‹ De la perfection religieuseChapitre 64 sur 80 · IN · texte numérisé non relu

IN

tour, el qui en qualité <lr religieux fais profession de me prendre pour modèle, juge s'il est convenable que tu traites ton corps avec délicaapres que moi-même, qui mus ton Seigneur, j'ai voulu traiter le mien si durement. Mon corps avait toujours été parfaitement soumis a l'âme, toujours il avait obéi à la raison, et néanmoins je ne l'ai jamais traité avec dèli— calesse et je lui ai refusé toutes les commodités de la vie. Et tu oserais traiter le tien délicatement, après qu'il s'est révolté si souvent contre l'esprit et contre la raison? Moi, le roi du ciel, je me suis contenté de la pauvreté, j'en ai éprouvé tontes les privations , et toi, non content de la vie commune, tu cherches des supertluités dans la profession religieuse. Ce n'est pas là vivre en religieux , c'est couvrir de l'habit religieux une vie toute séculière.

La trop grande sollicitude pour tout ce qui concerne le corps peut être comparée aux épines à cause des désagréments et des blessures qui en proviennent. D'abord elle fait qu'un religieux devient comme le pourvoyeur et presque l'esclave de son corps; au lieu des fouets, il n'a pour lui que des caresses, et au lieu de le châtier, il obéit à ses ordres : N'est-ce pas un indigne renversement? Un antre mauvais effet qu'elle produit dans un religieux, c'est de tenir son esprit si occupé et si distrait qu'il perd le goûl des choses spirituelles, et qu'il tombe dans le mal-

heur de ceux que condamne mon Apôtre, quand il dit que l'homme animal ne goûte pas ou ne comprend pas ce qui est de l'Esprit de Dieu. En outre elle rend le religieux insensible et dur à l'égard de ses frères et de ceux avec lesquels il vit, parce qu'en toutes choses il veut pour lui ce qu'il y a de meilleur et de plus commode, sans s'inquiéter de l'incommodité des autres. Il préfère ses aises au bien même de la communauté, et peu lui importe qu'elle éprouve du dommage pourvu qu'il ait ce qu'il désire. Un tel religieux manque également de charité et de discrétion. La trop grande sollicitude pour le corps va encore plus loin ; elle est cause que le religieux n'est jamais content, qu'il s;habitue à l'oisiveté, qu'il devient murmurateuret scandaleux.il veut que tous le plaignent, que tous lui témoignent de la bienveillance, et à la moindre indisposition qui lui survient, il l'attribue à ses grands travaux. Comment conserver avec cela l'esprit de dévotion et la discipline religieuse ? Malheureux les religieux qui tombent dans un tel défaut! Plus malheureux les supérieurs qui le tolèrent dans la maison dont ils sont chargés, et dont ce funeste exemple , pareil à un mal contagieux , peut causer entièrement la ruine !

Page 1