XXV
tous ses caractères ; mais le plus souvent elle s’est montrée seule. C’est vers la fin du seizième siècle que son histoire commence à se dessmer : Schenk” l’observa à Lunébourg sous forme épidémique ; elle ravagea la Westphalie en 1588 -et 1596, la Hesse et beaucoup d’autres parties de l'Allemagne en 1596 et 1597. Schwenckfeld ({Thertotroph. stlesiæ, page 334) la décrivit, en 1588 et 1593, chez les habitants de la Silésie, qui l’appelaient claskromme. Les auteurs du siècle suivant en ont donné d’assez nombreuses descriptions. En 1617, Horst* décrivit l'épidémie ( décrite après lui par Willis”) qui dévasta la Hesse, la Westphalie et l'évêché de Cologne. Depuis cette époque, la maladie, mieux connue, à paru plus fréquente, et les descriptions se sont multipliées' jusque vers la
"Op., L VI, obs. 2.
? Observat. medicæ, hb. Il, p. 2, De convuls. cereali.
3 De morbis convulsivis, c. vu.
*,Buddœus, médecin de la Lusace supérieure, et qui assista à l'épidémie de 1717, dit dans un ouvrage sur le krampfsucht ou kriebelkrankheit (Gott. Budd. consilia medica, von den Krank.), que cette maladie se montra pour la première fois dans le Vogtland, en 1648 et 1649. En 1775, elle régna aux environs de Plauen ; en 1702, aux environs de Freiberg, en Misnie; et, en 1716, aux mois d'août, septembre, ctc., elle se déclara dans plusieurs lieux de la Saxe, fut très-grave dans la Lusace supérieure. C’est celle qui a été décrite par Buddœns, Wolfg. Wede (Disput. de morbo spasmo maligno, etc. V. Haller, Disp. ad. morb.,t. VIE, p. 551), et par Waldschmid.
En 1729, la convulsion céréale se montra à Stettin et dans la Marche de Brandebourg; Muller (De morb. epid. conv. Voir Frank et Haler, Disput. ad morb.,t. VIE, et Acta med. Beol. dec. TT, vol. 6) et Fréd. Hoffmann (Op., v. I, p. 31) l’observèrent. En 1736, elle régna en Silésie, où Scrink (S'atir. med. Sules., spec. IT) et Burghart la firent connaître. En 1741 et 1742,
( XXYI )
lin du siècle dernier, où elle est devenue de plus en plus rare.
I ne faudrait pas croire cependant que cette maladie, pas plus que les maladies analogues produites par l’altération des céréales, aient disparu
elle régna également dans le Brandebourg et le Holstein, et dans cette der nière province elle se prolongea pendant plus de deux ans, quoiqu’on eût défendu l'usage de la farine nouvelle (Kanne giessen, Act. nat. curios.). Yo Rosende Rosenstein, Dissert. de morb. spasmod. conv.). En 1746, elle avait ravagé l’AL sace (Bruckmann.). En 1746, elle se montra dans la Gothic occidentale, et c’est à cetie époque que le grand Linné l’observa ét en attribua la cause (4mænitates academ., V. VI au raifort sauvage. On l’observa aussi dans le Blekingen, le Smaland, et plusieurs médecins s’en occupèrent à la fois (V. Haller, Coll. Diss. Ur. LL Di
La Prusse en fut Rte en 1755 (Cothenius, v. d. Kriebelk. V. Schreber, Sammlung.); la Saxe inférieure et les pays voisins en 1770 et 1771 (Voir surtout Schleger, Obs. circa huj. temp. Epidem., Cassel, 1772, et E'pid. antea acuta, nunc chronica, (Éssele 1733. ; etil en reste beaucoup de descriptions en langue allem: inde. On la vit en Suède, en Danemarck, en 1781 ( Voy. Tode. med. chur. bibl.,[. B.).
D’ après J. Frank (Path. med., % I, p. 308), Schober a
parlé d’une épidémie, en 1729, de le territoire de Moscou et le Nischni Nowgor od ; les ouvrages russes (4céa Cesareæ s0cietalis æconomiæ Petropolitanæ et Systema universæ agriculturæ) prouvent que la Russie n’a pas été épargnée par la maladie céréale. Elle à régné notament: dans les provinces mé: ridionales de cet empire, dans les gouvernements de Kiow, en 1786-87-88, de Minsk, de Podolie, d'Ukraine, de Volhynie, près d’Ecatermoslaw, en 1804, à “Wiatha, en 1819.
