‹ De la percussion et de l'auscultation dans les maladies chirurgicalesChapitre 3 sur 7 · PERCUSSION ET AUSCULTATION · texte numérisé non relu

PERCUSSION ET AUSCULTATION

Percussion.

Considérée sous le point de vue pathologique, la percussion est une méthode d’investigation par laquelle, en frappant sur un ou plusieurs organes, sur une cavité, on produit des sons, et l’on perçoit des degrés de résistance, à l’aide desquels on cherche à distinguer l’état sain ou malade de chacun des organes sous-jacents. L’idée d’appliquer la percussion au diagnostic des maladies a dû être puisée dans l’observation journalière des résultats si faciles qu’obtiennent les gens les moins instruits, lorsqu’en frappant sur un corps creux, ils apprécient non-seulement sa plénitude ou son état de vacuité, mais encore le degré précis auquel s’élève le niveau du liquide qu’il contient. Celte application de la percussion au diagnostic des maladies a-t-elle été faite dès le seizième siècle, par Rivière, Sennert, Fabrice d’Aquapendente, Tagault, Willis, Schlenker, Conrad? Est-elle réellement d’un usage commun parmi les bouviers de la Suisse? ou bien faut-il en attribuer l’honneur à Avenbrugger? Quoiqu’il en soit, Rosière de la Chassagne, médecin de l’Université de Montpellier, publia, en 1770, un Manuel des pulmoniques , dans lequel il reproduisit les idées d’Avenbrugger sur la percussion ; cellesci furent mentionnées aussi par Stoll ; et ce fut cette simple mention de Stoll qui porta l’illustre Corvisart à s’en occuper sérieusement. Laen-

nec profita des travaux de Corvisart, et perfectionna à son tour la méthode de la percussion. Mais la percussion d’Avenbrugger, de Corvisart et de Laennec n’était pratiquée qu’à l’aide du bout des doigts d’une main, fléchis et rapprochés; et cetteapplication n’en était guère faite qu’aux maladies de la poitrine. En 1826, M. Piorry, reconnaissant qu’un corps sonore et solide, interposé à la main qui frappe et à la partie qu’on explore, augmente de beaucoup l’intensité du son et les sensations que le doigt éprouve, et qu’il permet de distinguer des nuances que la percussion seule ne pouvait faire saisir, conçut l’idée d’interposer entre l’organe à explorer et les doigts de la main qui percute, un doigt de la main restée libre, comme instrument de médiation.

Plus tard, il reconnut l’insuffisance du doigt, comme instrument de médiation , et il substitua une plaque d’ivoire qu’il nomma plessîmclre.

Sans nous arrêter aux différentes modifications qu’il apporta dans cet instrument, hâtons-nous d’indiquer la manière de s’en servir ; mais d’abord, disons que le plessimètre doit être appliqué de façon à être pour ainsi dire identifié, à faire corps avec la surface qu’on examine. Il ne faut pas, en aucun cas, que de l’air soit interposé entre cette surface et l’instrument de médiation. En général, il doit être appuyé plus ou moins fort et plus ou moins profondément suivant que les organes à explorer sont plus ou moins éloignés de la surface

extérieure. Il faut que le choc imprimé par les doigts soit sec , rapide, instantané. Si l’on veut seulement juger du son , on relève la main tout aussitôt qu’on a frappé; si l’on a l’intention d’apprécier la consistance des organes , on laisse les doigts appliqués un peu après que le choc a été donné. Quelquefois il suffit d’effleurer en quelque sorte la surface de l’instrument avec le doigt qui percute, pour faire juger de la sonorité des parties superficiellement placées. Cette précaution doit être prise surtout quand la partie à explorer est endolorie, soit par un exanthème, soit par un vésicatoire, des piqûres de sangsues, etc.

Ces détails, en apparence minutieux, sont indispensables à connaître, et nous nous sommes convaincu par nous-même soit sur le vivant, soit sur le cadavre, qu’à leur inobservance sont dus les résultats négatifs obtenus par certains. D’ailleurs ces différences de force et de rapidité n’impriment-elles pas au clavier d’un piano les différences de son? pourquoi n’en serait-il pas ainsi sur le corps humain, dès le moment que l’observation démontre qu’il est soumis aux lois de la sonorité? Oui , la percussion exige des modifications de force et de rapidité , si l’on veut connaître la sonorité de différents organes sous-jacents : ce serait vainement que l’on chercherait le son propre au foie par exemple, si, percutant sur un point où ce viscère est recouvert par un rebord du poumon , Von ne percutait pas avec plus de force que pour

obtenir la sonorité propre du poumon lui-même. Celui qui, méconnaissant cette circonstance, percuterait de la meme manière pour connaître les nuances de son propres à chacun des deux viscères ne connaîtrait réellement donc que celle de l’un des deux, car il aurait percuté d’une manière nécessairement vicieuse pour l’autre.

