‹ De la perfection religieuseChapitre 75 sur 80 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

Comment le religii u\ doit se comporterà l'égard Borupotea.

Mon lils, tu sais bien qu'il ne suflitpas de fairo une bonne action, niais pour qu'elle me plaise et que je la recompense il faut encore qu'elle soit bien faite. Une personne agit prudemment , quand elle se tient sur ses gardes, dans la crainte de m'offenser , et qu'elle tâche de bien faire toutes ses actions. Ce ne sont pas là des scrupules ; c'est une crainte liliale, une crainte juste, sainte et méritoire. Il y a scrupule, lorsque cette personne , sans aucune cause raisonnable , et seulement sur des soupçons ou de s conjectures , n'agit qu'avec une inquiete perplexité, et que dans la crainte qu'il n'y ait da pèche dans ce qu'elle a tait ou dans ce qu'elle fait ou doit faire, elle est toute troublée et pleine d'affliction. Ce sont des idées vaines qui lent d'une imagination trop craintive et qui me déplaisent : elles produisent quelquefois dans l'âme du scrupuleux une telle maladie spirituelle que nuit et jour il en est tourmente comme par une fièvre ardente.

Veux-tu savoir, par, une comparaison, ce que c'est que les scrupules ? quand la personne

qui les éprouve , ne les laisse pas aller , mais les retient, ce sont autant de liens au moyen desquels le démon l'agite misérablement et la fait tourner en tous sens. Mais quand au lieu de les retenir , elle les laisse aller, le démon a beau tirer , il ne peut la faire mouvoir.

— Seigneur , les scrupules me déplaisent aussi, et je voudrais m'en débarrasser; mais je ne puis en venir à bout.

— Mon fils, je sais bien qu'il ne dépend pas de toi de chasser les scrupules qui viennent d'un tempérament mélancolique; ils durent autant que les humeurs qui en sont la cause. Tu ne saurais non plus te délivrer des scrupules que je t'envoie , ou qui te viennent par ma permission , pour te faire mieux connaître à toi-même , pour t'humilier , pour te purifier, pour augmenter tes mérites; comme c'est moi qui envoie ces sortes de scrupules, c'est aussi à moi seul à les ôter et je les ôle quand il me plaît. Mais il y a des scrupules dont tu peux te délivrer avec le secours de ma grâce , à savoir ceux qui viennent de l'orgueil , lorsque par un excès d'amour pour toi-même tu crains plus qu'il ne convient , qu'il ne t'arrive quelque dommage pour n'avoir pas bien fait tes actions. Si le religieux doit être circonspect, c'ost plutôt pour ne pas me déplaire que pour éviter la peine. Pareillement tu peux te débarrasser des scrupules qui te viennent par l'instigation du démon, lorsqu'il le donne

de vaines craintes là où il n ') a aucune raison de craindra ; ce ne sont que de pures imaginations dont il ne fa Ut pas s'inquiéter.

M.iis si l'on ne chasse pas ces scrupules , que de dommages ils causent et que de bien ils empêchent ! D'abord ils prisent le scrupuleux de la paix de rame si désirable, sans laquelle il est impossible de faire en règle ses exercices de pieté et de remplir convenablement ses devoirs. De plus ils nuisent à sa sanie, en altérant sa OOmplexiou naturelle et en troublant ses humeurs. On \<>it en effet bien des scrupuleux qui finissent par avoir le cerveau dérange, et qui deviennent a charge à eux-mêmes et aux autres. Les scrupules l'ont encore perdre un temps précieux, qui pourrait être employé à des œuvres utiles. Combien de temps le scrupuleux ne met- il pas à réciter une prière ou un psaume ? Il commence et il recommence plusieurs fois , et après avoir fini il recommence encore pour répéter ce qu'il a déjà dit; c'est à n'en pas finir , et ce qu'il y a de pis, c'est qu'a la dernière lois il n'est pas plus satisfait qu'a la premiere. Si alors .1 i a répète pas encore une fois , c'est plutôt pi"- fatigue et par ennui , que par la pensée d'avoir satisfait.

