‹ De la perfection religieuseChapitre 50 sur 80 · MO · texte numérisé non relu

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jamais singulièrement l'humilité, et c'est pour cala que j'ai voulu me choisir une mère humble. Le premier acte <1«' ma vie fui on acte d'humilité; Seigneur de la gloire , je prenais la forme d'esclave et je me soumettais aux homm lorsqu'au temps venu , je me mis à instruire mes disciples, l'humilité fut ma doctrine el je l'enseignai par mes œuvres comme par uns paroles jusqu'à la fin de ma vie. .Mes disciples aussi furent humbles, al c'est pour cette raison que je fus continuellement en guerre avec l'Orgueil ; cet ennemi capital de l'humilité qui m'est si chère, m'a toujours été en horreur. Juge maintenant , mon fils , s'il convient qu'il \ ait des orgueilleux dans ma maison ; et si, dans l'état religieux qui est une croio d'humilité , \\ est bienséant que les disciples montrent de l'orgueil. Ah ! si quelques religieux ne font pas de progres dans la perfection de leur état, c'est qu'ils n'étudient [»;is assez le livre de l'humilité qui est le rondement de la via spirituelle, et qu'ils ne s'appliquent pas a prendre modèle sur moi, qui >ui> leni' ni. litre. A quoi sert-il de fréquenter une école, si l'on n'étudie pas et si Ion ne l'exerce p<is aux choses qu'on \ enseigne ?

Il se trouve des religieux qui. en parlant d'eux-mêmes, disent ,i\. •<• un»- apparence d humilité qu'ils soni des | e heurs , des misérables, qu'ils ne sont rien ; m. us si un autre \ ient a leur dire la même chose, ils se troublent, ils se dentar, ss

fendent , ils repoussent ces imputations comme des injures. C'est qu'ils sont encore bien loin de la véritable humilité. Dire qu'on n'est rien, et prétendre dans son cœur qu'on est quelque chose, c'est une fausse humilité ; vouloir encore après cela passer pour grand dans l'esprit des autres , c'est de l'orgueil. Celui qui est vraiment humble , se plaît à être abaissé devant les hommes a proportion des dons qu'il a reçus de Dieu.

Veux-tu savoir, mon fils, quels sont les effets que l'humilité produit dans uu religieux? D'abord elle lui inspire de bas sentiments de lui-même ; et ensuite elle l'excite à en donner, au besoin , des marques extérieures. Celui qui est humble, fait voir le mépris qu'il a de lui-même , dans son ton de voix, dans sa manière de marcher, dans ses conversations, dans les affaires qu'il traite et dans les occupations qui sont viles aux yeux du mondo. De plus la vraie humilité fait que le religieux supporte patiemment et même avec joie d'être méprisé des autres, et que bien loin d'en être troublé ou de s'en plaindre , il en rend intérieurement grâce à son Créateur , comme d'un excellent moyen de devenir plus semblable à moi. La vraie humilité lui fait encore éviter avec som les louanges des hommes et reconnaître que tout ce qu'il a de bon appartient à son Créateur. Enfin celui qui veut atteindre à la perfection de l'humilité doit avoir un désir

sincere d'otre méprise des autres, et ótre content que tous le jugent digue (k mépris.

Si dune tu es honteux de porter des habits vieux ou rapiécés, ou bien si tu ne t'exerces pas volontiers dans les offices bas et humiliants, c'est un ligne qua lu ne marches pas sous la bannière de l'humilité et qu'il reste encore on loi île l'amourpropre et le désir d'être eslimé des hommes ; et si tu continues de marcher par ce chemin, lu auras lieu de l'en repentir. Ce qui esl honteux pour un religieux, c'est de vouloir être estimé sans avoir de vertu , et il lui est impossible de vivre heureux s'il court après la réputation et la vaine gloire.

Mais, mon fils, dis-le-moi, aimes-tu l'humilité ou non? Si lu ne l'aimes pas, lu ne pourras jamais entrer dans le royaume des cieux ; la porte en est trop petite pour recevoir des hommes hautains. Si tu l'aimes véritablement, d'où vient que tu n'aimes pas de porter des vêlements usés et d'être méprisé des aulres"? Car qu'est-ce que supporter des mépris , sinon s'exercer à l'humilité, s'entretenir avec elle et se perfectionner par son moyen. Si lu l'aimais, comme tu le prétends, lu devrais le réjouir d'une pareille occasion. Esl-il un marchand qui ne se rejointe pas, quand il trouve l'occasion d'exercer sou commerce , avec l assurance d'y avoir du profil? Et qui es-tu pour craindre ainsi d'être méprisé? Es-tu plus que moi? Quoique fils de

