DU PÉRITOINE
péritonéaux de sang , de bile, de chyme, de fèces, ont également lieu dans certains cas pathologiques.
Quelle que soit la nature de l’épanchement, le liquide occupe toujours la partie la plus declive de l’abdomen. Il faut cependant excepter les points où se trouvent, i° des organes denses tels cjue le foie, la rate, les reins; 2° des tumeurs; 3“ des viscères creux, qui , semblables à la vessie et a 1 estomac , peuvent être remplis de substances non gazeuses ; 4° des anses d’intestins fixées par des adhérences aux parois abdominales. Dans toute autre circonstance, le li-
quide coule entre les intestins, les sépare et tombe dans la partie déclive, qui est variable en raison de la position du corps. J’ai observé ce fait sur plus de cent sujets vlvans ou morts : je n’ai pas vu de cas dans lesquels des adhérences, formant une cloison moyenne et verticale dans toute la hauteur de 1 abdomen , empêchassent la sérosité de tomber du coté droit élevé sur le côté gauche inférieurement placé ; seulement, quand le llcjuide est en petite cjuantité, et surtout cjuand il a de la consistance , il coule lentement, et il faut un certain temps avant qu’il se soit accumulé dans les parties les plus déclives.
L’arrière cavité péritonéale pourrait bien être le siège exclusif d’un épanchement produit par exhalation , mais je ne connais pas d’exemple de ce fait. La pression que le foie exercerait sur le fluide qui y serait accumulé devrait faire sortir ce dernier, du
moins en partie, de l’arrière cavité péritonéale.
Dans les cas incomparablement les plus fréquens, les intestins distendus par des gaz gagnent donc la partie la j)lus élevée de l’abdomen , et les liqui-
des , obéissant aux lois de la pesanteur, s élèvent jusqu’à une certaine hauteur : leur surface est siir une ligne de niveau. Une partie plus ou moins considérable des intestins ou de l’estomac, dilatés par des gaz, surnage-: elle est en raison de la quantité de liquide épanche. Quant ^a la partie qui plonge dans la matière de l’épanchement , elle est presque toujours séparée des parois par une couche de liquide dont l’épaisseur varie depuis une ligne jusqu’à plusieurs pouces.
Plus la quantité du fluide épanché est considérable, plus son niveau est élevé vers la partie supérieure. Ce niveau établit la séparation entre le point où il n’y a que des intestins, et celui où se trouve le liquide dans lequel nage encore le reste du tube alimentaire, qui , quolqu’au dessous de la couche supérieure de l’épanchement, ne laisse pas encore que de contenir des §tiz.
L’inflammation aiguë du péritoine est, comme celle de la plèvre , presque constamment accompagnée d’un épanchement. M. le professeur Deneux Lurait , il y a peu de temps, à M. le docteur Bureau et à moi , que , dans la péritonite puerpérale s. fréquemment observée par lui à la Maternité, il y avait constamment un dépôt de matières liquides dans le péritoine. On sait que la péritonite chronique est accompagnée et suivie d’un épanchement.
D. Pmu, no-abdomen. Des fluides élastiques peuvent s’accumuler dans la cavité péritoinéale . dant la science sur ce sujet est loin d être tout-a ait éclairée. On trouve bien des gaz dans l’abdomen d’individus qui ont succombé à des maladies va-
DU PÈKITOllNE. i55
riées, niais cela est souvent le résultat d’un phénomène cadavérique. Il est certain que, dans la pei’foratlon Intestinale, des iluides élastiques s’accumulent dans le péritoine lui-même; mais ce n’est encore que par analogie que, dans d’autres cas, on admet sur le vivant la tympanite péritonéale. J’ai étudié Iréquemment ce dernier accident sur le cadavre, mais c’était pendant les chaleurs de 1826 et 1827, et sur des sujets putréfiés. Du reste les phénomènes doivent être les mêmes pendant la vie et apres la mort : les gaz distendent les parois abdominales écartées du foie et des viscères les intesti,ns et l’estomac ne sont pas en contact avec les parois, qui s’en trouvent quelquefois éloignées d’un pouce. Un trois-quarts perce-t-il alors la paroi abdominale , il en sort avec sifflement un gaz fétide, que, dans un cas remarquable , M. Bally a vu s’enflammer par l’approche d’un corps en ignition.
E. Épanchemens de gaz et de liquides. Mais il peut arriver qu’il se trouve à la fois dans la cavité péritonéale des gaz et des liquides. Ces derniers se comportent comme dans l’ascite : les intestins sont en partie à leur surface, et les fluides elasti- ([ues, placés supérieurement par rapport aux uns et aux autres, sont dans la partie la plus élevée de l’abdomen qui , dans la supination , correspond aux régions antérieures. Si la position du cadavre vient à changer, la situation et les rapports de ces diver-
' .ses parties sont, conformément aux lois de la pei sauteur, modifiés en raison de l’attitude nouvelle.