L’Aneleterre en a outert au dix-septieme siècle, ainsi qu'on en à la preuve dans les écrits de Willis( De morbis conv.,c. VII). (be est toutefois l’une des régions septentrionales de l'Europe qui paraît avoir été le plus épargnée, j'en dirai la raison.
La Lombardie en a été affectée en 1810 (Ginannini, Delle malattie del grano in herba. Pesaro, 1736.). Osanam cite, t. IV, page 217, comme exemples d’ épidémies de convulsion céréale, l'épidémie observée chez les paysans toscans qui, en 1785, entrèrent à l'hôpitel de Santa-Maria-Nuova, à Florence.
( xxv ) complétement de nos jours. En 1828 et pendant les années suivantes jusqu'en 1831 et 1843, il s'est manifesté’, à Paris.et dans quelques départements voisins, une maladie qu’on à décrite sous les noms de cheiropodalgie, rachialgie, érythème épidémique, phlegmasie gastro-cutanée aiguë, gcrodynie, noms qui indiquent certains symptômes dominants, ou l'idée que chacun se faisait de la nature du mal. Quoique la cause de cette épidémie soit encore enveloppée d’obscurité, son analogie ayec la convulsion céréale? n’a paséchappé à quelques bons observateurs, et j'ajouterai que ses traits frappants de ressemblance avec la pet lagre” ont éveillé l'attention des médecins, particulièrement de MM. Rayer, Aliès, Chardon, etc., qui l’observaient, l’un à Paris, les autres dans des localités voisines. Enfin je rappellerai que plusieurs praticiens qui l'ont suivie de près dans sa marche, et M. Cayol, qui s’est livré à des investi-
1 L’acrodynie paraît avoir été observée d’abord à Paris dans le mois de juin 1828, et ce fut M. Cayol qui, le premier et avant qu’on eût rien publié à ce sujet, signala son invasion et sa formé é idémique qui commençait à se manifester à l’infirmerie Marie- À TPATINS #00 O8 AT 074 COMENT 9 OVEI Le 2990 - M. Gayol, Cliniqg. médic., p. 262.
5 Je crois qu'il y a quelques cas où la pellagre elle-même a été prise pour là convulsion céréalé. Ainsi Ozanam rapporte, d’après Moscati, qu'il se manifesta, à la fin de jmn' 1795, parmi les orphelins de l’hospice de San-Pietro in gessate de Milan, une Véritable épidémie de convulsion céréale. Sur 250 enfants de7 à 18 ans, 90 fürent atteints. Ces enfants mangeaient des quantités énormes de soupe de farine de maïs. Cette maladie, qui dura 3 mois, offre les traits de la pellagre, mais d’une pelligre aigué, pour ainsi dire. (ist. des malad! épidèm., t. IV, HMS da LE do ouvre Jos 6h five nf nb a
( XXVIN )
gations sur ce point, l'ont attribuée à de la farine de froment de mauvaise qualité.
En étudiant avec soin et comparativement la convulsion céréale, l'acrodynie et la pellagre, on voit que ces maladies, par l’ensemble de leurs caactères, constituent, ainsi que M. Rayer l'avait pressenti pour les deux dernières, un seul et même groupe nosologique; elles tiennent toutes à une altération encore mal connue du grain de diverses céréales, mais tout porte à croire que cette altération est à peu près semblable dans les trois cas. Les differences qu’elles offrent, suivant qu’elles se présentent comme maladie sporadique, comme affection épidémique ou endémique, tiennent uniquement à ce que, tantôt, l'altération du grain ne se développe que dans de petites proportions ou à de rares intervalles, tandis que dans d’autres cas elle se produit d’une manière générale et plus continue. La convulsion céréale, V'ergotisme, l'acrodynie, sont dans le premier cas; la pellagre, au contraire, au moins dans les régions tempérées de l’Europe, présente en général les caractères d’une endémie, parce que le maïs, céréale exotique, s’altère plus souvent dans certaines contrées que dans sa propre patrie. Ici, en effet, la pellagre, si elle existe, sera rencontrée comme affection sporadique, ou de temps à autre comme épidémie, mais on ne lui trouvera pas sans doute les caractères tranchés et la persistance qu'elle offre en Europe. Tous ces points sont. développés dans la suite de cet ouvrage, et 1l me suffit
(xxx )
en ce moment de les indiquer sommairement pour montrer que les rapports du régime alimentaire et des céréales en particulier avec les maladies de l’homme sont beaucoup trop négligés aujourd'hui, et faire entrevoir qu'il existe réellement un ou deux groupes nosologiques très-naturels, ayant l’ergotisme d’une part et la pellagre de l'autre pour types, et provenant de l'alimentation avec des céréales altérées.
