CHAPITRE XV
Combien il est coin nable que le religieuï soH
du
Seigneur, je conçois s;nis peine combien il est convenable qu'un religieux soit chaste. Un religieux est voire serviteur particulier, il vous appartient par les VOBUX qu'il a faits, il s'est consarre à vous qui êtes la source de toute pureté. Ce serait une inconvenance monstrueuse qu'il y eut un membre souillé sous un chef infiniment pur. Mais je ne sais comment je pourrai défendre celle belle vertu : avec elle demeure son ennemi mortel qui lui fait continuellement la guerre, et qui fortifié par les secours du dedans et du dehors en vient à un tel point d'audace que je ne vois pas comment je pourrai échapper de ses mains. Vous n'ignorez, pas Seigneur, jusqu'où va l'insolenro de la chair, et combien elle est l'ennemie de la pinete de l'âme; vous savez combien d'assauts elle lui livre de nuit et de jour. Et ce n'est pas ce qui m'epouvanle le plus; mais quand je considère que cet ennemi déjà si audacieux est secondé intérieurement par la sensualité, en même temps qu'il est excité au dehors par le démon, alors la confiance m'abandonne et je suis prés de me décourager.
— Mon fils, tout ce que tu dis est bien vrai, mais ne perds pas courage. Le mérite de ta victoire et la gloire de la couronne augmenteront en raison de l'audace et de la puissance de tes ennemis. Mon secours ne te manquera pas; emploie seulement de ton côté les moyens que lu connais et qui sont en ton pouvoir pour la défense de la chasteté , et il y aura quelqu'un pour réprimer l'ennemi du dehors et te garantir de ses embûches. Or, mon fils, puisque tu reconnais toi-même qu'il est convenable que les religieux gardent la chasteté suivant l'exemple que je leur ai donné, comme de bons serviteurs doivent imiter leur maître, sache que j'ai tellement la chasteté à cœur, et que j'en suis si jaloux, que mes ennemis, qui ont inventé contre moi tant de calomnies, n'ont jamais osé me reprocher la moindre faute à cet égard. Tels doivent être les religieux; puisqu'ils font profession d'être mes plus fidèles disciples, ils doivent être les parfaits imitateurs de ma vie. Aussi comme j'ai eu tant d'amour pour la chasteté, et que je l'ai établie reine de la vie spirituelle, il leur est indispensable de l'embrasser aussi avec ardeur et de l'adopter comme leur vertu souveraine.
Puisque j'aime tant la pureté et que la concupiscence de la chair m'a toujours été si en horreur, comment pourrais-je voir de bon œil dans ma maison un serviteur impur? Gomment souffrirais-je d'être servi par quelqu'un, dont je sais
bien que le cœur est corrompa? Le serviteur qui ne se conforme pas à son maitre et qui ne
se met pas 60 peine de lui plaire, ne demeure pas longtemps a Bon service; il sera chassé tòt ou tard, pour sa perte et à sa confusion. Trouverais-tu peot-étre mes conditions trop sévères? Non, mon fils; je ce demande rien à mes serviteurs, qui leur soit impossible ou mal séant; la pureté que j'exige deux est une des plus belles vertus, les \oluptes que je leur défends sont des choses viles; et si je demande qu'ils observent exactement toutes les lois de la chasteté, rien n'est plus juste, car ils m'en ont fait solennellement la promesse.
Mais que signifient ces paroles : abandonner le monde ? Cela ne veut pas dire : vivre sans être sous la voûte du ciel, sans habiter la terre, sans respirer l'air; ces conditions nécessaires de la nature humaine sont communes aux religieux et aux séculiers. On veut dire par là : vivre autrement qu'on ne fait dans le monde. Ainsi, pomment vivent les mondains? La première de leurs misères est de ne pas s'occuper de ce qui tient à la vie spirituelle et de s'adonner entièrement aux divertissements et à la satisfaction des sens. Si donc un religieux a véritablement quitte le monde, il faut qu'il mène une vie contraire au monde en mortifiant le.s inclinations de la nature, et en rejetant tous les plaisirs terrestres , pour diriger sa pensee et ses affections vers le
ciel. Or, il n'y a rien qui affaiblisse l'amour des choses célestes et qui fasse perdre le goût des biens spirituels autant que le vice de l'incontinence, et au contraire il n'est rien qui aide autant le religieux à mener une vie céleste, que la vertu de chasteté : c'est elle qui , en conservant son cœur pur, le rend capable de s'élever jusqu'à Dieu. En un mot plus il est chaste , plus il est différent du monde et digne de mener sur la terre la vie du ciel.
