‹ De la peste observée en Égypte. Recherches et considérations sur cette maladieChapitre 20 sur 82 · Pugnet, dans la peste qu’il observa à Damiette en · texte numérisé non relu

Pugnet, dans la peste qu’il observa à Damiette en

(1) Mémoires de chirurgie militaire, tom. i, p. 526.

(2) Tom. i, p. 419.

(3) Observations pratiques sur l’épidémie qui régna dans l’armée française, en Syrie, en l’an n , pag. 128.

(4) Pag. 447.

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l’an VIII (1), s’exprime ainsi : « Après la mort, les taches devenaient encore plus nombreuses et. plus étendues. Fréquemment le sang ne s’épanchait pas seulement dans tout le tissu cellulaire , mais il continuait à se répandre au dehors par les narines et par les oreilles.

» La rougeur des yeux était beaucoup plus chargée qu’elle ne l’avait été pendant la maladie. Souvent les vaisseaux du cou gonllés se dessinaient et faisaient saillie sous les tégumens qui les recouvraient.

» La partie antérieure de la poitrine était quelquefois emphysémateuse ; l’air en soulevait les enveloppes cutanées , les isolait du tissu cellulaire et formait une énorme tumeur également élastique et sonore.

» Le bas- ventre, fortement météorisé , offrait tous les signes d’une tympanite abdominale. Lorsqu’on ouvrait une issue à Lair renfermé dans les tumeurs flatulentes, il s’échappait avec bruit, et infectait rapidement une vaste portion de l’atmosphère. Je manque d’expressions pour spécifier une odeur aussi nauséabonde. Les autres parties molles étaient flasques, et les extrémités si flcxiblés, que, sans aucun effort, on leur imprimait tous les mouvemens dont elles avaient été capables dans leur plus grand état de souplesse.

» Ce qui frappait davantage, c'était, dans le crâne, les collapsus du cerveau et du cervelet, l’espèce de fluidité qu’avaient acquise les deux substances qui les composent *, enfin, l’excès de plénitude des sinus et des autres vaisseaux veineux répandus sur toutes les enveloppes de cet organe.

» On no trouvait pas constamment ces vaisseaux rompus et le sang épanché ; mais on observait toujours qu’ils cédaient sans aucune résistance à la plus faible distension. Le défaut de consistance dont était frappée la pulpe cérébrale ne permettait aucune recherche dans son intérieur ; tout y était effacé, jusqu’aux traces des ventricules : le cerveau et le cervelet eux-mèmes se seraient

(1) Onv. oit. , pag.

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confondus en une seule masse, si les faux et la lente, en les divisant, ne se fussent opposés â leur amalgame.

» Dans la poitrine les poumons étaient rarement altérés ; mais la prodigieuse dilatation du cœur gênait leur développement. Le ventricule droit était surtout anévrismatisé à un point extraordinaire, et sa texture si lâche, si mince, si pâle, qu’on la distinguait à peine de celle du péricarde. Il renfermait un liquide très-séreux , dans lequel flottaient des concrétions rouges et blanches , les unes formées par différentes agrégations de globules du cruor, et les autres par des portions de lymphe coagulée. On en comptait de chaque couleur, trois, quatre ou cinq , inégalement arrondies , et de la grosseur environ d’une noix.

» Dans le bas-ventre, nos vues se dirigeaient d’abord vers l’estomac. En le renversant, nous découvrions toujours sa membrane interne , ou complètement sphacelée , ou surchargée de petits points gangréneux, que masquait un enduit jaunâtre. Au dehors, cet organe était sain , de même que toutes les surfaces et toute l’étendue du tube intestinal, si on en excepte la tunique profonde du duodénum , qui se ressentait parfois des désordres de l’estomac.

» Le foie et la rate, le foie surtout, offraient plus de volume, et la vésicule du fiel plus d’humeur bilieuse que dans l’état naturel ; ces différences n’étaient pas toujours également notables, mais la hile paraissait constamment d’un jaune plus chargé.

