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CHAPITRE II

Des accidents quiaccompagnent l’éruption des dents, dits « Accidents de dentition ».

Adversaire, nous le disons par avance, de la croyance à l’existence des accidents de dentition — pour la très grande majorité des accidents tout au moins — et afin de réunir dans un chapitre d’ensemble les troubles que l’on peut mettre avec vraisemblance sur le compte de la percée des dents, nous ne mentionnerons, pour ainsi dire, dans ce chapitre que ce qui, à nos yeux, a été attribué à tort à l’éruption physiologique des dents, sans discuter les opinions, sans commentaire en un mot.

Les troubles attribués à la dentition sont si nombreux qu'il est bon deles classer en diverses catégories, pour en faciliter l'exposé. Plusieurs classifications ont été proposées; troubles locaux, troubles sympathiques, troubles sanslésions apparentes ; pour d’autres : troubles locaux, troubles généraux, troubles éloignés, etc. Aucune classification ne nous permettant de ranger les différents troubles sans faire

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appel à la pathogénie... pathogénie fort variable suivant les auteurs... nous suivrons un ordre plus simple, plus élémentaire, mais qui a le mérite d'éviter un oubli.Nous examinerons ces troubles en prenant les «appareils » les uns après les autres.

De tous temps on a accusé le travail des dents d'être pour les enfants une cause de «douleur locale » pour les uns, « d'irritation » pour les autres.

La dent provoque un gonflement du bord alvéolaire, gonflement qui peut provoquer l'apparition de troubles digestifs graves et auxquels on remédiait par l'incision ungutale ou instrumentale de la gencive.

On note très souvent une exagération marquée de la salivation.

Localement encore, on a observé la formation d’abcès pré-dentaires, avec suppurations consécutives.

Dans d’autres cas, l’inflammation ne reste pas loca- : lisée à la muqueuse gengivale, elle peut s'étendre à tout ou partie seulement de la muqueuse buccale, et donner naissance alors à des stomatites, dont M. Comby donne une longue description.

19 Stomatite pullacée. — Caractérisée par la présence d'un exsudat opalin ou crêmeux.

2° Stomalile ulcéreuse. — La stomatite pultacte s'accompagne quelquefois d'une perte de substance d'une ulctration large de la gencive, ulcération qui peut s'étendre et gagner différents points des gencives, de la langue, des joues, du palais.

39° Stomalile aphteuse ou herpétiforme. — Carac-

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térisée par des érosions petites, isolées, disséminées et régulièrement arrondies.

4° Stomatite ulcéro-membraneuse. — Son apparition est presque exclusivement liée, quand elle a lieu à l’éruption des molaires. Elle est caractérisée par des ulcérations étendues, irrégulières et profondes. La salivation est abondante, l’haleine fétide ; les ganglions sous-maxillaires sont engorgés, la fièvre est vive, il y a de la diarrhée quelquefois ; l'enfant refuse de prendre le sein. M. Comby ajoute qu'il s’agit le plus souvent dans ces cas d'enfants mal nourris, dont les dents ont une implantation vicieuse ou se carient au fur et à mesure que leur sortie s effectue.

5° Périostile alvédo-dentaire.— La périostite alvédo-dentaire est le plus souvent associée à la présence des dents cariées, elle se termine suivant les cas par résolution ou par suppuration. Lorsque la suppuration se produit, le pus se fait jour en dedans ou en dehors, à travers la peau.

L’adénite qui l'accompagne est fréquemment une adénite suppurée qui réclame l'intervention ou s’ouvre spontanément, en dedans ou en dehors.

B) Troubles digestifs. — De tous les accidents attribués à la dentition, les troubles digestifs, la diarrhée en particulier, sont ceux qui passent pour les plus fréquents. Nous nous contenterons de ne citer que quelques opinions, émises à ce sujet par des médecins éminents.