Sais-tu bien, mon fils, pourquoi même chez les païens l'impureté est honteuse, au point que le libertin le plus effronté n'ose pas s'y livrer en public, et qu'il cherche à ce dessein des endroits secrets ? Pourquoi l'homme qui veut se livrer à la volupté se cache-t-il, comme s'il avait honte d'être vu? C'est que la lumière naturelle suffit pour lui faire sentir que toute action impure est indigne de lui et peu conforme à l'excellence d'une créature raisonnable. Que si les plaisirs charnels ne s'accordent pas bien avec la qualité d'homme , que sera-ce du chrétien à qui sa loi défend le vice de la concupiscence, et à plus forte raison que ssra-ce du religieux qui fait profession de garder la chasteté et qui me l'a promis par vœu? Celui qui fuit les regards des hommes pour se livrer à l'impurelé, ne peut éviter ceux de Dieu. Partout Dieu se trouve; rien n'échappe à sa vue.
Voici encore une autre considération qui fait
tlac mvenance de la chasteté religieuse Qu'as homme p >ur l'amour da m ; i :
smetta humblement a son inférieur .
une aetion louable et de grand mérite moi qui en suis le terme at c'est .1 moi de la récompenser. Hais qu'un bomme d'une condition élevée :-<\il>.iis-:' \< lontairement au-dessous d'une
vile et abjecte, et qu'il lui sacrifie son honneur et sa for tune, nu mépris de moi f son légitime et souverain Seigneur, c'est la conduite d'un insensé ou d'un frénétique. Or l'état religieux n'est-il pas sublime en comparaison de l'état séculier? Et qu'est-ce que le plaisir des sens, sinon une chose vile et de la dernière bas-
! Dis-moi donc, mon (ils, est-il rien de plus conforme à la condition du religieux que de tenir la sensualité dans la sujétion, et peut-il, sans s'avilir, se soumettre à elle, comme si elle était la maîtresse et lui l'esclave ? Certes, ce que la plus grande convenance exige du religieux , c'est d'aimer la chasteté et de forcer par son moyen la concupiscence d'obéir à la raison. Autrement il tombera dans la plus déplorable des
laliona : celui qui se fait l'esclave d'un maître indigne, en est traite indignement
Autre considération. Celui qui a des ennemis a besoin de remparts, et s'il a des ennemis au dedans et au dehors, il lui est nécessaire de mieux fortifier la place; car elle est en plus grand péril, surtout si les ennemis du dehors
ont des intelligences avec ceux du dedans. Ne ferait-il pas une grande œuvre, celui qui pourrait à la fois enchaîner les ennemis du dedans , et délivrer la forteresse des dangers du dehors? Ne mériterait-il pas la reconnaissance de tous les habitants, et le commandant de la place pourrait-il lui refuser la plus glorieuse récompense? Mon fils, tu as un ennemi intérieur, c'est la chair ; au dehors tu en as deux, qui sont d'intelligence avec elle, c'est le monde et le démon; tous trois ont conspiré ta perte, ils veulent s'emparer de la citadelle de ton cœur. Aussi quelle obligation ne dois-tu pas avoir à la chasteté, qui en enchaînant toutes les inclinations sensuelles de la chair , te délivre de tes ennemis domestiques et te fortifie contre les périls du dehors? Juge toi-même combien lu dois aimer une vertu qui t'aime si fidèlement et qui est l'ennemie mortelle de tes ennemis, et vois s'il n'est pas convenable de faire en sa faveur tout ce qui est en ton pouvoir, après qu'elle a tant fait pour ton avantage. Tu seras bien ingrat et bien ennemi de toimême, si lu ne la choisis pas pour la gouvernante de ton cœur, afin de le conserver toujours pur et de le défendre de toutes les attaques de la concupiscence. Celui qui ne fait pas assez de cas des secours qui lui sont offerts, ne connaît ni ses intérêts, ni les dangers auxquels il est exposé*