Ce que nous disons de la sonorité est également applicable à la résistance, à une sensation de choc de retour , à des vibrations que perçoivent les doigts percuteurs ; car il y a deux choses importantes à noter dans la percussion , deux résultats distincts à obtenir par elle : 1° La perception du son par l’oreille; 2° la perception de vibrations par les doigts. Bien que l’inventeur de la plcssimélrie ait donné des noms particuliers aux sons que l’on obtient de la percussion des différents organes , il ne faut pas croire que les noms de jécoral , stomacal , austèal , désignent des sons fixes et que l’on pourrait représenter par une note de musique, par exemple : tous ces sons ne peuvent être que relatifs; les mots sonorité et matité ne représentent pas des choses précises, des sons identiques, ils indiquent seulement une relation ou une différence. Ainsi , l’estomac, dans son état de plénitude, est dit présenter de la matité : comparé aux intestins dans lesquels les substances alimentaires ne sont pas encore parvenues , il est réellement moins sonore qu’eux, et par conséquent il est exact de dire que l’estomac plein est mat par rapport aux intestin»

vides. Mois s’il existe dons les intestins un point où il y ait des matières slercoralcs durcies , s il s y trouve quelque tumeur carcinomateuse, la matité de ces points sera plus grande que celle de l’estomac rempli d’aliments , et l’on pourra dire alors, en comparant l’un aux autres, que I estomac est sonore par rapporta ces portions d’intestins.

Ces conditions sont du plus haut intérêt dans l’application de la plessimétrie aux maladies chirurgicales; car un abcès n’aura de la matité que par rapport aux organes au sein desquels il est développé. Celte matité ne saurait être la memeà toutes les profondeurs. Ainsi donc, le chirurgien qui s’attendrait à une matité aussi prononcée dans un abcès de la fosse iliaque et surtout des parois abdominales, que dans un abcès développé dans la continuité d’un membre thoracique ou abdominal pourrait nier la valeur de la percussion dans le premier cas, parce que les parois d’une cavité sont, toutes circonstances égales d’ailleurs, naturellement plus sonores que les corps pleins. Une hernie ne présente encore une sonorité ou une matité que relative à la sonorité ou à la matité des organes, au sein desquels elle se développe et se fait jour.

Ces explications nous dispenseront de donner en détail les règles à suivre pour percuter les différents organes en particulier; car, il est bien évident d’après ce que nous venons dedire, que, pour avoir la connaissance exacte de la sonorité ou de la matité d’un organe, il faut se donner la peine de

percuter les organes circonvoisins. Ce n’est que par cette succession d’examens et leur comparaison que l’on parvient à distinguer le foie , les poumons ou les intestins , et à constater la résonance particulière des reins ou de tout autre organe.

La démonstration de la justesse du diagnostic ne peut naturellement se faire que sur le cadavre, en ayant soin de dessiner sur la peau la délimitation des organes percutés, et de traverser par des épingles différents points de celte délimitation , afin devoir, après ouverture de la cavité, si le viscère dont on a dessiné la forme et les limites, d’après les données de la percussion , répond exactement au dessin tégumentaire. Pour ne pas s’exposer à des résultats fautifs, il convient de ne pas faire un grand nombre d’expériences sur le même cadavre, car l'épanchement des liquides et les déplacements des premiers viscères dont on aura vérifié la position, les limites, ou l'état morbide, détermineront des déplacements dans les autres. Aussi convient-il de répéter, au moment de l’autopsie,

l’examen plessimétrique que l’on aura fait sur un

malade, lorsque celle-ci sera pratiquée, dans le but de démontrer l'exactitude du diagnostic. Sans cela on s’expose à trouver des déplacements produits par le météorisme ou les évacuations abondanles qui surviennent souvent après la mort.

Auscultation.

L'auscultation est une méthode à l’aide de la-

quelle on entend les différents bruits fonctionnels des organes qui sont susceptible d’en produire. Elle est immédiate ou médiale, suivant qu’on la pratique avec l’oreille nue appliquée sur la partie à ausculter, ou bien qu’on interpose entre cette partie et l’oreille un instrument appelé stéthoscope.