« Dans les climats chauds et de même dans

la saison chaude, disait Pamard, tout travail dentaire s'accompagne de phénomènes réflexes du côté des organes digestifs ». Pour étayer sa conviction, Pamard dit encore: « Dans notre Midi, tout enfant qui fait ses dents dans la saison chaude de l'année est fatalement condamné, si on ne peut lui rendre son alimentation habituelle : le lait» (97).

Pour Trousseau, « il y a coexistence fréquente », d’où relation évidente de cause à effet. « En dehors de toute dentition, dit-il en effet, un quart des enfants ont de la diarrhée, tandis que sur un nombre déterminé d'enfants en pleine éruption dentaire, les deux tiers en sont atteints » (125).

Pour Charpentier, «lenfant qui fait ses dents, a les gencives grosses, douloureuses, enflammées, delà des difficultés dans son alimentation, difficultés qui entrainent à leur tour des troubles gastriques puis intestinaux. L'enfant tétant mal, digère mal, de là ces diarrhées si fréquentes au moment de la dentition, et qui constituent si bien une maladie réelle, que l'enfant peut succomber du fait seul de la diarrhée » (31).

Pour Péter, & il est évident que le travail de la dentition provoque fatalement du côté de la gencive une hyperhémie qui a pour conséquence la production de phénomènes réflexes variés. L'abondante salivation des enfants dans ces conditions est la première de ces manifestations réflexes; mais il en est d’autres, telles que l’hypersécrétion du suc gastrique, d’où apparition de vomissements, et l’hyperséerétion

du liquide intestinal, d'où diarrhée, qui, dans certains cas, peut revêtir le caractère cholériforme et amener la mort (100).

Pour Blachez, « les troubles des fonctions digesüves sont peut-être ceux qu'on observe le plus fréquemment pendant la dentition... Sur 138 enfants en dentition, Bouchut a constaté 112 fois la diarrhée... Ch. West, relevant 2.129 cas de diarrhée, montre que la moitié des cas a été observée chez les enfants âgés de 6 mois à 2 ans, et correspond par conséquent à l’époque où ce travail de la dentition est le plus pénible (15) ».

Blachez, d’ailleurs, donne complaisamment des caractères de ces diarrhées de dentition :

« Ces diarrhées peuvent être légères, cholériformes. Quelquefois elles revêtent une intensité menaçante par leur abondance, leur caractère glaireux et quelquefois sanguinolent, leur couleur jaune d’abord puis tournantrapidement au vert.

Un de leurs caractères, qui permet d’en bien reconnaître la nature et la cause, est précisément leur résistance à toute espèce de traitement ».

Pour Blachez encore, l'apparition de vomissements aumoment où la diarrhée de dents existe serait une « complication des plus dangereuses ».

Guersant dit que les vomissements associés à Ja diarrhée seraient plus fréquents au moment de la sortie des canines ou des molaires (60).

Vogel (de Dorpat) émet l'opinion que ces diarrhées sont liées à la salivation abondante qui accompagne

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la dentition. La déglutition de cette salive, toujours chargée de sels ferait l'effet d’un «véritable purgatif».

G) Troubles respiratoires. — Chacun sait combien les femmes croient volontiers que «si leur enfant tousse, c’est qu’il va percer une dent » : c'est même grâce à cette croyance qu’elles laissent terrasser leurs enfants par la broncho-pneumonie, alors que de dents il n’en est pas question. On a signalé des bronchites, des broncho-pneumonies, de la toux coqueluchoïde, d’après Guersant, les affections du larynx sont assez fréquentes au cours du travail de dentition.

Ch. West, à ce point de vue, est très affirmatif et signale en particulier le spasme glottique, la laryngite striduleuse comme une maladie coïncidant très souvent avec la dentition, au point que sur 37 cas, il en a observé 31 chez des enfants âgés de six mois à deux ans. I l’attribue à l'irritation du trijumeau,' et à des congestions des centres nerveux.

