‹ De la perfection religieuseChapitre 23 sur 80 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

conv n il .

Mon fils, les troia vertus que le religieux promet pai ix, la pauvreté, la chasteté

et loi ime autant d'armes dont

il se munit p i mnemis , el il

n'en est point qui lui soient plus convenables. Un soldai est digne d'él >g i et de récompense, lorsque, dans le désir de combattre avec plus de vaillance et de fidélité, il s'efforce d'imiter sou capitaine , et se platt à p >rter les môm (jue lui. Je suis le souverain capitaine de toute la milice religieuse, et ses trois vertus caraeté-

rec elles j'ai triomphe de tous mes ennemis, et j'ai marché le premier pour montrer comment il fallait combattre a ma suite. Les religieux, qui s >m enrôlés "ii ont a c imbattre les mêmes ennemis , doiveut employer les mêmes armo , et si . à impie , ils savent en faire

un bon on - aucun doute elles procure-

ront aussi 1 1 victoire 11 n'est pas nécessaire . du le soldat parvienne jusqu'à la perline; il est déj I êlo-

Il est encore convenable que le religieux éloigne de lui tout ce qui pourrait mettre obstacle à son avancement spirituel. Gomment se conduit un écolier qui veut faire des progrès dans les sciences ? D'abord il évite soigneusement ce qui l'éloignerait de ses études , comme sont les plaisirs sensuels; ensuite il rejette loin de lui ce qui l'empêcherait d'en profiter, c'est-à-dire les pensées et les occupations qui ont rapport aux biens temporels; enfin il prend le moyen le plus efficace pour bien apprendre , en observant exactement l'ordre de la classe, et en obéissant ponctuellement à son maître. Or c'est le même ordre que suivent les religieux pour acquérir la perfection; leurs trois vœux les garantissent des inconvénients qui empêcheraient leurs progrès spirituels. Par le vœu de chasteté ils excluent tous les plaisirs charnels , par celui de pauvreté ils éloignent toutes les sollicitudes des affaires temporelles, et par celui d'obéissance ils se conforment aux règles de leur institut et aux ordres de leur supérieur. Dans la voie spirituelle , ôter les obstacles, c'est déjà beaucoup avancer.

Mais, mon fils, puisque tu es résolu d'abandonner le monde avec toutes ses vanités, il est convenable que tu le fasses le plus parfaitement possible. Quelques-uns l'abandonnent d'affection seulement , tels sont les séculiers qui y restent , mais sans conserver aucun désir de ses vanités dans leur cœur , et en cela ils font bien. II en est

d'antres qui l'abandonnent on effet , corame sont oeoi qui entrent en religion, et e.-ux-la font re mieux. Mais il en est qui savent l'abandonner de l'une et de l'autre manière ; oe sont les religieux quand ils prononcent leurs vosnx de pauvreté, il" chasteté el r >l . et voila

li perfection. C'est ainsi, mon lils, que in es I tu pans

eoofla noe. Pins l'ennemi est éloi« . moins il est capable de nuire.

Le monde a trois sortes de lilets dans lesquels un grand nombre se laissent prendre. Le premier est tissu d'or et d'argent ; ce sont les richesses de la terre, dont 1rs yeux des hommes sont I

ment flattés, que ceux qui s'y trouvent pris s'y

plaisent , et que ceux qui sont dehors s'y portoni avec ardeur. Le religieux se délivre dece premier ilet par le vœu de pauvreté, qui lui dessille les yeux et lui fait voir clairement que cette convoitise est un véritable filet, ou pour mieux dire des chaînes pesantes, qui rendent malheureux celui qui les porte, quoiqu'elle soient d'or et d'argent. Le second filet du monde se compose des plaisirs charnels, qui retiennent les pécheurs, en s'attachent I eux comme de la du . et qui les enveloppe d'autant plus qu'ils s'agitent davanponr 'Mi e Nrlir. Les religieux s'en délivrent par le vœu de chasteté , qui leur donne des ailes pures et blanches pour s'élever vers le ciel et devenir semblables aux esprits angeliques.

