ACCIDENTS DIGESTIFS, NERVEUX ET CUTANÉS; GUÉRISON AU BOUT DE
Femme de 62 ans , née à Cormontreuil (Marne) , (Icmciirant depuis 30 ans à Wilry -lès-Reims, manouvrière, mère de 5 enfants.
Mauvaise hygiène, mauvaise alimentation ; jamais de maïs. Bonne santé jusqu'au printemps de 1846 où elle commença à avoir le scorbut qui diminua en été, disparut en hiver, et revint tous les ans au nouveau temps avec faiblesse et perte d'appétit, ce sont ses propres expressions.
A partir du printemps de 1850, augmentation du scorbut, dilïïculté plus grande de la mastication ; tristesse profonde augmentée par des chagrins domestiques.
En Avril 1852, aggravation de ces accidents; vertiges et éblouissements chaque fois qu'elle va au soleil; visions et hallucinations fréquentes; diarrhée.
Au bout de six semaines, rémission graduelle, retour des forces ; cette femme fait la moisson au mois d'Août.
En Janvier 1853, hémiplégie subite, incomplète du cOlé gauche, qui ne l'empêche pas d'aller travailler aux champs ; ennui de la vie, idée souvent manifestée de se jeter dans le puits.
En Avril, anorexie, vomissements, diarrhée persistante. En ramassant de l'herbe au soleil, sentiment d'une vive brfdure aux mains , rougeur et gonflement de la peau qui se dessèche et tombe en écailles au bout de quinze jours. La malade, affaiblie, passe les mois d'Avril, Mai et Juin sans quitter la chambre.
Entrée à la clinique le 5 Juillet 1853.
L'interne, M. Créveau, frappé des principaux phénomènes actuels et des commémoratifs, reconnaît immédiatement la pellagre, et son diagnostic est conûrmé par M. le professeur Landouzy.
Face dorsale et palmaire des mains rugueuse, crasseuse, parcheminée, sillonnée de fissures jusqu'au poignet ; peau luisante et rosée sous les écailles qui se détachent; gencives rouges et fongueuses, dents complètement déchaussées, dents longues des auleurs ; inappétence, diarrhée, faiblesse; tristesse sans aucune manie; réponses lentes, mais précises.
Vers la fin d'Août, la diarrhée et la faiblesse diminuent , l'appétit augmente et la malade quitte l'hôpital.
OBSERVATIONS
Le 11 Mai (le rannée suivanic (185/0. l'interne, M. Ilcibin, est envoyé .à Witry par M. Landoiizy, pour constater lY'tat de celte femme.
L'hiver s'est très-bien passé, mais depuis trois semaines elle est devenue triste, elle éprouve de temps en temps des éblouissements, sa vue se trouble au soleil. '
Les mains sont à l'état naturel; elle se plaint toutefois d'y éprouver des cuissons depuis une huitaine.
Le 19 Mai 1854, M. Landouzy revoit la malade :
Idées nettes, mais tristes ; ébranlement des dents du haut ; toutes celles du bas sont tombées l'hiver; appétit assez bon, digestions assez faciles, peau de la région dorsale des mains rosée en fendillée, squameuse seulement sur les articulations métacarpo-phalangiennes.
Le 23 Avril 1860, M. le docteur Lamotte, de Witry, visite cette femme pour compléter l'observation, et constate que depuis 1854 la santé a été bonne et qu'il n'a l eparu aucun symptôme de pellagre.
Crévbau et Hekbin, internes. (Extrait.)
OBSERVATION IV