D) Fièore.— Pour Blachez, la fièvre estla complicaüon qu'on observe le plus généralement : elle peut exister seule ou accompagner d’autres manifestations morbides (15), Blachez a noté 4109 chez un enfant en travail de dentition (17).

Peter € a pu constater que la percée des dents accuse au thermomètre placé dans la bouche une élévation parfois de près de 2 degrés sur la température normale » (100).

D’après Rilliet et Barthez, cette fièvre de dentition se caractérise par son irrégularité, onla voit survenir surtout chezles enfants délicats etnerveux, aus-

sitôt que l’éruption dentaire provoque des douleurs «€ continues ». Elle tombe au moment des accalmies, se réveille avec les souffrances. L'augmentation de la température, l'accélération du pouls s’accompagnent d’une coloration marquée des joues, où la rougeur est le plus souvent disposée par plaques.

&Sila fièvre persiste l'appétit devient nul et la nutrition est atteinte et l'enfant maigrit rapidement ».

E) Troubles cutanés. — Sans parler à nouveau des modifications de coloration des joues,on a cité un certain nombre de dermatoses rencontrées au moment du travaildedentition : érythèmes fugaces,éruptionslichénoïdes, eczéma, impétigo. « Elles se rangent par leur fréquence à côté des convulsions etse rattachent peut-être à la dentition d’une façon encore plus évidente ». Pour Blachez, qui a écrit la phrase que nous venons de citer, érythème, eczéma et impétigo sont associés, les deux dernières surtout.

« Ces éruptions, dit-il visant l’eczéma en particulier, sont tenaces, rebelles aux traitements les plus rationnels ; se réveillant tout à coup après avoir paru disposées à s’éteindre. Bien souvent alors, si on regarde les gencives, on voit qu’un groupe dentaire a fait son apparition ».

F) Convulsions. — Pour Blachez, les convulsions constituent « la complication la plus fréquente de Ia dentition » (15); elles sont plus fréquente au moment dé la percée des molaires et surtout des canines. C'est pour cette raison surtout d’ailleurs que les

mères redoutent tant la percée de la € dent de l'œil », (Dentes matribus detestæ).

Pour Chaumier (de Tours),un de leurs caractères prédominants e’est leur brièveté (32).

Pour Blachez, les convulsions peuvent être limitées (à la face en particulier où elle revêtent la forme de tics) ou généralisées. Pour Bunon, au contraire, les accidents convulsifs qui dépendent de la dentition sont exclusivement limités aux muscles de la face ; les convulsions généralisées ou éloignées sont dues à des maladies du cerveau (25).

G) Affections oculaires. — Augé a étudié l'influence de la première dentition sur le développement de la blépharo-conjonctivite, Galezowsky les accidents oculaires qui accompagnent l’'éruption des molaires et des canines. Méhas, dans sa thèse inaugurale, envisage dans une vue d'ensemble lès rapports pathologiques de l’œil et des dents.

H) Affections diverses. — Enfin, nous réunissons dans un même paragraphe quelques affections qu’on he se serait guère attendu à voir attribuer aux dents : otites (Blachez), varicelle (Guyot (62) blennorrhée (Hunter (71). Voici d’ailleurs l'observation de Hunter: ÇUn garçon d'environ deux ans fut pris de douleur et de difliculté pour uriner, etil s’écoula du pus par l’urèthre. Je soupçonnai chez cet enfant l’existence du virus vénérien, etle soupçon tomba naturellement sur la nourrice. Les symptômes diminuaient, disparaissaient entièrement, et revenaient ensuite, On observa enlin qu'ils ne se reproduisaient que

lorque l'enfant faisait une nouvelle dent. Ce: phénomène se montra si souvent, si régulièrement et avec tant de constance, que l’on ne put douter de la réalité de cette cause ». |

Voici, comme conclusions de ce chapitre comment quelques médecins formulent leur opinion sur les accidents de dentition, en général, :

Constantin Paul dit que « l’éruption de toutes les dents ne provoque pas à un même degré les accidents de la dentition : les incisives supérieures les provoquent plus souvent que les inférieures ; les canines sortent de l’alvéole sans inconvénients ; les petites molaires sont les plus difficiles à percer (39) ».

