CHAPITRE II
Des avantages
Soigneur , notre nature est ei appesantie pule fardeau de - - que je ne sais s'il est bien expo lient et utile de faire d E. Car c'est ajouter fardeau sur fardeau, et il est .1 craindre, oe semble, que la nature, étant aussi faible qu'elle est, ne succombe sous le poids. De plus, nous avons tanl de devoirs à remplir, soit ramanderaents, soit par ceoi de votre se . qu'il nous est déjà bien difficile d'y s faire. Est-il convenable d'y ajouter encore les iti ns des trois voeux? L'honneur même qui peu' 1 >us en revenir n'égale pas I • danger que nous courons de les enfreindre. Car ce qui coeur, c'est on • offrande libre et volontaire, et celui qui s'osi obligé par vœu n'est plus libre: il est forcé d'accomplir ce qu'il a promis. Aussi je ne vois pas clairement quelle grande utilité il peut j avoir de faire les trois 1 de religion.
— Tu ! a . mon (ils. Les vœux . il est
vrai, sont un que l'homme >'im;
mais c'est un fardeau qui ne lui pese poi ni . et qui sert plutôt a ^>ulnt:er la nature en la ren-
dantcapable d'accomplir des œuvres meilleures. Les ailes des oiseaux sont aussi un fardeau , mais elles leur servent à voler, et s'ils en étaient privés, jamais ils ne pourraient s'élever dans les airs. Toute l'histoire de mon Eglise ne montre-t-elle pas que parmi les chrétiens ce sont les religieux qui observent avec le plus de fidélité mes commandements ? preuve évidente que les vœux leur sont un secours plutôt qu'un obstacle pour satisfaire à leurs obligations.
Tu te trompes encore , mon fils , eu pensant que je retire quelque utilité de ces vœux. Non assurément , je n'en ai aucun besoin. Les promesses qui ont lieu entre les hommes sont pour le profit de celui à qui elles sont faites, mais quant aux vœux , tout le profit et tout le mérite en reviennent à ceux qui les font. L'honneur même et la gloire que les vœux me procurent tournent encore à l'avantage du religieux, à cause des abondantes récompenses qu'il en reçoit de moi , de même que les œuvres criminelles qui semblent me ravir la gloire qui m'est due , ne font de mal qu'à leurs auteurs , en attirant sur eux le châtiment qu'ils méritent.
Quant à la privation de la liberté et à la nécessité qui résultent des vœux , la chose n'est pas telle que tu la supposes. Il y a deux sortes de nécessités: l'une vient de la nature et l'autre de la volonté de l'homme. La première ôte la liberté , et par conséquent le mérite et la gloire
-noli ; une [Mirre (jui tombe par I effet de urne mérite ni louange, ni récotnp
I • <|ui vient d'une promesse volontaire, bien loin d'enlever leur mérite bui bonnet arane sert au contraire qu'à l'augmenter toute la liberté de la promesse qu'on I laite se retrouve dans l'action qui en prévient. Heureuse isité qui contraint de mieux faire! ò combien les Saints qui sont dans le ciel se rejouissent d y avoir eie assujettis! combien ils bénit» sent les liens qu'ils se soni imposés à eux-m et qui, en les forçant de mener une vie plus parfaite, leur a mérité une couronne plus glori
Mais encore, s'il arrive qu'un religieux sente du dégoût et qu'il ait de la peine a faire ee qu'il a promis par vœu, cette difficulté est-elle dans le cas d'enlever ou de diminuer le mérite de son action ? Non , mon fils ; elle est même propre à l'augmenter. Car il ne faut pas avoir peu de vertu pour être fidèle a son vœu, malgré les répugnances de la nature ; a la valeur d'une bonne œuvre, enjoint alors eelle de la victoire remportée sur soi-même. Que si le religieux ne trouve aucune diilieulie .1 l'accomplissement de - actions néanmoins sont encore plus méritoires que si elles étaient faites sans aucun vœu, puisque le vœu lui-même est déjà un meriti'.
