‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 35 sur 44 · SUR LE MAIS ET SUR SA CULTURE · texte numérisé non relu

SUR LE MAIS ET SUR SA CULTURE

Le maïs forme un genre entier de la famille des graminées, composé , d après M. Bonafous , de cinq espèces permanentes”, lesquelles ont donné naissance à une foule de variétés secondaires?.

Les botanistes S ‘accordent à regarder l Amérique comme la patrie du maïs. BL. de Humboldt : disait, au commencement de ce siècle : «Il n’est pas douteux que le mais ou blé turc est un véritable blé américain , et que € ‘est le Nouveau-Monde qui l’a donné : à l’ancien. ) Aujourd' hui, et malgré! les travaux de M. Bonafous les opinions n ‘ont pas changé. Il est vrai que plusieurs auteurs , tels que

1 Ces espèces sont, 1° le zea maïs de Linné (mays zEa D. C) va ais commun,

20 Le zea curagua (Molina) à feuilles denticulées, Jl n'existe pas” en Europe, et S "observe surtout au Chili, le grain en est très-dur. 30 lé réa Hirta (Nob.), dont les feuilles’ et les glumes sont hérissées de poils. Il a été importé récemment de Californie. Tai

4° Le zea erythrolepis (Nob.) ou maïs à rafle rouge, cultivé sur les bords du Mississipi.

5° Le zea cryptosperma, où maïs à grain couvert, de l'Amérique méridionale.

2 Dans un Mémoire récemment présenté à l'Institut, M. Philippar, professeur à l'Institut de Grignon, admet dix-neuf variétés de maïs jaune, trente-huit variétés de maïs à épis panachés, trois de maïs à grains panachés, trente-deux de maïs rouge et coloré, trente de maïs blanc; en tout cent vingt-deux variétés.

3 Essai politique sur la IVouvelle-Espagne, p. 372.

+* Hist. nat. agricole et économique du maïs, in-fol. Paris, 1836.

(547) Bock!, Ruel?, Lonicer, Taberna-Montanus, etc., trompés par de fausses analogies et par des interprétations Vicieuées des anciens , ‘avaient cherché à placer soit dans l'Arabie Heureuse , ‘soit dans l’Anatolie, Ÿ origine de cette mäâgnifique Céréale ; mais leur opinion avait été réfutée par Camerarius, par Mattioli, par Dodoens, par Ray êt par d’autres savants botanistes ;‘1l avait été biën récohniu que l'on avait faussement attribué au maïs ce qui appartenait en réalité à l’holcus sorghum , c'est-à-diré au millet d'Inde. M. Fée a démontré de même que le zeia des Grecs (le zea des Latins) correspondait non pas au maïs, mais à l'épeautre (triticum spelta); et que le millet noir dé Pline, que Lobel avait pris pour le maïs, est l'holcus niger ou sorgo nero des fialiens. M. Bonafous à reconnu lui-même l'insuffisance des arguments à l’aide desquels on avait essayé jusqu'ici de rattacher le maïs à la flore de l’ancien continent. Ika cependant repris cette opinion abandonnée , et voici les arguments nouveaux sur lesquels il s’est appuyé:il prétend, 4° que l’on trouve la figure du maïs parfaitement dessinée daris l'ouvrage chinois Zi-Chi- Tchin , composé vers le milieu du seizième siècle; 2 que M. Rifaud aurait trouvé des grains de maïs dans le sarcophage d'une momie , découverte à Thèbes en 1819. Mais la question qui nous intéresse n'est pas de décider sile. maïs existait jadis comme espèce botanique: dans l’ancien continent; c'est de savoir s’il y était l'objet d’une exploitation régulière et d'une grande culture. Or, sous ce:rapport, on ne peut élever aucun doute ; le maïs n'est

NE

Denaturd stirpium, maxime earum quæ in Germanid nascuntur, 1532. Bock appelle le maïs grand: roseau (Iypha magna), grand blé, blé: d'Asie, et dit qu’il a été apporte de l'Arabie Heureuse en Allemagne. C’est le premier auteur qui en ait ns ee

