‹ De la PérityphliteChapitre 10 sur 18 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I

X., étudiant en médecine, 21 ans, bonne santé habituelle. antécédents constitutionnels ou héréditaires nuls, un peu de lymphatisme peut-être, a souffert dans son enfance, à deux reprises différentes, d’une adénite du creux de l’aisselle gauche et, deux ans après, d’une adénite sous-maxillaire du même côté, et qui après la guérison ont à peine laissé la trace d’une cicatrice punctiforme, quoique la première adénite se soit ouverte spontanément. Ces adénites apparurent sur le sujet à la période de l’adolescence et suppurèrent abondamment pendant huit jours environ. Depuis lors cet étudiant a joui d’une santé excellente et n’a été en proie à aucune autre maladie.

Le 11 septembre 1881, il se sentit dès le matin légèrement nn snesé néanmoins il vaqua à ses occupations habituelles et fit son service à l’hôpital où il était attaché. Vers onze heures et demie, au moment de se mettre à table, il fut pris subitement de vomissements abondants. Peu à près il fut saisi de coliques épouvantables, véritables coliques de miserere, qui lui arrachaient des cris et de véritables hurlements et l’obligèrent pendant près d’une heure à se rouler sur son lit, sans qu’on püût le soulager d’une façon quelconque, ni lui administrer un médicament. A ce même moment, un frisson intense, avec une sensation spéciale de froid, s’'empara de lui. Il lui semblait, et nous faisons remarquer qu'il ne perdit pas un seulinslant connaissance, il lui semblait, disons-nous, que la chaleur remontait peu à peu des extrémités vers le centre. Cette sensation fut très-nette. Un cataplasme fortement laudanisé ne put être appliqué sur le ventre qu'après quatre ou cinq tentatives.

Une heure après le début de cette crise, le malade put avaler une tasse de : thé au rhum et l'entourage profita d'un moment de calme relatif pour lui

dés

|apposer des sinapismes aux deux mollets. Le malade s'endormit peu après pendant une heure environ. A son réveil, il ne put pas faire un seul mouvement sans renouveler la douleur; en outreil s’aperçut d’un gonflement inflammatoire des ganglions de l’aine droite, sympathique d’un petit anthrax au périnée. L'apparition de l’adénite fut simultanée ‘avec celle de l'anthrax. L'anthrax s’ouvrit de lui-même trois ou quatre jours après et l’adénite disparut.

La miction était très douloureuse , et ne pouvait s'effectuer que dans la position accroupie. Le malade ne garda le lit que trois jours après lesquels, et malgré tous les avertissements , il sortit et même reprit son service à l'hôpital. ILa marche était très pénible: indépendamment du frottement des habits contre la plaie périnéale, chaque déplacement du membre inférieur droit lui occasionnait, malgré toutes les précautions qu'il s'ingéniait à prendre, une vive douleur dans le côté droit de l'abdomen. Pendant deux septénaires environ, il conserva dans ce point une tumeur qu'on pouvait très-bien saisir, et qui d’abord énorme — elle remontait jusqu'au foie — diminua peu à peu, pour disparaître définitivement. Le cours des matières fécales ne fut pas interrompu. Cependant, sur le conseil de son chef de service, le malade prit des purgatifs à trois reprises différentes qui ne produisirent presque pas d'effet. Au bout d’un mois, il était complètement rétabli.

Vers le 15 novembre de la même année, il eut une rechute qui fut pour lui moins effrayante peut-être dans ses symptômes, mais qui offrit à son observation un caractère nouveau : la prostration. Comme la première fois il avait ressenti dès le matin un malaise indéfinissable ; et cependant il avait déjeuné comme à son ordinaire. Immédiatement après le repas, il fut pris à plusieurs reprises de vomissements abondants. Comme la première fois, il garda le lit fort peu de temps et reprit trop tôt son service à l’hôpital. Deux jours ne s'étaient pas écoulés qu'il fut obligé de s’aliter de nouveau : fièvre intense, inappétence complète et, d’un autre côté, immebilisation presque absolue des mouvements ; et ce n’était pas, comme au début, par suite des mouvements du bassin occasionnés par la marche, mais bien par suite du météorisme et du ballonnement du ventre consécutif à l'affection; nous avons déjà dit que le cours des matières ne fut jamais interrompu ; le nouveau symptôme mit le malade sur la voie du diagnostic. Son caractère s'était fort aigri, et il ne pouvait supporter non seulement qu'on l’examinât et qu’on lui adressât la parole, mais même qu'on se tint auprès de lui ou dans la chambre. Il avait pris l'habitude de relever et fléchir les cuisses sur le bassin et c’est dans cette position, quoiqu'il se {int dans le décubitus dorsal, qu'il pas-

