ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Les médecins d’autrefois ont négligé l’étude de l’anatomie pathologique, les premières recherches régulières datent de 1720 , a. 1. ■ Reehei ch es de Soulier et Chicoyneau , a. 2. — de Bertrand , a 5. de Couzier, a. 4.— Première observation, a. 5.- Deuxième observation, a. G. — Recherches de Samoïlowitz , a. 7 — • des médecins de 1 expédition d’Égypte , a. 8. — du baron Larrey, a. 9. de Pugnet, a. lu. de Puguet à Damiette (au vin), a. 11. — de Sotira, a. 12. — de Assalim, a. 15,— de Moria (1815), a. 14. — Depuis ce temps, de nouvelles recherches n’ont pu être entreprises , a. 15. -Résumé des lésions observées par les médecins de la commission d’Égvpte à l’hôpital du Caire (1855), a. IG. — Lésions observées à Abouzabel par JM. Duvigneau (1855), a. 17. — Lésions observées au Caire et à Damiette (1856; par M. Emangard, a. 18. — Lésions observées à Alexandrie par M. Rigaud, a. 19.— Observations de M. Aubert, a. 20 — Autopsies de M. Billard, a. 2i.— Résumé, a. 2-2. — Les charbons intérieurs n’existent pas, a. 25. — Les bubons ont toujours leur siège dans les ganglions lymphatiques, a. 24. — Les altérations morbides portent sur l’économie presque tout entière, a. 25. — A. Appareil lymphatique. B. Oiganes de la digestion. — C. Appareil respiratoire. — D. Centres nerveux. — E. Altérations du sang. — Les connaissances actuelles ne nous permettent pas de déterminer exactement quelle est la nature delà peste, a. 26.
1 . Les anciens médecins attachaient peu d’importance à l’étude de l’anatomie pathologique*, d’ailleurs les préjugés de leur temps
s’opposaient à ce qu’ils pussent porter le scalpel sur le corps humain. Les premières autopsies de pestiférés furent faites dans le sixième siècle; mais les auteurs se contentèrent de signaler des anthrax et une gangrène horrible. Dans le dix-septième , « on trouva les viscères gangrénés, le cœur, le poumon et le foie couverts de taches noires ; les vésicules biliaires remplies de bile épaisse et collante, les gros intestins pleins de sang. » Chirac lit quelques autopsies à Rochefort; les désordres qu'il signale sont à peu près les mêmes que nous venons d’indiquer, et ne peuvent donner la moindre idée des altérations pathologiques telles qu’on les observe de nos jours. Ce n’est guère que dans la peste de 17*20 que des ouvertures de cadavres furent faites assez régulièrement , et en assez grand nombre, par les chirurgiens Verny, Deidier, Bertrand et Souliers. Ce dernier en lit douze assez détaillées, tant à Marseille qu’à L hôpital de la Charité d’Aix , en 1721. Voici ce qu'il dit à cet égard :
« Après que j’eus ouvert le bas-ventre et la poitrine de trois cadavres de la première classe, c’est-à-dire des plus gravement attaqués, je n’y observai autre chose que des marques très-sensibles d’une inflammation gangréneuse, généralement répandue sur les principales parties de ces deux régions. Elles étaient toutes livides, noirâtres ou d’un rouge foncé; leurs vaisseaux étaient remplis et gorgés d'un sang de meme couleur. Un nombre infini de ces mêmes vaisseaux qui , dans l’état actuel, peuvent à peine être aperçus à raison de leur petitesse, sautaient pour ainsi dire aux yeux , surtout ceux qui rampent sur les enveloppes des intestins, de l’estomac, des poumons et sur le péricarde; ils étaient si sensibles, que leurs plus petites ramifications ne pouvaient se dérober à la vue.
» Je n'ouvris pas la tète de ces cadavres et je ne fouillai point dans leurs entrailles , comme je l’ai fait à l’égard des classes suivantes, tant à cause de la grande infection du lieu où je travaillais, et où quantité d’autres cadavres étaient entassés par monceaux , que vu le défaut des commodités et des instrumens nécessaires en pareil cas; soit encore que dans ces commencemens l’imagU
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nation d’un novice, en fait de peste, fut frappée un peu trop vivement des funestes idées de la prétendue contagion. »
2. Le môme fit, en 1721 , à Fliopital du Mail, en présence de Chicoyneau , Verny et autres , l’ouverture de six cadavres de la deuxième classe. Il y trouva les lésions suivantes : « La vésicule du fiel, T estomac et les boyaux remplis d’une bile verdâtre , mais d'un vert foncé , en un mot , pareille à celle que la plupart des malades rejetaient par le vomissement ou par les selles.
» Le cœur et le foie beaucoup plus gros qu’ils ne doivent hêtre, ayant presque une fois autant de volume qu ils en ont communément dans l’état naturel , sans néanmoins qu il pai ut aucun changement de couleur ou aucune altération dans leuis surfaces.
» Dans tous les cadavres dont j'ouvris la tète, continue le même auteur, je trouvai les vaisseaux du cerveau et de ses enveloppes, de sa surface, de sa substance corticale et médullaire intérieure et extérieure, tous les sinus, etc., fort gonflés et remplis d’un sang épais et noirâtre ; les glandes tuméfiées qui formaient les bubons, gangrénées , noirâtres, livides, purulentes, surtout dans leurs racines. Quant aux faits particuliers , ils peuvent se réduire à des charbons intérieurs, des taches pourprées et livides, semblables aux extérieures ; â l’estomac rempli de longs et gros vers , un sang noirâtre et puant ; et , ce qui mérite bien d’ètre remarqué , c est qu’aucun de tous ces cadavres n’exhalait de mauvaises odeurs , comme celles des personnes mortes de maladies de pourriture qui ont été de quelque durée. »
Le médecin dont nous parlons fait mention de charbons intérieurs. C ’est probablement l’altération des follicules muqueux intestinaux qu’il a voulu indiquer. Le charbon est une maladie du système cutané , et ne peut se développer ailleurs.