Dieu , j'ai été diffamé et méprisé par les plus vils des hommes ; et toi qui es né dans le péché , toi qui n'es qu'un vase d'argile rempli de misères, tu as de l'indignation si quelqu'un te remet devant les yeux ce que tu es , en l'attribuant la bassesse que tu devrais avouer toi-même ! Que te sert-il, malheureux, d'avoir quitté le monde, si tu conserves en religion le vice de Ion orgueil? 0 aveuglement ! Lorsque tu étais encore dans les ténèbres du siècle , tu jugeais bien que l'orgueil était une folie coupable ; et les honneursdu monde, des jeux d'enfants, et maintenant dans les lumières de l'état religieux, ces vanités te paraissent avoir beaucoup de valeur et mériter qu'on les recherche ! Ce n'est pas un signe de bonne vue, quand on distingue mieux dans l'obscurité qu'en plein jour. Sois certain, mon fils, qu'il est impossible d'être bon religieux et de rechercher en même temps les louanges et l'estime des hommes et qu'un religieux n'est parfaitement humble que quand il se reconnaît digne de mépris et qu'il désire passer pour tel. Penser autrement, c'est se tromper. Je vais encore plus loin. Quand même il y aurait autant d'honneur pour moi qu'un religieux fût estimé ou méprisé, la loi de la parfaite humilité demande qu'il choisisse plutôt le mépris que l'estime, parce qu'il devient ainsi plus semblable à moi et que cette humilité est selon mon cœur.

Tous ne savent pas peser exactement la

retardât choies; et suivant ce qu'a dit un de mes prophètes, les balances de l'homme sont souvent fausses. Dans la balance du inonde, les humbles n'ont guère de poids ou n'en ont pas du tout, et pour cette raison ils sont joies de còte comme un métal s.ios valeur; dans ma balance au contraire ce sont ceux-là mômes qui ont le juste poids et qui l'emportent sur les autres. C'est que les hommes ne jugent que d'après les apparenees, et moi, c'est le fond du cœur que je considère ; il arrive souvent que ceux qui sont rebutés des hommes et rejelés en arrière comme des êtres vils, sont avant tous les autres à mon jugement , et que leur humilité les fait briller à mes yeux avec plus d'éclat que les pierres précieuses.

Dans le monde on fait grand cas de ceux qui marchent sous les drapeaux de l'orgueil , qui parlent avec hauteur , qui se donnent de l'importance, et savent l'emporter sur les autres. Pour moi ce sont les doux et les humbles qui me plaisent, et j'en fais tant de cas que je m'occupe tout particulièrement d'eux. C'est qu'en effet il n'est point ù mes yeux de vertu plus sublime que l'humilité, et même il n'est aucune vertu qui puisse me plaire, si elle n'est fondée sur l'humilité. Ma Mère, qui fut toujours si chérie de moi, ma Mère elle-même, malgré sa pureté sans tache , aurait trouvé la porte du ciel fermée , si elle s'y était présentée sans l'humilité.

Car on peut bien entrer au ciel sans la virginité; sans l'humilité, jamais. Mais parce qu'elle s'est profondément humiliée sur la terre , et parce qu'étant Mère de Dieu et Reine du ciel , elle s'est regardée comme une humble servante, elle a mérité non-seulement d'entrer au ciel, mais encore d'être élevée au-dessus des neuf chœurs des anges.

Il y a plusieurs religieux qui se plaignent de ne pas goûter celte paix intérieure et ce calme de conscience, qu'ils avaient espéré de trouver, à leur entrée en religion , mais s'ils examinent bien d'où cela procède , ils ne se plaindront que d'eux-mêmes. La véritable cause de leur inquiétude est leur manque d'humilité.

Celui qui est humble est en paix avec Dieu, avec les hommes, avec lui-même, et ce qui le rend encore plus digne d'éloges , il est en paix avec son contraire. Car il n'y a que les humbles qui puissent traiter avec un orgueilleux, sans irritation et sans querelle. L'orgueilleux lui-même rend hommage à l'humilité, lorsqu'il en prend les apparences et qu'il s'en couvre comme d'un manteau , pour être estimé et bien reçu des hommes. Mon fils, veux-tu vivre en paix? Chasse loin de toi l'orgueil. C'est l'orgueil seul qui est capable de te troubler. Et comment ce vice ne mettrait-il pas le trouble parmi les hommes sur la terre, puisque dans le ciel, c'est lui qui a mis le trouble parmi les anges ?

— Seigneur, c'est pour 1 ; * gloire que vous avez créé l'homme, et vous l'obligez à vous prendre pour sa dernière fin , vous qui êtes le principe de la gloire : de plus cesi une inclination qui est dans sa nature, de rechercher toujours la grandeur et l'élévation. Puisqu'il se sent né pour une fin sublime, est-il donc convenable qu'il s'abaisse à des choses viles, et qu'il s'humilie jusqu'à se mépriser soi-même et se regarder comme rien ?