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sait des heures dans l’immobilité la plus complète. La miction était toujours très-douloureuse et c'était accroupi que le malade urinait. J'insiste sur ce symplôme, parce que d’abord il ne s’est pas renouvelé dans les crises postérieures et qu'ensuite il permet de suppôser qu’il provenait d’une inflammation de la tunique séreuse de la vessie, ou des traillements sur des adhérences néoplasiques anciennes ou récentes occasionnés par les contractions de cet organe. Le malade se rétablit, mais plus lentement que la première fois, d'autant plus que cette récidive rapprochée l'avait impressionné. On lui recommanda de prendre souvent des bains et de boire à ses repas des eaux minérales laxatives, notamment de l’eau de St-Galmier.

Le premier mai 1880, c’est-à-dire cinq mois après, le lendemain de son retour d’un petit voyage, au milieu de la nuit et du sommeil le plus profond, il se réveilla, comme il racontait, criant et se débattant sur son lit au milieu de douleurs intolérables, aussi fortes que lors de sa première crise. Ces dou-

leurs furent suivies de vomissements répétés et qui ne furent calmés que par une ingestion de sirop de morphine. Cette crise suivit son cours comme les deux précédentes, c’est-à-dire qu’il garda le lit pendant une semaine environ et qu'il éprouva du dégoût pour les aliments et de la difficulté dans la marche pendant une quinzaine. Nous devons ajouter que, cette fois, il fut complétement rétabli, après une abondante diaphorèse qui dura toute une nuit.On lui conseilla l’hydrothéraj.ie et le malade exécula religieusement cuite prescription jusqu’au jour où il fit une troisième rechute, peu d'heures après avoir reçu une douche mixte.

Depuis lors, il a eu trois autres récidives à des intervalles de temps différents, mais qui présentait ce caractère bizarre: ies attaques ont eu lieu ou de deux en deux mois, ou de cinq en cinq mois, ainsi qu’on le verra par les dates:

4° 11 septembre 1880.

2 vers le 15 novembre 1880.

3° 1 mai 1881.

La quatrième eut lieu en septembre 1881, le jour anniversaire de la 1"; la cinquième dans le courant de février 1882 ; la sixième au commencement de juillet ; enfin, 1a septième également en septembre 1882.

Ces diverses récidives n’ont présenté aucun symptôme nouveau ; elles ont toutes débuté, sauf la quatrième qui a été la plus courte et relativement la plus légère, par des vomissements et des coliques atroces, suivis d’un état de prostration a peu près complet, durant quarante-huit heures environ ; pendant cette crise de début, la respiration était courte et précipitée et, en

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outre de la douleur généra!e ayant son siége dans l’abdomen, on a pu remarquer un point douloureux spécial siégeant dans la région du foie.

- On a toujours constaté la présence d’une tumeur considérable du côté droit qui remontait jusqu’au rebord des fausses côtes. On aurait pu croire à un engorgement du cæœcum ; mais nous avons déjà fait remarquer que le malade était toujours allé à la garde-robe; du reste, maintenant et dans l'intervalle des crises, on peut s'assurer que ce n’est pas le cæœcum qui est intéressé; car, en effet il existe des noyaux résultant soit de membranes de nouvelle formation, soit de l’induration du tissu adipeux.

La fièvre a toujours été intense, mais ne peut être précisée, la température n'ayant jamais été prise. Cependant on a pu en juger par l'intensité de la réaction ; du reste, pendant les deux premiers jours le pouls était à 130 et les urines ont toujours eu une coloration rouge très-marquée. Le malade a souvent présenté une teinte fortement ictérique ét son facies le caractère abdominal.

