‹ De la perfection religieuseChapitre 29 sur 80 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De 1 1 1 que Dieu accord ie même bu

jieoi pour ! pauvrets.

Mon fils, c'est moi qui conserve l'univers j u

ma providence; c'est moi qui tais lever le soleil sur les bona et sur les méchants; cesi moi qui règle |ui fais croître les plantes et

qui donne la ?ie BUI habitants de la lene et des eaux ; tous les ôtres en un met reçoivent de moi ce qui convient à leur nature. Serait-il donc convenable , étant souverain maître de l'univers, de me laisser vaincre en générosité par l'homme , eo sorte qu'il me donnerait plus qu'il n'a reçu de moi ? Son, sans doute, et puisque les religieux se sont donnes eux-mêmes avec tout ce qu'ils avaient, puisque pour me servir plus librement , ils ont renoncé aux richesses , aux Donneurs, aux commodités de la vie, à tous les plaisirs légitimes doni ils pouvaient jouir , et que pour mieux assurer le don qu'ils me faisaient ilss'\ sont engagés à perpétuité par on vœu, il eon\ lent que je m'oblige aussi de mon còte à les pourvoir de tout ce qui leur est necessaire pour vivre conformément a l'état qu'ils ont embi Pour premiere recompense de cet amoui néreux que le religieux m'a témoigné, je me

donne aussi a lui, selon la promesse que je luì ai faite autrefois dans la personne d'Aaron , en disant que je serais moi-même sa part et son héritage. Ainsi j'ai contracté l'obligation de fournir à mes religieux tout ce qui leur est nécessaire, et non-seulemeut comme ferait un bon maître à l'égard de ses serviteurs , mais comme le plus tendre des pères enversdes enfants bienaimés. Eh quoi ! les oiseaux ont tant de soins de leurs petits, et ils prennent tant de peines pour leur apporter la nourriture qui leur convient , esl-il possible que j'oublie les religieux qui sont mes enfants? C'est pour mon amour qu'ils se sont dépouillés de tout, et ils sont, dans leur monastère, comme les petits oiseaux qui attendent, dans le nid, que leur père leur apporte la nourriture, ne dois-je pas avoir soin de les nourrir et de les vêtir '/Non, ils ne manqueront de rien; c'est un Dieu plein de tendresse qui veille sur eux.

Sache donc , mon fils, que j'ai pourvu suffisamment aux besoins de tous les religieux , et que je continue d'y pourvoir tous les jours , mais de plusieurs manières différentes, parce que tous ne sont pas chargés du même ministère, et que l'un me sert d'une façon et l'autre d'une autre. Les uns ont choisi un genre de pauvreté qui consiste seulement à ne conserver aucune propriété personnelle; à ceux-là je pourvois , en prenant soin qu'ils trouvent toujours

dans In propriété commun* ce qui est nécessaire à leur entretien. Aux autres . qui font profession d'une pauvreté plus étroite . et qui se confienl

entièrement en ma Provider, -ulani rien

avoir d'assuré poar leur subsistance, nien commun, ni en particulier , je ne manque jamais de fournir le nécessaire , en inspirant à des âmes charitables de venir au secours de mes enfants. Ainsi je pourvois à chacun selon sa vocation , et conformément à l'institut qu'il a embrasse. Ne manque pasà Dieu, et Dieu ne te manquera pas. Pour parler maintenant plus eu détail des biens que j'accorde dès celte vie aux religieux , en recompense du vœu de pauvreté, as-tu remarque . mon fils, quand il arrive dans ton monastère un religieux d'ungpays étranger, comme chacun s'empresse île le pourvoir de tout oequi lui est nécessaire? D'où cela vient-il? N'en doute pas : c'est a cause du vœu de pauvreté, et c'est une partie de la récompense qui est réservée à la pauvreté religieuse. Si cet étranger avait quelques biens en propre ou s'il pouvait en avoir, on serait plus réservé a sa venue, OC murmurerait peut-être dece qu'ayant quelque chose en propre , il consume le bien des autres pour épargner le sien. Mais non , chacun sait bien qu'à raison du vœu de pauvreté il n'a rien et ne |**ut rien avoir, et c'est pour cela qu'on s'empresse avec tant de charité de p urvoir a ses besoins.

Eq outre combien de mal un séculier n'a-t-il pas de pourvoir aux besoins de sa famille? Combien ne passe-t-il pas de nuits sans dormir , et cherchant avec inquiétude par quels moyens il aura de quoi vivre? Combien ne verse-t-il pas quelquefois de larmes en se voyant réduit à la nécessité, sans pouvoir y subvenir , ni pour lui , ni pour les autres ? Ne te semble-t-il pas , mon fils, que c'est un bonheur d'être exempt de cette sollicitude ? N'est-ce pas un grand avantage d'avoir toujours quelqu'un qui pense à tes besoins et qui soit chargé d'y pourvoir? Or, c'est en considération du vœu de pauvreté que j'accorde ce privilège à mes religieux.

