OBSERVATION XVI
Péricardite tuberculeuse avec volumineux épanchement sérenix Péricardotomie d'urgence sans drainage. Insuccès, Par M. Bo-
treau-Roussel.
Mar... Aug... N° Régiment d'Infanterie, 21 ans.
Antécédents héréditaires. — Néant.
Antécédents personnels. — Une méningite (?) dans l’enfance. N'a jamais été malade pendant l'adolescence, mais n a jamais été bien fort. En service au Levant depuis trois mois.
Malade depuis trois jours quand il arriva à l'hôpital le 13 mars: En rentrant d'une marche un peu longue, sous une pluie froide, a été pris brusquement de douleurs dans le côté gauche, de toux sèche et de gène respiratoire.
A son entrée à l'hôpital, son médecin traitant note le 14 mars; « Présente un peu de courbature fébrile. Vibrations thoraciques un peu augmentées à droite et en arrière. Etat général bon. Matité cardiaque augmentée. Pointe battant dans le sixième espace un peu en dehors ».
L'état s'aggrave le lendemain. La äyspnée augmente, le malade présente une toux sèche assez fatigante. IL m'est envoyé le 16 mars pour examen radiographique qui montre une opacilé cardiaque très élargie dans tous ses diamètres avec des contours un peu flous. L’opacité cardiaque a dans son plus grand diamètre 20 centimètres et demi.
Le diagnostic péricardite s'impose.
Le lendemain l’état est franchement mauvais, la tempé-
rature atteint le soir {o°2. Le pouls est à 142. Le malade est cyanosé et on a l’impression qu'il va étouffer.
Mar... est évacué dans mon service où je pratique d'urgence, à 6 heures du soir, une péricardotomie, Anes” thésie locale à la novocaïne. Malade en position demi-assise. Lambeau de Delorme et M gnon, et résection sur 4 centi mètres des cinquième et sixième cartilages costaux. Avec le bout des ciseaux mousses on détache le triangulaire du sternum et on récline la plèvre sans voir les vaisseaux mammaires. Le péricarde dégagé est fixé avec des pinces de Chaput et on l’incise prudemment. Il est extrêmement épais, environ r centimètre, et ce n'est pas sans émotion que j'ai fait les 2 ou 3 derniers millimètres de l’incision, me demandant s'il n’y avait pas une symphyse totale du péricarde à la face antérieure du cœur et si je n'allais pas entrer dans un ventricule. Le péricarde ouvert, il s'écoule une très grande quantité de liquide séreux qu'on n’a pu mesurer, mais que j'estime à environ 1 litre. Le doigt introduit dans le péricarde trouve partout un péricarde lisse sans cloisonnement ni membranes. La face postérieure du cœur est libre. Le malade, soutenu par des aides, est assis pour permettre l'écoulement complet du liquide. Le péricarde n'est pas suturé. Le triangulaire est ramené au contact du sternum où il est fixé par un point. Suture aussi hermétique que possible de la peau et des tissus fibreux sous-cutanés sans drainage.
Le 18 mars, quoique la température reste élevée et le pouls rapide, le malade se sent très soulagé. Les urines sont abondantes et de composition normale.
Le 20, le pansement doit être changé à cause d'un écou-
lement abondant de liquide citrin filtrant par les lèvres
de la plaie suturée. Cet écoulement subsiste les jouts suivants, l'état du malade s'améliore, le pouls passé à 110 et la température revient au voisinage de 37°5 Le 24.
Nous espérions donc une issue heureuse, mais malgré ce symptômes de détente l'écoulement de sérosité est de plus en plus abondant par la cicatrice.
Le 25, soit huit jours après l'intervention, il s'est produit une véritable voussure au niveau des résections costales. La peau est très tendue par du liquide sous pression qui sourd goutte à goutte par l'angle supérieur de la plaie. Je n'ose enlever les fils, et les jours suivants il s'établit une fistule qui devient de plus en plus importante à la partie supérieure de la cicatrice opératoire réunie partout ailleurs.
Entre temps une pleurésie séro fibrineuse droite se déclare le 30 mars, qui nécessite, à cause de son importance, une
ponction le 3 avril. .
L'état général de ce malade baisse de plus en plus. Une pleurésie gauche se déclare le 10 avril. A cette date la fistule du péricarde est de la largeur du petit doigt et laisse couler environ 5 ou 600 grammes de liquide par jour. Plusieurs ensemencements ont été faits de ce liquide. Il s’est toujours montré stérile. |
Je n'insiste pas sur le traitement médical qui a été poursuivi pendant toute la maladie : digitaline, etc.
Le malade succombe le 15 avril.
A l'autopsie, les poumons sont parsemés de tout petits tubercules. Les plèvres épaissies présentent toutes les deux des épanchements séro-fibrineux. Le péricarde est très épaissi et ne présente pas d'adhérence avec le cœur.
Un cobaye inoculé le 17 mars, au moment de l'opération,
se
LS
avec le liquide péricardique, est mort seulement le 15 septembre, avéc de la tuberculose disséminée du poumon et du
foie avec présence de bacilles de Koch dans les organes. .