LA VIE SPIRITUELLE , CONSERVATRICE DE LA RELIGION
et salut du monde. De ces titres qui lui sont
justement accordés, tu peux conclure l'excellence de l'obéissance. Oui, l'obéissanoe est Mlle de l'humilité, mais le propre de l'humilité étant d'exalter les humbles , c'est aussi le privilège de l'obéissance , comme je l'ai montré moi-môme , lorsque, par son moyen, j'ai renverse tous mes ennemie et remporté la plus glorieuse victoire. Bt toi aussi , mon fils , tu seras victorieux de tes ennemis, pourvu que tu demeures toujours sous l'étendard de l'obéissance ; garde-toi bien de l'abandonner un seul instant ; ce serait te mettre sous celui du démon.
Ce qui donne encore une grande valeur au sacrifice du religieux, c'est l'excellence de la volonté qui m'est offerte par le vœu d'obéissance. La volonté n'est pas seulement la plus digne partie de l'homme, elle est comme la reine de toutes ses autres facultés , et il ne lui est pas possible de me faire une offrande plus agréable. Si la liberté est d'un si grand prix aux yeux du monde , ne dois-je pas estimer beaucoup le sacrifice que m'en fait un religieux par le vœu d'obéissance ? Ne dois-je pas le recevoir encore plus favorablement que celui de la pauvreté et de la chasteté? La pauvreté en effet ne m'offre que des biens extérieurs et temporels, la chasteté ne renonce pour mon amour qu'aux biens du corps ; mais l'obéissance m'offre les biens intérieurs de l'àme, et autant ces biens l'emportent sur ceux du corps et sur ceux de la fortune,
autant l'offrande qui m'en est faite est plus excellente et doit me plaire davantage.
On ne peut nier qu'Abraham n'ait eu beaucoup de mérite par son obéissance, quand au premier mot il se mit en devoir de me sacrifier Isaac, son fils unique et bien aimé. L'obéissance ne fut pas moins méritoire dans Isaac, lorsque , pour me rendre hommage dans la personne de son père , il se laissa lier sans résistance, et qu'à la fleur de son âge il présenta courageusement sa tête au glaive qui devait l'immoler. Mais je n'estime pas moins celle d'un bon religieux : elle renferme en elle ce qu'il y avait de parfait dans celle des deux saints patriarches. Elle égale celle d'Abraham ; car un religieux ne s'aime pas moins soi-même, qu'Abraham n'aimait son fils. Elle égale celle du fils, car le religieux ne montre pas moins de générosité , quand il se laisse lier par le vœu d'obéissance , que n'en montrait Isaac en se laissant lier par son père ; et de même qu'Isaac présenta de bon cœur sa tête au glaive , le religieux avec autant de promptitude soumet son vouloir et son non vouloir au tranchant du vœu d'obéissance.
Que s'il y a de la différence entre l'obéissance d'Abrabam et celle du religieux , l'avantage paraît être plutôt dans celle-ci. Car pour Abraham il y avait un ordre formel , pour le religieux il n'y a qu'un conseil ; l'obéissance d'Abraham ne fut que dans sa volonté et ne passa pas
outre , cello du religieux se trouve dans la volonté et dans l'exécution; celle d'Abraham ne fut qu'un acte passager, celle du religieux. est un exercice de toute la vie, Veux-tu donc acquérir par ton obéissance plus de mérite qu'Abraham n'en obtint par la sienne? Sois attentif à obéir fidèlement en tout. Car l'obéissance ne m'est pas moins agréable dans les petites choses que dans les grandes.
Considère de plus, mon fils, qu'aucune œuvre ne peut avoir la moindre valeur auprès de moi , sielle n'est conforme à ma volonté, quelque grande qu'elle paraisse d'ailleurs aux yeux des hommes. Distribuer tous ses biens aux pauvres, souffrir injustement des persécutions , mourir même pour la défense de la foi , toutes ces belles actions, si elles ne se font pas selon ma volonté , ne reçoivent de moi , ni approbation , ni récompense. Or qui est-ce qui fait que le religieux se conforme à la volonté divine , et qui donne à ses actions tout leur prix , si ce n'est l'obéissance , toujours accompagnée delà charité qui est sa sueur ? Une créature raisonnable ne peut être jugée parfaite, qu'autant qu'elle acquiesce au bon plaisir de Dieu et ne veut rien autre chose que ce que veut le Créateur. Et qui est-ce qui donne au religieux cet acquiescement à la volonté divine, principe de la perfection, si ce n'est l'obéissance? Oh! si tous les religieux savaient apprécier toute la dignité de l'obéissance, et si
leur zèle correspondait à l'excellence de celte vertu, elle serait bien plus en honneur, et il y aurait un plus grand nombre de parfaits religieux.