B. FONCTIONS DE LA VIE ORGANIQUE
1° Appareil digestif . — a . Faim, soif. Tantôt l'appétit est
(1) Procope.
(2) Papon, de la Peste (tom. i, pag. 193 etsuiv.).
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augmenté, tantôt il est nul. Vrocope (1), Papou (2), Passer! (3), rapportent que des individus restaient des semaines sans nourriture, tandis que d’autres éprouvaient une faim dévorante. Pour nous, nous avons constamment observé de l’inappétence chez nos malades. La soif présente le même contraste-, mais chez le plus grand nombre des pestiférés, elle est inextinguible.
b. État de la bouche. La langue est tour à tour humide et sèche , humectée dans le début, large, blanche ou bleuâtre à sa partie supérieure, rose à sa pointe et sur ses bords; elfe devient plus tard sèche, rouge, noirâtre à son centre, et fendillee. Trcssouvent elle est couverte d’un enduit fuligineux. Cet enduit, quand il existe, s’attache également aux dents, et quelquefois aux lèvres. La langue conserve ordinairement sa position : cependant on l’a vue déviée, et Schonberg affirme que dans la peste de Noja cet organe avait sa pointe tournée du côté où les bubons avaient fait éruption (4). Comme aucun autre auteur n a signale un phénomène semblable, nous croyons qu’il ne faut pas attacher grande conliance à ces assertions. On a vu aussi des aphthes se développer dans la bouche. Enfin , dans Pépidémie décrite par Procope, beaucoup de malades présentèrent des inflammations violentes de la gorge. Ces divers phénomènes ne se sont jamais offerts à notre observation.
c. Vomissemens et matières vomies. Le vomissement est un des symptômes les plus ordinaires de la peste, et souvent celui qui ouvre la scène morbide. Fréquemment précédé de -nausées, il se manifeste, dans quelques cas exceptionnels, d’une manière instantanée et subite. Les premiers vomissemens ne se composent ordinairement que des liquides ingérés. Ils deviennent bientôt jaunes , verdâtres ; ils prennent quelquefois une teinte noirâtre , quelquefois enfin ils sont entièrement sanguinolens. Nous
(1) Peste du seizième siècle.
(2) Peste de Lyon de 1628-29.
(3) Peste de Malle, pag. 50.
(4) Schonberg , pag. 63, 69.
avons observé tous ces différens aspects- des matières vomies, rarement les derniers.
cl. Défécation et fèces. Dans quelques cas, il y a constipation jusqu’à la tin. Le plus souvent la diarrhée se déclare après les premiers vomissemens. Les selles toujours très-fétides sont ordinairement cendrées, jaunes et bilieuses. On lésa vues, dans quelques circonstances, noires et ensanglantées. Ces symptômes dysentériques furent observés à Arles, en 1564. Enfin on a constaté l’existence d’entozoaires dans les déjections -, phénomène qu’on rencontra fréquemment dans les pestes de Montpellier et de Marseille.
2° Appareil circulatoire . — a. Etat du cœur. Un sentiment d’oppression dans la région précordiale est le seul phénomène constant qu’on ait observé dans la peste. Rarement il y a eu des palpitations : la région du cœur n’a point été auscultée.
b. Circulation artérielle : pouls. De tout temps, le pouls a offert de nombreuses variations chez les différens pestiférés et aux époques diverses de la maladie. 11 est ordinairement petit, faible et fréquent au début de l’affection. Dans la réaction, il acquiert de la force et du développement, tout en conservant sa fréquence. Quand les phénomènes nerveux prédominent, il est souvent inégal, intermittent, concentré. Chez quelques malades enfin, chez lesquels la peste a été des plus bénignes, il conserve pendant toute la durée de l’affection son état naturel.
c. Circulation veineuse et capillaire. Le sang retiré des veines par la phlébotomie n’a, dans aucune période de la maladie, présenté de couenne inflammatoire. La proportion du sérum au cruor a toujours été plus grande que dans l’état normal. Ici se rattachent les diverses hémorrhagies qu’on observe dans différens points du corps, à 1 intérieur comme à l’extérieur, et qui se manifestent, dans le premier cas, par des hématémèses, des déjections sanguinolentes, des métrorrbagies, des épistaxis ; dans le second , par des ecchymoses , et les pétéchies dont nous avons parlé précédemment.
3° Appareil respiratoire . — a. Respiration . Toutes les fois
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que les phénomènes morbides acquièrent quelque intensité, les fonctions respiratoires participent aux modifications éprouvées par les autres organes. La respiration devient laborieuse, irrégulière , accélérée. Le nombre des expirations et des inspirations s’élève quelquefois à cinquante ou soixante par minute. Cependant , dans d’autres circonstances , on voit la respiration conserver son rhythme habituel, La poitrine n a point été auscultée.
b. Bâillement , éternument , toux, hoquet. Le bâillement est
un symptôme qui n’est pas plus propre à la peste qu a une infinité d’autres maladies : il fait partie des prodromes de presque toutes les affections. \h éternument a été observé par differens auteurs 6, nous ne l’avons pas rencontre dans i épidémie de 1834-35. La toux est une complication qui na été signalée que par Vinarius. Le hoquet est un symptôme plus fréquent. Nous l’avons observé quelquefois : c’est toujours un signe funeste.
4° Appareils sécrétoires et exhalans. — cl. Sécrétions . 11 y a diminution dans la sécrétion de la salive : quelques auteurs cependant assurent qu’il a existé du ptyalisme dans quelques circonstances (1). La sécrétion de la bile paraît augmentée dans certains cas, ainsi que l’indique la couleur des vomissemens et des selles. Quant à l’urine , outre les changemens qu elle subit dans la quantité qui est sécrétée, elle en présente d’autres dans sa composition et sa nature. Ainsi, elle est souvent claire et décolorée \ d’autres fois rouge, briquetée*, d’autres fois enfin sanguinolente. Quand le mal a acquis beaucoup d’intensité, les malades n urinent souvent plus, soit que la sécrétion cesse de s opérer, soit que la vessie ne soit plus stimulée par l’action de ce liquide.
b. Exhalaisons . La sueur ne s’observe pas ordinairement au début de la peste, et jusqu’à ce que la réaction soit établie. Elle devient alors plus ou moins abondante. Les sueurs ont offert, dans différentes épidémies, des phénomènes dignes de l’attention de l’observateur. Dans l’affection pestilentielle connue sous le nom
(l) Voy, Buday, Pfisterer.
de suetie anglaise, elles étaient exhalées en si grande abondance que le corps des malades, disent les historiens, semblait se résoudre en eau. Dans la peste du seizième siècle, elles furent jaunes, vertes, orangées, rouges, etc., et avaient une odeur infecte. Dans l'épidémie qui éclata à Moscou et à Jassis, à la fin du siècle dernier, les sueurs, au dire d’Orreus , avaient une odeur aigre, et présentaient tant de viscosité, qu'elles laissaient après elles un enduit épais et comme farineux. Nous n’avons jamais rien observé de semblable.