‹ De la péricardite blennorrhagiqueChapitre 9 sur 30 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

PÉRICARDITE BLENNORRHAGIQUE

Sous quelle influence se montre la péricardite, à quoi faut-il la rattacher: telle est la question qu’il nous reste à aborder. Il faut l’avouer, toute réponse directe, définitive, est actuellement impossible: nous ne connaissons pas de faits bien démontrés relatant la présence du gonocoque, et du gonocoque seul, dans le péricarde. IL n'existe pas davantage à notre avis de preuves certaines que la péricardite blennorrhagique soit le fait de tel ou tel autre microbe. Dans ces conditions, notre rôle se réduit à chercher, d’une part, s’il est possible ou non de rattacher étroitement l'affection cardiaque à l'affection uréthrale et en second lieu à voir s’il est permis d’assismiler la péricardite à d’autres manifestations à distance de la blennorrhagie mieux étudiées.

Le premier point ne nous arrêtera pas: nous avons montré dans les pages précédentes que la péricardite est liée à la blennorrhagie, qu’elle peut évoluer comme seule

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complication, enfin qu'elle n’a nul besoin de l'apparition du rhumatisme blennorrhâgique pour apparaître.

Du reste l’endocardite blennorrhagique, qui n’est plus contestée aujourd'hui, est souvent associée à la péricardite: dans quelques-unes de nos observations la coexistence des deux maladies est expressément signalée et un certain nombre qui n’entrent pas dans notre sujet parce que l’endocardite y tient la première place insistent sur la simultanéité des deux affections. Il nous semble donc que la péricardite blennorrhagique, moins connue que l’endocardite parce qu’elle est beaucoup plus bénigne, n’est pas plus contestable que cette dernière. Il y a plus: on pourrait invoquer la réalité de la pleurésie blennorrhagique en faveur de la péricardite. La pleurésie n’a pour ainsi dire jamais été étudiée. Tixier et Vidart en ont signalé des observations, mais elles sont ou douteuses ou discutables. Mac Donnell, Baisle, Souplet dans leurs observations ia signalent en passant, et cela suffit pour que nous insistions sur l'importance qu’il y a à noter que les deux séreuses ont été simultanément atteintes. Enfin l’année dernière Chiasio et Isnardi ont publié une observation qui fait époque: chez une petite fille de dix ans atteinte de vulvo-vaginite, suite de viol, apparut un rhumatisme blennorrhagique et un épanchement pleural qui ponctionné se montra contenir le gonocoque. Le microbe qui fut trouvé par Mazza répondait en eflet à tous les caractères biologiques connus de celui-ci: siège à l’intérieur du leucocyte et des cellules endothéliales, forme typique, décoloration par le Gramm, cultures par la

seule méthode de Wertheim. Une semblable constatation venant après celle de la coexistence de la péricardite et de Ia pleurésie, ne nous permet-elle pas d’inférer jusqu’à un certain point que les deux séreuses doivent être atteintes par le même processus.

Pour répondre à notre deuxième question ilnous suffira de jeter un coup d'œil sur quelques-unes de nos acquisitions récentes dans la connaissance du gonocoque et nous pourrons décider ensuite s’il est téméraire d’invoquer pour la production de la péricardite au cours de la blennorrhagie un processus qui est absolument démontré pour tant d’autres complications à distance. Touton, résumant l’année dernière au congrès deRome les opinions les plus récentes sur le gonocoque, disait : « Les affections que nous voyons se produire en divers points éloignés du corps, consécutivement à une blennorrhagie primitive, peuvent toutes, au point de vue théorique, être considérées comme étant causées par le gonocoque lui-même ou par ses toxines (métastases à gonocoques). » Du reste la manière de voir empruntée à Bumm qui croyait l'épithélium cylindrique seul susceptible d’être attaqué par les microbes est depuis longtemps abandonnée : on apeu à peu montré que le gonocoque attaquait les épithéliums pavimenteux et on l’a signalé dans les glandes de Tyson et de Bartholin, dans le péritoine,etc. Puis Dinkler, Finger, Touton, Neisser ont admis d'après leurs recherches que le gonocoque peut se rencontrer dans la profondeur des tissus; Touton, dans sa communication déjà citée s'exprime ainsi: «Le tissu conjonctif, également

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aussi bien celui qui est recouvert d’un épithélium que celuiqui supporte un endothélium (membranes synoviales et séreuses) peut être le siège d’une invasion de gonocoques : la diffusion de ces derniers se fait par la voie lymphatique. » Déjà Wolff avait vu le gonocoque dans l’adénite de la blennorrhagie puis Ehrmann l'avait signalé dans les voies lymphatiques. D’autres, Hamonic, Jullien, Golacz, ont vu le gonocoque dans le sang. Quelque combattue que soit cette manière de voir, il nous faut cependant signaler encore le fait de Moncorvo qui trouva le gonocoque dans lesang retiré de la pulpe du doigt chez un nourrisson atteint de vulvo-vaginite. Dans deux cas de rhumatisme blennorrhagique Hewes, (1894) à aussi trouvé dans Le sang des micro-organismes spécifiques. Enfin, l’un des auteurs les plus qualifiés dans cette question de bactériologie, Wertheim, vient de présenter ces jours-ci à la Société império-royale des médecins de Vienne (14 juin) une observation du plus haut intérêt, Non seulement il a constaté l'existence d’une cystite à gonocoques chez une petite fille de huit ans atteinte de vulvo-vaginite et d’arthrite suppurée, mais l’autopsie lui a permis de rencontrer de nombreux gonocoques dans la muqueuse vésicale elle-même, dans le tissu sous-muqueux et enfin dans une veinethrombosée sous-muqueuse. Aussi la généralisation de la blennorrhagie se fait-elle pour lui par pénétration directe des gonocoques dans le système sanguin.

C'est d'autre part la conclusion à laquelle arrivent dans leur mémoire Finger, Ghon et Schlagenhaufer ; d’après

TES) les autopsies qu’ils ont faites après inoculations, les gonocoques, selon eux, n'existent pas seulement à la surface, mais aussi dans l'épaisseur même des tissus. « Il est évident, ajoutent-ils, que les gonocoques sont transportés dans la circulation sanguine à l’état isolé ou inclus dans des leucocytes. » C’est l'explication naturelle et unique à donner à un grand nombre de constatations irréfutables au point de vue de la bactériologie la plus rigoureuse. Pour prendre un exemple, voyons ce que nous savons de la présence du gonocoque dans le système locomoteur. Longtemps on nia sa présence malgré Les faits de Kammerer, Bergmann, Bumm, Hall, Sabli. Mais depuis sont venus bien d’autres faits confirmatifs. Deutschmann (1890) trouve des gonocoques dans un exsudat du genou. Lindermann (1892) en trouve également. Stern (1892) rapporte le cas d’un arthrite tibiotarsienne à gonocoques. En 1893 Horwitz rencontre des gonocoques dans le pus d’un abcès du dos du métacarpe et complète la démonstration par des cultures positives ; Rendu signale à la Société médicale des hôpitaux une arthrite à gonocoques . Létienne rapporte un cas de suppuration d’une gaine tendineuse du pouce avec gonocoques; Tollemer et Macaigne publient dans la Revue de Médecine un cas de synovite tendineuse suppurée due au gonocoque ; Hück relate à la Société viennoise de Dermatologie l’histoire de deux malades qui présentent des gonocoques l’un dans le genou, l’autre dans l'articulation tibio-tarsienne gauche; tous deux étaient atteints d'ophtalmie blennorrhagique des nouveau-nés à gonocoques.

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