Bien que les bruits du cœur n’eussent point échappé h l’observation d’Hippocrate, d’Harvey, et peut-être de quelques autres médecins de l’antiquité, il n’est pas moins juste de faire honneur à Eaennec de la découverte de l’auscultation médiale, tout en laissant à Corvisart le mérite d’avoir connu celle qui se pratique, à l’aide de l’oreille seule, sans le secours du stéthoscope. Nous n’avons pas à faire le parallèle de ces deux modes d’auscultation : nous croyons même inutile d’indiquer la méthode d’ausculter, ainsi que les différents résultats stéthoscopiques obtenus dans le diagnostic des maladies de poitrine, parce que ces choses se trouvent amplement indiquées dans des livres spéciaux.

Une remarque plus afférente à l’énoncé de la question qui nous a été posée, c’est d’indiquer l’avantage qu’il y a à combiner la percussion avec l’auscultation, afin qu’elles s’éclairent l’une par l’autre. Il est d’ailleurs des cas où elles se combinent d’elles-mêmes. Ainsi, Pauscultation étant un moyen d’entendre, et la percussion un moyen de heurter, il est bien évident que la percussion ne donne, dans certains cas, tous ses résultats qu’à

l’aide de l’auscultation, soit à distance, soit à proximité; qu’un sourd, par exemple, en percutant, obtiendra la seule perception tactile, mais que la perception acoustique lui échappera. Bien plus, ses organes circulatoires, ceux de la respira lion, cl le canal alimentaire, sont les seuls dans lesquels il y ait une auscultation qui leur appartienne, c’est-à-dire (pii fasse entendre leurs bruits fonctionnels. Lors donc que l’on parle de l’auscultation appliquée au diagnostic des fractures, et des calculs vésicaux ou biliaires, c’est seulement par analogie, par extension ; car si l’on n’imprimait pas de mouvement, de secousse, aux fragments d’un os, si l’on n’agitait pas la vésicule biliaire pour obliger les calculs à venir se heurter, l’oreille aurait beau s’appliquer sur le lieu d’une fracture, sur l’hipochondre gauche ou sur l’hipogastre , elle n’aurait rien à constater. L’auscultation n’est donc pas ici ce qu’elle est à l’égard du sistème circulatoire, quia en lui son mouvement d’impulsion propre. Il y a auscultation, parce qu’il faut rapprocher plus ou moins l’oreille de l’organe malade; mais c’est par le frottement, le choc, la percussion enfin, que l’oreille perçoit et juge.

L’auscultation a donc bien évidemment besoin de la percussion, dans certains cas; dans certains autres, au contraire, elle lui est fort utile. Réunissons l’une à l’autre, afin d’apporter le plus de justesse possible au diagnostic.

Les médecins ont surtout tiré un grand profit du sens de l’ouïe...

Les chirurg ens n'ont pas assez exercé ce sens.

Vidal (de Cassis), Traité de pathologie ext. et de mèd, opérât., 1. 1 , prolégomènes.

La chirurgie moderne est tropétroitemcnt liée à la médecine, pour que les lumières de l’une ne se reflètent pas bientôt sur l’autre : aussi, la percussion et l’auscultation, ces deux moyens diagnostiques si favorablement accueillis dans le domaine médical, ne manqueront-elles pasde trouver des applications heureuses dans le domaine chirurgical. Et d’abord, il est presque inutile de dire que le vrai chirurgien, celui qui ne se contente pas du manuel de l’art, mais qui sonde toutes les profondeurs de la science, reconnaît dans la percussion et l’auscultation un phare précieux pour les cas où la poitrine peut être malade primitivement ou con-

sécutivementchezun sujetatteintd’une maladiechirurgicale quelconque. Oui, nous croyons superflu d’insislcr sur ce point, car il n’cst pas de chirurgien instruit qui se permette de pratiquer une opération tant soit peu grave, s’il n’a pas constaté, à l’aide de la percussion et de l’auscultation, dans quel étal se trouve non-seulement la poitrine, mais encore l’abdomen de son malade. Et si , après l’opération chirurgicale il survient un état pathologique réclamant la percussion ou l’auscultation, le temps n’est plus où l’ignorance l’obligeait à invoquer l’assistance d’un médecin.

Nous n’avons donc pas à nous occuper de la percussion et de l’auscultation dans les cas médicaux qui peuvent compliquer les maladies chirurgicales, quoique nous reconnaissions bien que tout ce qui se rattache à ces deux moyens diagnostiques doit être connu du chirurgien, et rentre par conséquent dans le domaine toujours croissant de la chirurgie; mais, élargi de cette manière, notre cadre serait presque sans bornes. Examinons donc sans plus de préambule quelles sont les maladies chirurgicales auxquelles la percussion et l’auscultation doivent, dans l’état actuel de la science, s’appliquer directement.

IHalndies chirurgicales de la tête.

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