CHAPITRE II
DES OROS INTESTINS , ET DE LA PERCUSSION MEDIATE DANS LES maladies DÉ CES ORGANES.
Art. I". Des gros intestins dans les états normal
et anormal.
L histoire des Intestins grêles, explorés par le plessimètre, me paraît devoir suivre celle des gros intestins, parce que ces derniers organes se prêtent a des expérimentations plus positives cjue les faits qui se rapportent à la partie moyenne du canal alimentaire.
ETAT NORMAL. La situation dugros intestin est pins
2Q0 des gros intestins
fixe ([lie celle des autres portions du tube lutestlnaL
Le cæcum, les colons ascendant , moyen , descendant
etlliacjue, disposés circulalreraent autour dujéjunum
et de riléon , correspondent auxTegions que j’ai désignées par les noms des premiers de ces organes. Le cæcum , les colons ascendant, moyen et l’S iliaque sont assez superficiellement placés sous les parois abdominales. Le colon descendant se trouve plus profondément dans le flanc gauche , et est recouvert par f intestin grêle. Le rectum situé en bas et en arrière s’enfonce dans l’excavation du bassin j son extrémité supérieure seule correspond à la région vésicale, et dans le reste de son étendue il est recouvert postérieurement par le sacrum. Du reste le siège des gros intestins est modifié par leur état de dilatation ou de resserrement : lorsque ces organes sont très-distendus, ils n’occupent pas seulement les espaces où on les rencontre ordinairement , mais ils s’étendent encore dans les régions voisines.
Les rapports du gros intestin avec le jéjunum et l’iléon sont tels que ceux-ci ou la plus grande partie de ceux-ci se trouvent environnés par le premier. L’estomac, par sa grande courbure, touche souvent au colon transverse. Tous ces organes sont membraneux, et contiennent'des gaz; mais la cavité de chacun d’eux n’est pas également vaste, et leur état normal de tension n’est pas non plus le même. Ainsi l’estomac présente une plus grande cavité , mais dans l’état de vacuité il est ordinairement mou. L’intestin grêle a une capacité plus petite, et, dans beaucoup de cas , ne contient qu une cjuantite tluides élastiques peu considérable; le cæcum, au
DANS l’état normal ET ANORMAL. ^91
contraire, olTre une vaste excavation, et ses parois sont le plus souvent tout à fait distendues par des gaz abondans. Les di^'erses portions du colon se trouvent à peu près dans le même état de distension que le cæcum , mais leur capacité est un peu moins grande; le rectum contient généralement peu de fluides élastiques.
La proportion de tissu dense qui entre dans la masse des différens organes appartenant au tube digestif, comparée au volume de gaz qu’ils renferment, est bien loin d’être la même pour chacun d’eux. Dans l’état normal, les boissons n’arrivent pas uux gros intestins: des expériences nombreuses ont appris à M. Magendie que le plus souvent elles sont absorbées dans les premières portions du tube digestif. Lors de l’accomplissement régulier des fonctions , les matières qui sont contenues dans le cæcum et le colon ne sont pas liquides; elles aequièrent même d’autant plus de solidité et de densité qu’elles y séjournent davantage , et quelles parviennent à , une partie plus reculée du canal alimentaire. Rarement leur quantité est-elle assez considérable, dans le cæcum et dans les tr.ois premières portions du colon, pour oblitérer la cavité de ces cylindres creux.
En même temps que les fèces, des fluides élastiques se trouvent abondamment contenus dans les gros intestins, et ce n’est guère qu’au moment de la contraction de ces viscères que la membrane muqueuse, pressée alors par les fibres charnues , s’applique exactemewt sur toute la surface des matières stercorales. 11 est du moins certain que le colon , et
2g 2 des gros intestins
principalement le cæcum , à quelque épo(iue tle la digestion qu’ils soient percutes, contiennent toujours, chez la plupart des hommes, en très-grande proportion , des Iluides élastiques. De là le son trèstympanlque auquel donne lieu l’exploration de ces viscères par le piessimètre. U est cependant des cas dans lesquels beaucoup de matières stercorales sont accumulées dans le colon transverse; mais bien plus souvent la portion iliaque du colon, et plus encore le rectum , sont distendus par une grande quantité de fèces. Quelquefois celles-ci acquièrent , dans ces divers organes , une compacité tres-grande et
une durete extreme.
