‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 14 sur 82 · C. État de la peau. — La peau est froide ou brûlante. Elle · texte numérisé non relu

C. État de la peau. — La peau est froide ou brûlante. Elle

est souvent pâle, décolorée, livide, terreuse, rosée dans la réaction, jaune dans quelques cas, et d’une teinte tout-à-fait ictérique dans d’autres. Ce symptôme accidentel, signalé par MM. Larrey, Pu "net , Audouart, a été quelquefois observé par nous et nos confrères dans l’épidémie d’Égypte de 1834-35. La peau présente divers exanthèmes. Ce sont dans l’ordre de fréquence de leur apparition : les pétéchies, la miliaire , les phlyctènes, et d’autres taches de couleur et de grandeur variées. Diemerbroeck, qui a constaté ces derniers phénomènes, dit que ces taches rouges, violacées ou noires, affectaient quelquefois une forme oblongue , telle, qu’on les eût dit faites avec une plume à écrire; d’autres, plus grandes, ressemblaient à un coup de fouet (l). De temps en temps, on observe aussi des rougeurs érysipélateuses (Pfisterer), différentes ulcérations (peste de Russie de 1427); enfin des tumeurs tenant le milieu entre le bubon et le charbon. Ces tumeurs, qui peuvent se développer sur toute la surface externe du corps, ont été signalées par Chenot et Antoine Loick dans la peste de Hongrie et d’Autriche de 1713. Dans la dernière épidémie d’Egypte, nous avons observé, outre les pétéchies, diverses éruptions

(1) Peste de Nimègue (chap. vu, § 16).

de sudamina, de miliaire , d’érysipèle, ainsi que plusieurs abcès plus ou moins profonds, aux différentes régions du corps. La gangrène de la peau et le sphacèle des membres, dont font mention les historiens de la peste d’Athènes, ont été très-rarement signalés. Pour notre compte, nous avons vu souvent la gangrène du scrotum succéder à son inflammation érysipélateuse.

d. Char bons y bubons. — Enfin les autres phénomènes morbides qu’on obsene à la peau sont les anthrax , les charbons et les bubons. Quoique ces derniers n’aient point leur siège dans le système cutané , nous avons cependant cru devoir les ranger dans cet article, parce qu'ils font partie des signes offerts par l’habitude extérieure. De ces divers symptômes, les bubons sont les plus fréquents; puis viennent les charbons et les anthrax. Quant à ces derniers , nous pensons que la distinction de quelques au^ teurs n’est point fondée , et nous ne les considérons que comme la même affection à différons degrés d’intensité.

2° Appareil locomoteur. — a. Un des principaux caractères consiste dans l’anéantissement plus ou moins complet des forces musculaires. Dès les prodromes de la maladie, les individus éprouvent une lassitude considérable. Leur démarche est titubante , comme celle que donne T ivresse. Bientôt la station devient impossible , et la prostration des forces est portée à son comble. D'un autre côté , l’énergie du système vasculaire est quelquefois augmentée. Gela a lieu pendant la réaction et le délire ; mais ce signe est assez rare. On a vu quelquefois des soubresauts de tendons, des contractions musculaires (Diemerbroeck) ; enfin , dans quelques cas, on n’a observé ni abattement, ni augmentation des forces: et les malades ont continué de vaquer à leurs affaires, comme en état de santé. Mais ces cas sont fort rares , et ne paraissent guère qu’au déclin des épidémies.

3° Appareils de la voix et de la parole. — a. Dans la majorité des cas, la voix n’éprouve aucune altération, et c’est ce que mes confrères et moi avons pu constater en Egypte. Dans l’épidémie de Digne de 1G29, la voix devint rauque chez la plupart des pestiférés.