Le troisième filet qui existe moins en réalité que dons l'imagination , est celui dans lequel se laissent prendre les orgueilleux, les ambitieux et tous ceux qui sont avides des vains honneurs du monde. Les religieux évitent ce filet par le vœu d'obéissance qui les soumet à un supérieur et les habitue à la dépendance et à l'humilité. Il n'est pas étonnant que les hommes du monde se laissent envelopper par un de ces trois filets; mais ce serait une chose bien déplorable d'être à la fois dans l'état religieux et dans les filets du monde.

Ce qui montre encore la convenance des vœux que font les religieux, c'est l'importance et la grandeur de l'entreprise pour laquelle je les ai choisis et tirés de la vie séculière. Ne doivent-ils pas avoir une générosité d'âme en rapport avec le rang élevé que je leur donne dans mon royaume, et ne faut-il pas que leurs actions soient un perpétuel témoignage de leur magnanimité? Or c'est une bassesse de mettre son affection dans des biens terrestres et périssables; c'est une faiblesse honteuse , moins digne de l'homme que des animaux sans raison, d'être esclave des plaisirs charnels. Mais le religieux , par les promesses qu'il fait à Dieu , s'élève au-dessus de toutes ces viles passions , et il montre la générosité de son âme, en s'obligeant pour l'amour de la vertu, à fouler aux pieds tout. ce qui flatte le plus la nature.

— Est-il «lonr bien vrai, Soigneur, qu'il j .ut tant d'élévation d w' Va cependaol par la vœu »1 I indamne à ótre tnujoms dans la dépend i air - 3 • tu' puis comprendre comment ii se tait quai y ait <h> la I i s'adonner aui l>ims de la terre et aux plaisirs de la vie, et qu'il n\ en ait pas .1 èira toujours obligé d'obéir aux autres , même dans K-s occupations les plus viles.

— Si tu ne comprends pas ces vérités .

|ue tu ne les poses pas dans uni- juste balance. Tu le trompes fort, en pensant que les ■u\ <.>nt s< umis a d'autres qu'a moi. Ton erreur Berail bien plus grande encore , si tu pensais qu'il y a de la lussasse , lorsqu'on obéit aux autres a caus i de moi, on que, pour l'amour de moi . ou leur rend les plus humbles services. Il n'en est pas de ma cour comme do celle des rois du monde, où la dignité so mesure sur 1rs foncqu'on remplit, et non sur la lin qu'on se propose. Là, chacun veul commander aux autres et avoir sur eux la prééminence; el parce que les dignités seules soni ambitioi i nommes .

îlsadmirent ceux qui eu mis. M soni ei roi la fin

qui détermine la valeur morale d'une action , et

Qn qu ils se pi sel naturelle-

ment : mme l'argent , la vaine gloire , le

point d'honneur, semblables, il faut,

en con lui

doivent être aussi considérées comme des actions basses et viles.

Dans ma cour, au contraire, toute l'attention se dirige sur la fin, et cette fin c'est moi-même. C'est de moi que tous les devoirs qu'on remplit reçoivent leur mérite et leur dignité. Là tous les religieux sont mes amis et mes enfants chéris , et la moindre action qu'ils font pour mon amour a une grande valeur, car je la récompense d'une gloire éternelle. Là, celui qui se soumet aux autres pour l'amour de moi, donne un signe de grandeur d'âme et de générosité , car c'est à moi qu'il obéit, comme à son souverain Seigneur, et il n'est rien qu'il ne fasse volontiers pour me plaire. Non , mon fils , ne regarde pas comme une chose vile ce qui se fait pour l'amour de moi, ou pour ma plus grande gloire. Ne considère pas la chose elle-même , mais la fin pour laquelle elle est faite. Non, ce n'est pas une chose basse et de peu de valeur , celle qui monte jusqu'au ciel et qui est payée d'une gloire éternelle. Ce qui est vil et bas, c'est ce qui reste sur la terre et qui ne doit avoir que la terre pour récompense.

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