A l’aide d’injections dans le rectum, on peut porter des substancès liquides dans toute l’étendue des gros intestins : le tiuide peut alors, en raison de son volume , tantôt remplir en partie la cavité d’une portion de ces organes, tantôt s’étendre dans tous les points des gros Intestins. Comme ces viscères sont très-spacieux, que le plus souvent ils sont vides de substances solides, et qu’ds sont susceptibles d’une très-grande dilatation, il faut que beaucoup de liquide soit Introduit dans le rectum pour remplir l’S iliaque et le colon descendant; d en faut beaucoup plus encore pour que ce fluide aqueux parvienne dans le colon transverse, et à plus forte raison dans le colon ascendant et dans le cæcum.
Bien que la quantité de liquide injecte dans le rectum ne soit pas considérable, il est cependant possible de faire parvenir de l’eau dans les pre- Inières vorüons du gros intestin; mais alors , font placer le sujet dans des attitudes varices, et te es
DANS I.’kTAT JJOllMAL ET AiNOHMAL. 2(^3
que , conformémenl aux lois de la pesanteur , le tluide puisse parcourir successivement les diverses parties du tube.
Ainsi porté dans le gros intestin , le liquide peut s’y trouver seul; 11 Cn est surtout ainsi lorsqu il est abondant, lorsqu’il est placé sur les points déclives de l organe qui le contient , ou bien encore dans les parties du viscère qui se contractent pour 1 expulser. Ce liquide peut avoir des rapports de contiguïté avec des fluides élastiques, et c’est ce qui a lieu lorsque sa quantité est peu considérable et que l’intestin renferme beaucoup de gaz ; dans d’autres cas enfin il se trouve contenu dans la cavité digestive conjointement avec des fèces. '
ÉTAT anormal. Daiis l’état anormal , la situation du gros intestin est susceptible de très-grandes modlfica^ tions. Cependant le cæcum est assez fixe dans sa position , et bien qu’on l’ait vu quelquefois contenu dans une hernie, ce genre de déplacement est plus fréquent dans les diverses portions du colon. Ce dernier viscère est susceptible des plus grandes anomalies de situation : tantôt ses portions superficielles deviennent profondes, et vice versa ; tantôt le colon transverse, loin de mériter ce nom, s’élève perpendicu-: lairement au devant de l’estomac, ou se contourne autour de ce viscère. On se rappelle que M, le docteur Esqulrol a observé le déplacement du colon transverse chez plusieurs aliénés. Le gros intestin peut éprouver une inversion latérale, lorsque les autres viscères la présentent également, etc., etc.
Les variations survenues dans le rapport des gros intestins avec les autres organes abdominaux:
294 PERCÜSSIO-N MÉDIATE
sont en raison des modifications que les uns et les autres présentent dans leur situation.
Des tumeurs manifestées aux environs des gros intestins ou dépendant de ces organes , une épaisseur insolite des parois de ces viscères^ des altérations en plus ou en moins survenues dans leur capacité , l’accumulation de substances gazeuses , liquides , pâteuses ou solides dans leur cavité , telles sont les principales conditions physiques de l’état anormal où la percussion médiate de la dernière portion du tube digestif puisse avoir de l’avantage. Il ' en est encore ainsi d’une dilatation extrême et anormale des gros Intestins , ou d’une diminution dans le calibre de chacun d’eux et des coarctations qui peuvent survenir sur un ou plusieurs points de leur étendue. Traiter de ces diverses altérations organiques me ferait entrer dans des détails qui me paraissent ici dépourvus d’utilité.
Art. II. Expériences et recherches sur la percusMon médiate des gros intestins.
Sur un très-grand nombre de cadavres, la percussion médiate de l’estomac donnait des césultats analogues à ceux qui ont été signalés ailleurs (p. 277 ). On trouvait au dessous de l’espace occupé par le ventricule un son tympanlque dont la nuance était différente de celle qui était fournie par la percussion de l’estomac. C’était dans la hauteur de deux a trois pouces et dans l’étendue d’une ligne transversale, qui, de la région sous-hépatique, s’étendait aux ' réglons colique moyenne et intestinale, que cette
des gros INTESTllSS.
