‹ De la perceptivité normale et surtout anormale de l'oeil pour les couleursChapitre 3 sur 4 · GO · texte numérisé non relu

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bleus, violels, rouges, mais sans en avoir jamais apprécié les différences; leur ])Osition habilucUe lui permettait seule de les reconnaître. 11 en était de même pour ses livres; il ne confondait pas les reliures rouges et vertes avec les fauves, mais il n'était en état de les désigner que d'après sa mémoire, ie rayon qu'ils occupaient, le titre, et non d'après les couvertures. 11 ne discernait pas une montre d'or d'une montre d'argent, s'il les voyait l'une après l'autre; mais en les regardant ensemble et au grand jour, il en savait faire la différence. Qu'on lui présentât une pièce de i franc avec un napoléon d'or de 20 francs, à moins d'en lire la valeur, il les assimilait (ce qui prouve de l'incertitude même dans la notion du jaune, comme dans notre observation IV, car généralement les daltoniens jugent mieux par comparaison ; voyez page 71).

Observation VII (idem). — Cette observation, comme les deux suivantes, nous montre un soupçon des autres couleurs, soit à la lumière du jour, soit aux lumières domestiques.

M , avocat de Montpellier, ne distingue le soir ou par les temps

sombres, que le jaune, dont il perçoit d'ailleurs les diverses nuances, de l'orangé au paille. En plein midi, il sent une sorte de pourpre, un rouge-brun, un bleu ou violet ; il distingue le teint et la couleur des personnes qu'il rencontre. Mais le soir, à sa lampe, au théâtre, dans un salon bien éclairé, — pourpre, cramoisi, rose, bleu, vert, tout lui paraît gris ou brun plus ou moins foncé. On soupçonne d'ailleurs que s'il nommait, le jour, les fleurs de son jardin, c'est qu'il les connaissait à l'avance. Sommer raconte qu'on lui donna un livre dont la trancbe verte fut de suite nommée rouge, cet avocat sachant la tranche des livres ordinairement rouge.

Observation VIII. — Harvey (1) raconte au long l'histoire d'un tailleur de Plymouth ne saisissant bien que le jaune et brouillant toutes les autres couleurs. Cette confusion était, du reste, un premier pas vers la vision normale; elle indiquait déjà, pour l'observé, le soupçon d'autres couleurs que le jaune, mais vagues et indéterminées. Aussi, tout en confondant souvent le bleu avec le gris, le noir, le violet, le rouge, le vert, le sujet cité le reconnaissait quelquefois, notamment dans le spectre solaire. Le susdit appliqua un jour une pièce écarlate à une culotte en soie noire.

Observation IX, empruntée encore à Harvey. — Elle nous montre tout à la fois un passage de notre premier à notre second groupe (comme

(1) Transactions of the royal Society of Edinburgk, t. X, p. 253.

l'obs. 4; et un acheminement plus marqué que dans les deux derniers exemples vers notre seconde variété. II y a quelquefois sensation du bleu, parfois même du vert, — bien que le vert, la couleur la moins définie pour la plupart des daltoniens, présente dans leur langage une extension telle qu'ils y rapportent une foule de nuances, surtout si vous les pressez de donner des noms.

J. B ,60 ans, tailleur, n'avait pu, depuis son enfance, nommer les

couleurs ni les distinguer. Outre les désagréments de toute espèce que cet état lui causait dans sa profession, il était par cela même privé de la jouissance des plus grands plaisirs de la vie. Une peinture ornée des plus riches couleurs ne lui présentait qu'un aspect gris, sombre et sans goût. Jamais il ne paraissait aux expositions de tableaux ni aux représentations théâtrales. Son désespoir était au comble lorsqu'il voyait autour de lui tant de monde se réjouir de la beauté d'un magnifique spectacle qu'il saisissait seulement comme une fumée obscure. Tandis que les autres contemplaient avec admiration le coucher du soleil ou l'arcen-ciel, il n'y trouvait qu'un motif de déplorer son malheur. Sur la Méditerranée, oîi il voyagea comme n;arin, il ne put comprendre tout le charme qu'un soleil d'-or et un ciel sans nuages prêtent à la nature ; les plus vives couleurs du firmament lui offraient la monotonie des régions polaires.

Il avait une idée parfaite du blanc et du gris; il choisit un jour cinq pièces de drap, qu'il rangea d'après l'intensité de leurs couleurs. A la lumière d'une bougie, il ne distinguait pas le violet du gris, et il confondait cette couleur avec le bleu des fleurs de lin.

Il prit une feuille de papier noir pour du vert foncé, et ne put distinguer un basalte gris d'une amphibole verdàtre. Plusieurs fois, pour coudre un habit, il prit de la soie cramoisie comme de la noire.

L'indigo et le bleu de Prusse étaient noirs pour lui, comme le cramoisi et le rouge de la cire d'Espagne. Quand il choisissait des habits, le vert et le bleu de ciel étaient tout un.

On lui apporte un jour une redingote à raccommoder, et il y met au coude un beau morceau de drap rouge. Il appelait bleu les nuances pourpres; cependant le pourpre foncé était noir, la couleur du lis rappelait celle du plomb; une violette, une rose et une pêche affectaient ' les mêmes tons gris du plomb.

Le vert l'embarrassait beaucoup. Je lui demandais un jour des habits •de celle couleur, il s'adressa à un tiers, qui s'empressa de mettre, parmi les habits verts, des vêlements d'autres teintes, et il m'apporta dès lors des habits rouge-foncé, noirs, brun de foie , brun-foncé II appelait orangé le vert-émeraude, le vert-pré et les verts clairs; les verts fonces lui semblaient noirs. L'orangé lui donnait cepen lant bien de la

peine; ainsi il nommait jaune le souci, et prenait l'orançé foncé pour du brun.

Le jaune élail perçu par lui comme par les autres, mais le rouf^e devenait bleu dans toutes les conditions. Les joues des jeunes paysannes et les bras djs tailleurs étaienl bleus, comme la fiyure vermeille d'un enfant. Le san[; veineux était brun on noir. D'ailleurs, il confondait aisément le noir, le brun et le vert. Un habit on soie de couleur olive lui seml)lait brun, et il voulait y attacher des boutons verts.

Dans l2 spectre, il n'apercevait que le jaune et un peu le bleu. Ses yeux étaient d'ailleurs parfaitement conformés.

En résumé, dans notre première variété, nous ne connaissons pas de sujets voyant tout en jaune, comme dans la obroopsie consécutive à l'ictère ou à l'administration de la santonine, bien que des trois couleurs premières, le jaune soit seul perçu, parfois avec ses dég*radations; mais les binaires contenant du jaune, le vert et l'orang-é, restent grises ou brunes. Il y a peut-être déjà soupçon des autres couleurs mères, soit le soir, soit le jour; mais ici, ag'issons avec prudence dans nos interrog-ations, et mettons-nous en g-arde contre l'amour-propre et la mémoire des observés. Témoin l'avocat de Montpellier (obs. VII) : témoin encore cet enfant de 7 ans qui confondait héréditairement tout sauf le jaune, mais à qui la mère nommait assidûment la couleur des objets en usag'c; si bien qu'il prétendait voir sa blouse bleue, les feuilles vertes, tels fruits roug-es. Le prenait-on au dépourvu, il n'appliquait plus du tout les désig-nations avec à-propos, et n'établissait aucune distinction, par exemple, entre les fleurs d'un camélia écarlale et son feuillage vert.

