‹ De la perfection religieuseChapitre 28 sur 80 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

D - 11 i.' - i que la pauvreté procure aux religieux

Seigneur, quels son; les avantages qui peuvent réaaller delà pauvreté? Bile n'a aucun moyen de subvenir aux nécessités de l'homme, et bien loin ilf lui être de quelque secours . elle apporte tant d'incommodités avec elle que sa paiement préjudiciable au corps et .il -prit. Le corps affaibli par deconlinuelles privations devienl inhabile au service de lame dans navres spirituelles, et l'Ame de son côté n'est plus capable de s'appliquer à la prière et à la méditation. La pauvreté est encore un obstacle aux fonctions de la vie active; il n'est ^uère possible à des religieux qui ont à souffrir tant de privali mis de se livrer à leur zèle et de travail!, -r librement au salut du prochain. En sorte que la pauvreté | ee me semble, est un empêchement a beaucoup de biens et une source d'infirmités qui ne font que ruiner la santé et accélérer la mort

— Tu es bien loi?) de la vérité, mon fils, si tu penses que la pauvreté <M une verta sévère et cruelle , comme <i j'avais refusé au religieux ce qui leur est necessaire pour suivre leur VOCa-

tion, et vivre conformément a leur institut. Détrompe-toi; la pauvreté avec sa vie austère est également utile à Pâme et au corps, et procure plus d'avantages au religieux que toutes les richesses et les délices du monde. Car en premier lieu la convoitise des biens de la terre n'est-elle pas pour le riche un véritable supplice, qui ne lui laisse aucun repos? N'est-ce pas une passion funeste qui le jette quelquefois dans un tel aveuglement qu'il ne craint plus ni Dieu , ni les hommes, et qu'il perd entièrement de vue son salut éternel ? N'est-il pas vrai que les richesses rendent l'homme insensible, égoïste, arrogant, et que, par la facilité qu'elles lui donnent de contenter ses inclinations vicieuses, elles le disposent à toutes sortes de crimes? Voilà une partie des maux dont la pauvreté volontaire affranchit le religieux en luiôtant non-seulèment les biens qu'il possédait, mais encore le désir d'en avoir ; et en place de toutes ces misères elle lui apporte le repos et la paix de l'âme et lui donne plus de facilité pour l'oraison, pour les exercices de la vie spirituelle et pour l'acquisition des vertus , en sorte que le religieux avec la pauvreté acquiert encore l'humilité, la modestie , la douceur , en un mot l'amour de toutes les vertus et la haine de tous les vices.

En second lieu il n'est pas moins certain que la pauvreté est utile même au corps. Parmi tous les biens corporels il n'en est point qu'on désire

autant que la santé; et la Datore .1 si horreur de la maladie que l'on aimerait mieux dire pauvre avec une bonne santé qoe riche et malade. Or il

est démontre par expérience que la pauvreté ivec son régime frugal contribue plus i» la santé de l'homme et lui procure ane plus longue vie que les richesses avec L'abondance de toutes choses. Ne voit-on pas tous les jours des pauvres qui sont mieux portants et plus capables de travail que les riches? Sans assaisonnement le pauvre trouve plus de goût à ce qu'il mange que le riche avec les mets les plus apprêtés; car comme il apporte toujours de l'appétit dans ses repas, le peu qu'il a lui semble agréable , et la soif lui fait trouver de la saveur dans l'eau pure. II n'a pas besoin d'un lit de plume pour pouvoir dormir ; tout lui sert de couche , et après un sommeil paisible, il se lève le matin, bien reposé, l'esprit libre et sans pesanteur de lète. Le riche au contraire va souvent a table sans appétit, parce qu'il a encore l'estomac fatigue des excès lents. Ses nuits sont agitées et privées de sommeil : il lui faut toujours un médecin à ses cotes et une pharmacie dans sa chambre. Voilà li vie que mènent les riches et les hommes de délices, triste vie, suivie d'une mort precoce, tandis que les anachorètes mêmes, qui se nourrissaient si pauvrement au désert,, et pour lesquels des herbes assaisonnées d'un peu d'huile el de >el étaient un festin , n'avaient besoin ni de

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médecins ni de remèdes , et jouissaient de la santé pendant une longue vie. Ne pense donc plus , mon fils , que l'effet de la pauvreté soit de causer des infirmités et d'accélérer la mort ; ce sont plutôt les richesses qu'il faut en accuser. Il n'y a rien qui ruine autant le tempérament que l'abondance et la diversité desmets qui couvrent la table des riches.