Il serait temps enfin de fanre sortir des ténèbres cette partie de la pathologie que les anciens ont un peu trop négligée ‘ et qui paraît entièrement
* Gruner a eu tort, suivant moi, de prétendre, dans son Traité des maladies inconnues aux anciens (V. Morborum antiquit. Vratislav., in-8°, 1774, p. 107), que les ergotismes gangréneux et convulsif n’ont pas été connus des médecins de l’antiquité : « Zd unum scio, ditil, hunc morbum fuisse veteribus incognitum. » Il est certain qu’on chercherait en vain dans les anciens un tableau de la convulsion céréale et de l’ergotisme, comparable de toutes pièces à ceux que les médecins des derniers siècles nous ont laissés. Mais sans êlre un paléophile (raruceue), comme il dit roniquement, sans avoir des yeux de lynx, on découvre manifestement, dans des passages des anciens et surtout de Galien, des traces évidentes des maladies céréales dont il s’agit. Je me bornerai à rapporter les passages suivants de ce dermier : « Qui in aeno, urgente fame, vescebantur leguminibus (écretcgoyovres), cruribus vacillabant. Qui vero erna edebant, hos genuum dolor infestabat, Nec vero nos id latet, cum quidam, cogente fame, triticum semiputre manducasset, in communem, ob communem causam , incidisse morbum. Dans le 1. I des Diff. febr. (4. p. 110, t. VID, il dit encore : Ex frumento corrupto aut febres pestilentes ac putridæ ortæ dicuntur, aut etiam homines éésvbmuas ooyodes «ui Aemsudec correpti, Enfin, dans le VIe Comment. des £pid. (1. V, text. xxxv, p. 539; t. 1x), 1l dit : Post coturnicum veratro pastarum esum, frequentibus musculorum distensiomibus, perquam multos in Doride, Beotià, Thessalià et Athenis obnoxios de perhibet. » Deux passages d’Hippocrate, plus concis à la vérité, ne sont pas plus douteux. Je ne parle pas des traçes que l’on pour-
{ XXX ) abandotihée par les modernes. Rien hé Serait plus aväntageux pour l’avehir de la médecine qué d’inspirer aux nouvelles générations médicales l’idée de l'utilité, de la nécessité d’une étude approfonidie des maladies populaires et des épidémies. On n’est que trop forcé de reconnaitre que les maladies qui ont régné épidémiquément à notre époque ont été là pierre de touche de nos doctrines, et ont démontré leur insuffisance. Haller ‘ appelait les épidémies la vie des maladies, et lon pourrait ajouter que leur connaissance est le cœur de là pathologie elle-même, dont nous n’explorons aujourd’hui que là Surface et pour ainsi dire l'enveloppe Sur laquelle nous épuisons notre amour de connaître. L’étude des endémies et des épidémies, et de toutes les maladies popu-
rait aller chercher jusque dans les livres de Moïse (L. V, p. 28; v. 25), ét célles qui se trouvent dans les Ecrits de Varron (De ré rustic.), de Columelle (De cult. hort.), et d'Ovide(F'astes, L. IV), et qui prouvent que ces maladies étaient connues dés Romains, et que c'était dans le but d’en préserver le peuple que Nüuma Pompilius avait institué la fête Rubigalha, où l’on sacrifidit un chien encore à la mamelle. $ it Sue
César parle anssi (De bello civili, L. IE, p. 22) d’une grande épidémie qui fat causée, à Marseille, par le changement de nourriture et la fnauvaise nature du panis et de l’orge dont tout le monde se nourrissait, dE à |
Il faut reconnaître, du reste, que les Romains en général Wont fait qu'une étude thés sbpar Ale des aliments au point de vue de la médecine. Celse est presque le seul qui parle avec justesse des’ qualités des aliments, quoiqu'il fasse de la chair de porc rine viande très-légère. Oribase, Paul d'Egine, AEtius, etc., n’ont fait, en général, que reproduire les opinions de Galien.
‘ « Cérte non aliud utilius consilium est quam epidemias, morborum nempe vitas quasi scribere, » (Æistor. morbi vratislaviens.) |