» Nos dernières recherches se sont portées sur les glandes engorgées et le tissu cellulaire suhjacent à la peau. La substance des glandes était généralement couenneuse et d’un gris clair tacheté en rouge-brun. On reconnaissait parfaitement les troncs distendus des vaisseaux blancs qui se portaient vers elles ; leur développement égalait celui de tout le système veineux, et celui-ci s’était évidemment formé au détriment du système artériel qu’on rencontrait de toutes parts dans un état d’affaissement extrême. Enfin le tissu cellulaire ne paraissait tenir à aucune des parties dont il est le moyen d’union. Plus délié que la toile d’araignée la plus faible, un souille rompait tous ses points d’adhérence. »

l‘2, Sotira , qui a été à même d’observer la peste de l’an vu,

DESCiurnoiv

vin, ix, ne dit que deux mois sur les lésions trouvées après la mort.

a Je nVi pu observer, dit-il, l’ouverture d’aucun cadavre ; mais d’après le rapport qui m’a été fait par d autres ofïicicis de santé, il parait constant que la moelle de l'épine et le cerveau sont sphacelés, et tout le système des glandes lymphatiques engoigé (1). >>

13. Assalini ne s’est pas occupé du tout d’ouvertures de cadavres. Savaresi parle vaguement de l’aspect intérieur qu’oflraierit les cadavres, mais il ne s’est jamais livré à des recherches nécroscopiques complètes.

14. Moria, médecin napolitain, qui observa la peste a Noja, en 1815, 1816, n'a fait que deux autopsies. Il prétend n’avoir trouvé aucune altération dans les trois cavités splanchniques qui furent examinées, dit-il, de la maniéré la plus minutieuse.

15. Depuis cette époque, peu de médecins se sont trouvés favorablement placés pour faire des nécropsies, soit à cause des difficultés que l’on trouve dans les pays où règne la peste, soit par l’effet de la peur qu’inspire la contagion. Sous ce rapport, nous pouvons dire, sans crainte d’être démentis , que mes confrères d’Égypte et moi avons beaucoup mieux vu, beaucoup mieux fait que tous ceux qui nous ont précédés, et que nous avons, sinon complété l’anatomie pathologique de la peste, du moins laissé fort peu à faire, et on pourra s’en convaincre par le résultat des nombreuses autopsies, qui ont été faites avec soin.

16. Résumé des Usions résultant de T ouverture de plus de cent cadavres , à T hôpital du Caire, pendant V épidémie de 1835, par MM . Gaëtani-Bey, Bulard , Lachèze et Clot-Bey.

a Aspect extérieur . Les cadavres des pestiférés n’ont point présenté cet aspect hideux que les peintres et les poètes ont tracé, avec toute l’horreur que leur inspirait leur imagination , et d’après des descriptions faites par des médecins qui n avaient point vu la maladie , ou qui en avaient exagéré le tableau (2).

(1) Mémoires sur l’Égypte pendant l’an vu, vm, ix, tom. iv, p. 172.

(2) Nous avons vu nous-même, chez les principaux marchands d’estampes de Paris, une gravure représentant des pestiférés sous les couleurs

DE LY PESTE

» La physionomie n’était pas sensiblement altérée; chez ceux pourtant qui avaient succombé promptement à la violence du mal, la face et le cou étaient violacés, ce qui leur donnait l’aspect d’individus morts d’apoplexie ou d’asphyxie, et cela était surtout sensible chez les Européens, à cause de la blancheur de leur teint. Les traits n’étaient point crispés, comme nous l’avions observé dans le choléra, la maigreur n’était remarquable que chez ceux où la maladie se prolongeait et était compliquée de diarrhée. Les muscles ne présentaient pas plus de rigidité que ceux des individus morts d’autres maladies. Enfin, généralement leur décomposition n’était pas plus prompte. »

Dans deux cas les cadavres ont offert un emphysème général, qui , à l’aide d'une ponction et de l’approche d’une bougie, a été reconnu produit par un gaz dont la flamme de couleur bleuâtre a fait croire à la présence de l’hydrogène carboné ou sulfuré.