Voici encore une autre considération à faire. Quand un religieux voyage en pays étranger, s'il arrive dans quelque maison de son ordre , non-seulement il est bien reçu, mais on le traite avec toute sorte de prévenance et de charité, et tous s'empressent de le servir; il leur suffit de savoir qu'il est de la même famille qu'eux , et le fils de la même mère , dès lors sans l'avoir jamais vu , ils l'aiment comme un frère, et tout ce qu'il y a dans la maison est pour lui comme pour ceux qui l'habitent, en sorte qu'au lieu d'une maison qu'il a quittée, pour l'amour de moi, dans le monde, il en trouve cent autres meilleures : on peut dire que c'est en même temps tie rien avoir et posséder tout. Un prince n est pas aussi bien traité, quand il voyage hors

•lèses terres. On lui fait bon accueil, il est vrai, dans les hôtelleries, mais c'est à cause du profit quon en espère, et souvent s il ne porte pas sur lui les objets qui lui sont nécessaires, il fera beaucoup de dépenses, et aura beaucoup à souffrir ; car ce n'est pas dans sa maison qu'il vient, comme le religieux. Ce qu'on fait pour lui, c'est par intérêt ; ce qu'on fait pour le religieux, c'est par affection fraternelle. Ainsi tu peux voir, mon fils, que le religieux , avec sa pauvreté, est encore de meilleure condition que le plus grand seigneur , avec ses richesses; il trouve partout mmodiles de la vie. sans avoir jamais rien a donner ou à dépenser. Et c'est là encore une grande récompense du vœu de pauvreté.

Tu diras peut-être que les religieux ne font pas bonne chère, comme les gens du monde, et c'est la vérité. Mais si tu considères bien les conditions de cette vie frugale , tu la préféreras sans aucun doute à la table somptueuse des princes. D'abord, tous les mets que mange un religieux, lui sont donnés par amour; c'est avec amour qu'on les a préparés, c'est avec amour qu'on les lui sert, et quand il est à table, il peut boire et manger à son aise; mes serviteurs sont là pour avoir soin de lui. Les princes de la terre peuvent-ils se flatter d'être ainsi toujours servis avec amour? Quelquefois ils ne se fient pas à leurs propres domestiques; et dans la crainte du poison, il est nécessaire de faire, devant eux,

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l'essai des viandes qu'on leur sert. En vérité , la sécurité d'un pauvre religieux, et l'empressement affectueux qu'on met à le servir , valent cent fois mieux que la somptuosité des princes. Une autre récompense est encore réservée au religieux , c'est au temps de la vieillesse. Celui qui sert les seigneurs de la terre , quand il vient à vieillir et qu'il n'est plus capable de remplir son office, est renvoyé par son maître, ou si par hasard, on le conserve dans la maison , il n'est pas vu de bon œil, on oublie les services qu'il a rendus par le passé , on le considère comme un être inutile et qui est à charge aux autres. En religion, au contraire, plus quelqu'un est vieux , plus il est vénéré de tous. Tu l'as remarqué, sans doute; c'est pendant la vieillesse qu'on a plus d'égards pour un pauvre religieux ; on considère, non ce qu'il fait maintenant, mais ce qu'il a fait autrefois , on le regarde avec respect, comme un de mes plus fidèles serviteurs» et en effet, il m'est d'autant plus cher qu'il m'a servi plus longtemps. Ce qui fait déchoir un religieux de ma grâce et de ma faveur, ce n'est pas la vieillesse, mais le vice de la volonté. Un religieux fervent que le grand âge a rendu incapable de travail est un meilleur serviteur à mes yeux que beaucoup de jeunes gens , pleins de forces, mais sans ferveur. Car, ce que je considère dans mes serviteurs, ce ne sont pas les forces du corps, mais celles de l'âme. C'est par

l'effe! des mauvaises habitudes qœ l'esprit de dévotion l'affaiblit et s'use; quelquefois il ne fait que s'accroître avec le nombre des années, el c'est alors qu'un religieux est plus aimé de Dieu et des hommes.

Enfin il est encore une autre récompense que j'accorde a an religieux pour son vœu de pauvreté, c'est d'être servi dans les tempe de maladie plus fidèlement et avec des soins plus empressée et plus tendres que les riches du monde. Ce que les médecins ont ordonné est exécuté ave. une scrupuleuse exactitude, et le malade a toujours près de lui quelqu'un de ses frères pour l'ass ster de jour et de nuit. Au moment de la mort il est entouré de tous mes serviteurs, qui le disposent par leurs paroles et par le secours de leurs prières à faire heureusement ce paslifficile. Si le religieux n'avait pas d'autre récompense, celle- la seule est déjà si grande que bien des princes du monde l'ont désirée sans pouvoir l'obtenir. Combien n'y a-t-il pas de richea qui sont morts sans préparation , pour n'avoir pas été avertis du péril où ils se trouvaient, et qui avec la vie du corps ont aussi perdu la vie éternelle !

Mais si telle est la récompense que je donne a mes religieux dés cette vie, quelle sera donc celle que je leur prépare dans l'autre "? 0 la brillante couronne qu'ils recevront dans la cour céleste pour leur vœu de pauvreté! 0 comme les

grands du monde seront étonnés à la vue de leur gloire! Hélas! s'écrieront-ils, nous regardions leur pauvreté comme une folie; insensés que nous étions nous-mêmes ! Ce sont eux qui

étaient les vrais sages.

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