F. Hjdropisies enkystées , abcès , lijdatides , etc .
' Dans le tissu cellulaire sous-péritonéal , ou dans;
l56 PERCUSSION MÉDIATE
l’épaisseur des replis péritonéaux, ou bien dans une portion de la cavité abdominale circonscrite par des adhérences , dans les parois des organes eux-mêmes , il peut se former des collections de liquide variable ; de là des hydropisies enkystées , des abcès , etc. Des kystes hydatifères s’y développent fréquemment, et il est certains cas dans lesquels un très-grand nombre d’acéphalocystes , globuleuses, élastiques, sont' renfermées dans une vaste cavité qui leur est commune et nagent dans un même liquide. La forme , le siège , le volume de toutes ces ' tumeurs varient suivant beaucoup de circonstancesr, et ces productions peuvent remplir presque toute la cavité abdominale. Ici aucun organe rempli de gaz ne traverse la partie malade , qui peut être mobile ou immobile , mais qui , toujours arrondie, n’offre pas une couche supérieure de niveau. Dans ces cas, les intestins restent partiellement sur les points déclives à la tumeur, ou sont même placés entre les parois abdominales et la surface du kyste.
Cette hydropisle enkystée, ces abcès, etc., peuvent encore exlstér en même temps qu’une ascite.
Art. II. Résultats de la percussion médiate dans les maladies du péritoine autres que des épanchemens. j
A. Épaisseur du péritoine pariétal. L’augmen- ' tatlon d’épaisseur survenue dans le péritoine ou plutôt due à des productions développées à l’une de ! ses surfaces, peut, si elle est assez considérable, être assez bien appréciée par la percussion médiate.
DU PÉRITOINE. iSy
SI une tumeur, ressentie par la main et super- 'ficlellement placée , située d’ailleurs sur une région qui ordinairement donne un son clair, fournit un bruit dont la matité soit très-grande et analogue à celui que présente le foie , cette tumeur doit nécessairement offrir beaucoup d’épaisseur. Si le son,
• quoique mat, permet d’entendre assez profondéiment une résonnance claire, le volume de la production morbide est médiocre. Enfin celle-ci est très-mince, si la percussion médiiate donne des ré- ‘sultats presque semblables à ceux de l’état normal.
B. Adhérence d’une tumeur péritonéale aux ^parois. On pourra, à l’aide du plessimètre, reconnaître dans certaines circonstances si la maladie
• dépend des parois abdominales et leur est adhérente ; car, s’il en est ainsi , elle ne variera pas de position dans les divers mouvemens du tronc, comme cela aura lieu dans les cas contraires.
C. Densité d’une tumeur abdominale. La percussion médiate pourra donner quelques renseignemens sur la densité de la tumeur; car si le son qu’elle fournit est très-sec, en même temps qu’il est très-mat, le tissu accidentel est très-dur. Le contraire aura lieu dans les circonstances opposées. -
Il est des Cas dans lesquels une tumeur abdomi- 1 nale percutée présente sur certains points un son très-sec , et ailleurs un bruit qui l’est moins ; c’est 1 ([u’alors son tissu n’est pas partout le même, et qu’il est des points où il est très -dense , et d’autres où il ne l’est pas autant. J’ai recueilli une observation remarquable de ce genre dans les salles de M. le professeur Fouquier.
l58 PERCUSSION MÉDIATE
D. Tumeur hydatidique. Quelques faits me portent à penser que le frémissement dont j’ai parlé (voyez p(^go 32) est un indice d’hydatide. La sensation que le doigt éprouve, et qui accompagne le bruit , peut être entièrement comparée à celle que donne une montre frappée sur la surface opposée au verre. Qu’il me soit permis de citer deux onservations à l’appui de cette proposition.
I*'® Expérience. Un jeune homme ayant 1 apparence delà santé présentait , à la palpation , dans les régions hépato-gaStrique, sous-hépatique, colique moyenne et intestinale, une tumeur qui fournissait un son mat par la percussion. Il était impossible de reconnaître par les moyens ordinaires si la production morbide dépendait du foie , ou si elle ne lui était que contiguë. Le plessimètre distinguait facilement , à la partie supérieure de la tumeur , un son plus mat , et cela à la hauteur oîi , dans les circonstances
normales, se rencontre le foie. Partout ailleurs que ’ sur ce point se trouvaient le bruit et le toucher dont j’ai parlé (pag. 82); ils cessaient sur les points où le plessimètre faisait reconnaître les intestins , qui se trouvaient déclives par rapport à la tumeur. Le stéthoscope, la percussion simple, donnaient aussi beu à une sensation du même genre. Ce malade , sur lequel M. Briançon a trouvé le premier le bruit dont il s’agit, était considéré par M. Récamier comme atteint d’hydatldes : malheureusement il sortit de l’hôpital sans qu’on ait pu vérifier le diagnostic'.
y Expérience. Un autre malade, qui se trouvait aussi à la clinique de M. Récamier, présentait le même bruit accompagné de la même sensation. Sc