‹ De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatifChapitre 6 sur 44 · EXPOSITION HISTORIQUE · texte numérisé non relu

EXPOSITION HISTORIQUE

Le défaut de relations scientifiques entre Îles médecins des différents pays civilisés est un des obstacles les plus sérieux aux progrès de la médecine. Tandis que les antiques barrières s’effacent, que les nations se confondent dans une vie intellectuelle commune, il semble que la médecine résiste à l’entrainement général, et que la science le plus essentiellement cosmopolite veut s'immobiliser dans lPétroit horizon d’une sorte d'existence nationale. Dans des temps encore péu éloignés, alors que la langue latine, morte pour les peuples, se survivait et florissait sous la plume des savants, on voyait du moins les médecins des diverses contrées de l'Europe se comprendre et se parler; de nos jours, au contraire, depuis que la pensée médicale s'est enfermée dans les idiomes modernes, la sève scientifique ne circule plus qu'avec difficulté au delà de certaines limites. Malgré le zèle des traducteurs, et

la multiplication des moyens de publicité, on peut dire qu’elle ne se répand que par atomes insaisissables-et décolorés, sur un grand nombre de points où elle devrait porter le mouvement el la vie.

Je vais exposer une série de faits presque contemporains et peu connus cependant, qui prouveront combien est réel l'isolement dont je parle, et jusqu’à quel point il peut influer sur la marche de la science.

La maladie que les médecins lombards ont décrite sous le nom de pellagre, et qu'ils crurent avoir observée les premiers, a été rencontrée d'abord en Espagne vers l’année 1730. Un médecin dont le nom est Justement célebre au delà des Pyrénées, et qui exerçait alors à Oviedo, D. Gaspar Casal, remarquait parmi les habitants les plus pauvres des environs de cette ville une affection singulière autant que grave, dont l’origine lui était inconnue, et dont il ne pouvait trouver aucune trace dans les écrits des nosographes. Bientôt frappé de ses ravages, il l’étudia avec plus de soin, et en donna la description dans un précieux ouvrage sur les Asturies', qui n’a paru qu’en 1762, apres la mort de son auteur, et dont la science doit la conservation à D. Juan Garcia de Séville*. Dans cette description

‘ Historia natural y medica de el principado de Asturias, obra posthuma del doctor D. Gaspar Casal, medico de su Majestad. 1 vol. pet. in-4°. Madrid, 1762.

2 Don J. Garcia dit rt sa préface : « Este precioso y utilis-

| que peu de médecins connaissent, on remarque

tous Îles traits caractéristiques de la pellagre, dont e nom n'avait pas encore été prononcé dans le monde médical. Casal la désignait ‘sous de nom de mal de la rosa, qu’elle portait dans les campagnes asturiennes.

Ce n'est point l'ouvrage de Casal qui a fait connaître hors de l'E spagne l'existence du mal de la rosa; on n’en à parlé, que je sache, jus- ‘qu'à ce jour, que d’après une notice de Thiéry, subliée d’abord (1955, mai) dans le journal de

Mhsrane, et plus tard (1791) dans un livre!

plus étendu sur l'Espagne. Thiéry avait suivi au delà des Pyrénées le duc de Duras, ambassadeur de Louis XV; il connut à Madrid Casal, devenu médecin du roi Philippe V, et il déclare lui-même* que c’est dans les manuscrits de cet observateur recommandable qu'il puisa presque tout ce qu'il a publié relativement aux Asturies. On reconnait en effet qu il a copié textuellement dans ces manuscrits un certain nombre de passages relatifs au mal de la rosa; ces extraits furent transmis à Chomel, doyen de la Faculté de Paris, et lus en

simo rasgo huviera sido victima del olvido, si no huviessen sado al passo mi amor por la salud publica, y el que se nerecieron las prendas personales del autor, »

1 Observations de physique et de médecine Lies en didier lieux de l'Espagne, 2 vol. in-8. Paris, 1791.

8 T. II, P- 90 et suiv. : « J'ai puisé ces notions, dit-il, dans

les manuscrits et la conversation de Don G. Casal, méllesin de la

cour ; sincère ami du vrai, il a bien étudié ce pays, où 1l a pratiqué plant vingt-cinq à trente ans, »

1755, dans la réunion solennelle de prima mensts. Bientôt Sauvages s'en empara, et fit entrer la maladie nouvelle dans le vaste cadre de sa Voso- 3 A F

logie méthodique. Il la plaça dans la classe des cachexies, comme une espèce du genre lépre, sous le nom de lepra asturtensis. La science en est restée là pendant plus d’un demi-siècle ‘.