B. Seconde variété. Perception du jaune et du bleu. Le jaune reste la couleur la mieux comprise; son appréciation est plus correcte que dans notre première va-

riété et plus nelle que celle du bleu. Tout en reconnaissant le bleu, les daltoniens de ce nouveau g-enre ne peuvent le nommer avec autant de certitude que le jaune, surtout s'il est clair, et confondent avec luil'indig'o, le violet, le rose. Le roug'e reste inconnu. Nous avons sous les yeux l'histoire d'un daltonien qui, pressé la nuit de faire le portrait d'une personne dont le départ était fixé au lendemain matin, employa le jaune pour le roug'e. En ce moment même, nous comptons parmi nos élèves, un étudiant en médecine qui, chargé par sa mère d'acheter du fil rouge à marquer, en rapporta du g'ris; jamais, en assistant à une leçon sur l'analyse spectrale, il ne put discerner que du jaune et du' bleu. Pour les autres nuances du spectre, quand elles se rapprochent du jaune ou du bleu, elles sont le plus souvent confondues avec ceux-ci : l'indig-o violet paraît bleu, Torang'é virant au jaune semble jaune (1). Mais, s'en éloig-neht-elles, elles deviennent si vagues que le daltonien les réunit g-énéralernent sous un seul nom. Tantôt il dira brun, tantôt vert.

Le vert est la teinte que le daltonien de nos seconde et troisième variétés cite le plus souvent, par cela môme que, tout en étant composée de jaune et de blL'ii, celte couleur secondaire est pour lui aussi peu définie que possible. Sa vue restant défectueuse pour 1 impression spécifique du i-oug-e, l'est aussi pour le vert rjui en est complémenlaire. Ces deux couleurs n'offrent à ses yeux d'autres différences qu'une variété de teinte, ou, plus correctement, de ton ; c'est pour lui la

M;LcD' Boys de Loury (Revui; médicale, nov. 184:;^ i)arle d'un loinlurier pour qui l'écarlato paraissait l)leu-},'ris, le rouj,'c-canpllo hieu gris, le rose blanc sale, i'oran},'»: jaune pur, le vcri-i)omnio jaune, lp lilas bleu, In violet gris.

même couleur, mais plus ou moins foncée. Ainsi, le docteur Noël {Courrier des sciences, 31 juillet 1864) cite un vitrier de Breteuil (Oise) qui, un jour, pour remplacer un carreau roug'e, en mit un vert et ne voulut jamais avouer s'être trompé, disant que, au métier depuis ving-t ans, il devait mieux se connaître en couleurs que beaucoup de ses contradicteurs. 11 partit convaincu que seul il n'avait pas la berlue ou qu'on se moquait de lui. Le même docteur parle do son frère, ég'alement médecin, comme n'ayant jamais fait qu'un tableau, mais il peig-nit le g-azon et les bois en roug-e écarlate, et soutint avoir employé du vert. Un autre peintre fig-ura de même en beau roug'e un sapin au milieu d'un paysag'e. Le docteur Noël prétendit ég'alement, comme son frère, qu'un dablia roug'e était bleu; il avait dix-huit ans, et c'est à cetté époque seulement qu'il se serait reconnu daltonien. Péclet (1) mentionne deux frères identifiant le carmin, le violet, le bleu, et confondant avec le vert du feuillag^e le fond g^arancé du pantalon d'un soldat.

La sensation du vert et du roug^eest tellement vag'ue et indécise, que ces daltoniens le confondent encore avec le marron, le brun, le roux; ces cinq teintes prendront indifféremment dans leur vocabulaire le nom que vous voudrez.

La catég-orie que nous abordons constitue Yanérijthroblepsie (non vision du roug'e) ou daltonisme-type de Ruete.

Les observations se rapportant à notre seconde variété sont plus nombreuses que celles ayant trait aux deux précédentes. Dation nous apprend que, parmi ses

(1; Physique, t. II, p. 31)2, 1838.

connaissances, ving't sujets voyaient comme lui, et il est réellement curieux crobserver combien la science connaît d'individus qui, à l'instar du célèbre philosophe d'Édimbourg', Dug-ald-Stewart, ne disting-uaient pas les fruits roug'es des feuilles vertes d'un arbre ou qui seraient susceptibles, comme ce tailleur dont on a conservé l'histoire, de coudre une pièce roug^e sur un pantalon bleu.

Beaucoup des observés se faisant quand même, ici et dans notre troisième variété, tailleurs, peintres, ouvriers en châles, papetiers, relieurs^ émailleurs, etc., nous pourrions multiplier les exemples de leurs risibles bévues dans ces professions qui eijiig'ent une saine appréciation des couleurs. Ainsi, un papetier offre de la cire roug^e pour delà bleue; un autre daltonien achète un bonnet roug-e pour un vert, et ne peut disting-uer les framboises mûres des vertes ; un soldat n'a jamais vu que les trois couleurs de notre drapeau français, etc. Nous choisirons seulement quelques cas, surtout parmi ceux rapportés par des savants, plus aptes que d'autres à la description de leurs sensations. Ces relations, où l'on est à la fois sujet et observateur compétent, sont toujours précieuses pour la science. Plusieurs médecins notamment ont présenté ce vice dans la vision qui ne devait cependant pas laisser que de les g-êner quand ils avaient à constater l'état de la lang-ue, les éruptions exanthématiquesdu corps, etc. Ainsi, le D' Sommer ne pouvait reconnaître le roug-e ou sesmélang-es. Quelques physiciens ont été dans le même cas: témoin ïroug-liton (i), opticien célèbre, qui, avait perdu un œil par accident; il ne percevait de l'autre, dans le spectre, que le

(1; Herschell, article Light de \' Encydopedia metropolitana, § 507.

bleu et le jaune, le premier correspondant aux rayons les plus réfrang-ibles, le second aux autres. Tous les membres masculins de sa famille offraient d'ailleurs la même abnormité visuelle, cette affection étant spécialement héréditaire sur les hommes, ainsi que nous le dirons plus loin.

Comme dans notre première variété, nous trouverons ici des transitions à la variété suivante. L'illustre physicien DaltoR n'apercevait au spectre que le jaune, le bleu, un peu le violet (1); le roug-e lui semblait vert; une rose lui paraissait bleu de ciel. Mais le soir, cette rose devenait orang-ée ou jaune; les teintes orang*ées et cramoisies se] montraient bleues. Les erreurs visuelles étaient cependant moindres pour lui à la lumière artificielle. Un jour, Dalton ne fit aucune différence entre le roug-e d'un bâton de cire à cacheter et le vert de l'herbe ; il appelait bleu sombre l'incarnat d'un teint fleuri; il associait le cramoisi avec la couleur du vin roug'c clair et de la boue, le brun avec le roug'c, le gTis au vert. 11 comparait sa robe écarlate de docteur à la couleur du feuillag*e. Nous avons dit plus haut le diag-nostic porté, à tort selon nous, par M. J. Durand, sur l'infirmité visuelle de Dalton (voyez pag-e 51).

Nous citerons des individus commençant à sentir le roug-e, à l'éclairage des lampes au moins; témoins les observations XI et XIV : ils rentrent ainsi, lejour, dans notre seconde variété, la nuit dans la troisième. — Aussi Szokalski propose- t-il une classification différente de la nôtre. Ses deux premiers groupes répondant à nos deux sections précédentes, son troisième comprend les g-ens {akyanopses de Goethe) qui, outre le jaune, sont capa-

(1) Memoirs of the litlerary and philosophical Society of Manchester, t. V, p. !28, 1798.

Lies d'une perception particulière, la même pour le rong'e et le bleu ; son quatrième réunit les daltoniens privés de la sensation du roug-e, qui leur paraît gTis cendré.