Pour Blachez, si «la dentition par elle-même n’est pas une maladie, il est cependant assez rare de Ia voir parcourir toutes ses périodes sans provoquer chez l’enfant quelques symptômes morbides. C’est la première époque critique de la vie ».

Pour essayer de légitimer la réalité des accidents de dentition, il établit un raisonnement en apparence assez probant, que nous ne pouvons résister au besoin de reproduire dans son entier, car les conclusions sont trop importantes pour les donner sans donner auparavant les prémisses. « Les accidents locaux ne sont que l’exagération des symptômes physiologiques. Lagencive normalement turgescente peut devenir très douloureuse, des aphtes peuvent se développer sur la muqueuse voisine, donner lieu à une stomatite plus ou moins étendue. Or, quand on con-

naît l'extrême susceptibilité des enfants, on s’expli-

querait difficilement «à priort, que ces désordres, d'abord localisés, n’eussent pas un retentissement sur le reste de l'appareil, en y provoquant une irritation plus ou moins vive qui se traduira par des troubles digestifs variés. Ce qui est applicable à l’appareil digestif est vrai également pour les organes respiratoires, la peau, le système nerveux. De là un ensemble de troubles fonctionnels ayant pour caractères communs de dépendre de la dentition et de ses différentes phases, de commencer et de cesser avec elle, sans qu’on puisse faire intervenir, 4 moins de forcer les faits, aucune autre cause ».

Ch. West dit: « Le temps de la dentition est en réalité pour l'enfant une occasion particulière de dangers, bien qu'on ne comprenne pas toujours très bien pourquoi. Les statistiques portant sur les nombres les plus considérables dénotent les dangers de cette période, et montrent qu'il y a lieu de se féliciter quand on voit le travail de la dentition terminé ».

Pamard est plus catégorique ; pour lui la chose est claire : € Tout enfant en période d'évolution dentaire est un malade ».

Trousseau résumant sa clinique, en tire des conclusions pratiques, sur la conduite qu'ont à tenir les médecins dans leur clientèle. Sa clinique est d'ailleurs intitulée : « Du sevrage relativement aux éruptions des dents ». Voici les conclusions qu'il pose et les conseils qu'il donne : «Les deux premières dents sortent ordinairement sans accidents, mais pour

les quatre suivantes, il survient quelques troubles.

Cependant l'enfant arrive à un an, sans avoir éprouvé de désordres bien graves.

& A ce moment commence la lutte des parents avec le médecin pour sevrer ; les maris ne veulent plus que leurs femmes nourrissent ; les mères veulent chasser les nourrices ; l'enfant a 6 dents, il fait, diton, les dents sans aucune difficulté et on le sèvre.

€ Arrive alorsla troisième éruption, celle des quatre premières molaires et des ineisives latérales inférieures ; presque.toujours il y a des accidents et des accidents assez sévères ; mais la quatrième éraption, celle des dents canines est de toutes la plus périlleuse ».

En conséquence, il donne le conseil de sevrer dans l'intervalle de deux éruptions (d’où limportance capitale d’en bien connaître les dates), et en particulier dans l'intervalle des éruptions des canines et des grosses molaires, c’est-à-dire lorsque l’enfant à 16 dents. Si la mère n’a pas assez de lait pour que son enfant puisse atteindre la fin de la percée des œillères, il faut l’aider et alimenter l'enfant «d’une manière accessoire ».

Maintenant que nous avons exposé impartialement l'opinion des plus éminents, et des plus combattifs, parmi les partisans des accidents de dentition, il nous reste à envisager la contre-partie, à écouter les adversaires, et qu'on nous le permette à prendre parmi eux, une place modeste mais active, la place d’un soldat qui marche au combat derrière

ses chefs.

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