CHAPITRE Min
. |>< rdre la rimtet&
Mon fils, lu a'ignores pasque la chasteté est un joyau de grand prix . qui m'est siogulièrementcher, de même qu'il est Irès-avaotageux pour loi. M. us il est encore nécessaire que tu saches qu'il \ a un grand nombre d'ennemis et de voleurs qui cherchent à le le prendre . ou du moins «i le dégrader ou a le ternir. Aussi faut-il que tu aies ui.e grande vigilance et que tu sois continuellement sur tes gardes pour le défendre. La chair, qui est son ennemie capitale, est enchaînée, il est vrai, p.ir l'obligation du vœu; mais ne t'\ fie pas. ElJeesl également artificieuse et impatiente du joug, et si elle ne parvient pas à rompre entièrement ses chaînes, ce qu'elle s'efforce toujours de faire, au moins elle troumoyen . loute liée qu'elle est, d'exciter dans tonarne ses troubles accoutumés, dans l'espoir qu'a la faveur du tumulto elle pourra se délier ou porter quelque coup mortel <> la chasteté N le li ■ pas non plus au nombre des ani é s , colonie si l.i chasteté d'un rei - »urée pour avoir eie dans son cœur un temps plus ou moins long. Il arrive aux plus fortes villes d'être
PERF. 4 9
enfin prises et il est funeste ordinairement d'être trop sûr de soi-même : la sécurité est la mère de la négligence.
Le premier péril à craindre , est la trahison. Car la chasteté ayant des ennemis au dehors et au dedans , elle sera facilement trahie, si le religieux n'est pas attentif à empêcher la chair , qui est l'ennemie domestique, d'être excilée par l'ennemi du dehors. Tu te tromperais, mon fils, si tu pensais pouvoir vivre chastement et sans éprouver les atteintes de la concupiscence, en flattant ton corps et en lui accordant à son gré le boire , le manger , le dormir. Le bien traiter , c'est lui fournir des provisions et des armes contre la chasteté : est-il étonnant qu'après cela il se soulève contre l'esprit , qu'il s'efforce de secouer le joug et de chasser la chasteté de sa demeure , encore qu'elle y ait déjà séjourné longtemps? Désires-tu , mon fils, que la chair ne se révolte pas? Châtie-la, et ne la nourris qu'avec réserve. Veux-tu que la chasteté ne soit pas trahie et arrachée de son séjour? Fais bonne garde. Les jeûnes et les veilles sont d'excellents gardiens pour la chasteté : non-seulement ils la préservent de toute surprise, mais encore ils enlèvent les armes à ses ennemis et les empêchent de se soulever contre elle. Au contraire, celui qui flatte sa chair et qui la traite avec ménagement, la rend d'autant plus forte contre la chasteté.
— Seigneur, le manger, le boire et le dormir, sont des nécessités de notre nature; nous ne pouvons, sans cela, ni vivre-, ni servir votre divine Majesté. Si ensuite la chair en devient plus insolente , si elle se révolte contre l'esprit et net la chasteté en péril, ce mauvais effet ne peut nous être imputé, car il n'était pas dans notre intention.
— Mon (ils, bien loin de blâmer ce qui t'est nécessaire pour vivre et pour employer tes forces a mon service, je lui donne, au contraire , mes bénédictions ; ce que je condamne , c'est l'intempérance. Car ce n'est que l'excès de nourriture qui donne de l'audace à la concupiscence, et qui met la chasteté en péril. Manger au delà du nécessaire, ce n'est plus me servir, c'est servir la sensualité; et de même que ceux-là me plaisent qui ne mangent que pour vivre, je vois avec beaucoup de déplaisir ceux qui semblent ne vivre que pour manger. 0 combien étaient différents plusieurs de mes bons serviteurs pour lesquels la nécessité de manger et de dormir était une véritable peine. Aussi, la chasteté régnait en eux. La tempérance , mon fils, est avantageuse à l'Ame et au corps, de même que les excès dans le boire et dans le manger sont nuisibles à l'une et à l'autre.