Observation X. — Le Sommer raconte au long son histoire (4), que nous allons résumer. « Ma vue, excellente dans ma jeunesse, s'est beaucoup affaiblie par mes travaux à la lumière artificielle : cepenflant je vois bien de loin et de près. Des mouches volantes qui me passent devant les yeux depuis une dizaine d'années m'alarmèrent au commencement, parce que je prenais ce phénomène comme un prodrome d'amaurose, mais leur état stalionnaire me tranquillisa bientôt.

a En naissant, j'apportais l'imperfection de ma vue pour les couleurs, et je me rappelle une foule d'aventures comiques auxquelles elle donna lieu dans mon enfance Au soleil, je dislin(jue le jaune du bleu, le bleuclair du vert, le roug^e-foncé du noir. Le jaune, le noir, le bleu-foncé sommes couleurs fondamentales.

« Bien que j'aperçoive une différence entre les couleurs qu'on me présente, je ne suis pas capable de les montrer nominativement sans risque de commettre une erreur. Je ne puis affirmer si les feuilles d'un arbre et la cire d'Espaçne n'ont pas la même couleur, bien que je reconnaisse la différence d'intensité, et que l'objet me le fasse deviner. Placés l'un près de l'autre, le brun-clair qui se rapproche du jaune, le vert un peu plus foncé et le rouge peu prononcé encore, me semblent tous (ks nuances d'une seule et même couleur.

« Je confonds le bleu avec le rouge, le vert et l'orangé avec le brun et une fouh de couleurs composées. Je ne me fais pas une idée du cramoisi, du pourpre, du lilas, du ponceau.

« Rencontrant une dame qui portait un chapeau bleu orné de roses je ne fis aucune distinction entre les couleurs du chapeau et des roses'. Je confonds presque tous les jours la couleur des habits et du ciel ; il n'est pas^une nuance qui ne me rappelle quelque me*prise comique qu'elle m'a fait commettre, malgré ma grande réserve pour éviter ces bévues.

« La lumière artificielle bouleverse pour moi toutes les nuances, et je n'osf plus indiquer des couleurs que je reconnais très-bien au soleil, parce que je ne manque pas rie me tromper.

« L'arc-en-ciel me semble composé de bleu et de jaune. Je sens bien qu 11 y a plus de deux nuances, mais je ne pourrais en saisir la <lifférence. »

(•)/oarn de Graefe et Wallher, p. 1.35.

Observation XI. — Combes rapporte le fait suivant (1) : « Le grandpère maternel de James Milne, qui distinguait bien la forme des objets et même leur dislance, quoiiiue étant un peu myope, avait, comme un de ses frères, beaucoup de peine à saisir les couleurs. Voulant un jour acheter à sa femme une robe verte, il en prit une d'un brun parfait..., ce qui ni", l'empêcha pas de s'exposer à de nouvelles bévues, en se faisant tailleur

« Il connaît le bleu et le jaune, mais il ne sait distinguer le vert, le rouge, le brun. Il ne fait pas de différence entre le vert et le brun, vus séparément à la lumière solaire; du bleu et un œillet sont de la nuance du ciel ; mais à la bougie l'œillet devient buffle sale, le bleu restant bleu. Dans l'arc-en-ciel il ne voit que du jaune et du bleu. Le gazon est orangé. Le jour, le cramoisi est bleu ou pourpre, le soir il est rouge. »

Le D'' Colquhoun cite les deux cas suivants (2). Le premier est décrit par la personne elle-même.

Observation XII. — « Je déclare dès l'entrée, dit-elle, que je ne confonds pas incessamment les couleurs dont mon œil n'est en général pas capable de distinguer la nature. Ainsi, je puis apprécier avec une parfaite exactitude les rouges et les verts brillants du plumage de certains oiseaux et de quelques fruits, quoique les yeux ordinaires n'aperçoivent aucune différence entre ces couleurs et celles que je confonds décidément. Les couleurs dont les nuances m'échappent le plus sont d'abord les rouges qui se rapprochent de l'écarlate, et les verls jaunâtres tels que ceux des feuilles du tilleul, du bouleau, de l'orme, etc. Lorsqu'on ajoute, même en faible proportion, du bleu à l'écarlate, je vois que celui-ci est altéré; mais si on mêle une même quantité de bleu au vert que je confonds avec l'écarlate, je ne puis trouver la différence entre ce vert plus bleuâtre et l'écarlate qu'on a bleui. Je ne sépare point le vert foncé du noir et les nuances foncées du brun , le gris du vert pâle et du rouge pâle de même force... On a cru que ce prétendu défaut dans ma vue provejiait d'un manque de soin dans l'appellation des couleurs; mais plusieurs tentatives que j'ai faites démontrent qu'il est bien réel. Ainsi, je n'aperçois pas un bâton de cire à cacheter déposé sur l'herbe, ni une pièce d'écarlate pendue à une haie que l'on me dit discerner à plus d'un mille de dislance. Je recueillis un jour un lichen, comme une grande curiosité, sur le toit d'une maison de pêche d'un ami; je le croyais d'un brillant écarlate, c'est-à-dire de la même couleur que les tuiles; en réalité, il était d'un beau vert. Une autre fois, je

(Il Système de Phrénologie, Edimbourg.

("2) Glasgoiv medicalJournal, vol. VII, p. 12, 1829.

n'aperçus aucune différence dans l'aspect d'une dame qui avait remplacé son roiijîe par une couche de bleu de Prusse. — Rien à mes yeux ne contraste plus avec le noir que la teinte azurée de l'atmosphère; aussi vois-jp beaucoup mieux de loin que de près, «râce à Pinterposilion d'une plus épaisse couche d'air. Cette disposition fait que je ne sais distinguer un jeune enfant placé près de moi d'une grande personne qui est beaucoup plus loin, etc. — A la lumière artificielle, tous les jaunes me paraissent blancs; le cramoisi me semble écarlate; le gris pâle, bleu; l'orangé, d'un rouge sale. Je ne connais aucun parent qui me ressemble à cet égard. »

Observation XIII. — L'autre cas est celui d'un jardinier de Clydesdale, âgé d'environ 50 ans. Son œil est parfait de forme ; l'iris est gris bleuâtre, et la prunelle ou pupille est entourée d'un cercle étroit jaune foncé. 11 reconnut son imperfection à l'impossibilité de distinguer certains fruits pendus à l'arbre. Soff premier métier fut d'être tisserand, mais il y renonça, parce qu'il confondait les fils rouges, noirs, verts èt bleus. Dans l'arc-en-ciel, il ne discerne que du jaune et du bleu; mais il en indique correctement la forme, et fut un jour le premier à mentionner un arc secondaire comparativement faible. 11 reconnaît beaucoup plus ordinairement les personnes par leur voix que par leurs traits. Aucun de ses nombreux enfants ni de ses parents ascendants n'est daltonien. Les principaux caractères de sa vision sont les suivants :

En plein jour, il confond toutes les teintes de blanc, nomme correctement le jaune et ses variétés, appelle l'orange un jaune intense, mais n'y voit aucun mélange de rouge, hésite dans les teintes pâles qu'il désigne par jaunes, rouges, brunes ou même lilas gris {drah).

Observation XIV. — Le docteur *"* décrit ainsi ses sensations (1) : ' Mon iris est bleu clair, comme chez Sommer (obs. X); je ne suis ni myope ni presbyte, je dessine avec succès au crayon... Au soleil, dans l'arc-en-ciel et dans le spectre, je vois du jaune et du bleu ; je distingue la place du rouge, mais la sensation que j'éprouve est si vague que je n'ose donner un nom. Le brun, le marron, surtout le vert, ne font pas naître en moi des sensations plus précises que le rouge. Comme l'individu dont parle Viiiloch-iNicholl, je prendrais bien une écrevisse cuite pour une concombre.