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b, La parole est ordinairement embarrassée ; les réponses sont lentes , balbutiées : il y a quelquefois du mutisme , qui s’observe surtout vers la fin de la maladie , et qui continue pendant la convalescence et après la guérison. J’ai eu occasion de voir un assez grand nombre de cas semblables. D’autres fois, il y a de la loquacité. Ce dernier phénomène est mentionné par Schraud (1).. Le bégaiement fut observé souvent par Procope dans la peste du sixième siècle. Ce signe n’a pas été indiqué par les historiens des pestes ultérieures : nous ne l’avons jamais remarqué dans l’épidémie de 1835. Peut-être a-t-on confondu l'embarras de la parole avec le bégaiement.

4° Appareil sensitif . — a. La sensibilité générale est diminuée dans la peste comme dans toutes les affections de forme typhoïde. L’état de stupeur et le coma sont la conséquence de cette diminution de la sensibilité \ cependant elle est quelquefois exaltée , et quand elle a lieu, c’est ordinairement pendant la réaction.

b. La douleur qu’accusent les malades a son siège le plus fréquent dans l’encéphale. Elle*est ordinairement le symptôme le plus intolérable de la peste. Quelquefois obtuse, ieplus souvent aiguë, elle est tantôt générale et tantôt partielle. On l’a observée à Digne, en 1729, et à Nirnègue, en 1636. En Égypte, les malades accusaient surtout une céphalalgie frontale. Après la céphalalgie , nous avons constaté fréquemment r existence de douleurs lombaires et dorsales , souvent de coliques; il y eut rarement de la gastralgie , quelquefois de la cardialgie. Nous n’avons jamais observé les douleurs de poitrine et d' épaules , mentionnées par quelques auteurs ; non plus que celles des membres qui, au rapport d’Orxeus , parcouraient les diverses régions du corps , et qu’il compare à des secousses électriques (2).

c. Organes des sens. — - Dans quelques cas, la vue est obscurcie, Yoiiie s’affaiblit. Il y a des tintemens d’oreille et quelquefois de la surdité. L 'odorat est diminué et souvent aboli. Cela peut

(1) Tom. il, p, 56.

(2) Pendant la peste de Rome de 1656.

tenir dans plusieurs circonstances au séjour, dans les fosses nasales, de mucosités durcies et adhérentes à la muqueuse. l^esens du goût est perverti. Les malades croient percevoir une saveur fade ou amère. Souvent ce sens se perd totalement.

d. Intelligence et affections morales. — a. Les phénomènes morbides qui se rattachent à ces fonctions, sont les suivans : confusion plus ou moins grande dans les idées, frayeurs, apparitions de spectres, etc. Dans la peste décrite par Procope, les malades se réfugiaient dans les églises ou s'enfermaient dans leurs appartemens , comme s'ils eussent été poursuivis par des malfaiteurs. Le délire , un des symptômes les plus fréquens de la peste, affecte différens caractères. Tantôt furieux , comme on l'a observé dans la peste du sixième siècle (1) , dans celle de Digne de 1629 (2), dans celle de l’Ukraine de 1738 ; le plus souvent tram quille, comme nous l avons vu en Egypte, d présente encore diverses formes particulières. Un assez grand nombre d’individus ont du penchant à se suicider. A Milan, cette monomanie était devenue si générale, surtout parmi les femmes, que l’autorité, pour arrêter le mal, fut obligée de déclarer qu’on exposerait nus les cadavres de celles qui se seraient donné la mort. Cette mesure produisit, dit-on , un heureux effet. Dans le dix-septième siècle, ces suicides se renouvelèrent à Padoue et en Danemarck , où les malades se faisaient périr par strangulation. Durant cette même épidémie de Danemarck, un grand nombre de personnes se noyèrent. Déjà Procope avait remarqué que beaucoup de pestiférés se jetaient à la mer , et dans l'épidémie pestilentielle qui ravagea la France en 1482, on avait observé que plusieurs malades se précipitèrent dans les puits ou les rivières. Nous n'avons jamais rencontré ces monomanies. Quelques-uns de nos malades ont conservé leur raison jusqu'au dernier moment.

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