CHAPITRE WVIII
Résumé de IV.
Mon fils, la parfaite obéissance exige l'abnégation du jugement , l'entière résignation de la volonté et l'exacte exécution de ce qui est ordonné. Le vrai obéissant ne considère pas la personne de celui qui commande et auquel il obéit, mais il ne regarde en lui que Dieu, auquel et pour l'amour duquel il obéit. Le vrai obéissant ne laisse pas d'obéir quand même le commandement ne serait pas fait comme il devrait l'être, que le supérieur manquerait de prudence, ou qu'il ne serait pas d'une bonne condition. C'est se tromper d'obéir pour donner bonne opinion de soi au supérieur, ou pour obtenir de lui quelque chose. Car c'est pour l'amour de moi qu'il faut obéir. Le vrai obéissant, quand il est dans le cas de recevoir un commandement, ne cherche pas à l'éviter, *'t bien loin de se cacher du supérieur, il se présente plutôt lui-même. Le vrai obéissant ne l'ail pas attention si l'ordre qu'on lui donne vient du supérieur principal ou d'un Supérieur subalterne. Celui qui veut obéir dans une chose et non pas dans une autre ne mérite pas le nom d'obéissant. Celui qui obéit plus vo-
lontiers à un supérieur qu'à un autre, n'a pas non plus la parfaite obéissance. Celui qui fait en sorte qu'on lui commande ce qu'il désire et ce qui est conforme à son goût, perd plus qu'il ne gagne. Le vrai obéissant ne demande jamais comment, ni pourquoi la chose a été commandée; il lui suffît de savoir quelle l'a été , pour avoir l'obéissance parfaite, il faut laisser imparfaites ses propres affaires Celui qui obéit au supérieur parce qu'il a de la prudence , de l'amabilité, de l'esprit, ou parce qu'il est honnête et généreux, se trompe; il ne faut lui obéir que parce qu'il tient ma place. On ne vénère pas mes images parce qu'elles sont d'or ou d'argent, mais parce qu'elles me représentent, et celles qui sont de bois ou de papier méritent autant qu'on les vénère que si elles étaient d'un métal précieux. Ainsi il faut respecter un supérieur et lui obéir non pas à cause de ses bonnes qualités , mais parce qu'il tient ma place et qu'il me représente.