« Quand le rouge passe au rose, je ne le confonds plus qu'avec le bleu pâle; ain^ les lèvres des personnes, les joues des enfants, les roses ordinaires me semblent bleu paie.

(I) Thèse précitée du D' Noël, p. 31, Goubert.

0 Le soir, à la liimièi'e arlificicllc, le rouf^fi m'apparaîl d"iine beauté incomparable; comme le rose, je le (lis(iiip,iie du verl el fies autres couleurs avec lesquelles je le confondais. L'indifîo et le violet me semblent toujours bleus; il n'y a qu'une différence d'intensité entre un rose, un violet, une fleur de lin. Le vert est une couleur vague dont je ne me rends pas bien compte, à moins qu'il ne se rapproche du jaune, cas oii je le dis jaune.

« iMon frère, un peu myope, a le même défaut. Dans le premier tableau qu'il fit, il avait peint les arbres et le gazon en rouge. Moi el mon frère, nous avons été hémiopes (1) dans notre jeunesse, mais aucune autre personne de notre famille n'a le même défaut. »

C. S*' VARIÉTÉ. — Perception du jaune, du bleu, du rouge, mais confusion de leurs principaux mélanges (2). — Nous avons 'vu successivement le jaune seul nettement perçu (1" variété), puis la sensation du bleu pur devenir de plus en plus normale, se dég'ag'er de tout alliag-e étranger, et le roug-e apparaître déjà parfois, le soir surtout. Nous allons trouver des daltoniens accusant le jaune, le bleu et le rouge; mais le roug'e ne sera pas encore parfait, surtout quand il est tendre, comme le bleu n'étaitpas parfait dans la variété précédente. La distance de l'objet coloré influera spécialement sur la perceptivité normale

(4) Les sujets atteints d'hémiopie (-ni^-KT";, à moitié, ô'îrTO(X!!ci, je vois) ne perçoivent que la moitié (supérieure, inférieure, latérale) ou une partie des objots. Cette affection est due à une paralysie partielle de la rétine,, ou à des épanchemenls locaux sous -rétiniens, ou à une situation vicieuse de la prunelle, ou à des lésions sur le trajet du nerf de la vision (nerf optique), ou ;\ une hémorrhagie cérébrale (de Graefe) ; quand le mal est temporaire el intermittent, il a un siège incertain. L'illustre physicien Wollaston eut deux accès d'hémiopie à vingt ans de distance ; la première fois, voulant lire Johnson, il ne vit que son : la seconde, il ne put distinguer l'œil gauche d'une personne placée devant lui.

(2) C'est le cinquième groupe de Szokalski, comprenant les gens qui distinguent toutes les couleurs mères, mais d'une manière peu tranchée; dans un mélange, ils ne voient que l'une d'elles.

de l'œil, comme j'aurai occasion de l'exposer tout au long' à propos du pronostic, des accidents de chemins de fer. Quant aux mélang-es des couleurs, ils restent confus ; le vert notamment est aussi peu défini que dans la seconde variété. Ici encore s'appliquent, le plus souvent du moins, ces deux propositions de M. Gueneau de Mussy (thèse inaug-urale) : 1° en g-énéral, les personnes affectées confondent entre elles les couleurs complémentaires, le vert et le roug-e, chez d'autres le jaune et le bleu; 2° presque constamment, de deux codeurs réciproquement complémentaires, la plus réfrang'ible produit la sensation de celle qui l'est moins, le vert paraît rouge, etc.

Il est à remarquer ég-alement que les couleurs sont plus sainement perçues quand le daltonien peut comparer, quand on les lui présente dans un cercle chromatique par exemple, que si ces mêmes couleurs lui sont offertes isolément : témoins les observations 17. 18, et lecas de M. Thuvé, dont nous parlerons plus loin (1).

-Nos deuxième et troisième variétés comprennent le g-roupe nommé rhromatopseudopsie par Ruete. Dans ce g-roupe, le brun clair, les vert et roug-e foncés ne se disting-uent entre eux que comme nuances; il en est de même du cramoisi, du pourpre, du lilas, du ponceau, du brun clair, de l'orang-é, du vert jaunâtre, du violet, de toutes les nuances du roug-e. Le bleu paraît rouge, le g*ris et le vert, bruns, le rose et le pourpre, bleu clair: cas de Sommer (10* obs.), de Nicholl, de John Herschcll. Quant à sa chromaffKbjsojme (nos variéth et D), Ruete la ca-

i l) Il faut tenir bon compte de cette remarque, ù propos surtout do nos troisif-me et quatrièmo variétés. Les vues les plus normales ne sauraifinl, sans un examen attentif, dire s'il s'ap;it do blanc, on de, jaune léger, derertains verts ou de bleus, ouand ces nuances sont présentées isolément.

raclérise en disant que les sujets voient le blanc, le noir, le jaune, le rose, le bleu, mais en sentent difficilement les diverses nuances et surtout les couleurs supplémentaires.

Ici les observations ne manquent pas; plus nous approchons jde la vision normale, plus leur nombre aug^mente; l'embarras n'est que dans le choix. Nous commencerons par deux faits (15% 16"; établissant la transition entre la seconde et la troisième variété. Dans le premier, le roug-e n'est pas encore perçu le jour; dans le second, tous les tons roug-es ne sont pas ég-alement sentis.

Observation XV. — Un drapier anglais, Dickinson (rie ÎNewcastleupon-Tyne). a raconté dans les termes suivants les particularités de son achromatopsie partielle (1) :

«Autant que je pois systématiser mon expérience, les couleurs primitives sont le rouge, le jaune et le bleu. Toutes les autres ne sont que des nuances différentes de ces trois types.

« Mon rouge type est la couleur de la cire à cacheter. Les feuilles des arbres, la teinte verte de l'herbe, surtout celle de la feuille de laurier, n'en diffèrent qu'extrêmement pen.

« Je vois le jaune et le bleu à la manière ordinaire et je confonds rarement les objets qui en sont teints, quoique bien des choses semblent bleues, qui ne paraissent pas telles à d'autres. Dû chou rouge est d'un magnifique bleu-clair, le jour, pendant que je m'étonne de le trouver rouge à la lumière de la chandelle.

« Si je regarde un cerisier dont les fruits sont mûrs, je ne distingue ceux-ci des feuilles i]ue lorsque je suis assez rapproché pour les reconnaître à leur forme. On voit que je ne perçois nullement le vert, qui est, pour la majorité des observateurs, la couleur prédominante dans la nature. 11 me paraît toujours rouge le jour, et quelques-unes de ses variétés me semblent blanches à la lumière artificielle.

« Cette anomalie date de ma plus lendre enfance, et m'a été transmise par plusieurs de mes ancêtres.»

Observation XVI. — Une personne reconnaissait très-bien les couleurs toutes les fois qu'elle pouvait établir entre elles une sorte de com-

(I) Wartmanu, Mém. de la société de physique de Genève, t. X.

paraison. Ce qui est étratij^e, c'est que, voyant parfaitement le rouge, les fleurs de coquelicot, un ruban de la Légion d'honneur, un bâton de cire d'Espagne, la tranche d'un livre, une brique, du sang, elle ne pouvait apercevoir les cerises, les pommes rougeiles et les cabrilles sur les arbres. Évidemment il y avait là une nuance qui la déroutait. Ce n'était pourtant pas le contraste des feuilles, ni la distance ofi se trouvaient ces objets, puisque notre daltonien voyait très-nettement leur forme, et apercevait de loin un de ces fruits tombés sur l'herbe; dans ce cas, il le trouvait rouge; le pré lui paraissait d'une couleur brunâtre.