« Système nerveux. — Les sinus étaient généralement remplis de sang noir; les veines sous-araclmoïdiennes très-injectées; l’arachnoïde était souvent infiltréede sérosité. Entre cette membrane et la première , on remarquait de petits épanebemens sanguinolens. La substance du cerveau était généralement moins consistante ; chez quelques sujets où le délire s’était prolongé, cet état était plus prononcé, et toujours elle était pointillée. Les ventricules contenaient en général peu de sérosité ; la moellç épinière était sans altération notable ; les nerfs de la vie animale n’ont rien présenté d’anormal , excepté dans celles de leurs parties qui se trouvaient en rapport ou confondues avec les masses glandulaires, ou dans les épanchemens hémorrhagiques. »

Le grand sympathique offrait les mêmes altérations dans les mêmes conditions; et, chez quelques sujets seulement, des taches et des points parfaitement limités étaient répandus principalement sur la partie inférieure.

Système lymphatique. — La dissection des bubons nous a mon-

les plus repoussantes, et qui ne se rapportent en rien à ce que nous avons observé.

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trë que les tumeurs étaient toujours formées par le développement morbide des ganglions lymphatiques des différentes régions où ils siégeaient ; ceux des angles des mâchoires et du cou étaient toujours bdépendans des glandes salivaires restées saines. Les vaisseaux et les nerfs qui étaient compris dans leur épaisseur participaient plus ou moins à l’état inflammatoire ; ceux du pli de l’aine étaient tantôt formés parles ganglions placés derrière le feuillet aponévrotique du fascia transver salis, au devant des vaisseaux et des nerfs cruraux, ou dans l’espace triangulaire de cette région. D’autres n’affectaient que les ganglions sous-cutanés; et, parmi ceux-ci, les uns étaient placés au devant de l’anneau, ou plus ou moins haut, en dedans ou en dehois. L état d alteration du tissu cellulaire répondait à celui des glandes ; tantôt il était

simplement infiltré d’une sérosité albumineuse , tantôt il participait à l’état inflammatoire des glandes ou était le siège d’un épanchement sanguin (1).

<i Les ganglions lymphatiques étaient constamment développés, môme chez les individus morts avant l’apparition des bubons ; leur volume était huit ou dix fois plus fort que dans l’état normal , et nous en avons trouvé depuis la grosseur d’une amande jusqu’à celle d’un œuf d’oie; les moins altérés avaient leur tissu durci, injecté; dans un état plus avancé, les uns, sans changer de couleur, les autres, prenant l’aspect violet et même lie de vin , se ramollissaient partiellement ou en totalité, et arrivaient à l’état de putrilage plus ou moins complet.

» Ceux formant les bubons internes ou externes s’aggiomé-

(1) Contrairement à Samoïlowitz, au baron Larrey et à beaucoup d’autres médecins, qui affirment que les bubons n’attaquent jamais le tissu des glandes lymphatiques; qu’ils se manifestent au-dessous d’eux ou dans les environs, etc.

Les nombreuses dissections de la commission lui ont démontré d’une manière incontestable que toujours les bubons étaient essentiellement formés par les glandes partout où ils se sont montrés; et, comme nous l’avons déjà dit, ils ne se sont jamais développés que là où existent des ganglions lymphatiques.