Une autre utilité de la pauvreté religieuse est la grande sécurité qu'elle produit, en délivrant des craintes et des inquiétudes qui accompagnent ordinairement les richesses. Celui qui possède de grands biens a beaucoup à craindre de la part des larrons du dehors , souvent même de la part de ses propres domestiques ; il pense qu'il y en a qui convoitent ses richesses , qui cherchent à les lui ravir , à lui ôter peut-être la vie pour venir à bout de leur dessein. Car combien n'y en a-t-il pas qui ont été trahis et dépouillés par leurs amis? Combien n'en a-t-on pas vus qui ont été mis à mort par leurs plus proches parents dans le désir de jouir plus tôt de leur héritage ? Pour les pauvres ils peuvent aller de jour et de nuit sans défiance et sans s'inquiéter des voleurs; n'ayant rien à perdre ils sont exempts de crainte et aucun souci ne vient troubler leur sommeil. A quoi il faut ajouter que la pauvreté n'arrête pas les hommes dans le voyage de cette vie et ne leur fait pas oublier , comme les richesses, d'aspirer au bonheur du ciel ; au contraire elle les

lie et leur remet Bouvenl dans la pensée combien est belle et riche la pairie celeste ou ils armeront an jour.

— Seigneur, s'il en est ainsi, que Bigoifie celte lootenon que vous avez prononcée dans voire Évangile , qu'au jour du jugement vous accorderei le royaume du ciel à ceux qui auront pratiqué des oeuvres de miséricorde, eu donnant à boire et a manger MX nécessiteux et en soulageant les différentes misères du pauvre? Vous avez dit que vous récompenseriez ces bonnes QBUvrea, ornine si on VOUS les avait faites à vousmême. Quelle récompense pourront donc espérer

uvres religieux , qui , pour s'être dépouillés de tout cequ ils possédaient au monde, n'ont plus aucun moyen de soulager le pauvre/ n'aurait-il pas été plus avantageux pour eux de conserver quelques biens pouren faire des aumônes?

— Mon fils, taire des aumônes, c'est une bonne œuvre, mais abandonner le monde avec tous ses biens, c'est une œuvre encore meilleure. Aussi lorsque ce jeune homme riche m'a demandé ce qu'il avait a taire pour arriver a la perfection, je ne lui ai pas donne le conseil de rester dans le monde et de s'y appliquer a l'aire dei aumônes, mais je lui ai dit de distribuer sur-le-champ tous ses biens aux pauvres et de se faire pauvre lui-même pour venir a ma suite. Au jour du jugement les religieux n'auront aucun sujet de craindre ma sentence Car d'abord celui-là n'est

plus obligé à l'aumône, qui a donné tout ce qu'il avait. Mais encore , puisque les religieux ont quitté pour l'amour de moi tout ce qu'ils avaient et ce qu'ils pouvaient avoir et qu'ils se sont aussi donnés eux-mêmes , ils ont fait ce qu'il y avait de plus parfait, et au dernier jour ils en recevront la plus ample récompense.

La pauvreté apportant ainsi avec elle tant de précieux avantages, tu vois clairement, mon fils , combien se trompent les gens du monde , en recherchant avec avidité les biens delà terre. Quelle erreur ne serait-ce donc pas dans un religieux, si après avoir renoncé pour toujours aux richesses il se laissait aller à la convoitise ! Quelle folie, si après avoir voulu sortirdu monde dépouillé de tout , pour ne donner aucune prise au démon dans la lutte, ilcherchaità se vêlirde nouveau dans la religion , pour être plus facilement jeté à terre! Songes-y bien, mon fils, quand le démon n'a rien à saisir il est déjà vaincu sans combat , ou bien il abandonne bientôt la lutte.

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