dernière résonnance était obtenue. Ce bruit ne pouvait appartenir au ventricule ; car si l’on Injectait du liquide dans l’œsophage, et si l’on variait la position des sujets ( pag. 279 ) , U continuait à être le même, il ne devenait pas mat lorsque le cadavre était incliné en avant; il ne se compliquait pas non plus de résonnance humorique après l’injection de liquides dans l’estomac. Des aiguilles furent alors implantées sur les points wù ces nuances de son existaient; et, lors de l’ouverture des cadavres, les carrelets étaient exactement situés autour du colon transverse. Cet intestin était, dans ces cas, distendu par des gaz abondans ; et son volume était de beaucoup supérieur à celui des Intestins gieles placés au dessus de lui. L’estomac, dans les expériences dont il s’agit , était situé au dessus du colon et avait
été très-exactement reconnu . ,
Dans quelques cas , 011 ne ti’ouvait pas de différence sensible enÆre le son fourni par le colon transverse et celui auquel l’intestin grêle donnait lieu. Il eu était ainsi toutes les fois que le volume du premier de ces organes n’était pas supérieur à celui du jéjunum et de l’iléon. Il était alors impossible de distinguer par des nuances de son quel était le viscère que l’on percutait. Nous verrons bientôt qu’à l’aide d’injections dans le rectum cette distinction devenait possible.
Dans un grand nombre d’autres expériences dans lesquelles le foie , l’estomac , la rate, etc., donnaient lieu, par la percussion médiate , aux résultats accoutumés, on trouvait dans la région cœcale un bruit tympanique plus marqué que dans les régions
PICIÎCUSSION MÉDlATli
voisines. Cette résonnance, qui se rencontrait dans un espace tres-netternent circonscrit, ne variait pas de timbre suivant les diverses attitudes que l’on faisait prendre aux sujets. Au dessus et à gauche du lieu oïl cette nuance de son était obtenue, le son intestinal se manifestait avec une nuance moins claire. Des incisions , et l’implantation de carrelets autour de l’espace où la résonnance très-tym]!)anique avait été observée, démontrèrent quelle correspondait exactement au cæcum, et que le son intestinal qui l’avoisinait était dii à la présence des Intestins grêles.
Dans un assez grand nombre de cas, la percussion médiate de la région lîlacfue doinia lieu à un son presqu’aussi clair que le bruit qui était fourni par le piesslmètre appliqué sur la région cœcale. Toutefois la résonnance avait été, en général , plus claire dans ce dernier espace que cela n’avait eu lieu dans le premier. En haut et à droite de la légion iliaque se trouvait le bruit intestinal. On implanta des carrelets sur les points où la résonnance cessait d’être la même ; et l’on trouva, lors de l’ouverture du cadavre, que le bruit le plus retentissant et le plus tympanique correspoildait exactement à l’S Iliaque du colon, et que la nuance de son la moins claire était en rapport avec les intestins grêles.
Quelquefois, dans l’aine gauche, la résonnance était la même que dans les réglons colique moyenne et intestinale. On ne distinguait pas alors de nuance de son que l’on pût rapporter à telle portion du tube digestif plutôt qu’à telle autre. Dans ces cas, lors de l’ouverture, l’S Iliaque n’était pas plus vot
DES Gl’vOS INTESTINS.
lumineuse et ne contenait pas ]>lus de gaz que les intestins grêles. Tantôt elle répondait superficiellement aux parois de la région iliaque , et d’autres fois, revenue sur elle-même , profondément placée dans la même région, elle était recouverte par des anses d’intestins grêles.
Sur quelques sujets, le son était plus mat dans l’aine gauche que dans toutes les réglons voisines. Il ressemblait assez alors à celui que, dans l’état normal, fournissent le foie et la rate. Lors de l’ouverture des cadavres, l’S iliaque était remplie de fèces.
Presque toujours , lorsque ce son mat avait lieu ,
I on pouvait déprimer assez profondément la région I iliaque sans que le son mat changeât de nature et sans qu’il prît le caractère ostéal. Les matières ac- I cumulées dans l’S iliaque avaient alors une consis- I tance assez molle. Il est probable c[ue la percussion I médiate de la région iliaque donnerait lieu à un bruit très-sec , si des fèces très-dures étaient contenues dans la portion du colon qui correspond à cet I espace.
Quelques' cadavres présentaient, dans la région I iliaque, un son tympanique très-remarquable; la irégion Intestinale donnait Heu à une résonnance imolns claire, moins pure, et sans mélange de bruit humorique : enfin la région colique gauche fournissait un son entre I et S. On voulut injecter de l’eau (dans le rectum de ces cadavres, mais le liquide s’é- I coula entièrement au dehprs par l’anus relâché et largement ouvert. Il fallut en conséquence clrconsicrire le rectum par une incision, le détacher et le 'lier sur la canule de la seringue.