* Depuis Casal et Thiéry, nous trouvons le mal de {a rosa mentionné par un voyageur anglais, le docteur Towsend, qui l’observa à Oviedo en 1786, et recueillit quelques renseignements des docteurs Antonio Durand et Francisco Noca, attachés à hôpital de cette ville. (Voir ’oyage en Espagne pendan les années 1786-87, par le docteur Towsend. Traduit de l’anglais par Pictet-Mallet, de Genève, sur la 2e édit. 1809.) Je n’ai pu me procurer aucun autre ouvrage espagnol sur cette maladie, et s’il faut en croire le docteur Gonzales Crespo, il n’en existe point. L'on peut s’assurer en effet que les médecins espagnols de notre époque qui parlent du mal de la rosa, se bornent à citer les observations et les opinions de Gasal. (Voir Trattado de Enfermedades cutaneas por D. Nicolas de Alfaro. Madrid, 1840, 2 vol. in-8.) Les efforts que y’ai faits pour obtenir de nouvelles lumières ont été sans succes, Je suis henrenx de pouvoir exprimer publiquement ma reconnaissance pour l’assistance que M. Orfila à bien voulu me prêter dans ces démarches. Les renseignements qui m'ont été transmis de Guadalajara A le docteur Gonzalès Crespo feraient supposer que le mal de

a rosa n’a pas dépassé les limites de l’Asturie, et qu'il est inconnu tue Le reste de l’Espagne, Mais l’ignorance dans laquelle les médecins paraissent se trouver à cet égard prouve-t-elle que la maladie n'existe pas dans les campagnes espagnoles? Ceux qui hiront avec attention ce travail, et qui verront comment la pellagre a été découverte dans presque tous les pays, penseront qu'il y aurait vraiment lieu de faire de nouvelles recherches en Espagne. Thiéry avait vu la maladie chez une femme de la Nouvelle-Castille , et jajouterai que, d’après ce médecin (t. Il, p. 147), le père Ferjoo, érudit espagnol qui s’était souvent entretenu avec Éasal du mal de la rosa, assurait à ce dernier, dans une lettre en date du 2 décembre 1740, que cette maladie existait aussi dans la Galice. Thiéry avait sans doute vu dans les papiers de Gasal cette lettre, qui n’a pas été publiée par D. J. Garcia avec les autres manuscrits du méde-

Vingt ans environ après les premieres observations de Casal, et vers le moment où la notice de Thiéry les faisait connaître imparfaitement en France, un praticien distingué des États de Venise, qui devint par la suite professeur à l'Université de Padoue, Antonio Pujati, observait dans les villages du district de Feltre une maladie dont aucun auteur n'avait parlé, et qui le frappait à la fois par sa marche insidieuse et par la gravité de ses atteintes. On pouvait dire des médecins de l’époque dont je parle ce que Sydenham avait dit de ses contemporains : « Le scorbut et la malignité sont les deux grands subterfuges des médecins d'aujourd'hui. » C’est pourquoi Casal pensa que la maladie des paysans asturiens était un mélange de scorbut et de lèpre, et Pujati s’imagina de la même facon que la maladie des paysans de la Vénétie était une forme de scorbut particulière à cette région subalpine.

