‹ De la pellagre sporadique [electronic resource]Chapitre 4 sur 73 · ENQUÊTE DANS LES LANDES ET A SAINTE-GEMMES · texte numérisé non relu

ENQUÊTE DANS LES LANDES ET A SAINTE-GEMMES

plus agréable de ne pas avoir à combattre ropinion de mon trèssavant confrère et ami Tardieu , il eût été plus intéressant aussi, scientifiquemcut parlant, de proclamer une pellagre sui generis , ou même une variété de pellagre spéciale à Reims et au centre de la France, que de proclamer l'identité pure et simple entre toutes les pellagres connues.

Malheureusement, l'enquête directe n'a fait que confirmer les données des relations écrites ; l'identité est complète et absolue, et tellement complète et tellement absolue, qu'arrivé dans les Landes avec l'intention de prendre une série d'observations, j'ai dû y renoncer immédiatement sous peine de fastidieuses répétitions.

iMême érythème spécial, mêmes troubles digestifs, mêmes troubles nerveux , mêmes accidents scorbutiques , même périodicité, même œdème, même peau bronzée, mêmes guérisons, mêmes rechutes, mêmes résultats nécroscopiques.

Et non-seulement notre pellagre sporadique est la même que la pellagre endémique des pays à maïs, mais elle est la même que la cachexie pellagreuse des aliénés, sur laquelle M. Billod a le premier spécialement appelé l'attention, et que je suis allé observer avec lui, il y a quelques jours, dans l'asile même où il a recueilli les nombreux exemples qui forment la base de sa précieuse monographie (1).

Les faits que j'ai constatés avec mes savants confrères Mérier, Giraud, Foville, Renault du Mottey, dans les asiles de Fains, de Châlons et de Maréville, m'ont fourni les mêmes résultats que ceux de Sainte-Gemmes.

La plupart des cas de pellagre que j'ai trouvés dans ces établissements, avaient déjà été diagnostiqués ; quelques-uns étaient passés

H] Arch. gén. de Méd. 1858, 1860.

l'nOLÉGOMKNFS.

inaperçus 5 tous étaient, par les symptômes généraux, par la démence ou la lypémanie, cl surtout par l'érythcmc dorsal des mains, identiques entre eux, à part l'intensité, et identiques aux pellagres sporadiques ou endémiques.

Evidemment , il n'y a pas pour les aliénés une simple cachexie pellagreuse ajoutée a l'aliénation, mais une véritable pellagre, semblable à celle que je vois a Reims , semblable à celle que j'ai vue dans les Landes , semblable à celle qu'on a décrite en Italie et en Espagne, semblable, en un mot, a toutes les pellagres, comme la pleurésie et la scarlatine d'un pays sont semblables aux scarlatines et aux pleurésies des autres pays, sauf les nuances tout a fait secondaires et inséparables des complications morbides, des influences de climat, de localité, de régime et surtout d'idiosyncrasie individuelle.

Ainsi, j'ai bien vu, dans l'asile de iMaine-et-Loire, l'érythème plus vésiculeux, la lypémanie plus prononcée 5 dans ceux de la Meurthe, de la Meuse et de la Marne, l'épiderme plus brun et plus parcheminé : à Reims, la dermatose plus étendue sur la face palmaire, la peau plus cornée, la manie plus violente 5 dans les Landes, les accidents scorbutiques plus accusés, la rachialgie plus fréquente : mais ce sont là de simples nuances, très-manifestes aujourd'hui, peut-être nulles demain, et qui, disparaissant, d'ailleurs, dans de longues séries de faits, ne peuvent être considérées même comme des variétés, sans embarrasser inutilement la nosographie (i).

Etablir , d'après des différences secondaires , des espèces , des genres, des degrés, en multipliant les analyses, rien n'est plus facile.

(1) EfTecti rement, ea parcourant les faits endémiques, publiés par M. Cazaban (thèse 1848), dans une région des Landes voisine de celles que j'ai visitées, j'en trouve plusieurs où les phénomènes cutanés étaient aussi accusés que dans les faits sporadiques de Reims, témoin sa première observation : .... ce Vers les premiers jours d'Avril , la face dorsale des mains, plus tard, celle

PUOLÉGOMÈNES -f5

Mais si, on lhérapculi(iiic, on doit surtout tenir compte des différences entre les malades, on doit, en pathologie, tenir compte surtout des analogies entre les symptômes.

S'ingénier a multiplier les entités morbides, à diviser les tableaux qui pourraient entrer dans un même cadre, ce serait compliquer l'étude déjà si complexe de la médecine, ce serait sacrifier le fond à la forme, et oublier que la synthèse est l'expression la plus élevée des sciences !

Avant d'entrer plus avant dans l'histoire de la pellagre nostras, voici l'extrait d'un certain nombre de faits sporadiques qui , rapprochés des faits endémiques et des faits récemment étudiés chez les aliénés , permettront de résoudre facilement plusieurs questions en litige et particulièrement la question d'identité.

De ces faits sporadiques, les quatorze premiers me sont personnels • les vingt-huit autres étaient épars dans les diverses annales de la science.

» des pieds devint rouge, éiysipélateuse, et augmenta de volume Bientôt . apparurent des vésicules nombreuses, laissant suinter une sérosité jaunâtre » qui, en se desséchant, formait des squames et des croûtes assez épaisses La surface de la peau était rugueuse, brunâtre, présentant des gerçures et . des crevasses qui s'étendaient aux doigts et jusqu'à la face palmaire de la mam; elle était cornée et comme calleuse auprès des articulations • l'épiderme se détachait par écailles très-larges et très-épaisses. Le malade m'a » dit quaux doigts la peau s'enlevait d'une seule pièce, comme un doigt de " ^^""^ Boulimie, ptyalisme; langue gercée; diarrhée; lypémanie.... »

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