte en outre beaucoup.de chàtaignes et de pommes de terre dans les montagnes. de Saint-Gaudens.

Villefranche et son territoire, où M. Calès péter de puis longtemps. des pellagreux, sont situés aux confins du département, et de l'arrondissement de Castelnaudary (département. de l'Aude). Entre les deux villes s'étend une plaine fertile et sans arbres, dans laquelle de nos jours.on ne récolte presque que du maïs, et qui formait presque à elle seule l’ancien comté de Lauraguais, dont Castelnaudary était la capitale. Le département de l'Aude!, auquel appartient une partie de cette plaine, peut être considéré comme un grand bassin ouvert à l'est, où il est borné par la mer et par des ligunes, fermé au sud par les Pyrénées, et au nord par cetté prolongation des Cévennes qui porte le nom de Montagne-Noire, et qui le sépare des départements du Tarn et de l'Hérault. Le sol est en général calcaire. Malgré les lagunes du bord de la mer et des petits amas d’eau qui, sur plusieurs points du sol, forment des gouffres sans fond , le pays est généralement sec ; les vents de sers et d’autan dissipent rapidement les vapeurs formées à la surface des eaux immobiles; .êt l’aridité est, même si grande dans l'arrondissement de

..! Voir Essai sur le département des Landes; par Baïante. — Description gén. du département de l'Aude, par le baron Trouvé ÎC. TE, des Etats du Languedoc, in-4). — Dictionn. géogr. à dés com - Munés Hi département de VAude, par Tournal. -- ui des départèments Pÿrénéens, par Dumège, in-8e.

Narbonne , qu’elle devient un obstacle, dans cette partie, au succès de la culture du maïs. Fans le reste du département , malgré la rareté des pluies, cette culture prospère et elle domine les autres dans les arrondissements de Castelnaudary et de Limoux. Dans les parties montagneuses, telles que la Montagne-Noïre, le prolongement pyrénéen qu'on nomme les Corbières, le pays de Sault , on cultive le seigle, la pomme de terre, les châtaignes et le sarrasin. |

On peut dire d’une manière générale que le bassin de l’Aude et la plaine de Lauraguais sont exclusivement absorbés par la culture des céréales. Le maïs, le froment, l'orge, le mil, lépeautre , la paumelle , suêcessivement ou simultanément occupent le sol. Les produits de ce bassin fertile trouvent un facile écoulement, grâce au canal du Midi qui le traverse, et au voisinage de la mer. lei je dois faire cette remarque importante , que le produit qui s’exporte le plus est le froment , et que celui dont il reste le plus pour la consommation intérieure est le maïs. Ce dernier est la base de la nourriture des paysans dans l'arrondissement de Castelnaudary : « Ils font, dit le baron Trouvé, avec la farine du maïs, une espèce de brouet ou bouillie appelée millas, auquel ils tiennent plus qu'au pain.» Cet administrateur ajoute : « Une fois par jour au moins, dans une grande partie du département de l'Aude , leur table en est couverte, et c’est une privation pour le laboureur, lorsqu’au retour du travail il ne trouve pas cette nourriture. » Le pain, pour ceux qui en: mangent, n'est pas fait avec le froment pur; on y mêle de la farine de seigle, de fève ou de vesce. Les paysans aisés Joignent à ces aliments un peu de viande, surtout de viande de porc; mais dans la classe pauvre un grand nombre d'individus n’ont presque pas d'autre aliment que

le millas. Le baron Trouvé reconnaît aussi que dans beaucoup de cantons l’homme des champs est mal logé, «et que les cultivateurs de la dernière classe ne le sont guère mieux que les animaux qui partagent leurs travaux. »

A tous ces détails, je n’ajouterai plus qu'une citation relative au pays même où M. Calès a fait ses observations. Voici ce que m'écrit ce médecin :

« F’observe fréquemment la maladie dans un pays fertile, dont le sol est très-accidenté. Les coteaux qui s’étendent de l'est à l'ouest laissent entre eux des vallons étroits qui sont balayés par des vents fréquents. Les cours d’eau n'y sont pas nombreux , et sans le canal du Midi qui traverse notre principale plaine, on pourrait dire que le pays est sec. Il n’y a pas longtemps encore que des bois nombreux couronnaient les hauteurs ; depuis quelques années on en a défriché la plus grande partie. La seule industrie des habitants est la culture de la terre ; ses produits sont toute leur richesse. A l'aspect de nos campagnes couvertes d'habitations et de métairies, on dirait que l’aisance est partout, et que notre population ne connaît aucune des privations si communes dans les pays stériles et pauvres. Hélas! le désenchantement est grand quand on entre dans l'habitation du cultivateur. Généralement elle offre le tableau du dénûment complet et d’une malpropreté dégoûtañte, qui prouve que la recherche du strict nécessaire absorbe tous les soins de ces malheureux et les prive des commodités de la vie qui ne se montrent que la où le superflu se fait sentir. Ardents au travail, ils : s’y livrent dans un âge fort tendre, et une fatigue précoce nuit au développement de leurs forces ; pour seuls aliments réparateurs ils ont du pain grossier de maïs ou une bouillie de farine de maïs cuite à l’eau, qu’ils nomment