Quoi qu’il en soit, Pujati ne publia point ses observations; plus tard, dans ses leçons à l'Université de Padoue, il décrivit la maladie du district de Feltre sous le nom de scorbut alpin (scorbuto alpino), et pendant longtemps les médecins padouans lobservèrent sans y reconnaitre la même affection que celle qui vint bientôt occuper les médecins milanais sous lenom de pellagre. ain de Philippe V. Don Gavièdes, médecin distingué de Galice, cite parmi les maladies endémiques dans cette Agé

la fièvre intermittente sur la côte, puis la gale, NUE antiasis, le mal de Saint-Lazare ; 1l ne nomme pas le mal de la rosa.

La maladie à laquelle depuis un certain nombre d'années le peuple des campagnes lombardes donnait ce dernier nom, n'avait pas d’abord excité l'attention : elle était plus obscure encore que le ral de la rosa et le scorbut alpin, lorsqu’en 1771, un médecin du grand hôpital de Milan, Francesco Frapolli, effrayé de ses pr ogrés, en publia une courte description !. Quatre ans après, un praticien des environs du lac Majeur, qui ne connaissait pas le travail de Frapolli, Francesco Zanetti, composa de son côté un mémoire sur la même affection ”, qu'il observait depuis 1769. A dater de ce moment, la pellagre s’est montrée de toute part; elle a attiré l’attention des médecins ei des gouvernements qui se sont succédé de l’autre côté des Alpes; étau moment où j'écris, et où malgré tant d'efforts on n’est pas arr ivé à s'entendre sur les causes de cetté maladie, il semble que ses l'AVALEeS S ’étendent chaque ; jour.

Après Frapolli et Zanetti, plusieurs médecins distingués, Gherardini en se 0j , Albera de Va-

1 Animadversiones in morbum vulgo: Pdlsgtani! Milan, 1771; in-8°

2 Dans ce Mém , inséré en ©1775 dans let. VI des Nova äcta nat. curios., et daté du 12 avril 1775, on lit: « Sex circiter abhinc anis inter nostræ Insubriæ, agxicolas utriusque sexus, sed præsertim inter miserlores et male pasios mor bus quidäm insevit ac delectatur. » — On y lit encore : « Nemo quem ipse sciam, nsque adhuc de hac .cutis affectione peculiariter scripsit, neque gr aphice apud veicres reper itur descri iptio. » Nova acta nat.curios., t. VI, Norimb., 1778, in-4° (obs. XXIV, p, 118 à 195, sous ce tire: De morbo vulgù she gr (Canriobio: Onoldum, missà die aprilis 12, 1775).

5 Déscrizione della Pellagra. Milano, 1780, in-49.

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rese ! en 1781, Wideriar en 1784 et eh 1790 ?, et Gaëtano Strambio 5, dans une série de travaux importants publiés de 1786 à 1794, attirérént sut là pellagré l’attetition des médecins et du gouvernement. Des 1781, la Société patriotique de Milan, fr appée de la gravité du mal, rédigea sur ce sujet un progt ämme de questions qu’on adréé$a à tous les médecins de la campagne, eti promettant un prix considérable à celui qui répondrait d'uné manière satisfaisante. En oütre, en 1784, le grand Conseil du duché de Milan, d’après les ordres de l’empereur Joseph 11; fonda dans là petite ville de Legnago, située à six lieues au nord de la capitale de la Lombardié, un hôpital spécial pour soixänte pellagreux Le savant et consciencieux Strambio fut mis à la tête de cet établissement, qui fut supprimé après quatre àn: nées d'existence pendänt lesquelles il avait été, come on le verra plus loin, le théâiré d’obsérvations précieuses.

. En même temps, deux jeunes médecins de l’é-

cole de Leyde, W. Jansen et Hollen-Hagen, qui parcouraient ensemble l’Italie en 1985, après avoir étudié la pellagre auprès de Moscati, de L2P, Frank, et surtout de Strambio, contribue

‘ Trattato teorico pratico delle malattie del insoläto di brimavera, voléärmente dette Pellagra (Varese, 1781, in-4o). i 3 De, quädan impetiginis specie vulgd Pellagra nuncupatä, disquisitio, Milan, 1790 (manusc. 1784).