Il y a encore d'autres avant. iges (pie les vœux procurent au religieux. D'abord il est certain
qu'un arbre est d'autant plus fertile et capable de porter de bons fruits, que ses racines s'enfoncent plus profondément dans la terre. Il en est de même de la volonté de l'homme ; elle produit des œuvres d'autant plus parfaites qu'elle est mieux enracinée dans le bien. Or il est évident que le premier effet des vœux est de rendre la volonté plus ferme dans ses résolutions. Personne n'ignore combien la volonté de l'homme est mobile et changeante ; elle veut , et l'instant d'après elle ne veut pas ; ce qui lui est agréable lui cause un peu plus tard du déplaisir ; un jour elle trouve une chose excellente , et le lendemain elle la rejette avec mépris. 0 qu'il est à souhaiter de trouver un secret pour fixer cette volonté si variable et lui donner de la constance ! Eh bien! mon fils , pour obtenir cette fin , il n'est pas de secret plus infaillible que les vœux de religion. Gomme la promesse qu'on a faite à Dieu oblige sous peine de péché, la volonté se trouve dans l'heureuse nécessité de bien faire. Dès lors, non-seulement elle n'a pas le loisir de changer et de choisir le mal, mais elle est plus affermie dans le bien, et c'est ce qui augmente son mérite; de môme qu'une mauvaise action , quand elle provient d'une volonté plus obstinée au mal , en est plus criminelle et plus digne de châtiment. On peut dire que, par le moyen des vœux, les passions sont enchaînées et réduites à l'impuissance; elles sont traitées comme ces frénétiques,
dool ou ut* pervieni à oomprimer les excès qu'en leur IîmI lei bras.
\ i un autre avantage qui n'est pal moins i rana qui De convienne
qu'il est de la pli l'homme
d'être iotimemenl uni • Dieu son (ite. itene. Or il n'esl rien <pii produise aussi efficacement cette union que les trois vœux c'est p m- eux suri uni • » u . * l'homme est uni a moi, et moi a l'homme. Si par ces liei i le religieux peut dire qu'il m'ap-
partient et qu'il m'est attache inséparablement . ne dois-je pas en dire autan' ird? Oui ,
mon iils . du moment «pi'il s'est donne a moi par . . p' me suis donne a lui . je lui apparia comment pourrais-je dès lors ne pas le irei le conserver précieusement comme un bien qui m'est propre? Sois certain que je ne me laisserai pas vaincre en générosité par mes ires. Puisque le religieux s'est uni à moi, qui suis 1 1 source de toute grâce, je lui ferai pari la m meo I aies et je pren-
drai -, le son âme , que ni le démon , ni
aucune creature ne lui pourraient causer le moindre dommage : que sa sécurité soft d'autant plus grande que le Dieu auquel il s'est uni a
plus de ; i, -
Il ( - >rs de doute que les actions fa
par voeu son! plus méritoires. Celui qui gai chasteté pour l'amour de moi, fait une bonne œuvre et il a lu mérite a mes veux; mais
qui a fait le vœu de chasteté et qui l'observe , en a davantage. Car la bonne œuvre du premier ne procède que d'une seule vertu , de la vertu de continence ; mais celle du second , outre la vertu de continence, renferme encore la plus excellente des vertus morales, la vertu de religion. De plus, promettre de bien faire, c'est déjà une bonne action; remplir ensuite ce qu'on a promis, c'en est une seconde , et de part et d'autre il y a mérite et récompense. En sorte que celui qui accomplit un devoir, parce qu'il en a fait le vœu, a le mérite de deux bonnes œuvres.
Voilà, mon fils, les grands avantages que les vœux te procurent. Qu'ils te soient donc bien chers, puisqu'ils contribuent si efficacement à ton plus grand bien spirituel.
Mais puisque tels sont les heureux effets des vœux, d'affermir la volonté, d'unir avec Dieu et d'augmenter la valeur des bonnes œuvres , d'où vient qu'il y en a plusieurs qui ne les supportent qu'avec peine, et qui, au lieu de s'en réjouir, semblent en concevoir du chagrin ? quels motifs ont-ils de s'attrister? si ces liens sacrés leur avaient causé quelque préjudice, eu serait une raison plausible de se repentir. Mais au contraire, de même qu'un cep de vigne attaché à son échalasou au tronc d'un arbre réussit mieux que s'il était abandonné à lui-même , et qu'ainsi défendu et protégé contre la violence des vents il produit des fruits meilleurs et en plus grande