Le traitement, à partir de la troisième crise, a également toujours été le même. Au début potion morphinée, diète absolue même de bouillon que le malade ne pouvait supporter, limonade vineuse et glace. Le lendemain, lavement purgatif, qui n’avait presque pas d'effet, mais qui amenait un soulagement marqué, bouillon et potion morphinée. Vers le quatrième jour, le malade prenait un purgatif, qui le fatiguait beaucoup. Quant aux aliments, il est toujours resté au moins quinze jours soumis à un régime spécial.

La marche est restée douloureuse et pénible pendant un mois environ.

Observation II

Toutes les pérityphlites ne présentent évidemment pas cet appareil alarmant, comme il ressort de l'exposition du cas suivant :

C. François, âgé de 30 ans, entre à l'Hôtel-Dieu St-Jacques, salle Notre- Dame, le 49 janvier 1882, où il occupe le n° 63. Ce malade possède une constilution robuste, et dans ses antécédents nous ne retrouvons qu’une pneumonie et une fièvre typhoïde, par conséquent rien qui puisse nous fournir une indication pour la maladie qui occasionne son entrée à

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l'hôpital. Il est ajusteur-mécanicien et travaille depuis un an à l'Arsemal. Il ya huit jours, en se rendant au travail, il ressentit une douleur assez vive dans la fosse iliaque droite ; il eut quelques vomissements et de la constipation. Avant son entrée à l'hôpital, ila été purgé trois fois et a pris des lavements qui ont amené l'expulsion de petits graviers, qui DE autres probablement que des calculs biliaires.

À son arrivée dans le service, on constate que la région de la fosse iliaque droite est tendue, douloureuse, au point correspondant au cœcum, et présente une tumeur un peu diffuse, et que néanmoins on peut presque à un certain point délimiter. Il y a induration manifeste, mais ne provenant certainement pas d’une inflammation sous-aponévrotique de la fosse iliaque, car le malade plie facilement la cuisse sur l'abdomen, par conséquent pas de psoitis.

Cette induration provient probablement d’une inflammation superficielle du tissu cellulaire, amenée par l’inflammation du cœcum, occasionnée ellemême par la présence de graviers ou calculs biliaires dont il a été parlé plus haut.

La douleur étant vive, on fait une injection de one de morphine qui la calme. Onction avec onguent napolitain belladoné ; application de cataplasmes. Potion avec cinq centigrammes d'extrait thébaïque. Diète.

Le 20, l'état du malade n’a pas changé. Application de sin sangsues sur " la région douloureuse.

Le 21, la douleur a considérablement diminué.

Le 22, la tumeur tend à disparaître. Le malade peut supporter la pression faite sur le ventre avec les mains. Etat général meilleur. |

Le 26, le malade s’est levé. Le lendemain, il prend de légers aliments.

Le 11 février, le rétablissement est complet et le malade sort de l'hôpital.

Le 2 mars, il éprouve une rechute et rentre à l’Hôtel-Dieu, même service, lit n° 32. 11 y a un point douloureux dans la région iliaque droite ; mais pas de trouble dans les fonctions digestives. Potion gommeuse avec 0,03 d’extrait thébaïque. — Onctions avec onguent napolitain belladoné, cataplasmes. — Bouillon.

. Le 4, on constate la présence d’une tumeur. On applique cinq sangsues. Le lendemain, le malade est soulagé. |

Les jours suivants, rien de nouveau que la disparition progressive de la douleur. Le malade quitte l'hôpital, le 13 mars, parfaitement guéri.

J1 a eu depuis une seconde rechute qui a nécessité son retour à l'hôpital. Ja présenté les mêmes symptômes et suivi le même-traitement. Nous l'avons ensuite perdu de vue.

Observation III | 2 %

Pérityphlite aiguë ; évacuation spontanée du pus par l'intestin ; parotiditée suppurée consécutive : par M. le Docteur Trastour, professeur de clinique médicale à l'école de ” médeciue de Nantes, (Semaine médicale du 4 janvier 1883).