5. DE Pellagrà obseryationes in regio pellagrosorum n0$0+ COIDIO factæ. Mediol., 1786, in-80. Plus tard , Strambio publia 58 Dlssertiriont sulla Pellagra, in-8° ; Milano, 1794.

rent à répandre au delà des Alpes la connaissance de cette affection; et Jansen en particulier publia' en 1787 une dissertation très-digne d’éloges.

Bientôt apres, Salomon Titius, professeur à Wittemberg, élève de J.-P. Frank et ami de Strambio, traita aussi ce sujet * d’après des observations personnelles faites dans les hôpitaux de Milan et de Pavie. Mais quoique la connaissance du fléau qui dévastait les campagnes de la Lombardie s’étendit parmi les médecins étransers, aucun document ne vint révéler l'existence de ce mal dans d’autres contrées.

Les médecins des États vénitiens ne s’émurent eux-mêmes que plusieurs années après. Un disciple de Pujati, Jacopo Odoardi, avait publié en 1776 un travail sur l'£spèce particulière de scorbut* observée par son maître aux environs de

1 De Pellagrà, morbo in Mediolan. ducatu endemico, Lugduni Bat., 1787. (Cette dissertation a été reproduite en 1790, dans le t. IX du Delectus opuscul. de Frank, p. 32.) Quant à Hollen-Hagen, 1l communiqua ses observations à un de ses compatriotes, Vanden Heuvell, de Mittau, qui s’en servit en 1787 pour soutenir à Leyde une thèse intitulée : T'entamen nosologicum sistens à vilio vis vilalis divisionem, etc. ; dans la-

uelle 11 place la pellagre parmi les maladies causées par un à à. Fa de la force vitale.

: Salomon. Constant. Titi oratio de Pellagræ, morbi inter Insubriæ austriacæ agricolas grassantis, pathologà. Wittemberg, 1792 ; reproduit en 1793 dans le tome XII du Delect. opusc. de Frank, |

Plusieurs autres médecins allemands se sont occupés de bonne heure de la pellagre, mais ils n’en parlaient que sur la foi d’autrut ; tels sont : Kapp (C4nimadv. in Cullen. Leapsick, 1789); Wall. . Juncker (Conspect. rerum quæ ad pathol. med. pertractantur,

Halæ, 1790). C’est pourquoi je n’ai pas invoqué leur témoignage. 5 Di una spezie particolare di scorbuto, del Dott. Jacopo

(9) Feltre, et dont il retrouvait de son côté de nombreux exemples parmi les villigeois pauvres du district de Bellune. Dans cet écrit curieux, le premier qui ait paru sur la pellagre dans les Etats de Venise, Odoardi note que le scorbut dont il s’agit est une maladie déjà connue du peuple des campagnes sous les noms de pellarina, scottatura di sole (coup de soleil), calore del fegato, mal della spienza. Quant à la pellagre lombarde, dont le nom était à peine arrivé jusqu’à lui, il se borne à la citer en passant : « D’après ce que m’a communiqué, dit-il, le savant Omobon Pisoni ‘, on aurait publié à Milan la description de cette maladie, ou d’une maladie analogue appelée pellagra. » | Les indications fournies par le mémoire d'Odoardi montrent qu’au moment où ce médecin écrivait il n'y avait peut-être pas une seule localité dans les pays de Bellune et de Feltre », qui ne comptàt plusieurs pellagreux, et que déja même la maladie était observée hors des limites de l’Italie. D'un autre côté, Gaëtano Pujati, le fils du maître d’Odoardi, médecin à Spilimbersg, rencontrait des scorbutiques, c’est-à-dire des pellagreux, dans le Frioul, et affirmait qu'un médecin distingué de ce pays, décédé à cette épo-

Odoardi de Belluno (1775). Fanzago a fait réimprimer ce travail en 1805, et l’a mis en tête de ses Memorie sulla Pellagra.

1 Alors professeur à l'Université de Padoue.

3 Excepté peut-être le district d’Agordo, où lé docteur Trivelli n’avait pu trouver un seul pellagreux.

’ (40) que, Nascimbeni, en avait observé depuis bien longtemps.

