‹ De la perfection religieuseChapitre 13 sur 80 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Des moyens d'acquérir la perfection.

Seigneur , puisqu'il est si difficile d'atteindre à la perfection religieuse et qu'il y a tant d'obstacles qui s'y opposent , comment moi , qui suis si faible, aurai-je le bonheur d'y parvenir? Je ne vois pas qu'avec le peu de force que j'ai, il me soit possible de surmonter toutes les difficultés.

— Mon fils , si quelqu'un a véritablement le désir de la perfection, et s'il est tout à fait résolu d'y travailler , sans aucun doute il pourra l'acquérir. Considère le grand nombre de religieux qui ont été parfaits et qui jouissent maintenant du bonheur du ciel : ils ont été des hommes comme toi ; ils ont eu les mêmes difficultés que toi , et de plus grandes encore , et ils ont pu les surmonter. Pourquoi ne pourrais-tu pas faire comme eux? Le secours de ma grâce ne te manquera pas plus qu'à eux , pourvu que tu sois bien décidé à faire comme ils ont fait. Ne te laisse pas effrayer par le grand nombre d'obstacles que tu rencontreras. Car si les difficultés sont nombreuses, il y aaussi beaucoup de secours, et les moyens d'en venir à bout ne le manqueront jamais.

11 osi donc important d'avoir d'abord un grand imoar de la perfection et de sentir un ardent désir ilt l'obtenir. Comme il n'j a poinl de secret plus efficace pour aplanir toute espèce de difficulté qu'un véritable amour, c'est lui qui exci-

dans un religieui le désirde la perfection et qui lui fera chercher avec dili moyens de

l'acquérir : c'esl lui qui lui il muera 1 1 constance 1 1 1 1 [> >rs< i " ance et <|ui le soutiendra jusqu'au carrière; c'esl lui qui lui méritera la eourounede la victoire. Que dis-je? L'amour conquérir le citi môme; comment lui sernit-il difficile de gravir la montagne de la perfection. Il est encore d'un graod secours pour acquérir

tfeclion religieuse de ne pas négliger les

s imperfections. Il y en a qui ont coutume de dire, en commettant îles fautes et sachant bien qu'elles me déplaisent, que ce n'est pas d'une granile importance, que ce n'est qu

lie, que ce n est rien ; langage pernicieux : on peut dire que de tels religieux sont la peste d'une communauté; la liberté présomptueuse qu'ils se donnent introduit un relâchement ir ils entraînent insensiblement les autres par leur mauvais exemple. 0 mon fils,

-toi bien de prendre pour une bagatelle ce qui me déplaît, et de faire peu de cas de mes défendes nu de mes commandements, sous pré texte que la chose ne paraît pas d'une grande importance. Fais plutôt attention que les plus

petits manquements me déplaisent et que ce n'est pas sans raison que je les ai défendus. Songe aussi que si tu veux être à l'abri des grandes imperfections, il faut que tu aies la conscience assez timorée pour éviter les transgressions les plus légères. Car celui qui ferme les yeux sur les petites fautes en viendra jusqu'à ne plus voir les grandes; l'un conduit naturellement à l'autre. Les grands désordres qui ont causé la ruine de quelques monastères ont commencé par la négligence des petites fautes.

C'est encore un excellent moyen de perfection de savoir se mortifier en tout , même dans les choses légères où il n'y aurait aucune faute. En effet, il faut considérer que la perfection embrasse toutes les vertus et il est impossible que le religieux parvienne à les acquérir , s'il n'est pas entièrement maître de ses sens et de ses passions. Or qui est-ce qui lui donnera cet empire? La mortification. Le religieux qui réprime ses passions dès qu'elles commencent à s'élever contre la raison ou contre les observances religieuses, qui n'accorde à ses sens que ce qui est conformée son état et qui leur refuse absolument tout ce qui n'est pas convenable, quand même ce serait peu de chose , celui-là devient bientôt maître de ses sens et de ses passions,. de manière qu'en lui les sens sont soumis à la raison et que les passions elles-mêmes deviennent d'utiles instruments pour acquérir les vertus qui font la

perfection religieuse. Au contraire en accordant trop de liberté aux sens ils deviennent rebelles,

et colui (jui ne met pas dèi le principe un frein finira par en être l'esclave.

In antre Qioyen très-utile et même néeessaire pour acquérir la perfection est d'être bien

Uni avec st»n supérieur. La raison en est que

tous les secours dont on a besoin pour devenir parfaits viennent de moi , et que d'ordinaire je

mmunique aux religieux par l'entri de leurs supérieurs; c'est par eux que j'éclaire, que je dirige et que je gouverne. En sorte que le religieux qui n'est pas bien uni avec son supérieur demeure privé de ces secours et de ces

s, et en réalité c'est de moi qu'il est séparé, tant qu'il est séparé de son supérieur. Aussi ne faut-il pas être étonné s'il tombe souvent, s'il languit et s'il se dessèche pour ainsi dire, à vue d'oeil, comme un membre séparé de la tête. Il ne suffît pas à un écolier d'être dans une classe pour faire des progrès dans les sciences, il faut encore qu'il soit uni avec son maître et qu'il reçoive de lui sa direction.

Enfin un moyen qui donne de l'efficacité à tous les autres, c'est de se mettre à l'œuvre avec

et d'éviter la mélancolie. La joie sert beaucoup à vaincre les répugnances de la nature ,

ttfond les ennemis qui se rencontrent dans la vie spirituelle et empêche de sentir la fatigue du chemin. Ce qui est encore plus important ,

c'est que le religieux qui me sert joyeusement me cause une extrême satisfaction, car cette joie ne provient que de l'amour qu'il a pour moi. Or , ce qui aide beaucoup à conserver en soi la joie spirituelle et à marcher toujours gaîment vers le sommet de la perfection , c'est de savoir trouver de bons compagnons de voyage. 0 qu'il est avantageux d'avoir toujours de bons exemples sous les yeux et combien les conversations avec des religieux fervents sont capables d'inspirer de Pardeur pour la perfection! Oui, mon fils, veux-tu être sage, converse avec les sages ; veux-tu être parfait, fréquente volontiers ceux qui s'adonnent à la perfection. C'est pour cela que j'ai toujours suscité dans mon Eglise pour chaque genre de vie, des hommes qui pussent, comme des flambeaux élevés sur le chandelier f servir à éclairer les autres : j'en ai procuré surtout aux maisons religieuses, et même les moins régulières n'en sont pas dépourvues. Quand un religieux jette les yeux sur ces modèles de perfection et qu'il compare sa vie avec la leur, il s'aperçoit du peu de progrès qu'il a fait dans la vie spirituelle , et piqué d'une sainte émulation , il s'excite à mieux profiter à l'avenir des grâces de son état. Et comme les exemples sont bien plus puissants que les paroles pour porter au bien , il ne manquera pas d'en tirer un grand avantage : à moins que sa volonté ne soit obstinément attachée au mal, elle ne résistera pas.

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