Deidicr fit neuf ouvertures de cadavres où il trouva â peu
près les mêmes altérations que celles décrites par Souliers.
3. Bertrand, qui a tracé d’une manière assez remarquable l’historique de la maladie, paraît ne pas avoir apporté assez d’attention à l’examen des lésions cadavériques, car il s’exprime ainsi : L’ou-
verture des cadavres n’a rien découvert de particulier sur la nature du mal ni sur sa cause. Dans les uns, tout a paru dans un état normal; dans les autres, on n’a trouvé que quelques légères inflammations dans le bas-ventre, qui étaient certainement les dernières productions de la maladie.
A. Le docteur Couzier, médecin d’Alais, témoin de la peste qui ravagea cette ville en 1721 , ouvrit douze cadavres dont il rapporte les observations assez détaillées. Nous ne parlerons que de la première et de la dernière, parce qu’elles diffèrent un peu des précédentes, et qu’elles ont la plus grande analogie avec ce que nous avons vu.
5. Autopsie du cadavre d'une femme de soixante-dix ans , morte au premier degré de T épidémie. — « Je ne vis rien sur l’habitude du corps que quelques taches pourprées. Le basventre étant ouvert , je trouvai le foie et la rate obstrués , et la membrane interne de l’estomac injectée. Ce viscère contenait une liqueur qui paraissait formée par un mélange de vin, d'huile et d’un peu de bile verdâtre; l’intestin iléon était enflammé ; tous les autres contenaient une grande quantité de vers. Le cœur était très-gros et rempli d’un sang très-noir. On ne toucha point à la tète. )>
6. Dernière observation. — Ouverture du cadavre d’un jeune homme de vingt-deux ans. — «Le bas-ventre étant ouvert, nous trouvâmes la rate extrêmement gonflée, adhérente au diaphragme. Le foie était plus gros que de coutume et paraissait presque entièrement corrompu et adhérent au diaphragme par sa partie droite supérieure.
» Il y avait quatre charbons (1) sur la partie postérieure du poumon , qui étaient noirâtres et adhérens à la plèvre. Le lobe gauche du viscère , qui était fort blanchâtre , était marqué de quelques taches pourprées. Nous ne remarquons rien dans la tête. »
7. Samoïlowitz et les autres médecins qui ont traité la peste de
(1) C’étaient probablement des taches gangréneuses,
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Moscou . en 1/71 , et qui en ont donné d’assez bonnes relations ,
n’ont presque pas fait d’autopsies.
8. Les médecins de l’expédition d’Égypte n’ont jeté que peu de lumières sur la science, en ce qui se rattache aux lésions trouvées après la mort dans les organes de ceux qui avaient succombe
à la peste.
Desgenettes n’en parle pas.
9. Le baron Larrey n’a ouvert que deux cadavres a Jaffa, et ce qu’il en dit est, comme on peut le voir, fort incomplet.
a Pendant la campagne de Syrie, j’ai voulu rechercher, jusque dans les entrailles des morts, les causes et les effets de la peste. Le premier cadavre dont je fis l’ouverture fut celui d’un volontaire, âgé d’environ vingt-cinq ans , qui mourut quelques heures après son entrée à 1 hôpital des blesses a Jatla; il avait poui piincipal symptôme un charbon au bras gauche. Son corps était parsemé de pétéchies ; il exhalait une odeur nauséabonde que je ne supportais qu’avec la plus grande peine. Le bas-ventie était mémorisé ; le grand épiploon, jaunâtre et marqueté de taches gangréneuses ; les intestins étaient boursouflés et de couleur brunâtre ; l’estomac, affaissé et gangrené dans plusieurs points correspondans au pylore le foie, d un volume plus consideiable que dans l état ordinaire 5 la vésicule, pleine d’une bile noire et fétide ; les poumons, d’un blanc terne, entrecoupés de lignes noirâtres ; le cœur, d’un rouge pâle ; son tissu presque macéré , se déchirant facilement; les oreillettes et les ventricules, pleins d’un sang noir et liquide; les bronches, remplies d’une liqueur roussàtre et écu-
meuse.
» Le second cadavre était celui d’un sergent-major dont j ai parlé. Je trouvai à peu près les mêmes désordres dans les viscères du bas-ventre et de la poitrine. Le foie était plus engorgé ; la vésicule, extrêmement distendue ; le péricarde, rempli d’une humeur sanguinolente , et le tissu cellulaire, parsemé d’un lacis de vaisseaux variqueux pleins d’un sang noir liquéfié. J’ai ouvert en Égypte plusieurs autres cadavres de personnes mortes de la peste, et j’ai remarqué les mêmes résultats. Les circonstances
1)E LA l'ESTE.
ne m ont jamais permis de faire rouverture dii crâne (1). »
Le chirurgien en chef de l’armée paraît ne pas avoir disséqué avec beaucoup d’attention les bubons ; car il prétend que ceux-ci n’affectent jamais les ganglions lymphatiques. « L’expérience et mes recherches, dit-il, m’ont confirmé cette vérité que la peste , dans les bubons qu’elle produit, n’attaque jamais le tissu des glandes lymphatiques (2). » Pour nous , nous nous sommes convaincus que les bubons n’ont jamais été que le résultat de l’altération des ganglions lymphatiques.