Mais, en dépit des faits chaque jour plus nombreux, on sépara longtemps éïicore le scorbut dés Étals vénitiens, de la pellagre des États lom-: bards. |

Heureusement le hasard Vint eh aide à la science : un jeune inédecin , qui fut par là suite professeur à l’Université de Padoue, Francesco, Fanzago, revenait de Pavie où il avait observé la pellagre, qui était alors bien connue dans cette partie de l'Italie. C'était en 1789 :

& Un jour, dit-il ‘, j’assistais à la réception d’üne jeune malade à l’hôpital de Padoue. Le médecin (medico aässistente) lui adressait selon l'usage diverses questions auxquelles là malade répondait péniblement et avec des niarques évidentes d’imbécillité. Je portai par häsard les yeux sur ses mains, et je vis qu’elles offraient une teinte noirâtre ainsi que les avantbras; l’examiniant alors plus attentivement, je m’apercçus que l’ épider me était sur ces Boite comiie desséché, rugueux, et qu’il 8e détachait cà et là, tandis que là peau sous-jacente deméurait blanchâtre et réluisante. En outré, là mère de la malade nous raconta qu’une excessive faiblesse, principalement des jambes, avait mis là ] pauvre fille hors d'état de continuer à se livrer aux travaux des champs. Tous ces accidents

V'Memore sopr'a la Pellagra. Prima memoria , P- 48- 49. Padova, 1805.

(H) lui survénaient depuis détx ans, au retoür dé là bélle saison.

« Réfléchissant à ces pliénôthènes, l'imbécillité, la faibléssé extrême, et Surtout l’altérätion Horbié dé la peau dés mains, je me souvins tout à coup dé la pellägre, matière doinanté dans le territoire de Milan, ét il mé Sémbla qu il Ÿ avait là plus grande hate entre cètté maladie ét celle de là jeune fille qué j'avais Sous les : yeux.

« Le. médecin assistant, rie voyant fort atientif à l'examen dé cette fille, me dit que depuis quelques années, mais surtout pendant l'année présenté, On recevait souvent à l'hôpital de pareils malades, sur lesquels on n’avait pas encore d'idées précises. D'après ce récit, je suspendis mon jugement, en atteñdant qu’une nouvellé observation m'éclairat davantage. Je priai ce médecin, le docteur Zucéolo, qui était mon ami, de récevoir là pauvre dilagéotég: et nonseulement il $e reñdit à ce TE mais éncoré, par la suite, il me facilita l'étude dé cetté maladie en recevant tous les malades semblables qui se présentaient à lui. Aprè ès avoir recueilli un nombre suffisant. d'observations , je fus confirmé dans ma prémière idée, et un parallèle rigoureux me permit d’ aff mer qué notre maep n'était autre e chose que la pellagre du territoiré bilanäis. »

Seize PTT EM ro recueillies en peu. de temps dans dé sillés de cliniqué de l'hôpital Sainit-

François de Padoue, formérent le sujet d'un premier Mémoire ‘ qui trouva beaucoup d’incrédules et de détracteurs dans l’Université. Mais tandis que l’on employait à discuter tout le temps nécessaire pour calmer l'amour-propre de ceux que contrariait la découverte de Fanzago, les observations nouvelles arrivaient en foule. Les plus remarquables sont celles de Dalla Bona, Luigi Soler et Sartogo, qui parurent toutes en 1791. Soler avait observé pendant 12 ans la maladie à San Polo, dans la province de Trévise. Sartogo la voyait régner depuis longtemps dans le district d’Aviano, où elle avait recu le nom de scorbuto montano ; on la trouvait dans les territoires de Vicence et de Bassano, elle se multipliait au delà du Pô, et partout elle offrait les traits les plus évidents de la pellagre.

