CHAPITRE MI
Du contentement que goûtent l< i qui
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Muii (ils. Ks religieux commencent è goûter des celle vie ce qui leur est préparé dans l'autre,
c'est-a-dire la peine ou la récompense. Un bon religieux qui s'efforce de s'avancer dans le chemin de la vertu et d'y devenir toujours plus parlait, en éprouve une grande joie spirituelle; et au contraire de grandes amertumes et des chagrins de toute sorte sont le partage du mauvais religieux qui neglige de tendre a la perfection.
— Seigneur, c'est une chose que je ne puis concevoir. Car je vois, ce me semble, que les religieux qui ne s'inquiètent pas de leur perfection vivent à leur aise , et qu'en faisant tout 00 <jui leur plaît, ils ont sujet d'être toujours contents.
— Ta te trompes, mon (ils, si tu penses que le contentement consiste à vivre à son aise et sans règle. Celte joie extérieure que tu remarques dans quelques religieux imparfaits n'est pas une joie véritable; ce n'est qu'une dissolution qui leur cause dans le fond plus de dégoûts et de peines «lentement s m,
PERF. "
compter qu'un religieux qui veut toujours vivre à sa fantaisie ne peut manquer de déplaire souvent aux autres, plus souvent encore il a luimême du désagrément, parce qu'il est privé de ce qu'il voudrait. Le vrai contentement réside au fond de Pâme et il naît de la paix et du calme intérieur, mais le cœur des hommes déréglés est sans cesse agité par les passions, comme une mer orageuse, et si tu pouvais lire ce qui s'y passe , au lieu d'envier leur fausse joie, tu plaindrais plutôt leur malheur.
Il en est d'autres qui veulent suivre leurs propres idées ens'exerçant à la vertu Qu'arrive t-il? Après avoir pratiqué la mortification sans discrétion et sans mesure, il se trouve qu'ils ont en vain ruiné leur santé sans obtenir la perfection, et qu'ils ne goûtent aucun contentement, ni intérieur, ni extérieur. Alors on en accuse leur dévotion excessive et on dit que c'est elle qui est cause de leur mal et de leur tristesse. Mais on se trompe : ce n'est pas la dévotion qui les rend tristes ou malades, c'est leur indiscrétion et la présomption avec laquelle ils ont voulu faire plus qu'il n'était convenable, et s'adonner à des œuvres que je ne leur demandais pas. Ils ont prétendu se conduire par eux-mêmes et être juges dans leur propre cause, et ils se sont fait doublement tort.
— En quoi donc. Seigneur, sera-t-il possible de trouver le véritable contentement ?
— Je vais le le dire, mon (ils, ci grave-le fidèlement dans la mémoire. Ctesl quand un religieux aspire ardemment à la perfection et que, pour l'acquérir, il garde avec soie ce qui loi est ;t par Bon supérieur eu par son père spirituel, soit dans les moyens, soit dans la mesure. De quelque côté qu'il se tourne, ce religieux trouve des sujets de joie et ilo consolation spituelle. S'il se tourne vera m< i , il éprouve du contentement en pensant que ses efforts me sont agréables, et n'eùt-il en eette vie point d'autre Ripense, une telle pensée suffirait déjà pour le combler de joie. Car la plus grande satisfaction (jue puiss3 goûter un fidèle serviteur, c'est de savoir que son service est agréable à son maître.
S'il se tourne vers ses supérieurs, il y trouve pareillement de la consolation. Car le zèle qu'il a pour la perfection le rendant paisible, obéissant, fidèle observateur de la discipline religieuse, il esl impossible qu'il ne soit pas estimé et chéri de ses supérieurs, et ce sera pour lui une source continuelle de contentement. .
S'il considère ses frères et ceux parmi lesquels il vit . rien ne lui fait de la peine et il y trouve au contraire bien des occasions de joie. Car comme il est attentif à la pratique de toutes les vertus, il ne cause de déplaisir à personne , il désire le bien de tous et il y contribue de tout son pouvoir, comme il le ferait pour lui-même. Il est en paix avec tout le monde. Or ou <
paix , là aussi est le vrai contentement. De plus, comme c'est le propre de la vertu de se faire estimer de tous , et de gagner même le cœur de ses ennemis, un bon religieux ne peut manquer d'être estimé et chéri de tousses frères, et c'est encore assurément pour lui la cause des plus douces consolations.
S'il jette les yeux sur lui-même, il y trouve aussi des sujets de contentement. Car c'est encore le propre de la vertu d'apporter avec elle un plaisir intime et une satisfaction véritable, et le bon religieux en ressent les douceurs à chacune de ses actions.
Les persécutions même ne lui causent pas de tristesse et il conserve la joie du cœur au milieu des tribulations que je lui envoie. Car il est prêt à souffrir, pour l'amour de moi , non-seulement les contrariétés et les afflictions de cette vie passagère, mais encore les douleurs de l'enfer , si c'était pour ma plus grande gloire et sans qu'il y eût de sa faute. La pensée même de la mort, qui a coutume de causer aux autres tant d'horreur et d'épouvante, n'apporte au contraire que des motifs de joie au bon religieux. Oui , c'est alors surtout qu'il se réjouit de s'être appliqué à la perfection, et il goûte d'avance la grande récompense qui lui est préparée. 0 mon fils , rien n'égale ce dernier et souverain contentement des bons religieux au moment de la mort : il est tel que leur âme en est quelque-
fois Ionie ravie hors d'elle-même et Comme
enivrée de reconnaissance pour son misértoordteoi Créateur.
Une seule chose pool causer de la tristesse I un bon religieux, c'est de tomber dans quelque
faute : mais cette peine n'a pas de durée. Car par la vertu île pénitence il se relève aussitôt , et la grâce du pardon fait renaître la sérénité et la joie dans son âme.
Dis-moi donc maintenant , mon fils, toi qui montres tant d'indifférence pour la perfection, dis-moi où tu pourras trouver dans le monde un pareil contentement? Ne vois-tu pasque de s'adonner à la perfection, c'est avoir dès cette \ie un avant-goût de l'éternelle félicité? Tu es liien insensé de te priver d'un si grand bien par l'appréhension d'un peu de peine qu'il faudrait prendre pour mortifier ta sensualité. Hàte-toi de reconnaître la grandeur de ta folie, et n'attends pas, pour t'en désabuser, que tu n'aies plus la môme facilité qu'à présent. Heureux celui qui peut dire à la mort : Tout le bien que j'ai du et que j'ai pu faire en cette vie, grâce à la bonté do Dieu, je l'ai fait.