‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 34 sur 44 · RAT · texte numérisé non relu

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la torpeur et l’hébétude; il est silencieux, solitaire , et paraît éprouver une très-grande répugnance pour le mouvement. Il a du reste un assez bon appétit et n’a point de fièvre. | pu

Voici l’état de la peau tel qu'il à été décrit par M. Bourguignon, interne de M. Gibert : « Les extrémités supérieures sont le siége d’une large desquamation épidermique à partir du poignet; la face palmaire des mains en est exempte. Des squames, en partie soulevées , en partie adhérentes, laissent apercevoir au-dessous d'elles le derme rouge et fortement érythémateux. La peau est sèche, ‘ridée et comme parcheminée. Les doigts ‘semblent enveloppés dans une gaine formée par l épiderme épaissi ; les plis articulaires dé la face dorsale des” doigts sont profondément gercés , fendillés ; le malade n° d'éprouve point de dotileur dans ces parties.

” «Les extrémités inférieures sont altérées d’une mänière analogue, mais moins rouges. La face est couverte” dé fégèrés' Sqtiäries furfuracéés, saris chaleur ni rougeur’; le COû est dans le même état, ainsi que la partie supérieure du stérnum , au niveau ‘de la fourchette de cet 08. »

pr: ces lésions il faut ajouter un développement extar dinairé des folliéules sur le front} sur fe dos du néz, Sur ‘tes pohimettes. C'est particulièrement sur cés points qu'a lieu” la désquamation ; cette altération, jointe à à une sorte de mâchot{ement continuel, dénne tn “expréssiof singulière à à la physionomie du malade. Au ‘bout de quélqués Jours de’ séjour à l'hôpital, lé dévoiément aucquél cé ralade est Sujèt dépuis longtemps , mais qui était un peu caime au Mmothent de son entrée, à repris de 4 intensité, ‘et a pérsisté malgré les moyens mis en ‘usage pôur le com battre ; l'appétit et les forces ont également'été! décrois: sant, dt point que Bientôt lé malade Wa plûs ist lé lit.

(345 ) L'affaissement intellectuel marche avec l'affaiblissement physique. ‘On n'obtient qu'avec la plus grande peine ( des r'éponses ‘toujours: peu précises. Il n'y à point de délire bruyant pendant le jour; mais les voisins du malade l'ont entendu ‘plusieurs fois parlant seul, et la nuit il a fait à divérses reprises des efforts pour se lever et s’en aller, disait-il, à son ouvrage. Îlse plaignait d’être retenu. In'y a point de céphalalgie. Vers la fin du inoïs de juin lé dérangement du tube digestif prit les caractères d une véritable dyssenterie, et à ces symptômes s'est jointe une toux qui s'est accompagnée plusieurs fois de vomissements. Le dépérissement a fait des progrès de plus en plus rapides, ét le malade s’est éteint, après une lente agonie, le 6 juillet à huit heures du soir. L’autopsie a été faite par M. Gibert le 8 juillet , et nous l'avons assisté dans l'examen détaillé des pièces anatomiques. Le cadavre offrait un amaigrissement extrême , et l'on voyait sur la peau les mêmes altérations que pendant la vie, moins la rougeur luisante des mains, et la teinte bruntre du ‘bas des jambes et des piéds qui avaient pâli. Le dermé des parties affectées était sec, dur, et comme condensé. Le tube digestif n'a pas offert d’altération en rapport avec les symptômes existants pendant la vie. La muqueuse de l'estomac était grisätre et légèrement ramollie en quelques points. Le rectum et extrémité de TS ilaque du côlon étaient remplis par une sorte de bouillie” noire : le gros intéstin préséntait des matières fécales liquides : nulle part iln ‘existait de traces ® uléérations. Le foie volumineux, d’une teinte fauve, présentait un ramollissement | considérable. Au niveau du sillon transverse, à couche la plus superficielle du parenchyme de ce viscère était réduite à l’état de putrilage et émpréinté di uné couleur

verte, provéñant sarls doute d'un PRERGENE d imbibition ’ : ù nf a E 54

cadavérique. La rate était molle, petite et saine , les reins se, présentaient à l’état normal. Le cœur était flasque, et contenait des caïllots mous dans les deux ventricules. Les poumons étaient sains à la partie antérieure ; en arrière ils offraient l’un et l’autre un engouement hypostatique.

Après avoir enlevé la dure-mère, il s'est écoulé une quantité considérable de sérosité sanguinolente. L'encéphale n’a pas présenté d’altération notable dans sa consistance ; la substance blanche était légèrement injectée, et les ventricules largement distendus par la sérosité.

Nous ne ferons pas de longues réflexions sur ce fait. Quoiqu'il existe quelques lacunes par rapport aux antécédents du malade, le tableau de la maladie n’en est pas moins, frappant, et les traits de la pellagre n’y sont pas dessinés avec moins de netteté que dans celui que nous avons exposé l’année dernière ; le rapprochement des deux observations est aussi instructif par les différences que par les ressemblances qu'il fait ressortir. La différence la plus notable est celle qu'ont présentée les désordres nerveux : au lieu d’un délire aigu, violent , et promptement suivi d’une terminaison fatale, nous avons vu un affaiblissement lent et graduel de l'intelligence, aboutissant à une véritable stupidité. Sans vouloir trouver les causes de cette différence, nous ferons remarquer que ces deux formes d’altération intellectuelle sont à peu près également communes chez les pellagreux d'Italie, qu'elles ont été notées par tous les observateurs. L’affection cutanée a présenté aussi chez les deux malades des différences de siége et d'étendue dont il est facile de se rendre compte en admettant que cette affection soit sous la dépendance des rayons solaires : chez la fille Chenu, qui avait habituellement ies jambes et les pieds couverts, il n’existait qu'un peu de gonflement autour des malléoles , avec

une rougeur érythémoïde légère , sans trace de desquamation; chez Lemaïtre, qui ne portait jamais de bas, il existait, au contraire, une altération bien caractérisée du derme et de l’épiderme , altération qui occupait surtout la partie antérieure et s’étendait jusqu’à la partie moyenne des jambes. Sous le rapport de l'anatomie pathologique , ces deux observations présentent une grande analogie, et malheureusement dans les deux cas le silence de l’anatomie est à peu près aussi complet. Une particularité nous paraît seule digne de remarque, c’est que chez la fille Chenu, qui éprouvait depuis assez longtemps une profonde tristesse, mais qui n'avait été prise par le délire que peu de jours avant sa inort, nous trouvâmes la masse encéphalique , et particulièrement la substance grise sensiblement ramollies, tandis que chez Lemaïitre, qui se trouvait dans des conditions mentales en apparence plus favorables à l'existence du ramollissement, nous n'avons point trouvé de diminution notable de consistance...

L'existence de la pellagre parmi nous, dont nous avons apporté, il y a un an, la première révélation, est donc un fait acquis à la science ; et, que les exemples qui se mon-

“treront à l’avenir soient rares ou nombreux, ce fait n’est pas moins digne d’éveiller la sollicitude des médecins et de l'autorité. (Extrait de la Revue médicale, juillet 1843.)

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