Cependant d'illustres médecins de Lombardie, informés des remarques de Fanzago, le soutenaient dans sa lutte contre l’incrédulité qu’il rencontrait à Padoue. J. P. Franck et Jean Widemar lui écrivaient en même temps et l’encourageaient à l’envi *. Enfin, au bout de peu

1 Ce Mémoire a été ee dans un recueil périodique trèsrépandu dans les Etats de Venise, les Anedotti patri, et réim primé avec les autres, à Padoue, en 1805.

# J. P. Frank lui écrivait en français la lettre suivante : « J’ai reçu, avec la plus grande satisfaction, votre Mémoire sur « la Pellagra dans votre patrie , dont la nature à été jusqu’ict « totalement inconnue. Cette découverte , quoique d’un fléau « bien malheureux , ne peut que faire bien d'honneur à votre « esprit observateur , et Je ne doute pas qu'avec le temps vous «en ferez d’autres qui justifieront pleinement l’idée avantageuse

( 15 ) d'années tous les esprits sans exception étaient rangés à l'opinion de Fanzago; le gouvernement lui-même sentit la nécessité de se préoccuper aussi vivement de la pellagre des États de Venise, que de la pellagre de Lombardie. Une circulaire, datée du 28 juin 1804, enjoignit à tous les médecins de la province de Padoue d’adresser à l'Office de santé de cette ville leurs observations sur le nombre des pellagreux, sur les localités où existait la pellagre, et leur opinion sur la nature et le traitement de la maladie : c’est à l’aide des renseignements fournis par cette enquête que Fanzago a tracé le tableau de la pellagre dans la province de Padoue, en l’année 1804. Or, ce tableau prouve qu’il entrait annuellement 60 à 70 pellagreux dans l'hôpital civil de Padoue, et que sur ce nombre ilen mourait environ 30 ; que la maladie était répandue dans toute la province et dans les pays de plaine, aussi bien que sur les collines et dans les vallées; qu’elle y existait depuis longtemps. Storni, par exemple, qui exercait à Campo San Piero, près de Padoue, rapportait que son prédécesseur, Carlo Barbanti, qui avait pratiqué dans le pays bien avant qu’on ne parlàt de la pellagre, avait toujours vu cette maladie; les docteurs Amai et Zuccolo, médecins de l'hôpital de Saint-François, observaient également Ja maladie en question depuis le début

« que je me suis toujours faite de vos talents. Courage, mon « cher ami, étc. (3 avril 1790). La lettre de Widemar est du 13 (ibid.).

de leur pratique, c’est-à-dire depuis at moins 1977: Le docteur Piacentini, dont la clientèle s’étendait sur un grand nombre de villages !

situés à l'ouest de Te l'avait toujours remarquée par mi les paysans, qui la désignaient sous le nom de salso, avant que | le pos de pellagre lui eût été donné.

Ainsi, à mesure que les médecins se communiquaient leurs observations, le champ de la pellagre s’étendait, et l’on voyait disparaître ! une foule de dénominations vulgaires, qu on avait regardées pendant un certain emps comme appartenant : à autant de maladies distinctes, el qui en réalité désignaient une seule et même maladie a laquelle ! tout le monde finit par « donner le nom de pellagra sous lequel les médecins milanais, les MRGLTOR l'avaient fait connaitre.

Le livre * de G. B. Marzari, publié à Venise en 1806, montra que la pellagre était à peu prés universellement répandue dans le nouveau royaume d’ Îtalie. Facheris fil bien connaître la pellagre du territoire de Bergame. Sabatti ” la décrivit en 1807 dans la province de Brescia, où Baccio, Bargnani ” et Girelli constaterent Mr

* Tels que Trambacco, Greola, Mestrino, Saccolongo, Selvaglano et Trençarola.

? Saggio medico politico sulla Pellagra o scorbuto italico. Ed. de 1810. Venise, in-8°. Ces recherches, entréprises par ordre du gouvernement autrichien, furent dédiées ensuite au prince Eugène , vice-roi d'Italie et prince de Venise.

5 Quadro statistico del dipartamento del Mella. Brescia, 1807.

4 ra Anpali univ. di med... , vol. EXXVI, février et mars

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