? De naturd stirpium.. Paris, 1536. st “dé ‘de n »

mentionné dans aucun texte antérieur à la découverte de l'Amérique. Tandis que Torquemada! , Garcilaso de la Vega?, et tous les historiens de la conquête du Nouveau- Monde nous disent en termes pompeux combien, en débarquant sur les rives américaines, les Européens furent frappés * de l’aspect de cette plante au port majestueux, aux grains dorés , aux longues feuilles lisses, nous voyons tous les voyageurs qui parcouraient l'Orient garder un silence complet ; et, à supposer que les voyageurs eussent pu commettre une semblable omission, il est certain que la culture en grand de la céréale la plus féconde, de celle qui donne les résultats économiques les plus extraordinaires, aurait laissé dans l’histoire des traces aussi manifestes que les cultures infiniment moins avantageuses ; mais les historiens sont tous muets comme les voyageurs. Je ne déciderai pas s’il faut admettre avec John Crawfurd4 que le maïs a été cultivé de toute antiquité dans les îles placées sous l'équateur , entre l'Asie continentale et la Nouvelle-Hollande ; s’il est vrai qu'il ait passé de là en Chine et dans l'Inde; enfin, si cette céréale était en pleine culture dans l'Inde au moment de la découverte de l'Amérique, ainsi que le pense M. Bonafous. Ces questions obscures n’entrent pas dans mon sujet; il suffit qu’il soit bien établi que le maïs n’était pas encore connu ni cultivé en Europe avant la découverte du Mexique ; 1 Della monarchia indiana, 1623, in-#°.

2 Hist. des Incas (traduct. par J. Baudouin, in-12, t. IT, p. 294). 5 Le chevalier de Jaucourt prétend que les siècles à venir ne verront jamais autant de merveilles qu’il y en avait dans les jardins des Incas, où l’on substituait aux pieds de maïs qui manquaient, des pieds formés d’or et d'argent, que l’on avait parfaitement imités. Les

tiges, les fleurs, les épis et les extrémités étaient d’or et le reste d'argent. |

4 arrative of a journey through the uper prov. of India. London, 1828.

( 549 ) et en effet, aucune contestation ne s’est encore élevée sur ce point : on sait que Bock', Ruel? et Fuchs5 sont les premiers auteurs qui aient mentionné le maïs vers le milieu du seizième siècle.

Bruyer, dans son curieux 7raïté sur l'Alimentation! publié vers la fin du seizième siècle, parle du maïs comme servant seulement à la nourriture des nègres et de plusieurs peuples américains. Il dit expressément que le ‘millet était l'aliment principal des populations du midi de la France qui cultivent aujourd'hui le maïs, et il parle de la bouillie qu'elles préparent avec la farine de millet, et qu'elles appellent milias ou miliasse (miliaceam), nom qui est resté à la bouillie du maïs.

Gaspard Baubhin disait 5, plus tard encore , que jusqu’à son époque , l'aliment principal en Europe, en Afrique et en Asie , avait été tiré du froment. Il assurait que le maïs avait été apporté d’abord d'Amérique à l'île Saint-Thomas ; que les Espagnols l’introduisirent presqu'en même temps dans leur pays; que les Portugais® l'avaient transporté aux Indes Orientales et communiqué aux nègres d'Afrique.

Mais si l’on peut conclure avec assurance que la culture du maïs n’était établie en grand, avant le dix-septième siècle, dans aucun des pays de l’Europe où existe aujourd’hui la pellagre, il est difficile, et dans certain cas il sera peut-être

1 Ouvr. cité (en 1532).

2 Ouvr. cité (en 1536). F

3 De historia stirpium. Basle, 1542.

* De re cibarià, libri XXII, à Joanne Bruyerino, in-18, Francfort, MDC. Ce livre curieux el trop peu connu est dédié à Michel de L’Hospital. La dédicace est datée de 1560. V. 1. IE, c. v, etc.