J'ai obse”vé quelques cas de pérityphlite ; autant qu'il m'en souvient, ils se sont tous heureusement terminés. Le plus souvent, le pus s’est ouvert un passage dans le gros intestin, et la guérison a été promptement obtenue.

Le fait suivant, que j'ai observé l’été dernier, a présenté plusieurs particularités assez remarquables et des péripéties assez inquiétantes.

Mne de X., âgée de 46 ans, a déjà, depuis quelques années, divers troubles de santé qui annoncent la ménopause. Ainsi, elle a eu quelquefois ses règles pendant un mois de suite ; et, en juin 1882, elle avait une suspension menstruelle datant de trois mois. |

Très-active, ne se ménageant point, faisant souvent à pied près d’une lieue, le matin pour aller à l’église, elle est prise, le 45 juin, de douleurs dans le ventre. Pendant quelques jours, elle essaie, néanmoins, de rester debout; mais elle change à chaque instant de position, se couche, se met dans un fauteuil et se relève. Mais, malgré toute son énergie, elle ne peut quitter sa chambre. Comme elle est à la campagne, à une vingtaine de lieues de Nantes, je la vois, pour la première fois, le 20 juin dans la matinée.

Après un examen très-attentif, il m'est facile de constater, autour du cœcum, un empâtement considérable douloureux, dur au toucher. Il y a des nausées, de la constipation, de la fièvre ; les traits sont altérés ; i cuisse droite est instinctivement fléchie.

La malade n’a encore reçu que des soins insignifiants, n'ayant point appelé les médecins de son voisinage : des cataplasmes, des lavements, etc.

La pérityphlite étant évidente, j'ordonne immédiatement une application de douze sangsues loco dolenti, le repos le plus complet, les précautions les plus minutieuses, des boissons alimentaires, lait, bouillon, eau rougie. Pour le lendemain, un vésicatoire. Pendant qu'on va chercher les sangsues, un lavement de deux ou trois verres d’eau de guimauve tiède est donné avec lenteur par une personne soigneuse,

Aussitôt, des douleurs violentes se déclarent ; les traits se crispent, la figure

Rte et les extrémités deviennent froides, le ventre se ballonne ; la malade a des nausées et des défaillances ; elle ne peut faire un mouvement : elle ne peut rendre le lavement qui lui a été donné.

Ces symptômes de péritonisme effrayent d'autant plus l’entourage de la malade, que je venais d'expliquer ce qui pouvait résulter d’imprudences dans les mouvements, le phlegmon péri-cœcal étant adossé au péritoine. On va chercher alors un confrère voisin qui conseille de faire néanmoins l'application de sangsues. |

Un soulagement notable se produit ; le lendemain, 20 grammes d’huile de ricin amènent des évacuations alvines.

À ma deuxième visite, le 23, je constate que la tumeur s’est étendue du côté du pubis; l'empâtement douloureux est vraiment très-considérable. L'état général n’est pas très-mauvais ; mais il y a de l'anxiété, de l'agitation ; le pouls est assez ferme à 96; nous conseillons un autre vésicatoire sur la tumeur. 5

Le 925, la malade est à peu près dans le même état, sauf que la tumeur semble encore avoir grossi. Elle donne même si bien, au dessus du pubis, la sensation de la vessie distendue, que, malgré les urines rendues, je pratique le cathétérisme. Il ne sort que quelques cuillerées d'urine. Je constate, par le toucher vaginal, la proéminence de la tumeur en avant et à droite ; elle semble dure et tendue. Nous prescrivons des onctions d’onguent napolitain belladoné, des cataplasmes, 15 grammes d'huile de ricin pour favoriser les évacuations qui sont toujours difficiles. La malade accuse une certaine pesanteur vers le rectum qui fait espérer l'issue du pus vers ce côté. On soutient le mieux possible les forces par les boissons alimentaires.

Le 1*% juillet, l’état s'est, enfin, heureusement modifié. Vingt ou trente selles liquides, sanieuses, bilieuses, ont eu lieu depuis l'avant-veille, et il m'est facile de reconnaître le pus dans les matières qui me sont présentées. La tumeur abdominale a bien diminué.