Ce n'est pas seulement son temps que le scrupuleux perd, il fait encore perdre le leur a son supérieur et à son confesseur auxqu< 1^ il va c

rupules , et si par malheur ils se montrent

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faciles à lui prêter l'oreille , il n;en finira pas de sitôt. Aussi c'est un mauvais service à lui rendre, d'avoir de la condescendance pour lui; plus on l'écoute , plus on lui fait tort.

En outre les scrupules ont coutume de rendre un religieux indocile et obstiné, parce que dominé par la vaine crainte de pécher ou de ne pas satisfaire , il ne croit pas son supérieur , il ne lui obéit pas et il agit à sa tête, ce qui donne encore occasion à de nouveaux scrupules.

Enfin il arrive que le scrupuleux ne regarde plus Dieu , son Créateur, comme un bon et tendre père , tel qu'il est , mais comme un impitoyable exacteur et un juge sévère de ses actions, ce qui le remplit de tant de vaines frayeurs qu'il lui semble être au milieu des tourments de l'enfer : C'est me faire injure, mon fils. Non, je ne t'ai pas créé pour les peines de l'enfer, mais pour la gloire du paradis, je ne désire autre chose que ton bien et ton salut éternel , et pour te sauver , j'ai passé toute ma vie dans les souffrances. Chasse donc loin de toi toute vaine crainte, et ne vois en moi qu'un père, qui ne désire que ton salut.

Orsi tu veux te guérir de la dangereuse maladie des scrupules, trois choses te sont nécessaires. La première est de ne pas te faire ton propre médecin, et de ne pas te fier à toi-même. Quelque habile que soit un médecin, il n'est pas apte à se traiter soi-même; le scrupuleux le sera

sans doote encore moins, loi dont l'imagination, malade, j>lu> troublée que par la lièvre la plus violente, l'empêche de juger exactement et lui fait voir une chose pour l'autre.

Le second moyen nécessaire pour te guérir de tes scrupules est de t'en rapporter toujours à ton confesseur ou à ton supérieur, quand même, lu sciais d'un avis différent. Et afin que cela ne lesoit pas difficile, il faut le persuader que c'est moi qoi gouverne les religieux dans la maladie des scrupules comme dans le reste, et que je les gouverne par le moyen de leurs pères spirituels. En sorte que lu dois tenir pour certain que le conseil qu'ils le donnent, lorsque tu es travaille par des scrupules, vient de moi ; pourrais-tu en douter ? Puisque les religieux ont quille pour moi leurs amis et leurs parents, il convient que je leur tienne lieu d'ami, de père et de mère. Puisque pour éviter les dangers du monde ils sont venus se jeter dans mes bras, je dois les embrasser et les défendre. Puis qu'enfin ils ont voulu dépendre entièrement de moi , conformer leur vie à mon bon plaisir, il faut que je les dirige par mes avis et par mes conseils. Mais il convient aussi que, comme c'est par le moyen de leurs pères spirituels qu'ils ont été refus dans l'état religieux et que je les y gouverne, ce soit aussi par leur moyen que je les dirige quand ils sont tourmentés par des scrupules. D'où il suit clairement que tu dois t'en rapporter a ton supé-

rieur et recevoir son conseil comme s'il venait de moi.

Le troisième moyen est d'obéir aussi promptement que possible à ton père spirituel, et ce moyen est si nécessaire que sans lui les autres ne servent de rien. De quoi servirait-il de prescrire un remède et de penser en même temps qu'il a été ordonné par un excellent médecin , si le malade ne le prenait pas ? Mon fils, gardetoi des pièges du démon. Pour empêcher beaucoup de bonnes œuvres, il tâche de t'embarrasser par une foule de scrupules. Peut-être, qui sait? Je doute , je pense; voilà les mots dont il remplit ton esprit. Qui sait si mon père spirituel ne se trompe pas en m'ordonnant de faire cette chose et d'omettre celle-là ? Peut-être qu'il ne m'a pas bien entendu, ou que je me suis mal expliqué ; je soupçonne que s'il m'a donné ces conseils , c'est uniquement pour me consoler et qu'il croit intérieurement que j'offense Dieu et que je serai damné. Toutes ces pensées naissent d'une vaine et fausse crainte ; c'est l'ennemi qui les suscite et qui trouble pour ainsi dire l'eau pour que tu ne puisses distinguer la vérité. Crois-moi, quand même ton père spirituel se tromperait, tu ne te trompes jamais en lui obéissant, parce que tu dois lui obéir, chaque fois qu'il n'y a pas de péché manifeste. Tu crains qu'il ne t'ait pas bien compris? Gesse de l'inquiéter. Il suffit qu'il dise t'avoir compris autant