Les deux observations suivantes sont de Szokalski; dans la première, c'est un médecin qui parle.

Observation XVII. — a Mon iris est bleu clair, comme chez Sommer (obs. X); je suis myope, et une disposition marquée à la nyctalopie(i) fait que je distingue mieux, le soir, des objets que d'autres personnes voient mieux le jour; je vois plus clair quand le temps est couvert. La. difficulté que j'éprouve à distinguer les couleurs est innée, bien que je n'en sache pas de cas chez mes parents ; nous sommes six enfants, et mon frère aîné, dont les yeux et les cheveux sont noirs, partage seul avec moi cette imperfection.

a Je regarde le jaune,, le rouge, le bleu comme fondamentaux, du moins le rouge écarlate; car, pour le rose ou les autres nuances foncées du rouge, on pourrait leur substituer le bleu sans que je m'en aperçusse. Je confonds l'orangé avec le bronze, le jaune avec le vert clair; je ne vois pas si le bleu est clair, foncé ou violet.

«L'indication des couleurs est chez moi une combinaison d'esprit. Je .sais qu'un objet a telle couleur, je lui compare les autres objets que je suppose avoir une couleur analogue, me formant ainsi une idée de la couleur de ces derniers. Le vert du gazon, le rouge des tuiles sont des points de comparaison ; si ma mémoire est infidèle, je commets de grosses erreurs. »

Observation XVIII. — «Reinhard H., relieur, se présenta à la clinique de M. Sichel, le 4 novembre 4847, assurant qu'il lui était impossible de distinguer plusieurs couleurs, et que cette imperfection l'exposait à trop d'erreurs pour qu'il continuât sa profession Le chagrin profond que lui a fait sa position l'a frappé d'une certaine inertie dans ses perceptions; toute son attention, toutes ses pensées se portent sur son état et sur sa santé; c'est dans ce cercle étroit que tournent toutes î^s '''ées Ses frères et ses parents ne |»réscntent pas la même affec-

M;Nou8 aurons occasion de parler plus loin do celle aiïcclion, |). 82.

lion J^taiil enfant, il peignait les arbres en rouge et les roses en

Mcu... il est myope : Tétat de sa vision est parfait quant à la distinction des objets qu'on lui montre de près; avec des lunettes de presbyte, il voit bien de loin. Il reconnaît parfaitement, sans hésiter, toutes les

nuances de la lumière et les teintes ainsi que le jaune, le bleu et

le rouge de l'arc-en-ciel. Mais les mélanges et les différentes nuances de ces couleurs sont confondues les unes avec les autres. Le bleu et le jaune sont toujours nets pour lui ; c'est le rouge qu'il connaît le moins.

« Il confond le vert foncé avec le brun ; le violet ressemble pour lui au bleu et au rouge, selon la prédominance de l'une ou l'autre de ces couleurs. Le cramoisi, le ponceau, le rouge de crabe, les autres mélanges bien prononcés de rouge ne sont autre chose pour lui que du rouge simple; dans leurs nuances foncées, ils deviennent verts.

« Une rose lui paraît bleue, un souci rouge ; dans la pensée, il reconnaît deux couleurs, le bleu et le jaune.

« Deux couleurs placées l'une à côté de l'autre lui présentent des différences sans qu'il puisse dire en quoi celles-ci consistent ; isolées, elles reçoivent le même nom, surtout à la lumière artificielle, oij il ne peut compter sur. ses yeux, selon ses propres paroles.

«Des fautes nombreuses et une pénible expérience lui ont appris par cœur la couleur des objets qui se présentent journellement à lui; mais c'est une simple affaire d'habitude

«Je lui fis répéter l'expérience de Wittloch-Nicholl, c'est-à-dire regarder quelque temps un morceau de papier coloré, puis la couleur supplémentaire qui le remplaçait, immédiatement après l'avoir enlevé. Il nfassura que le violet produisait du jaune pour couleur successive ; mais il appela bleue la couleur complémentaire du jaune qui, on le sait, est violette. Le rouge laissait après lui une tache ombrée, à laquelle il ne pouvait assigner de ton précis.

«En vain nous lui essayâmes différentes lunettes. Les verres presbytes lui montraient plus dfstinctement au loin les couleurs, sans lui en faire reconnaître davantage la vraie nature. Les convexes, en concentrant les rayons colorés, lui fatiguaient la vue, sans lui faire même distinguer leurs différentes actions. »

Nous pourrions ajouter l'histoire de cet enfant examiné par Nicholl (1), à 11 ans, qui ne voyait dans le spectre que le roug^e, le jaune, le bleu, comme son g-rand-père maternel et quelques frères de celui-ci. Je

(1) Medico-cliirurgkal transactions of London, t. Yll, p. 't'tl.

renvoie ég*alement à l'observation de M. d'Hombres- Firmas^que je citerai tout à la fin de ce travail (XXVI).

— Avant d'aborder notre chapitre D, dans lequel nous allons voir l'œil disting'uer difficilement les diverses teintes claires et foncées d'un même type, si nombreuses d'.aillcurs et d'appellation si fugitive, recueillons-nous un instant sur les trois catég-ories d'imperfection visuelle dont nous a paru susceptible l'achromatopsie partielle. Il est des couleurs sur lesquelles les daltoniens que nous venons d'examiner se trompent infailliblement; ce sont celles que les sujets de notre chapitre D ne saisiront pas eux-mêmes bien sainement, et ce sont en outre le rose, le lilas, le violet, l'indig"©. En nég-lig-eant les différences d'éclat des teintes, Wartinann trouve (1) que les nombres suivants expriment combien de fois chaque composante du spectre est perçue proportionnellement sans erreur :

Jaune. 100 fois. Orangé, 12 fois.

■ Bleu, 100 — Indigo, 00 —

Vert, 59 — Violet, 00 —

Rouge, 37 —

Le chiffre nous paraît trop fort pour le bleu, d'après notre propre statistique.

Les confusions les plus habituelles, classées par ordre de fréquence, sont:

Roage foncé avec bleu foncé. Rouge clair — bleu clair.

Indigo — violet. Jaune clair — vert clair.

Bleu foncé — id. Rouge clair — jaune clair. Orangé clair — jaune clair. Rouge foncé — noir. Brun foncé — vert foncé. Id. — brun foncé.

Bleu foncé — indigo. Vert foncé avec violet.

Brun clair — vert clair. Rouge foncé — jaune foncé. Bouge foncé — vert foncé. fd. — violet.

' V) Mévi. delaSoc. de [iliijsiqnp. deGeiièoc, t. XII, p. 183.

R ne; A

bleu clair.

Jaune clair

— brun clair.

V7i aUl-,tî IUlICtî —

jaune foncé.

Jaune foncé

— brun foncé.

AOUgo Clair —

vert clair.

Bleu clair

— violet.

JcLunc foncé —

vert foncé.

Hose

— bleu foncé.

jEune ciiiir —

brun clair.

Jaune foncé

— brun foncé.

Brun fonce —

noir.

Jaune foncé

brun foncé.

Bleu clair —

violet.

Vert foncé

— indigo.

Rouge foncé —

gris foncé.

Kose

— indigo.

Id. -

indigo.

Vert foncé

— ' gris foncé.

Rose —

violet.

Orangé clair

— vert clair.

Bleu foncé —

gris foncé.

Blanc

— vert lavé.

