‹ De la perfection religieuseChapitre 17 sur 80 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

bon religieux oe doil pas Be contenter d'un degré (]<• perfection quelconque , mais qu'il doil toujours

rer à un plus eJ

Mou fils, je ne nie contente pas d'une perfection quelconque dans mes religieux; ma volonté est encore qu'elle soit aussi grande que possible. Ainsi l'ai-je déclare a mus disciples, quand je : exhortes à être parfaits, non comme les patriarches et les prophètes, non comme les anges et les séraphins, mais comme mon Père celeste. 0 que j'ai ine a voir un religieux mettre pour l'acquisition des vertus et de la perfection autant de zèle que l'avare pour les biens de la terre ! L'avare n'est jamais rassasié; plus il a de richesses, plus il désire en avoir. Tels devraient ótre mes religieux à l'égard des richesses spirituelles. C'est la marque d'une àme peu élevée de se contenter d'un peu de perfection , et je voudrais que tous mes serviteurs fussent assez généreux et assez magnanimes pour aspirer toujours ade pins grandes choses. Si je les ai appelés à l'état religieux , le plus élevé de tous les états du monde, pourquoi ne s'efforcent- ils pas d'acquérir une perfection qui réponde à celte fin

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sublime ? N'est-ce pas me faire injure, d'enfouir le talent que je leur avais donné?

Réponds-moi donc, mon fils, toi qui n'es pas désireux d'une grande perfection, et qui te contentes de peu , quand il est question du bien de ton âme , est-ce ainsi que tu en agis à l'égard de ton corps? Serais-tu content d'avoir peu de santé, lorsque tu peux en avoir davantage? Te serait-il indifférent d'avoir une bonne vue, ou d'avoir les yeux faibles? Eh quoi! quand il s'agit des biens terrestres et des avantages de ce corps qui n'est que l'esclave de l'âme, tu ne crois jamais en avoir assez, tu désires toujours ce qu'il y a de meilleur, et à l'égard de ton âme tu n'aspires pas à la plus grande perfection possible , et tu ne fais pas tous les efforts dont tu es capable pour l'obtenir! N'est-ce pas un grand désordre et le chemin de la perdition? Une maison est en bien mauvais état, quand l'esclave y est plus estimé et mieux traité que le maître.

Quelle honte pour un religieux de s'arrêter aux derniers degrés de la vertu, tandis que les hommes du monde ne sont jamais satisfaits du degré où ils se trouvent , et aspirent toujours à un degré plus élevé ! Le simple bourgeois veut être gentilhomme , le gentilhomme baron, te baron comte, le comte prince, le prince roi; le roi lui-même n'est pas content de sa coaroane , il la voudrait plus brillante, et il ambitionne le faîte de la puissance et de la gloire ; et le reli-

girai dédaigne la riche couronne a laquelle il peni prétendre, et il s'arrête an plus bas degré

de Km perfection . tandis qu'il pourrait avec tant

de profit et de gloire arriver jusqu'au plus élevé ! Quelle honteuse lâcheté! quelle petitease d'esprit ! Comment ne rougit-il pas de foire si peu de

eas de ma volonté, et de négliger lantdegrâoes que je lui olire pour l'aider a monter plus haut ! Sois-en bien persuade, mon lils. il est impôt* Sibleà un religieux de me plaire, a moins qu'il ne s'efforce d'être de plus en plus parlait pour ma plus grande gloire. Ce seul motif devrait suffire a des religieux pour les engager, nonseulement a marcher, mais plutôt a courir vers omet de la perfection. Que dis-je! il n'est pas de serviteur si dépourvu de sentiments qu'il ne s'ellbrce de gagner les nonnes grâces de son maître; il travaille, il se fatigue, il supporte tout pour lui plaire , et s'il n'y parvient pas, il s'en afflige, il en est désolé. Et toi, mon lils, toi que j'ai tant favorise eu l'appelant à l'état religieux, toi <pii pourrais causer tant de plaisir a ton Seigoeur, en travaillant à ta perfection, tu négliges de le faire ' Tu pourrais entrer, et tu restes à la porti y bien cependant, tout ce que tu

tais pour me contenter est un gain pour toi seul, et non pour moi. 0 si tu savais combien vaut un degré de gloire , et combien celui qui le gagne est chéri du ciel! 1 us religieux qui sont