5 Theatrum botanicum. Basle, 1668, in-fol.— Baubhin dit à la page 493-49% : « Hactenus tamen in Asià, Africà et Europà, triticum communissimum fuit, ex quo panis fuit confectus. »

8 Voir aussi Hist, générale des voyages, par l'abbé Prévost, t. IV, p. 224,

ts ( 550 )

a UT Es AT "} ” 3

toujours impossible de fixer | la date précise de l'introduction du maïs dans chaque province en particulier ; cette introduction s’est faite en général obscurément, et ,ce n st que peu à peu que la céréale amér icaine, à empiété sur. les céréales indigènes. nd

On admet généralement, que la naturalisation du maïs S est opérée d’ abord dans les contrées les plus chaudes de l'Europe, qui sont les plus favorables à à son développement, et que de là il s’est avancé de proche en proche vers le Nord. La liste même des nombreuses dénominations que. cette plante a reçues, parait offrir un àr-— gument à l'appui de cette opinion; ainsi, les Egyptiens l'appellent dourah de Syrie; les Turcs, blé, d'Egypte ; les Allemands et beaucoup d'Italiens.,, blé turc; les Siciliens et un grand nombre d'Espagnols blé d'Inde x les Toscans ; grain de Sicile; les habitants des Pyrénées, blé d'Espagne ; les Provençaux , blé de Barbarie ou de, Gui-

les, Lorrains et les habitants des Vosges, blé de Rome, etc. N'y aurait-il pas Là un indice quon ne doit pas dédaigner, et qui montre pour ainsi dire pas à, pas l'itinéraire du mais, depuis les, Pays qui peuxent être, considérés comme sa patrie, jusqu’ aux pays où l'i in dustrie, humaine l'a exilé ef, où , malgré ses, efforts, il mürit à peine-et perd : à la fois la spléndeur de sa forme et la richesse de son organisation ?

Les raisons qui rendent dificile de fixer ? avec une précision rigoureuse. l'époque de l'introduction du mais dans TIRE *pASE se présentent pt spé À s agit dé fixer de 1 eee des Fier pan où elle à dû, par conséquent, exercer une influence notabie sur l’éconiomiié et à pu donnée liéu À une ialadie déterminée. Néanmoins toutes les données exactes de l’histoire à cet égard se trouvent en parfaite harmonie avec celles qui ont

(551) Qar été établies dans ce livre touchant l'origine de la pellagre. Ainsi, pour l'Espagne septentrionale, malgré, la discordance des: botanistes espagnols relativement à l'origine du mais, que le, plus grand nombre font venir d'Amérique; tandis. que d’autres, avec Valcarel!, le prétendent importé par les, Arabes, malgré cette discordance,; dis-je; 6n ne saurait reculer au delà du issse ptene siècle l’époque où cette céréale a commencé à remplacer les autres dans le nord de la Péninsule et a changé le régime alimentaire des paysans. |

: Pour l'Italie, heureusement, l’histoire fournit des Fur précises, et ces dates offrent toutes la plus remarquable coïncidence avec celles qui ont été données dans cet ouvrage relativement ? à là pellagre.

…ILest.certain que, dans la première moitié du dix-septive siècle, le maïs ne figurait pas encore parmi les denrées de consommation dans FItalie septentrionale. L’économiste Zannon*, qui à fait sur ce point des recherches minutieuses dans les archives des villes vénitiennes, s'était assuré qu'à cette époque le maïs ne paraissait pas sur les marchés publics, ét que ce n "est qu' après 1620 qu’ on coïhinence à le trouver mentionné dans quelques titres. D’ après E acheriss, on se souvenait encore dans la province de Bergame qué le niaïs avait été importé pour là prémièré fois en 1682 et cultivé dans quelques parties de la commune.-de Gandino. Le premier titre qui en fasse RE UOn dans le Trévisan porte là date du : 16; janvier 1686, ainsi que. Marzari 1 l'a découvert. Les documents cr lbs par Fincenzo Settes, dans les archives de a ds abbayes

Page 1