D. Transition à la vision normale, 7ion-perception des nuances délicates. — Ici , nous ne sommes plus , à proprement parler, dans l'achromatopsie, même partielle. Nous ne saurions établir une variété spéciale, autrement la majorité peut-être des hommes serait dal tonique.

La plupart des g-ens n'ont pas une idée bien nette des couleurs voisines; nous jug-eons tous les nuances à notre façon, et souvent deux peintres n'apprécient pas dans le môme ton un paysag-e donné. L'habileté à disting-uer les différences d'ombre ou de couleurs des corps varie à tant de degrés qu'il est presque impossible de rencontrer deux individus trouvant im modèle parfaitdans tousses détails. Les uns saisissent volontiers les ombres, et leur vue ne disting'uepas les couleurs voisines; d'autres, au contraire, remarquent le moindre contraste entre les nuances, tout en ne s'apercevant qu'ave(^ peine des ombres. C'est, en un mot, le privilégie d'une bien petite minorité de savoir nommer ou du moins apprécier les couleurs analog-ues.-

Nous voulons seulement montrer combien l'achromatopsie, telle que nous l'avons considérée dans notre 3" variété, se délimite peu d'avec la vision normale.

Qui n'a rencontré un g-rand nombre d'individus manquant de cette science du mariag'e des teintes, trop connue g*énéralenient parles femmes de Paris, et qu'on voit associer des couleurs disparates, incompatibles, étonnées pour ainsi dire de se trouver réunies? Tout en cherchant parfois à perfectionner leur éducation de ce côté,, ils confondent les tons voisins de coloris et ég-aux d'éclat. D'autres, presque daltoniens encore de ce côté, n'appréciant g'uère mieux le contraste des couleurs que les vrais daltoniens précités, disting'ueront parfaitement les nuances des étoffes, des fleurs, des tableaux quand le soleil ou le g-rand jour les éclaire, mais avoueront qu'à la lumière artificielle certaines de ces nuances, immuables d'ailleurs pour les vues réputées saines, éprouvent un chang-ement si notable qu'ils n'en peuvent plus jug-er, si ce n'est par la mémoire. L'imperfection pour les couleurs tendres est surtout notoire quand elles sont présentées isolément, et non les unes près des autres.

Pour l'étude de cette transition insaisissable entre la vision saine et l'achromatopsie, il faudrait tenir compte de certaines g-randes influences : du g^oût individuel d'abord, bien distinct du jug-ement, ensuite de l'éducation et de l'habitude à voir telle ou telle couleur. Sans être daltonien , chacun n'a pas assez de g-oût pour savoir apprécier sainement toutes les couleurs, — sans parler d'ailleurs des g'oûts spéciaux à un pays entier, par exemple aux femmes de Naples qui charg-ent leur toilette des couleurs les plus disparates, car ici il ne s'ag-it plus d'une individualité et nous ne saurions prendre pour forme l'appréciation des Parisiens. Le g-oût est d'ailleurs une chose toute relative ; la possibilité pour l'œil de disting-uer certaines nuances après

quinze jours, un mois d'examen serait une étude plus utile; mais jusqu'à quel point s'exerce l'influence du g'oût, de l'éducation, de l'habitude? c'est une appréciation délicate, qui exig'erait des observations sérieuses, et dont nous n'avons trouvé trace nulle part.

Un fait plus intéressant est l'action des différents éclairag'es sur les couleurs : à la lumière artificielle, cnacun confond certains bleus avec le vert (1), ne reconnaît pas le violet, etc. 11 faudrait, ici encore, se demander jusqu'à quel point on pourait devenir apte à disting'uer ces bleus en les étudiant un laps de temps suffisant : mais cette lacune reste encore à remplir, passons. Ouvrons momentanément ici une g-rande parenthèse, et demandons à la pathologne, à la physique quelles perturbations les couleurs peuvent éprouver de la part du g'rand jour ou des combustibles org\aniques.

Nous avons déjà vu Sommer accuser, à la lampe, de la confusion dans sa vue (obs. X), ainsi que le curé de notre observation VI (voyez aussi obs. VII, XII, XV, XVIII). Parfois, au contraire, la sensibilité aux couleurs est plus accusée à nos clartés factices : tel était le cas de Dalton et de ceux que nous avons vus pressentir la nuit certaines nuances inconnues d'eux le jour (obs. XI et XIII). Mais, ■ en nég-lig'eant momentanément l'achromatopsie , arrêtons-nous sur Vinfluence exercée, quant à la vision, par les lumières solaires ou industrielles.

S'il nous est permis d'oublier que la perception des

(1) Les bleus dont la nuance ne se modifie pas par la lumière arlificielle se nomment bleus de nuit. Un de ces bleus, employé sur une certaine échelle, d'après M. Kletzinsky (Dingler, Pohjtechn. Journal, 1866, p. 405), dans l'apprêt des crêpes, tulles et autres tissus légers, est du sulfo indigotate de cuivre qu'où prépare en dissolvant l'indigo, à ^Oo, dans l'acide sulfurique de Nordhausen, puis en saturant par du carbonate de cuivre la liqueur filtrée et étendue d'eau.

couleurs rentre seule dans notre cadre, nous citerons d'abord deux termes extrêmes : Yhémêralopie et la nycfalopie, d'autant qu'on les a invoquées parfois comme •ause d'achromatopsie. Les héméralopes (-/îi^epa, jour; ôrTopa-., je vois) ne voient bien qu'autant que le soleil est sur l'horizon. Cette cécité nocturne {ambbjopia crepuscUlaris), complète ou incomplète, épidémique parfois, survenant en g-énéral à la suite de fortes céphalalg^ies, e?st presque une exception dans nos pays, mais se rencontre assez fréquente dans l'Inde, en Chine, etc. (1). Rarement cong'énitale, sauf chez les idiots et dans les cas de rétinité pig-mentaire, elle frappe épidémiquement les hommes plutôt que les femmes, quand à une mauvaise nourriture s'ajoute l'influence d'un pays humide, malsain et d'une vive lumière (2); elle atteint, par exemple, les soldats de la Gompag'nie des Indes, les marins voyag-eant sur les côtes orientales d'Afrique. Dès que le sô-leil vient de se coucher, un voile couvre pour eux tous les objets; son épaisseur. va aug-mentant, et il ne tombé qu'au prochain lever de l'astre. Aucune lumière artificielle, quelle qu'en soit l'intensité, ne peut éveiller la perceptivité de la rétine. Les milieux oculaires restant transparents, la pupille est agTandie, immobile; la rétine présente une inflammation constante (3).

«1) Voyez Rivière, thèse de doctorat, Montpellier, 1864: Héméralopie ■mervée à bord de la corvette la Cokdeliéhe, dans les mers des Indes.

(i) M. Pirious {Archiv. de méd. nav., novemb. 1863) attribue l'héméraiopie des pays chauds à i'irttensité de la lumière directe ou réfléchie, mais surtout diffuse.

tS) M. Qua:^lino (de l'avie) a montré que le travail pathologique de i'héméralopie réside dans la papille et ses vaisseaux, consiste en und stase veineuse avec infiltration séreuse; on rencontre la môme affection dans certaines rélinites syphilitiques, albuminurif|ucs, pigmonlairos et pcilagreuses.

D'autres fois, l'héméralope aperçoit encore, la nui(, à la Jampe, les objets très-brillants; les autres restent couverts d'épais brouillards. D'après nos observations, cette variété n'est pas très-rare sur notre continent chez les sujets myopes, fait encore peu connu et auquel ne s'appliquent pas les g*énéralités ci-après.

