‹ De la perfection religieuseChapitre 18 sur 80 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

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Mon 6b, il servirait peu d'obtenir la santé, ai

on la perdali aussitôt par négligence ou par défaut de régime, et les rechutes sont même i rdinairement plus dangereuses que la maladie. Ou peut en dire autant île la perfection, il ne servirait pas beaucoup du l'avoir acquise, si on venait à la perdre, pour n'avoir pas pris les précautions convenables. Et si dans laladiesdu corps il est important de prévenir les rechutes, qui mettraient la vie en danger, a plus forte raison l'est— il , pour ne pas perdre la vie de l'âme, de ne pas retomber dans ses imperfections.

Wux-tu donc, mon fils, prévenir le malheur delà mort spirituelle, examine attentivement comment il arrive, et que la triste ex périence des autres te serve de leçons et de préservatif. Considère d'abord à quels excès se laissent insensiblement emporter ceux qui négligent de tendre àia perfection. Ils se permettent d'abord mille inconvenances , ils s'habituent pan a peu au désordre , et ils ont , à la fin , si peu de retenue , que bien loin d'être honteux de leurs fautes, ils

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s'en glorifient, semblables aux mauvais auges, lorsque précipités du ciel ils conservèrent encore de l'orgueil dans leur chute. Au lieu des biens inestimables que je leur préparais, ces esprits rebelles n'ont eu en partage que les plus horribles châtiments; autant ils étaient élevés en gloire par l'excellence de leur nature, autant leur prévarication les a-t-elle abaissés. Voilà, mon fils , l'image des religieux qui tombent ; plus ils étaient élevés en perfection, plus leur chute est terrible. Tel fut aussi le malheur du disciple qui me trahit, et qui tomba de la dignité de l'apostolat dans le précipice du désespoir. Malheureux celui qui néglige d'éviter le mal et de faire le bien ; plus malheureux encore celui qui abandonne le chemin de la perfection pour mener une vie déréglée.

Quels sont donc, mon fils, les moyens qui pourront t'aider à conserver le degré de perfection que tu as acquis? Il y en a deux principaux : l'amour et l'humilité. L'amour te rendra vigilant pour empêcher qu'on ne te dérobe ce trésor, et l'humilité le cachera soigneusement à tous les regards.

Que l'amour soit un moyen nécessaire pour conserver la perfection, c'est ce qu'il est facile de comprendre. Celui qui n'est pas affectionné à ses richesses finit bientôt par les perdre. Car on n'est pas soigneux de garder un bien dont on ne fait pas grand cas, et un bien mal gardé se

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perd. Quand un religieux aime la perfection et qu'il fait lui grami cas de celle qu'il a pu acquérir , iif cet amour naîtra la crainte de I.» p sr Ire, Me crainte vieo Ira I » a illicitude , et la sollicitude lui fera trouver les ni lyeus nécessaire^ pour parvenir a la fia qu'il m propose. Gomment fait celui qui désire c ►nservef sa s.ot.' } Il oonsulto d'abord les médecins les plus expérimentés et les plus babil s, il choisit les meilleurs aliments, et les heures de ses repas sont reliées , il prend de l'exercice, il s'en rapporte au jugement des me kvius pour le choix d'une demeure saine, il se precautionne contre la pluie, contre le vani, contre tous les accidents du dehors, en un mot il evite soigneusement les moindres excès qui pourraient lui être nuisibles. Une conduite semblable se verra dans un religieux, s'il a en elîet une grande sollicitude pour conserver la santé de son ânu. D'abord il se gardera bien de se conduire d'après ses idées, et il ne prendra pas conseil de ceux qui montrent du relâchement, m. lis il suivra toujours l'avis île son père spirituel. Ensuite il cherchera une bonne nourritur. Ile que je cherchais moi-même,

quand j'étais sur la terre, et qui consiste à faire la volonté de mon Pere celeste. Tout ce qui contribue .1 la sanctification , voila , suivant la

volonté de mou Pére, la vraie nourriture da l'âme . comme 1 1 pé :hé en est le poison. L exercice lui sera aussi tres-salutairc |Puisqu

perfection est fondée sur la charité, elle participe, comme elle, de la nature du feu. Le feu augmente, quand on y ajoute du bois, et si le bois vient à manquer, le feu cesse. De même la perfection prend de l'accroissement à mesure que l'on multiplie les actes de vertu, et pareillement elle s'affaiblit et s'éteint faute d'exercice. Quant au choix d'une demeure, quoiqu'il soit assuré d'en avoir toujours une très-saine dans l'état religieux , c'est à son médecin spirituel à décider s'il doit être dans tel lieu ou dans tel autre. De plus il pourra prévenir les accidents du dehors, en évitant toutes les occasions qui seraient capables de le porter à quelques imperfections. Enfin il saura s'abstenir de tout excès, parce que dans les circonstances douteuses il aura toujours recours aux conseils de son père spirituel.

Le second moyen de conserver la perfection est l'humilité. Celui qui possède une pierre précieuse et qui désire la conserver a besoin de trois précautions pour ne pas la perdre. La première est de ne pas l'exposer à la vue de tout le monde, mais de la tenir cachée et bien enfermée; la seconde est de ne pas trop se vanter de l'avoir et de ne pas en faire ostentation, et enfin la troisième consiste à ne pas la séparer de ce qui fait son prix , de peur que la pierre ne cesse d'être précieuse, comme l'eau séparée du feu perd sa chaleur. Or l'humilité renferme ces trois condì-

lions. Eii premier lieu elle fait que le religieux cache ses vertus et sa perfection m les oouvrant île la modestie comme d'un manteau. Bile fait ensuite que bien loin de se glorifier des biens spirituels qu'il possède, le religieux s'en reconnaît indigne ei ne craint pas de dire qu'il n'est en réalité qu'un pauvre et inutile serviteur. Bn troisième lieu, c tmme c'est me grâce qui donne

à ce joyau toute sa valeur, le religieux qui est humble ne craint pas de la perdre. Car si je resiste sui superbes, ceux qui sont humbles sont toujours assures île nia grâce.

Ainsi doue, mon (ils, si tu as a cœur ta perfection . et si lu veux non-seulement la conserver, mais encore l'accroître de jour en jour , tu as «m moyen aussi etlicace que nécessaire , c'est d'être humble.

PIN [>l MMtK PRFMIER.

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