Le 6, la malade est assez bien du côté du ventre ; la douleur, l'empâtement tendent à disparaître ; l'appétit, le sommeil reviennent. Mais une légère dou- leur est accusée vers la joue droite, au-dessous de l'oreille.

L'idée de la parotidite me venant à la pensée, je prononce le mot. Une vraie parotidite se déclare, en effet : elle fait horriblement souffrir la malade, en- trave son alimentation, empêche son sommeil.

Jusqu'au 20 juillet, la suppuration se fait attendre ; mais, enfin, elle paraît, . très-épaisse, très-abondante, dans le conduit auditif, d'abord ; puis, je lui donne issue, le 23 et le 30, par plusieurs points de la joue.

Malgré cet accident grave, la convalescence s’est faite franchement. Outre

les soins locaux , l'iodure de calcium, l'eau de Challes, nous ont aidé à rétablir la malade. $

Observation IV

Nous rapportons maintenant l'observation de M. Gambetta, d'après la Gazette des Hôpitaux, du 27 janvier dernier. Nous omettrons la partie qui concerne Ja blessure qui était, au reste, complétement cicatriséele 16 décembre.

Le 8 décembre, M. Gambetta s'était plaint d’une distension du ventre par des gaz. Un purgatif lui avait été prescrit pour le lendemain. Les mêmes troubles gastriques, avec du dégoût pour les aliments, se manifestent encore, le lendemain 9 décembre et persistent en s’iccentuant encore le dimanche 10. Le malade dit que la veille au soir, en faisant des efforts pour aller à la garderobe, il a ressenti, subitement, une vive douleur dans le flanc droit. Cette douleur a déterminé de l’insomnie; l’état saburral est plus prononcé, l’inappétence est complète.

M. Charcot, qui a vu le malade dans la journée, n'a rien trouvé d'anormal à l'examen du ventre, nulle part d'empâtement, seulement un peu de douleur dont le siége est vague, et de la sensibilité sur la paroi inférieure et latérale du thorax du côté droit. Il a été prescrit un lavement purgatif.

Le 11,le visage est légèrement congestionné, la langue blanche et trèssaburrale, le dégoût pour les aliments absolu. On prescrit 40 grammes de citrate de magnésie.

Le 12, la purgation de la veille ayant été efficace, la nuit a été bonne, l’appétit est revenu.

Les journées du 13 et du 14 sont bonnes.

Le 15, M. Gambetta se plaint de nouveau d’un malaise abdominal ; il a des érustations fréquentes ; il a pu, néanmoins, sortir pour la première fois et faire, dans son jardin, une petite promenade de vingt minutes, qui a paru lui faire le plus grand plaisir.

Le 16, le malade avait de nouveau perdu l'appétit, il n'avait presque pas

mangé la veille au soir et il avait éprouvé une sensation de chaleur, sans frisson préalable.

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H à dormi t'ute la nuit. Mais, le matin, il continuait à éprouver le même

malaise; il ressent même d’assez violentes coliques et a des renvois incessants.. Sa figure est rouge, son ventre un peu tendu. On prescrit un verre d'eau de

Pullna pour le lendemain (il en avait déjà pris un la veille), et dans la journée de la limonade tartrique avec de l’eau de Vichy. Il a fait, ce jour-là, une promenade en voiture et se loue du bien-être qu'il a ressenti. Néanmoins les éructations persistent ; à six heures, il éprouve une chaleur vive sans frisson, qui augmente dans la soirée. A huit heures du soir, la température, qui jus-

-que-là avait oscillé entre 36° et 37°, n'ayant dépassé ces chiffres que deux ou trois fois seulement, notamment le dimanche 10 décembre, où il avait atteint 31°,5 et 37°,6 le soir, s'est élevée à 39°,6 avec un pouls à 88. M. Lannelongue, prévenu aussitôt, se rendit auprès du malade qu’il trouva en pleine transpiration, ressentant une grande chaleur, le ventre tendu et un peu douloureux à la pression du côté droit. Il prescrit pour la nuit limonade, lait froid et 50 centigr. de sulfate de quinine à la fin de l'accès, et fait prévenir M.Siredey.