Abandonnée à elle-même, et sauf dans les cas d'hérédité, l'héméralopie des pays chauds, dont le pronostic est peu grave, se prolongée rarement plus de un à quatre mois, mais elle peut récidiver, surtout quand elle est endémique ou épidémique.

M. Audouit (1), comme nous le disions plus haut, l'attribue à la mauvaise qualité de la nourriture, à l'excès d'aliments végétaux, à l'influence sur les constitutions chétives de travaux pénibles, d'un long* séjour dans les climats malsains, de l'humidité de la nuit succédant à une vive réverbération diurne. On en a cité des épidémies sur divers vaisseaux, et même sur armées à Montpellier, Strasbourg-, Toul, Lille, etc. Elle serait endémique de mars à juillet, à Follainville, près Mantes, d'après le Dictionnaire de médecine en 30 volumes ; mais dans une herborisation que je fis à ce pays, avec mes élèves, le 12 juin 1864, et que j'ai publiée dans mes comptes -rendus {Courrier des sciences du 25 juin), il m'a été impossible d'en trouver actuellement trace.

Observation XIX. — J'ai observé il y a deux ans, à ritôlel-Dieii, au n" 20 (le -la salle S.iint-Je.m (clinique de M. Maisonneuve), un ancien soldat, Bracquarr, depuis ionfîlenips privé de l'œil droit à la suite d'une inflammation de la cornée qu'il aurait contractée en AI{îérie, au service, concurremment avec les (lèvres intermittentes. Un soir, dit-il, il vit

(1) De. rhèméralopie observée dans les voyages de circumnaoigation. — Archives d'ophthalniologie, t. IV, p. 80. Voyez aussi sur l'héméralopie el son trailcment, M. Colin, Thèse de Paris, 1865, n" 281.

descendre une draperie mobile » devant son œil resté sain, et. dès ce moment, il cessa de distinjîuer les objets a la clarté artificielle. Depuis qu"il est revenu en France, cette liéméralopie ne le tourmente f^'uère qu'à chaque chan}irement de saison : il voit alors les lumières \ives, mais sans percevoir le corps qu'elles éclairent; un bec de pz existe pour lui, mais sans support. En même temps, il accuse de la pesanteur de hnête et un malaise «général. En tout temps d'ailleurs, mênre aujourd'hui, sa vuf est plus confuse le soir que le jour.

En Russie, nous connaissons, dans le g'ouvernementde Tambow. sur la limite des disiricls de Kaslow et de Marchansk, une localité où beaucoup de paysans, à intervalles variés, ne voient absolument rien le soir. C'est un lieu d'ailleurs fort malsain, entre deux rang'ées de petites collines; à côté de vastes champs de 20 à 30 kilomètres de distance, il y a là de nombreux bourbiers comme on n'en rencontre qu'en Russie. Vous chassez le canard ou tel autre des nombreux g-ibiers de l'endroit, et votre chien s'enfonce sur ce sol mouvant qui tremble au loin devant vous, sol recouvrant çà et là des sortes de lacs souterrains qui vous eng^loutiraient à coup sûr, si vous marchiez sans précaution ou sans la lég^èreté des g-ens de l'endroit. La fièvre intermittente règ-ne avec une extrême g-ravité dans ces rég-ions maréoag-euses.

Ces faits sont d'ailleurs loin d'être rares dans l'empire moscovite. Un professeur de mes amis, M. W..., de Moscou, prit l'an dernier un cocher qui commença le premier soir par le verser. On crut à l'ivresse ; mais quand on le vit accrocher les voitures chaque fois qu'il conduLsait à la nuit, il fallut bien le cong-édier.

Tenir l'cfjil soig-neu-sement fermé, laisser le sujet au repos, l alimentor, lui prescrire l'buile de morue, le chang-er de climat, d'habitation et de rég-ime, telle est, ce

nous semble, la iDeilleure médication de l'iiéméralopie.

La nyclaloyie, dont quelques rares daltoniens se sont trouvés atteints (obs. XVII, pag-. 73), est l'affection contraire. C'est une cécité diurne, périodique, une vue de hibou, comme on dit, puisque chez certains oiseaux la vue, normalement confuse le jour, ne revient qu'au coucher du soleil, d'autres, au contraire, ne voyant avec netteté qu'à partir de ce moment. Déjà connue d'Hippocrate, qui créa le nom (vùE nuit; oTjTocai, je vois), la nyctalopie est plus rare que l'héméralopie ; elle semble dépendre d'une extrême sensibilité de la rétine ou de l'iris, d'où le resserrement de l'ouverture pupillaire. On a trouvé, d'ailleurs, cet orifice dilaté. Les auteurs citent ég-alement, parmi les lésions concomitantes, des taches sur la cornée ou dans le cristaHin , un défaut de pig-mentation dans la choroïde. La cause de cette affection est, au reste, g'énéralement insaisissable; la g'uérison est des plus difficiles ; la marche, la durée, le pronostic sont à peu près les mêmes que pour l'héméralopie.

L'histoire cite quelques nyctalopes fameux, l'empereur Tibère par exemple et les frères Scalig-er pour qui la nuit la plus profonde n'avait que des clartés.

Mais passons à l'autre extrémité de l'échelle, aux vues normales et bien org'anisées. Chacun sait qu'il existe pour elles-mêmes des chang-ements dans les couleurs à la lumière artificielle. Le roug-e perd de son intensité, témoin celui que les acteurs se répartissent sur le visag"e pour le besoin de la scène. Ils sont obliges de forcer le roug'e et d'en rehausser la vivacité par du blanc, trop souvent encore à base de carbonate de plomb (céruse, blanc d'arg'ent), par parenthèse. Ceux quinég-lig'ent de se farder paraissent d'une pâleur extrême et

même d'une lividité de mort. Mêmes stratag'ènies oblio'és pour les décors de théâtre. Qui ne saitég'alement que madame une telle, plus rose le jour, perd de sa fraîcheur la nuit; telle autre, brune sans doute, quitte, à la lumière des flambeaux, son teint blême ordinaire pour paraître presque belle? Sans être peintres, irez-vous visiter le soir une exposition de tableaux? N'avez-vous pas remarqué que certaines nuances deviennent confuses, — bleu, indig'o, lilas, par exemple, — que les nuances les plus tendres perdent leur riche délicatesse, que beaucoup de tons empruntent à nos clartés artificielles un certain reflet roug'e? Est-ce enfin le soir, s'il faut encore des exemples, qu'on ira choisir certaines couleurs pour vêtements ou pour ameublements, des rubans, des tableaux, des papiers peints, etc.? Prenez des bois de couleur, des pains à cacheter même, observez-les le jour à la lumière blanche, puis fermez les volets d'une chambre. noire, et vousjug-erez combien les teintes se m.odifient aux feux de nos hydrocai'bures.

B ailleurs^ ces étrang-es perturbations dans les couleurs de la part de la lumière du g^az, des lampes, de la boug'ie, n'ont pas encore été étudiées avec tout le soin qu'elles comportent. Il y a là, et une action physiolog'ique et un phénomène en partie physique d'absorption, d" extinction. M. Nicklès (de Nancy), a fait, sur ce dernier côté du sujet, une intéressante leçon (1) dont nous donnerons le résumé, tout en faisant remarquer que le savant chimiste ne tient peut-être pas assez compte des données du contraste.

Vert au grand jour, le perchlorure de mang'anèse

(1; liecue des cours scient., n février iSOO, el Anmln de rhimie el tic physique, rnéme année.