PERCUSSION MEDUTE
Ou iiiLroduislt alors clans l’intestin une demipinte d’eau ; le son produit par la percussion de la région iliaque devint à l’instant plus mat , et se mélangea de bruit humoric|ue. Des quantités de liquides de plus en plus grandes furent Injectées; et plus elles étalent considérables, plus aussi le bruit de l’aine gauche présentait de la matité. Bientôt le son hiimoricjue cessa sur ce point, mais il se manifesta dans la région colique gauche, et il arriva même c[ue dans celle-ci il fut enfin uemplacé par un son mat.
En déprimant avec le plessl mètre à une assez grande profondeur la région intestinale , on pouvait aussi y distinguer un bruit obscur , tandis qu’une application légère de la placjue d’ivoire donnait lieu au son l de l’état normal. C’est cjue , dans ce dernier cas, l’instrument correspondait seulement aux intestins grêles contenant des gaz ; tandis c{ue , dans le premier, il était mis en rapport avec des portions de colon qui renfermaient du llcjuide. Quelcjuefois encore on trouvait sur ce point le bruit humorique. On se rend facilement raison de' la cause de ce fait par les considérations établies ailleurs (pag. 5i).
Dans la région colique gauche, il n’était pas toujours utile de déprimer les parois pour obtenir le son mat ouïe bruit humorique. On explique cette circonstance par la position superficielle du colon descendant relativement aux parois de cette région.
11 était rare, lorsque l’on ne changeait pas la poslfion du sujet, que l’on pût faire parvenir le h-
DES GROS IISTESTIISS.
iguide dans te colon transverse et dans le cæcum ; imais cela avait lieu si l’on plaçait successivement le icadavre dans des positions telles que le fluide , par s«on propre poids, pénétrât dans ces porticns du tmbe digestif. 11 ne fallait même pas injecter une ttrès-grande quantité d’eau pour obtenir , à l aide de C2es changemens d’attitude , le résultat dont ils agit. Jïamais cependant on n’en put faire pénétrer assez ipour que la percussion de ces intestins donnât lieu a lun son mat ; mais le bruit humoricjue devint trèsimanifeste dans les régions occupées par ces visccères , et succéda à la résonnance tres-claire qui y avait eu lieu auparavant.
A l’ouverture des cadavres , le son mat dans les irégions iliaque et colique gauche correspondait au ccolon distendu par de l’eau ; et le bruit humoricfue aavait été obtenu sur les points où l’intestin conteinait à la fois des liquides et des gaz ( MM. Manec , .lJules de Dervieu, un grand nombre d’éleves).
Expériences sur l’homme 'vivant.
Les expériences faites sur des su j ets v ivans ont con- (duit, sous le rapport de la percussion médiate , à des irésultats du même genre que ceux qui avalent été re- (cuelllissur les cadavres; seulement il n’était pas néicessalre alors d’injecter autant d’eau dans le rectum ipour obtenir des changemens de sons dans les esipaces qui correspondaient au colon. Cette différence I est le résultat de la facilité avec laquelle les intestins se laissent distendre après la mort , et des contractions auxquelles ils se livrent lorscju’ils sont stimulés pendant la vie. On pouvait sur le vivant, comme sur le cadavre, faire parvenir des
PERCUSSION MKDUTE
li(]ui..les clans l’arc du colon et dans le cæcum , on j)lac;aut le sujet dans des attitudes telles cpi’elles favorisassent l’écoulement du fluide dans ces A’iscères.
Pour éviter des répétitions, je ne mentionnerai en détail que deux expériences. L’une d’elles a été : eciielUle sur un homme en état de santé; l’autre est un fait pathologique q*ui ne me paraît pas dépourvu d’intérêt.
Sur un homme en état de santé, et qui, trois heures auparavant,, avait pris quelques alimens, la région épigastrique percutée fournissait un son légèrement mat ; plus bas la région colique moyenne offrait une résonnance intestinale tout à fait semblable à celle qui avait été produite par l’exploration des espaces qui correspondaient aux Intestins grêles ; la région iliaque donnait lieu , au contraire, à une résonnance tympanique différente et plus claix’e ; la région cœcale , enfin , produisait un son dont le caractère S était encore plus prononcé.
Le sujet étant debout, un demi litre d’eau fut alors Injecté dans le rectum: le son devint immédiatement beaucoup moins clair dans la ])artie déclive de la région iliaque. La percussion médiate des intestins grêles, situés au dessus et à droite de cette région , donna lieu à une résonnance dont le timbre ne différait pas de celui qui avait été obtenu avant l’injection.
On introduisit alors dans le rectum une nouvelle quantité de liquide : aussitôt toute la région iliaque fournit, par la percussion, un son mat qui s’étendait jusqu’au niveau de l’épine antérieure et supé-