‹ De la perfection religieuseChapitre 22 sur 80 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Combien les trois vœux que fait le religieux sont agréables à Dieu.

Serait-il possible , mon fils , que je ne prisse pas un grand plaisir aux vœux que fait le religieux , puisqu'ils ont pour objet ma plus grande gloire, et comment ne me seraient-ils pas bien chers, puisqu'ils lui fournissent les moyens les plus efficaces pour acquérir la perfection, ce que je désire avec tant d'ardeur? quel est le maître , quel est le prince de la terre qui ne se glorifierait pas d'avoir des serviteurs qui lui fissent de pareilles promesses? Sans doute il en serait très-flatlé, quand même il penserait qu'elles sont l'effet de l'intérêt plutôt que d'un véritable attachement. Et moi qui suis certain que c'est de tout leur cœur et par un sincère amour pour moi que l?s religieux s'engagent à faire des œuvres si bonnes et si saintes , n'ai-je pas lieu de m'en réjouir et puis-je m'empêcherde leur témoigner la satisfaction que j'en éprouve?

Il y a trois choses qui me plaisent dans les vœux. La première est la piété qui en est le principe; la seconde, le zèle que le religieux met à les observer ; et la troisième , la joie qu'il éprouve de les avoir faiis.

o*68l indubitable, à considérer l'importance de I offrande <jui m'est fai religi mi

aucune ai en parfait holocauste. Si donc j'ai reçu favorablement les sacrifices de l'ancienne loi, où l'on n'avait .1 m'offrir qu 1 des taureau 1 genis-

combien me d table l'offrande

que les religieux me root d'eux-mômi Quant au 1 ■'<• avec I iqu >l on obs

\. il ne peut provenir que de l'amour qu'on me j» >rle. Celui < | ui aime s'empresse de faire ce ijui peut plaire et le religieux

irait ótre plus agréable que l'obs 1 ix. Enfin la

ju'il en éprouve provient de ce qu'il connaît

nelle que j'éprouve moi-môme de son offrande.

le blâme I 12 qui

jouterait it, au point de sentir de

li p ined'ni 1 bonne action qui me cause tant de plaisir 1 Ce n'est pas un moindre désordre

ir tlu dégoût pour le bien que d'avoir du

pour h- mal.

Mais il y ai 'rites dans les

1 qui me rendent I • du religieux

kgreable, et que j'estime chèrement, parc 1 quej'j vois ii preuve d'un sincère amour. Le premieri que le religieux pour l'amour de moi s'attache vol mtairement .1 la croix par

! û vœux comme par autant de clous, •■•

cela , non pas pour trois heures seulement ou pour trois jours , mais pour toute la vie. Il crucifie son corps par le clou de la pauvreté, sa sensibilité naturelle par celui de la chasteté , et, ce qui est encore plus difficile , son intelligence même par celui de l'obéissance , en se soumettant au supérieur contre son propre jugement. Le bon larron ne resta pas longtemps sur la croix, et il ne dit qu'une parole en ma faveur à son compagnon , et cependant il me fut si cher pour cet unique témoignage que le jour même , je lui accordai la récompense du paradis. Gomment donc n'aimerais-je pas ie religieux qui s'oblige par vœu à demeurer sur la croix toute sa vie pour mon amour? Ne doit-il pas m'être bien cher, lorsqu'il proteste qu'il consent à souffrir pour ma gloire toute espèce de déplaisir, en célébrant mon nom dans le monde par ses paroles et encore plus par l'exemple d'une vie sainte ? Une autre cause qui me rend le sacrifice du religieux très-agréable, c'est que, par ses trois vœux , il me donne volontairement tout ce qu'il est capable de me donner. Car d'abord en se dévouant tout entier à mon service, il me donne à la fois l'œuvre et l'ouvrier, l'arbre avec les fruits. L'homme du siècle ne me donne que les fruits, quelque bien qu'il fasse et il retient l'arbre pour lui. De plus en faisant les vœux on proteste de ne vouloir jamais aimer ni servir d'autres que moi , et l'on se consacre à moi seul pour toute

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l'eternile m sacrifie même le pouvoir d'agir contrairement a Bea voeux ; ce qui ne peni manquer de RM plaire extrêmement. Do BÓenlier, qui, sans avoir fait vœu de pauvreté, fait le ur l'amour il" moi , est I une oeuvre excellente; mais après tout . néanmoins, il retient encore le érirdes richesses . lorsqu • bon lui semblera . taudis que le religieux , DOT le V030 '1"

pauvreté, non-seulement fait le sanili

ls , mais renonce encore au pouvoir d'en acquérir d'autres.

Une ii' hose qui me plaît clans les

I que , par leur m noii-seulemenL il me donne tout, mais encore il me le donne ile la maniere la plus parfaite qui soil possible. Car il m'accorde un tel domaine sur lui que je puis me servir de lui où je voudrai, comme je voudrai , e! autant que je voudrai. Aussi le religieux ne peut disposer de mimine il lui platt; il est consacré à mon • . il est a moi tout entier, ses sens même ne lm appartiennent plus, c'est moi qui en suis le maitre et il ne peut en faire usage km ma volonté , i ttoa la sienne.

donc l»i lion, mon fils, et crains

de te rendre coupable d'une infidélité sacrilège, en me reprenant ce que lu m'as consacre par tes vœux , ou bien en voulant t'en servir contre ma volonté. Mais en même temps réjouis-toi de rette

heureuse dépendance. Tu seras d'autant moins exposé à l'erreur que tu n'agiras pas à ta fantaisie , et le compte que tu dois rendre sera d'autant moins rigoureux qu'il n'est rien resté en ton pouvoir.

Enfin le quatrième motif qui me fait aimer les vœux des religieux, c'est que , comme le monde est mon ennemi , et qu'il trompe sans cesse les âmes qui me sont chères , j'ai grandement à cœur que ses tromperies soient découvertes et ses vanités mises en évidence. Or il n'est rien qui puisse remplir ce but comme les vœux de religion, puisqu'il n'est rien de plus opposé au monde que de fouler aux pieds les richesses , les plaisirs sensuels et les vains honneurs de la terre , et voilà ce qui me rend les trois vœux si agréables et si dignes de prédilection. Mais remarque bien, mon fils,, que ce mépris du monde ne doit pas être dans l'apparence extérieure seulement ou dans les paroles, mais que tu dois le faire voir par tes actions et par ta conduite. En un mot il ne suffit pas de faire des vœux , il faut encore les observer. Il est louable de se déclarer l'ennemi de mes ennemis, mais il l'est encore plus de les vaincre. Le religieux se déclare l'ennemi du monde , en prononçant ses vœux ; il en triomphe, quand il les observe.

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