éthéré paraît noir à la lumière du soir. La liguline, ou dissolution de troène, est d'un beau roug'e cramoisi; or, traitée par des eaux contenant du bicarbonate de chaux, elle passe^ le jour, à un bleu qui semble du roug-e aux feux du g'az ; sous l'action de l'azotate de chaux, la même liqueur devient encore bleue le jour, mais verte le soir; la teinte bleue ne chang-e pas, au contraire, quand elle a été développée par le bicarbonate de potasse.

Ces virements de la lig'uline et du chlorure mang-aneux ne se produisent plus à la lampe au mag'nesium, alors même que les boug'ies ou le g'az continuent à brûler : au contraire^ les diverses couleurs ressortissent, à la clarté du mag-nésium, avec leurs nuances les plus délicates (1). — Ce fait n'implique pas, d'ailleurs, l'absolue identité des lumières mag-nésique et solaire; en appliquant aux couleurs éclairées par la première les procédés d'analyse délicats dont M. Ghevreul a doté la science, on trouvera sans doute une différence dans les tons, car les feux du magnésium sont beaucoup plus blancs que ceux du soleil et donnent un spectre différent. — Les diverses nuances d'un tableau, disparus avec le g'az même employé à profusion, s'accuseraient ég-alement à la lumière électrique, d'après M. Ghevreul (2): si bien qu'à l'une ou l'autre

(4) M. Sayers a proposé récemment un mélange. pyrotechnique pour lumière artificielle permettant, sinon le tirage d'un portrait comme avec le magnésium, au moins la reproduction d'un paysage, d'une décoration. Il suffit de prendre 200 grammes, bien desséchés, de : Nitrate de potasse, 24 gr.

Fleur de soufre 1 Sulfure rouge d'arsenic 6 Les clichés ainsi obtenus sont fortement négatifs, très aptes au tirage des positifs.

(2) Académie des sciences, 8 janvier 1866.

de ces deux lampes, électrique et mag-nésienne, un peintre pourrait travailler de nuit sans craindre d'être surpris le lendemain de l'assemblage des couleurs qu'il a fait la veille à son insu. Les trois lumières, solaire, mag-nésienne et électrique, permettent ainsi de voir ég-alement les tons du jaune et du blanc, ce qui est le critérium de l'impuissance d'un éclairag'e à modifier les couleurs.

Les effets d'extinction dont nous venons de parler tiennent à ce que nos agents d'éclairage ont une flamme jaune incontestable, — par suite du sodium qu'ils renferment, sodium que l'analyse spectrale a pu déceler, et qui provient de la mèche, de la houille, de l'air (1). Rappelons-nous ici la théorie des couleurs composées : nous comprendrons que , si une flamme jaune éclaire du bleu, elle peut produire du vert. Frappe-t-elle une nuance complémentaire du jaune, elle donnera du blanc quand le corps est capable de réfléchir, — du noir s'il absorbe les rayons (voy. p. 20); ce qui revient à dire que cette flamme dénature les couleurs en fonçant les unes, en éteignant les autres.

Prenons du manganate de baryte (beau vert), du biiodure de mercure (magnifique orangé), du jaune de chrome : ces couleurs sont belles encore à la clarté du gaz, bien que les lumières solaire ou magnésienne leur rendent meilleure justice.

(l; Ces idées sont classiques depuis les mémorables travaux de MM. Bunsen et Kirchoff, elbien qu'on ne sache pas parfailemont encore a quel état les corps se trouvent quand on les met dans une flamme. On pourrait objecter que .M. Fiy.eau a lail brûler du sodium dans l'oxygène pur, grms obtenir la flamme jaune caractéristique. Mais cette expérience n'est pas contradictoire; il faut songer que, dans ce cas, le jaune sodique est éteint par l'incandescence du noyau lumineux. Goubert.

Maintenant reg^ardons-les sous la lueur d'une lampe à alcool saturé de sel marin, ou bien à la flamme du •g-az (ou d'une boug-ie) charg-ée de sodium métallique : le vert devient noir, le roug-e et le jaune sont blancs. Antipode du mag-nésium, le sodii^m est l'ennemi des couleurs quand il se trouve dans une flamme; il les éteint, dit M. Nicklès, ou les réduit, en g'énéral, au blanc, au noir ou à un mélangée des deux, le g-ris. Mais si la flamme est moins riche en ce métal, elle ne produira qu'une extinction partielle : voilà pourquoi les couleurs restent, la plupart, visibles à la flamme du g-az ou de la boug-ie, tout en recevant des reflets ou des atteintes inévitables. La lumière du soleil, plus jaune que celle du mag-nésium, sans doute à cause du sodium qu'elle renferme, fait moins bien ressortir les détails d'une peinture ; saturée de sodium, la flamme mag-nésique jaunit elle-même et altère les couleurs — au moins momentanément — car il reste toujours ici, comme dans l'arc électrique, un noyau incandescent assez vif pour dominer le jaune sodique.

Par absorption, la lumière sodique rend noirs la plupart des verts (acétate de cuivre, vert de chrome; le vert de Sclîweinfurt, des abat-jour, fait exception) et des roug'cs (réalg-ar, iodure mercurique, ocre, brome, iode, phosphore roug'e^ sang* artificiel ou sulfocyanure ferrique);,au contraire^ l'eau iodée ou bromée (roug'e) et le bromo-bismuthate d'ammonium (beau jaune) y paraissent incolores. Quelques bleus bravent impunément cette lumière (p. 78, note) ; nous avons vu cependant le bleu de troène s'anéantir ; l'outremer et le bleu de Prusse deviennent noirs avec reflets violets; le bleu d'aniline en masse paraît noir, dissous il semble violet.

Sous cette lampe à sel, les carnations disparaissent,

les mains et la fig'ure se teig-nenl d'un verL livide, les lèvres d'un bleu-violet, d'une teinte oyanosée, d'unê couleur de cholérique; le bleu des veines persistant donne, avec le jaune sodique, une teinte verte à la peau. Ce fait avait été utilisé déjà par certains alchimistes du moyen àg^e pour frapper l'imag^ination (l) et il est connu d'ailleurs de quiconque a vu flamber un punch ou un pudding*; on le voit se reproduire chez les ouvriers des forg'es au moment où ils travaillent dans la fournaise chauffée au bois, par suite de la soude contenue dans la castine, les scories ou tes cendres. Heureusement les flammes domestiques ne sont pas saturées de sodium. Elles restent d'ailleurs assez jaunes encore pour constituer du vert avec quelques bleus. Ainsi s'explique comment certaines étoffes bleues paraissent vertes le soir, comment danâ la pièce la mieux éclairée une robe, verte pourra se disting-uer difficilement d'une bleue: le vert, en effet, se trouve quelque peu noirci, et le bleu forme du vert avec la lueur jaune' de nos combustibles.

Tel est à peu près le côté, je dirai presque physique, de l'importante question des modifications de la couleur par les divers éclairaig-es, tel au moins que M. Nicklès l a compris, trop exclusivement peut-être. Ces expériences finissent par être fatig-antes : M. Nicklès à dû les suspendre. L'œil est si peu fait pour ces flammes mono-

(1) CellG expérience sur la lumière monochronfialiquo ClHi sodium a été faite en grand Ji l'une des lectures de l'Académie do musique de* Brooklyn fAmériqup), en 1860. Le fond d'un réservoir parcourant toute la sali© avaitélé recouvert d'une couche do sel deO, 02 d'épaisseur, on l'arrosait do plusieurs gallons (le gallon vaut ; litres, ;;4) d'alcool. Quand celui-ci était enflammé, lo visage du professeur cessait de porter les couleurs de la vie, ot la grande salle se montrait remplie de figures (le moTts. Mondes, 18fiO, n'eS).

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