Le jour suivant, dimanche 17, la température le matin est à 39°,4, le pouls à 80. M. Siredey constate un empâtement douloureux et très-circonscrit dans la fosse iliaque droite, et déclare qu'il croit à l'existence d’une typhlite. Dans l'après-midi, la température était à 39°,5, pouls 80. A huit heures du soir, 39°, pouls 84. Le régime prescrit consiste exclusivement en boissons ; limonade tartrique, grogs et bouillorns. Le lundi 18, le matin, M. Siredey, appréciant de la même manière l’état local, conseille la continuation du même régime. À six heures, il se produit pour la première fois un frisson assez intense de vingtcinq minutes de durée, suivi d'une forte impression de chaleur et de quelques efforts de vomissements. La température, qui était le matin à 38°,4, s'élève dans la soirée à 39°,9. À dix heures, survient une abondante transpiration. Il est ordonné 50 centigr. de sulfate de quinine après l’accès et une dose pareille pour le lendemain matin à la première heure.

Le 19, il y a eu dans la nuit un nouveau frisson très-intense d’une demiheure de durée, suivi d'une forte chaleur, d’une évacuation abondante d'urine et d’une transpiration considérable.

Le ventre est souple, l'exploration de la fosse iliaque droite est facile et peu douloureuse superficiellement ; mais dans la partie la plus élevée on sent toujours un empâtement profond et douloureux à la pression, de forme allongée et cylindrique ; en ce même point la percussion donne une submatité circonscrite. MM. Lannelongue et Siredey persistent dans leur diagnostic de pérityphlite et prescrivent : régime lacté, boissons fraîches, limonade et eau de Vichy ; 4 gramme de sulfate de quinine dans la journée. La température, qui

était abaissée le matin à 36°4, est remontée le soir à 39°9.

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Le 20. La veille on a fait examiner les urines, que l’on a trouvées Dee

de couleur jumenteuse et dans lesquelles on constate l'existence d’une certaine quantité d’albumine (4 gram. 42) et de l’indican, qui lui donne sa coloration

rouge-jaune; point de glycose. La température, de 36°2 à huit heures du

matin, est à 37° à une heure, à 39°7 à trois heures après un frisson, à 37°5 le soir.

Les frissons et les accès fébriles, auxquels succèdent des rémissions complètes avec retour de la température au degré normal et même un sentiment de bien-être, se répètent assez inégalement les jours suivants, 21 et 22 décembre. * |

Le 23, M. Charcot, appelé sur le désir de M. Gambetta, confirme, après mûr examen, le diagnostic porté par ses confrères. Actuellement, selon lui, l’affection serait une pérityphlite primitive se propageant sur le côlon. Il ne trouve aucun indice de suppuration, ni œdème, ni fluctuation, ni douleurs spontanées. On décide l'application d’un large vésicatoire qui ne sera laissé en place que trois heures, de manière à ne pas dépasser la rubéfaction, et on prescrit 25 centigrammes de calomel en trois paquets, lait, eau rougie, grogs,

bouillons.

Le 24% et le 25, deux nuits bonnes et les journées sans incidents notables.

Le soir du 25, on constate que l’'empâtement est un peu descendu vers l’épine

iliaque supérieure et qu'ilse prolonge en arrière.

Le 928, consultation entre MM. Charcot, Verneuil, Trélat, Siredey, Gilles, Fieuzal et Lannelongue.Ges médecins,après discussion de toutes Jes hypothèses possibles, furent unanimement d'accord sur les conclusions suivantes :

Existence de la pérityphlite incontestable ; probabilités très-grandes en faveur d’une suppuration autour du gros intestin, dans le tissu cellulo-graisseux sur lequel il repose. Point de collection purulente. Peut-être infiltration de pus : toutes conditions interdisant une intervention chirurgicale, qui serait pleine de périls, sans donner aucun espoir fondé d’un résultat favorable.

Le malade, qui avait pris la veille deux verres d’eau de Pallna, avait eu une évacuation abondante de matières liquides et de gaz. Continuation du régime: lait, vin et groogs.