qu'il faut ;et dès lorsU 0009016006 69l 00 sùn t<\

D'ailleurs ta es obligé de le oroire. C bsc pareillement de l'imaginer que tu m'offenses dans ces Bcrupules et que pour cela je te damnerai : les marques et les gages d'amour que tu as reçus de moi doivent soutenir t<>n espérance. Si tu as le ferme propos de ne pas m'offenser, < i de mourir plutôt que de commettre un pèche murici, c'est un signe de ton salut et de mon amitié; pourquoi donc crains-tu encore? Celui-là seul a sujet de craindre, qui ne craint pas de m'offenser. Le désir de recommencer une confession générale, parce que tu n'es pas sur de t'ètre bien couest encore un scrupule dont il faut te débarrasser. Si ton pere spirituel juge que cette confession n'est pas nécessaire, qu'elle est inutile ou même nuisible , tu dois le oroire et lui obéir , et s'il y a une erreur en cela , elle ne te sera pas imputée. Répéter sa confession sans nécessité , c'est multiplier les scrupules; le confesseur ne doit pas y consentir. S'il cede aux importuoités du scrupuleux , il commet une faute dans son office, et sa condescendance lait du tort au scrupuleux ; car après s'être confessé, il sera encore plus inquiet qu'auparavant, et cette méthode ne fait que fomenter les scrupules au lieu de les guérir. Remuer la terre, sans y semer de bons grains , c'est faire croître les mauvaises bei Dis-moi, mon fils, après avoir fait ta dernière confession générale, n'étais-tu pas satisfait et

tranquille? Si tu en étais satisfait et si tu as reçu l'absolution, à quel propos douter maintenant si tu as déclaré tous tes péchés, si tu as omis quelque circonstance nécessaire, si ton examen de conscience a éfé fait convenablement, si tu as eu la contrition suffisante? Tu pouvais mieux juger de tout cela en faisant ta confession, que longtemps après , et puisque tu en étais satisfait alors, c'est une preuve qu'il n'y manquait rien; s'"il y avait eu quelque manquement, tu t'en serais mieux aperçu que maintenant.

Souviens-toi, mon fils, qu'il y a bien du temps que tu es tourmenté par des scrupules, et pour avoir voulu te gouverner selon tes idées , tu n'es pas guéri , ta conscience est même plus inquiète et plus embrouillée qu'auparavant. Or il est de la prudence de changer le traitement d'une maladie, quand il n'a pas réussi, et spécialement il ne faut pas que lu sois ton médecin à toi-même. Mets-toi bien dans l'esprit que pour guérir de tes scrupules, le meilleur remède est de croire ton père spirituel et de lui obéir , et garde-toi de vouloir par artifice ou par importunile l'attirer à ta volonté ; car de te faire gouverner à ta mode par ton pere spirituel , ce serait la même chose que de te gouverner loi-même , et en cela il y aurait une double faute, la tienne, d'abord, et ensuite celle de tou confesseur ou supérieur , dont tu serais cause. Le père spirituel est l'instrument dont je me sers , c'est à

moi par conséquent à Io faire mouvoir et non toi. Ce qui le regarde , c'est do le laisser libre d'agir comme il romene! . et le considérant comme mon minisire et comme celui qui tient ma place à ton égard , d'avoir confiance que je me servirai de lui pour l'aider et te communiquer les secours do ma grâce.

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