CHAPITRE PREMIER
De l'excellence des trois vœux de religion.
Mon fils, l'objet le plus précieux n'est pas estimé , tant que sa valeur n'est pas connue; il faut que les ténèbres qui le cachent soient dissipées, pour que son excellence paraisse et qu'il reçoive l'honneur qui lui est dû. G'est pour cette raison qu'on trouve bien des hommes qui ne font pas grand cas des vœux de religion ; ils n'en ont jamais approfondi la nature. On voit même des religieux qui n'en connaissent pas toute l'importance, pour ne les avoir pas suffisamment étudiés, et ceux-là sont inexcusables d'ignorer ce qu'ils pourraient et devraient savoir. Sois persuadé, mon fils, que l'excellence des trois vœux est plus grande qu'il ne semble à plusieurs.
Qu'est-ce qu'un vœu? G'est une obligation que le religieux contracte envers Dieu de faire quelque chose de meilleur. Quelle est noble cette obligation ! quelle est sainte et divine ! combien elle est digne que tout religieux mette de l'atten-
tien ,i la méditer , du / le à I bonorer, de l'ar deur .1 l'aceomplir !
Oui, mon fils, cette obligation est très-noble puisqu'elle engage la plus noble faculté qui s<>it dans L'homme, je veux dire la volonté cai cette faculté qui est comme la maitresse et la
reine île t»>viU'S les autres. Elle est Lrès-noble aussi ilu rôti- de Dieu, avec <|ui elle se contracte: cai- Dieu est l.i grandeur infinie et la source de toute noblesse. En troisième lieu, rien de plus noble que la lin qu'elle se propose , car elle n'en a point d'autre que la gloire de In Majesté divine, et eetle gloire est d'autant plus grande que le religieux remplit plus fidèlement les obligations de ses vœux. Enfin la plus excellente des vertus inorales étant la vertu de religion, dont l'éclat rejaillit sur les autres, les trois vœux qui sont des actes de celte vertu reçoivent aussi beaucoup de lustre et de dignité d'un si noble principe : tel arbre , tels fruits.
<Jue celte obligation soit toute spirituelle et toute sainte . e'esl ce qui est éi ident , puisqu'elle n'a d'autre but que le bien moral et la sainteté de l'âme , et qu'elle est comme la source de toute spirituelle du religieux. Car de même que la vie du corps dépend entièrement du cœur comme >!.• son principe, ainsi inule l'essenoede l'état religieux dépend de cette sainte obligation; et comme la plus légère blessure faite au cœur met la vie en danger, «•! que le c eur venant a mi h)
périr, la vie périt tout-à-fait, de même les moindres infractions faites aux vœux de religion sont de la plus grave conséquence , et celui qui les violerait tout-à-fait cesserait d'être un véritable religieux. Le mal est d'autant plusdangereux qu'il est plus près du cœur.
Il est encore certain, mon fils, que l'obligation des vœux est une obligation divine. D'abord parce qu'elle provient de l'Esprit-Saint, dont les grâces et les célestes inspirations excitent l'âme de l'homme à la contracter, et , en outre, parce que c'est a vec Dieu même que le religieux s'engage.
Que les religieux considèrent donc d'après cela combien cette obligation doit leur être chère, avec quel respect ils doivent la garder, et avec quel zèle ils doivent en accomplir tous les points. Car ils l'ont contractée avec celui qui pénètre le secret des cœurs, et qui voit Clairement la cause de leurs infidélités.
Je demande à ceux qui ne sentent pas assez toute l'excellence de leurs saintes obligations, d'où vient qu'ils sont honorés et respectés des séculiers? C'est, diront-ils, parce qu'en qualité de religieux , on les regarde comme mes serviteurs particuliers. Mais qui est-ce qui leur donne ce titre privilégié, sinon les trois vœux qu'ils ont faits? Combien n'y en a-t-il pas dans le monde qui sont plus savants, plus parfaits, plus saints que certains religieux, et qui ne sont pas aussi honorés ! Pourquoi cette différence? La
raison on est que, malgré loul leur mente. Me n'ont pas l'avantage d'é ! i e mol par
rés des trois vosux. Quand les séculiers voient un religieux, ils ls considèrent (•(.mine une personne qui m'est spécialement consacrée et qui m'appartient . el c'est I moi que
S'adressent tous les honneurs qu'ils lui rendent.
titre I « ; eligieux s m\ vénérés mém grands du monde et des riches; «•( ce
trouvant pas dans les séculiers, on n'a pas autant d<> respect pour eu* . quand même ils auraient plus de vertu. L'excellence de ces liens Ione bien grande , puisqu'elle p;ir;iît si , ble aux \eu\ mêmes du monde.
Ce qui montre encore l'importance des trois vieux , c'est que par leur moyen le religieux remporte une glorieuse victoire SUr SCS trois ennemis capitaux. Il triomphe en effet des ponilo monde par la pauvreté, des assauts de la chair par la chasteté, et des ruses du démon par l'obéissance. Celui-là seul e<t vaincu par ces trois ennemis, qui ne sait pas se servir de ses armes . et quelle honte pour lui ! N'aurait-il pas mieux fait de rester dans le mondi-? Il ne foui passe faire soldat, quand on ne veut pas mettre les .unies à la main.
Or dis-moi maintenant, mon (ils, ce que méritent les religieux qui n'ont pas toute l'estime convenable de rette sainte et importante obligation , ceux qui ne font pas tous leurs efforts
pour y être fidèles , ceux qui ne se font aucun scrupule de les enfreindre, ou qui osent même s'en moquer et les déprécier par leurs discours. G quel compte rigoureux ils auront à me rendre un jour non-seulement de leurs transgressions , mais encore de celles des autres! car le scandale de leurs paroles et de leur conduite introduit dans une maison l'esprit de licence et de relâchement, et fait qu'un grand nombre ne mettent plus d'importance à l'observation de leurs vœux. 0 mon fils, souviens-toi que les vœux sont une promesse qui a été faite, non aux hommes, mais à Dieu, non par L'effet de la contrainte, mais par un choix libre et volontaire, et l'obligation qu'ils imposent a pour objet , non des choses temporelles et de peu de valeur, mais des biens spirituels de la plus grande importance pour le salut. Malheur à celui qui ne tient pas compte des promesses qu'il a faites à Dieu ; Dieu à son tour ne tiendra aucun compte de lui.