Le 29, l'expression faciale est calme, mais la langue est sèche, le ballonnement du ventre est toujours prononcé. Il s'est produit depuis la veille un érysipèle couvrant la partie latérale droite ce l'abdomen et le tronc du même côté, depuis l'angle inférieur de l'omoplate, jusqu'à la racine de la cuisse, qui est envahie elle-même en arrière. Les ganglions de l’aine sont douloureux. Potion avec 4 grammes d'extrait mou de quinquina, groogs et vin généreux.

Le 30, nuit mauvaise, sommeil interrompu, bouche amère, langue sèche,

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la peau moite, le ventre plus souple : la voix est moins forte, le nombre des respirations s'élève à 34 par minute. Température, 37°7; pouls 108, le matin;

le soir, température 38°6, pouls 410. … À quatre heures, une nouvelle consultation a lieu entre MM. Charcot, Ver-

neuil, Trélat,Siredey et Lannelongue; M. P.Bert était présent. D'un commun accord les consultants reconnaissent que la situation s’est considérablement aggravée et qu'aucune opération n'est indiquée, ni possible ; les seules indi-

cations sont relatives à l’état fébrile et au soutien des forces.

Le 31, température 37°, pouls 120, 40 -respirations : affaissement, léger

délire apparaissant à plusieurs reprises ; hoquet pendant quelques instants ;

point de souffrance d’ailleurs. On donne du café, qui est rejeté; on recommande l'usage du vin de Champagne, de l’eau-de-vie et du rhum.

À une heure de l’après-midi, la physionomie est calme, mais le visage présente une teinte légèrement violacée, la bouche est extrêmement sèche. Vers deux heures, les parties qui sont hors du lit, les mains surtout, deviennent fraiches ; le pouls oscille entre 120 et 140, avec quelques irrégularités de temps en temps. M. Gambetta possède, d’ailleurs, toute sa lucidité et ne se plaint d'aucune souffrance. Dans la soirée, le vin de Champagne ayant été

mal toléré, ilest recommandé de ne plus employer que le thé au rhum et

d’entourer le malade de boules d’eau chaude.

A 10 heures du soir, M. Lannelonguc constate que les symptômes alarmants se sont multipliés et aggravés.

M. Gambetta conserve encore sa connaissance et répond un dernier mot à onze heures moins un quart. M. Gambetta rend le dernier soupir, sans secousse, à onze heures cinquante-cinq minutes.

Nous faisons connaître plus haut le résultat de l’autopsie.

La santé de M. Gambetta laissait beaucoup à désirer depuis plus d’un an; il éprouvait fréquemment des malaises abdominaux dont il lui répugnait de parler, malgré les conseils de ses amis qui le voyaient souffrir. Il lui est arrivé de quitter plusieurs fois les personnes avec lesquelles il se trouvait, ou de se tenir à l'écart d’une conversation, tant la douleur le dominait. Il a parlé luimême de véritables angoisses d’entrailles qui devenaient fréquentes depuis quelque temps. Enfin, voici à peu près les termes dans lesquels un des internes chargés de le soigner, M. Walter, a rapporté une conversation qu'il a eue avec lui. - |

Un soir, après diner, le 9 décembre, M. Gambetta fut pris de douleurs assez pénibles au creux épisgastrique, qui furent accompagnées de pyrosis, d’éructations fréquentes et bientôt de nausées et de vomissements. Il dit que:

HER souvent, après le repas, il éprouvait les mêmes accidents. La constipation, habituelle chez lui, l’obligeait à prendre, de temps en temps, de l’eau de Pullna, etc.

Des considérations nombreuses et des conséquences cliniques rois des et médico-légales, que l’on pourrait tirer de cette relation, nous n'en voulons retenir ici qu’un petit nombre :

La première, c’est que la blessure et la maladie sont deux faits bien distincts et qui, cependant, ne peuvent et ne doivent pas être complétement dissociés. L'origine de la maladie remontant, manifestement, au-delà de l’épôque de la blessure , celle-cin’est donc pourrien dans sa manifestation, mais il est à peu près impossible de se défendre de l’idée qu’elle a exercé une influence funéste, soit par la commotion organique qu’elle a dû provoquer, soit par le décubitus prolongé et le régime plus ou moins débilitant qu’elle a nécessité et qu’elle a dù hâter une issue fatale qui n'aurait probablement eu lieu que plus tard.