Un danger de perdre la chasteté se trouve encore dans les sens. Car les sens étant comme les portes du cœur , c'est par eux qu'entrent le
bien et le mal , et en conséquence, il est nécessaire qu'ils soient bien gardés. Celui qui ne veille pas soigneusement sur la porte de sa maison, s'apercevra bientôt qu'il manque quelque chose dans l'intérieur, ou qu'il s'y introduit des personnes ou des objets qu'il ne voudrait pas y voir. Une porte est faite pour qu'on l'ouvre et qu'on la ferme à propos. On l'ouvre à ceux de la maison et à ceux qui y viennent pour le bien; on la ferme aux inconnus et à ceux qui pourraient causer du dommage. Il faut que le religieux s'y prenne de même et qu'il ne laisse rien entrer dans la demeure de la chasteté, sans l'avoir examiné avec soin. C'est ainsi qu'on a coutume d'agir pour les villes des frontières, principalement s'il y a quelque surprise à craindre de la part de l'ennemi. Non-seulement on examine ceux qui entrent, mais encore on cherche s'ils ont des armes ou des lettres qui pourraient nuire à la ville, et ces précautions bien loin d'être blâmées sont jugées nécessaires et dignes d'éloges. Et encore ne sontelles pas toujours suffisantes ; car il arrive parfois que les gardes sont trompés.
Eh quoi! le religieux sera-t-il moins soigneux de garder les portes de son cœur , où se trouve son plus précieux trésor, celui duquel dépend son salut ou sa damnation éternelle? Pourrait-il avoir jamais trop de vigilance, étant environné d'un si grand nombre d'ennemis ? S'il
n'est pas bien attentif à garder les avenues de son cœur, ses ennemis y entreront, et avec eux h» mort.
Ce qui met encore la chasteté dans an danger manifeste, ce sont 1rs conversations avec des personnes lascives ou peu chastes. L'expérience le montre assez : il arrive souvent qu'un nomme chaste se laisse séduire par un libertin , et il est rare qu'un libertin soit gagné par un homme chaste. Telle est la nature humaine : depuis qu'elle a perdu sa première intégrité, elle s'attache plus facilement au mal qu'au bien, et semblable à un malade, elle cherche les aliments qui flattent son goût, plutôt que ceux qui seraient capables de lui rendre la santé. Si par hasard ces conversations proviennent d'une affection déréglée, alors le péril augmente. Car s'il est déjà si dangereux de s'entretenir avec des personnes peu chastes, que sera-ce de le faire avec une affection sensuelle? Celui qui est en même temps attiré par l'objet extérieur , et poussé intérieurement par son affection ne tardera pas de tomber , quelque progrès qu'il ait fait auparavant dans la vie spirituelle. C'est pour cotte rais ni que tous mes serviteurs qui ont eie jaloux de conserver leur vertu chérie, dès qu'ils s'apercevaient d'une affection tant soit peu déréglée, quittaient aussitôt , ou , pour mieux dire, tranchaient la conversation, comme étant trèsperuicieuse à la pureté. Ils savaient qu'il est
ordinaire de contracter les défauts de ceux que l'on fréquente.
Le même danger se trouve encore dans la lecture des ouvrages trop libres. De tels livres sont de grands ennemis de la chasteté , et je ne vois pas quelle excuse peut apporter un religieux qui conserve cette espèce de poison dans sa chambre. Pour être mélangé avec une bonne nourriture , le poison ne laisse pas d'être poison et de causer la mort à celui qui en mange. Ainsi que l'impureté soit dans le tableau d'un excellent peintre, ou dans un livre savant et bien écrit, elle ne laisse pas pour cela d'être impureté, et de nuire à ceux qui regardent le tableau , ou qui lisent le livre. Si les séculiers ne peuvent lire de tels ouvrages, sans blesser leur conscience , un religieux , qui fait profession de chasteté , le peut-il? Ce qu'on lit passe de l'esprit dans le cœur ; le cœur s'en occupe et s'y attache ; les mauvaises impressions y demeurent et de grandes misères en sont la suite.
La chasteté a encore une autre ennemie d'autant plus dangereuse qu'elle est moins connue. C'est la présomption , ou la trop grande confiance qu'a un religieux dans sa vertu. La présomption en a fait tomber un grand nombre , et il ne faut pas s'en étonner, car elle est fille de l'orgueil, et c'est une orgueilleuse et funeste illusion de se croire chaste , et de ue pas fuir le péril. Ceux de mes serviteurs , qui sont à la fois
humbles et chastes , en agissent d'une tout autre manière. Ils ne se fient pas à leurs forces, mais au contraire, dans la crainte que leur inspire la connaissance de leur faiblesse , ils évitent soigneusement tout ce qui pourrait exciter la concupiscence. Quand même cet excès de sécurité ne rendrait p.is le religieux téméraire , au moins elle le rend négligent et inconsidéré, et l'un et l'autre mettent la chasteté eu péril. Quand on a trop de confiance en soi-même , c'est le propre de la nature de s'exposer au danger; mais quand ensuite on a fait une chute imprévue, on s'aperçoit, mais trop tard, qu'on s'était trompé.