— Il est bien vrai , mon fils , que l'homme a été créé pour une fin sublime et pour la gloire , mais il faut savoir bien choisir les moyens d'y atteindre. Les anges aussi avaient été créés pour la gloire , mais ils n'ont pas tous pris le moyen nécessaire : ceux qui ont voulu trop élever leur trône dans le ciel, ont été malheureusement précipités au fond de l'abîme, parce que suivant cette parole du sage : celui qui donne trop d'élévation à sa maison , prépare une ruine. Or si lu veux parvenir à celle gloire pour laquelle tu as été créé, il n'y a pas pour toi de moyen ni plus commode, ni plus sur, que de l'humilier. C'est par ce chemin que j'ai marché le premier ; c'est par lui que mes Apôtres ont marché après moi; c'est lui enfin qu'ont suivi tous les bienheureux qui sont maintenant dans le ciel. Prendre un autre chemin, c'est vouloir arriver à un autre terme.

Ne te laisse donc pas abuser, mon fils, et

cherche l'humilité ; c'est elle qui rend l'homme semblable aux bons anges, tandis que par l'orgueil les anges sont devenus des démons. Les autres vertus n'ôlent que les vices particuliers qui sont cause de quelques péchés,; l'humilité, en ôtant l'orgueil, arrache la racine de tous les péchés ensemble.

Un avantage que possède encore cette vertu , c'est que les hommes vraiment humbles sont estimés et aimés de tous. Ce n'est pas qu'il y ait beaucoup de mérite à un religieux . s'il montre de l'humilité à l'égard de ceux qui ont du respect pour lui , c'est une chose facile et à la portée de tout le monde; je ne compterai sur sa vertu, que quand il aura de l'humilité, même avec ceux qui lui font de la peine et qui le persécutent. Pareillement il n'y a rien d'extraordinaire à ce qu'un homme soit humble dans l'adversité et dans les privations ; mais s'il l'est dans l'abondance et dans la prospérité, alors il donne une preuve de sa vertu et mérite de grands éloges.

Parmi les religieux il n'en est aucun qui ne désire la vertu d'humilité , mais tous ne l'obtiennent pas, parce qu'ils ne prennent pas assez de peine pour l'obtenir et qu'ils ne savent pas choisir les moyens convenables. Comment voudrais-tu , mon fils, acquérir l'humilité, si tu ne fréquentes pas les humbles , ou si tu le fais rarement , n'ignorant pas cependant combien les exemples sont efficaces? Gomment vou-

drais-tu de yod ir humble, si tu n'as pas soin de L'humilier souvent? Ne sais-tu pasque les vertus m peuvent s'acquérir que par des actes répé- Si tu veux acquérir l'humilité , jette plus souvent les yeux sur les défauts, perisca ce qui te manque , plutôt qu'à ce que tu as, el Lâche de cacher le bien «pie tu crois avoir. Voil moyens faciles que lu peux employer tous les jours. Il est utile aussi de se souvenir fréquemment de la mort. Combien n'y en a-t-il pas qui ont été plus respectes et qui valaient en effet plus que toi , et qui ne sont plus que île la poussière ? Songe que tu seras comme eux un jour.

11 est encore très-bon de l'exercer au mépris des grandeurs mondaines, et de les regarder toujours comme de pures vanités , car elles ne sont rien autre chose. El si lu es élevé à quelque dignilé , garde-loi d'en concevoir de l'orgueil et crains plutôt de tomber; le plaisir de l'élévation n'égale pas le malheur de la chute.

Mon fils, veux-tu savoir si lu es humble, examine quelles sont tes dispositions à l'égard des louanges. Quand on fuit les louanges et qu'on éprouve du déplaisir d'en recevoir, c'est une marque d'humilité, comme aussi c'est le propre de l'orgueil de se plaire à ótre loué, et d'en chercher les occasions. Plus un homme humble a reçu de dons célestes, plus il s'efforce de les cacher, par la persuasion qu'il en est indigne ; il désire que tout ce qu'il a de bien ne

soit attribué qu'à Dieu seul , et qu'on ne fasse aucun cas de lui. Celui qui est humble , cède à tout le monde, il se fait volontiers le serviteur de tous , et même de ses inférieurs, et s'entretient sans répugnance avec des personnes de la plus basse condition. Enfin , mon fils , veux-tu savoir la mesure de ton humilité ? Considère les trois couronnes diverses qui sont préparées pour les humbles. La première qui est de moindre valeur est donnée à ceux qui reconnaissent intérieurement et sincèrement qu'ils sont dignes de mépris; la seconde, qui est d'un plus grand prix, est donnée à ceux qui supportent avec patience d'être réellement méprisés; la troisième qui est la plus précieuse, est accordée seulement à ceux qui aiment le mépris et qui se réjouissent, quand ils sont méprisés. Vois, mon fils, laquelle de ces trois couronnes tu as méritée.

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