‹ De la perfection religieuseChapitre 12 sur 80 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Des défauts extérieurs qui sont un obstacle à la perfection religieuse.

Mon fils , on voit dans quelques religieux d'autres défauts qui ne sont pas un moindre obstacle à la perfection et qui ne me déplaisent pas moins que les précédents. Le premier défaut est celui des religieux qui ne veulent pas aller à la perfection par la voie ordinaire , et qui pour ne pas suivre les traces des autres, veulent se frayer eux-mêmes un chemin nouveau; en quoi ils se trompent fort. Car s'il est déjà si difficile de gravir la montagne, n'est-ce pas augmenter les difficultés et rendre le voyage plus pénible que de se fatiguer à tracer une route nouvelle? C'est le démon qui leur inspire ce dessein, dans l'espoir de leur faire plus tard abandonner entièrement l'entreprise. Celui qui suit un chemin battu s'avance avec assurance ; il a pour garant de la bonté du chemin ceux qui l'ont suivi avant lui et qui l'ont éprouvé, mais celui qui veut se frayer lui-même son chemin ne peut avoir une semblable sécurité. Aussi c'est une grande illusion dans un religieux, quand au lieu de se conduire selon l'esprit ordinaire de son institut . il écoute

i venturo dans une voir me-t-il a celte présomption '-' Plus de peines avec moins de fruits : souvent même par G infusion de n'avoir pas réussi conformément .1 • il retourne honteusement en arrière et tornite dans un affreui précipice,

Non, mon fils, il n'est pas guidé par le bon esprit le religieui qui veut suivre un autre chemin que s s devanciers. C'est moi qni ai jadis établi les différents ordres religieux, c'esl qui ai donné à chacun des constitutions et des i - particulières, c'est donc moi qui ai tracé le chemin qu'il y faut suivre; celui qui s'en écarte pour en chercher un nutre ne semble-t-il pas préférer son esprit au mien , et dire que je n'ai i arranger, comme il faut, les règles de la vie religieuse ? Et n'est-ce pas là une ruse1 de l'ennemi pour perdre les religieux imprudents :' s'il les engage à faire peu de cas de leurs règles et à mépriser ceux qui suivent la voie commune. c'est qu'il sait bien que c'est pour eux un commencement de ruine.

Un second défaut qui empêche d'arriver au sommet de la montagne , c'esl la négligence à rvir des guides que j'ai établis. Quand un voyageur ne connaît pas les chemins par où il doit marcher, et qu'il entend dire (ju'il s'y trouve des passages difficiles et dangereux, ne serait-il pas bien téméraire, s'il ne tenait aucun compte de ces avis, et s'il voulait s'avancer seul

et sans guide? C'est moi, mon fils, qui guide les religieux vers la perfection, mais je ne le fais que par l'entremise des supérieurs et des pères spirituels que je leur ai donnés. Si donc il en est qui ne les prennent pas pour guides et qui veulent se conduire à leur fantaisie , ne sois pas étonné qu'ils s'égarent, qu'ils soient surpris par les voleurs, ou qu'ils tombent dans quelque précipice. C'est ce qui arrive à celui qui veut être maître avant d'avoir été écolier. Juste châtiment de son orgueil, il a méprisé le supérieur que je lui avais donné pour guide, et il est devenu le disciple du démon, seul et véritable maître de tous les orgueilleux.

Un troisième obstacle à la perfection vient du respect humain, quand on a une trop grande envie de plaire à tout le monde. Pourquoi un religieux se met-il en peine de satisfaire aux hommes, puisqu'il les a quittés pour moi ? Il a renoncé au monde; que lui importe que le monde ne soit pas content de lui ? Je ne l'ai appelé à l'état religieux que pour s'appliquer uniquement à me plaire et parvenir ainsi à la perfection. Si le monde était un moyen de perfection, le religieux pourrait s'en servir. Mais il n'en est pas ainsi; le monde professe d'autres principes que ceux de la perfection, et toutes ses pensées sont étrangères à la vie spirituelle. Je ne le reconnais pas peur mon disciple, et il ne saurait me plaire celui qui cherche à plaire aux hommes. On ne peut