La deuxième conclusion qui ressort de l'examen nécroscopique, c’est la justification de l'avis de la non-intervention chirurgicale qui avait prévalu parmi les consultants et qui paraît même avoir été unanime. L’autopsie a clairement démontré, en effet, que toute intervention eût été, non-seulement inutile, : mais nuisible.

Observation V

(Personnelle)

Le nommé Sou... (Jean-Pierre), âgé de quarante-quatre ans, coiffeur, occupe le n° 13 de la salle Notre-Dame à l'Hôtel-Dieu de Toulouse, où il est entré le 21 janvier 1878 pour des accidents de péritonite survenus subitement.

Cet homme a mené une vie fort irrégulière, et c’est à la suite d’une nuit d'orgie que, fortement échauffé et le corps en sueur, il but à même de l’eau glacée à une fontaine publique. Rentré chez lui, il ne tarda pas à éprouver un frisson intense, de violentes coliques et d’abondants vomissements. Le lendemain, il se fit transporter à l'hôpital. | “Nous le trouvons en proie à une fièvre violente. Son facies est fortement toloré, vultueux. La palpation du ventre ne peut être faite que très-incom-

Dre plétement, la douleur étant des plus violentes. Les vomissements ont continué à plusieurs reprises dans la journée. Le malade ne peut rien supporter. L'inappétence, d’ailleurs, est complète et la soif des plus vives.

Application de dix sangsues sur le ventre. Bouillon, limonade vineuse, 10 centigr. d'extrait thébaïque. Le malade ne tarde pas à être soulagé, et le vomissements cessent dans la nuit.

Le lendemain, on peut constater un empâtement considérable de toute la fosse iliaque droite ; cet empâtement s'étend jusqu'au rebord des fausses côtes. La constipation, apparue dès le début de l'affection, est combattue par l’administration d’un lavement purgatif dont l'effet est à peu près nul.

25 janvier. — On éprouve la sensation d’une crépitation sous la peau de la paroi abdominale. On ne tarde pas à avoir l’assuranee de la présence d’un abcès dans la fosse iliaque.

Le 28, on constate la présence d’un point rougeâtre assez étendu, à trois ou quatre centimètres au-dessus du ligament de Fallope. Deux jours après, Pabcès s'ouvrit spontanément après une perforation de la paroi abdominale, et on ne fut pas peu étonné de l'odeur et de la couleur particulières du pus qui sortit par la plaie. On eut bientôt la raison de cette anomalie ; car, dès le lendemain des matières fécales s’écoulèrent par l'ouverture. Il est probable, d’après ce fait, que l’inflammation avait atteint simultanément le péritoine et le tissu cellulaire sous-cutané, ainsi que le cæœcum; que la présence du pus avait occasiouné le sphacèle de la peau en cet endroit, et que des adhérences

s'étaient heureusement produites avec assez de rapidité pour permettre à l’abcès de ne pas s'ouvrir dans la cavité péritonéale. Le mécanisme de cette marche du pus nous à paru assez compliqué. Il était, en effet, peu admissible que le pus eût décollé le péritoine cœcal après avoir formé une collection en arrière ; d'un autre côté, la concordance parfaite de l’ouverture de l’abcès à l'extérieur avec la perforation du cæcumet sa communication avec l'extérieur également nous a fort étonné. Il est possible cependant qu’une ulcération existât dans le cœcum par suite d’une inflammation violente et subite ; que des liquides, étant en contact avec la tunique musculaire, en aient occasionné le sphacèle ; que l’inflammation, se propageant à la séreuse, ait amené la production de néo-membranes qui ont pu adhérer facilement et rapidement à la

paroi abdominale antérieure et que ces adhérences aient eu assez de force :

pour résister au décollement du péritoine occasionné par l'infiltration du pus provenant du phlegmon péri et rétro-cœcal.

Les notes que nous avons pu recueillir sur ce malade sont malheureusement incomplètes. Nous savons seulement que sa maladie a été fort longue; qu’elle

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