millas ; c'est là leur principale nourriture. Ils ne boivent

que de l'eau ; peu de nos paysans sont assez riches pour se procurer du vin. La vigne, dans nos contrées, ne . donne que de faibles ou de mauvais produits. Le travailleur se hâte dé vendre le peu de blé qui entre dans sa part de la récolte pour payer les impôts, se vêtir, se procurer quelques provisions de première nécessité, et toujours insuftisantes. Voilà où en est réduite ici la classe laboriéusé, et la condition que lui font là coutume et le genre d’agriculture adopté. Il ne faut donc pas s'étonner si les maladies, et surtout les maladies endémiques fondent sur elle de préférence ; aussi dois-je vous affirmer que je n'ai vu là pellagre que chez les plus pauvres habitants des campagnes; s’il existe quelques exceptions, elles sont rares, et trouveraient leur explication dans les passions: tristes ou dans l'avarice des sujets. Nous n’hésiterons pas à dire que chez nous l'existence de la pellagre trouve sa principale cause dans l’exiguité et les propriétés peu nutritives des aliments, car on ne saurait généralement accuser leurs mauvaises qualités. Dans nos contrées les maïs sont beaux et parviennent tous à leur complète maturité. »

OBNERVATIONS DE PELLAGRE,

OBSERVATION DE FRAPOLLI.

J'ai extrait cette observation du premier ouvrage écrit en Lombardie sur la pellagre, parce qu’elle offre un exernple du mode de traitement adopté avéc une apparence de succès par Frapolli, et aussi parce qu'elle montre que si cet auteur s’est trompé sur la valeur et dans l’interprétation des symptômes, il avait cependant sous les yeux le tableau à peu près complet des désordres produits par la maladie. | | |

.« Martha Borfanti, loci Prignanæ, annorum 30 circiter, quatuor feliciter enixa fœtus, temperamenti sanguineolympbhatici, habitus corporis mediocris, tribus ab hinc annis, neglecta jam pridem initiata pellagra, incidit in confirmatum morbum. Ægram hanc curandam adivi in nosocomio, die prima augusti præsentis anni. Explorata sui ventris viscera inveni sana ; pulsus erat valde debilis, sed nulla fébris; deerat- quoque alvi fluxus: Vértigines, aliaque capitis mala jamdiu patiebatur, cutisque in dofso manuum præcipue et pedum callosa; attonita tune videbatur mulier, non parum emäciata , viribusque destituta adeo, ut pedibus minime consisteret. Oris amaritiem , summamque inappetentiam accusabat, linguaque albam superficiem præferebat. Leni igitur eccoprotico ægrotam purgari ex flor. cass., et pil. succin. crat. desumpto, post ad triduum omni mane lactis serum tartarisatum exhibui, mixturas deinde corroborantes ex aq. arthem.

3 j. liq. c.c. succin. scrupul. semel per diem assumendas prescripsi. Hisce peractis, balneo pellagrosam tradidi ; sed malo omine, balnea etiam tollerare non potuit ægra virium defectu. Quamobrem extrinsecæ universales corporis frictiones, extremitatum maxime , fomenta affectarum partium ex decoct. emollient., aliquando cucurbitulas, semel hirudines temporibus admoveri jussi; intus vero âquam tahedæ ad uncias vi. j., bis quotidie hauriendam præbui, usque ad novum monitum. Aquà tahedæ usa est patiens, ad duodecim dies, miro quidem juvamine ; vires enim summopere recuperavit. Cum vero hisce remedis alvus, plus quam par est , styptica esset, eCCO— proticum denuo propinari die vicesima quinta ejusdem mensis, idemque vicesima septima réiterari prospero ‘eventu, continuatis interim frictionibus. Post hæc, convalescente ægrà, lautiorem diœtam, meraciusque vinum ad une. vj quotidie exhibui , exceptis carnibus, quæ nunquam conveniunt in morbis impeditæ transpirationis. Interea cœpit mulier hilaris esse, corpus enutriri, sanusque color in facie efflorere , lectulo surgere, ambulare, in omnibus bene $e habere , lætaque tandem domum petiit die undecimà septembris, »

Frapolli cite ensuite l'observation d’une femme d’environ cinquante ans, Francesca Caiellina, de Vergiati, ayant une affection pareille ; guérie par les mêmes moyens, et il dit qu'il pourrait multiplier les exemples.

2 ORERNATIONS DE PELLABRE

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