o affection qu'un seul mat Ire, el qui veut partag tm autre

que faire de m'en offrir une partie; je ne la recevraispas. Mais, mon fils, si lu désirais tant de plaire aux hommes, pourquoi donc les as-tu quittés? O malheureuse ine ques religieux! Lorsqu'ils étaient encore dans le monde, ils ne s'inquiétaient pas des opinions des hommes, et jamais, pour leur plaire, ils n'auraient souffert la moindre tache à leur honneur, et maintenant qu'ils sont religieux, ils oni un tel désir de contenter le inonde que pour ce motif ils s'abandonnent sans honte à bien des lignes de leur état, et ce qui est encore pis, ils ne craignent pas de me déplaire afin de plaire aux hommes. Comment peux-tu donc, mon (ils. le glorifier d'avoir foulé aux pieds les vanités du monde, si tu as encore tant d'envie de lui plaire ? Ne vois-tu pas que cet empn ment de contenter les autres ne produit d'autre effet que de l'enlever le repos ihtérieui •lie voie, bien loin de te conduin

' ction religieuse, te ferait insensiblement descendre vers l'abîme de la damnation? ;he encore le religieux d'acquérir i si I" défaut d' >rdre dans pii ituels. Qu'une armée soit i

is les approvisionnements eli re npôrtera p is pour cela la vieto:: d'ordre . qu II

met en marche ou qu'elle livre bataille. Le religieux aussi a des batailles à livrer pour conquérir les vertus de son état. La perfection est située comme une place forte au sommet de la montagne, et ce n'est qu'après bien des assauts qu'il pourra s'en rendre maître. Si donc il n'y a pas d'ordre dans ses exercices spirituels, il lui arrivera comme à une troupe de soldats indisciplinés, qui ne vont au combat que pour être vaincus.

Ainsi, par exemple, il en est qui veulent élever leur édifice spirituel avantd'avoir jeté d'abord les fondements de l'humilité; il en est qui veulent jouir des douceurs de l'union divine, sans avoir passé par les épreuves de la vie purgative. Ce n'est pas ainsi qu'il convient de s'y prendre. Pour procéder avec ordre, il faut commencer par acquérir de l'humilité, puis purifier exactement son âme par la pénitence. Si quelqu'un est tombé dans un bourbier, il ne suffit pas qu'il se relève, il est nécesaire qu'il se nettoie encore des souillures qui lui sont restées. Ainsi doit faire le religieux. Quand en quittant le monde, il s'est relevé de la vie de péché, il doit encore se purifier des mauvais désirs et des inclinations déréglées qui lui restent et qui souillent son âme. Plus tard quand il aura orné son intérieur de vertus, par le moyen des lumières et des grâces que je lui donnerai , alors il pourra prétendre s l'union du pur amour.

hnfm un grand obstacle non-seulement à la

— li/ —

perfection, m;»is encore .1 ionie espèce de vertus

c'osi l'inconstance. Il \ en a qui se mettent sani en devoir de monter . et qui néanmoins se retrouvent toujours au pied ilo U montagne. Cest qu'ils abandonnent plus aisément leur entreprise qu'ils ne la commencent. Oh s que de repentir leur causera cotte inconstance a l'heure de la mort ! qi» >!<• regrets amers , quand ils se souviendront comme ils ont demandé avec instane sui supérieurs de redoubler leurs pri loues jeunes, leurs mortifications et les autres : fection, et comme, après en avoir obtenu la permission , ils ont oublié d'en faire • et ont négligé par inconstance d'exécuter leur bon propos! Si un religieux était vraiment rempli d'un aident désir do sa perfection, il irait toujours en avant, sans se laisser arrêter par aucune difficulté; mais parce qu'il n'a pas assez d'amour, il est a la merci de son inconstance, et il lui arrive facilement de retourner en arrière , funeste défaut qui lui fait perdre en un instant ce qu'il avait acquis avec peine, et qui le rend tous les jours plus imparfait.

Page 1