maintenant récompensés luis la patrie bienheu-

reuse font tant de cas de la gloire qu'ils ont acquise en s'adonnant à une plus grande perfection, que non seulement ils ne cessent d'en bénir leur Créateur, mais plutôt que d'en perdre la moindre portion, ils voudraient avoir répandu tout leur sang, et sacrifié mille fois leur vie. Et toi, qui peux enrichir ta couronne et augmenter la gloire qui t'attend dans le ciel , sans répandre ton sang et sans donner ta vie, mais seulement en faisant des efforts pour être de plus en plus parfait, tu resterais dans l'indifférence, et sans rougir de ta honteuse imperfection!

Prends garde, mon fils, qu'il ne t'arrive ce que j'ai dit à mes disciples : on donnera davantage à celui qui a déjà quelque chose ; mais celui qui n'a rien, on lui ôtera même ce qu'il pourrait avoir, et c'est une juste peine de sa négligence et de son ingratitude. Considère ce qui arrive ordinairement aux objets inanimés qui ne possèdent une qualité qu'imparfaitement. Un arbre qui n'a pas de profondes racines est facilement arraché; un instrument qui n'est échauffé que légèrement perd bien vite sa chaleur, conserve que quand elle est grande. Ainsi le reli gieux qui n'a qu'un peu de ferveur la perd facilement, mais quand il est parvenu à un degré supérieur de perfection , il demeure ferme et inébranlable, et comme un arbre bien enraciné il résiste sans peine à la violence des vents et des tempêtes.

uffé que il ne la i le reli-

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Il en osi plusieurs qui trouvent une singulière excuse .1 leur relâchement . en disant que le propre ila novice d • s'exercer «1 la \ trlu et de faire des progros dans mon t reur

siôre. Tous en effe! sont obligés de tea Ire a la perfection, les proies comme les novices, et même plus un religieux compte d'années de vocation, plus il devrait montrer de zèle dans ce saint exercice. Car mieux qu'un autre il doit en connaître les obligations, et s'il a été fidèle aux vertus de son état, il doit en avoir mieux goûté la douceur. Celui qui n'a point d'appétit est bien vite rassasie, mais c'est un indice de maladie; le religieux doit regarder de même comme un symptôme de maladie spirituelle , quand il ne sent plus de goût pour la vertu.

Il en est d'autres qui s'imaginent au contraire qu'ils pourront parvenir dès les premiers pas au sommet de la perfection, et s'il leur arrive de tomber dans quelque faute, ils s'en affligent mitre mesure et en deviennent pusillanimes. relie o'esl pas ma volonté, elee n'est pas de celte manière qu'on parvient à la souveraine perfection. Car en quoi consiste la souveraine perfection, si ce n'est dans la mortification de tous les vices et dans l'acquisition de toutes les vertus? Or, une si grande entreprise ne s'achève pas en si peu de temps. Que signifie donc avancer de plus en plus dans la perfection? C'est d'abord soumettre ses passions et mortifier tous ses pen-

chants déréglés, et l'on n'est entièrement parlari que quand enfin maître de soi-même et mort au inonde on ne vit plus que pour Dieu , ce qui ne s'obtient qu'à la longue et par un travail de tous les jours.

Un roi qui a beaucoup d'ennemis ne peut jouir de la sécurité qu'après les avoir tous exterminés, mais il ne les attaque pas tous ensemble, comme pour s'en défaire d'un seul coup; il tache de les réduire l'un après l'autre. Le religieux doit s'y prendre de la môme manière. Ses ennemis sont les passions; il faut qu'il les mortifie, non pas toutes à la fois, mais tantôt l'une, tantôt l'autre, et c'est ainsi qu'il arrive de jour en jour à une plus grande perfection.

Pareillement on ne fait pas tout d'un coup la conquête d'un royaume; on prend une ville, puis une autre, puis une troisième , jusqu'à ce qu'on soit enfin maître de tout le pays. Ainsi doit faire le religieux pour conquérir la perfection ; il faut qu'il prenne d'abord possession d'une vertu, puis d'une seconde et que chaque jour il fasse une nouvelle acquisition, et s'il ne devient pas entièrement parfait du premier coup, qu'il ne perde pas courage, il avancera beaucoup, s'il ne s'arrête pas en chemin.

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