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raient et constituaient des masses plus ou moins volumineuses. Nous en avons vu pesant plus de deux livres. Souvent il se formait autour de ces agglomérations un épanchement hémorrhagique qui s’étendait au loin dans le tissu cellulaire. Les ganglions cervicaux se continuaient en se réunissant , par une sorte de chapelet , avec ceux des médiastins et de Faisselle. Les axillaires communiquaient avec ceux qui entouraient les bronches et les cervicaux ; ceux du pli de Faine se pliaient de la même manière avec ceux de Fabdomen ; et on les suivait sans interruption , à travers Farcade crurale, dans le bassin , le long de la colonne vertébrale. C’est surtout dans cette dernière partie que nous avons rencontré

des épanchemens sanguins formés dans tout le tissu cellulaire sous-péritonéal. » Les ganglions du mésentère, dont le nombre était tel que l’espace inter-péritonéal en était rempli , n’excédaient pas le volume d’une amande en coque, dont ils rappelaient assez la forme -, ils étaient grisâtres, ou rouges, ou livides, mais jamais à Fétat de putrilage.

« Le canal thoracique insufflé a été trouvé constamment sain, a

Appareil circulatoire . — Le péricarde contenait fréquemment une sérosité rougeâtre assez abondante. La séreuse offrait souvent sur le cœur et sur le péricarde des plaques hémorrhagiques, ressemblant tantôt à des pétéchies , tantôt à de véritables ecchymoses.

Le cœur , distendu par le sang qui remplissait scs cavités, avait presque toujours un tiers et même la moitié en sus de son volume; son tissu souvent pâle était aussi quelquefois ramolli; le sang était en plus grande quantité dans l’oreillette et le ventricule droit. Sa couleur était noire, sa consistance caillebottée ; souvent des caillots fibrineux, albumineux, jaunâtres, se trouvaient dans les deux cavités et dans les principaux troncs artériels. Les veines caves, leurs branches et les rameaux qui s’y rendent, étaient également très-distendus par ce liquide. Le système de la veine porte et celui de la veine cave inférieure offraient cotte distinction à un plus haut Fegré.

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En général, le système veineux ne présentait aucune altération organique, excepté sur les points qui se trouvaient compromis au milieu des engorgemens glandulaires , des épanchemens hémorrhagiques ou dans leur contiguïté. Leur membrane interne était alors d’un rouge obscur parsemé de plaques analogues à celles du péricarde.

Le sang contenu dans les veines présentait le même aspect que dans le cœur *, dans certains cas , une fluidité plus grande était manifeste.

Dans les deux cas d’emphysème, rapportés au commencement de la symptomatologie, la présence du gaz a été constatée dans les veines.

Le système artériel n’a présenté rien à noter.

Appareil respiratoire. — « Les plèvres costale et pulmonaire n’ont présenté que très-rarement des traces d’inflammation. Cependant on y a remarqué des pétéchies. » Dans le cas de bubons axillaires avec épanchement hémorrhagique , la plèvre costale offrait, dans sa surface correspondante à ces désordres, des plaques ccchymosées. Les poumons, généralement sains dans leur parenchy me et crépitans, étaient pourtant engorgés , et laissaient souvent alors exsuder, par la pression , une mucosité spumeuse, sanguinolente, dont les bronches étaient souvent remplies. « La muqueuse bronchique a paru sensiblement enflammée chez des individus qui, pendant la vie, n’avaient présenté aucun symptôme catarrhal. »

Appareil digestif. — L’épiploon n'offrait rien de particulier. « Sa surface péritonéale ne présentait aucune trace d’inflammation ; rarement on y a observé des pétéchies. L’estomac, plus ou moins et quelquefois considérablement distendu par des gaz, contenait toujours un liquide ou jaune, ou verdâtre, ou noirâtre. Souvent il s’y trouvait des vers lombrics. La muqueuse, dont le tond était quelquefois normal et le plus souvent d’un rouge partiel ou général plus ou moins intense , présentait tantôt des pétéchies discrètes ou confluentes , semblables â celles observées sur la peau, tantôt des plaques offrant une rougeur très vive et

moins étendue. » D’autres fois cette même rougeur se retrouvait seulement sur les replis de la muqueuse. Tel était l’aspect général des malades dont la mort avait été prompte. Chez ceux dont la maladie s’était prolongée, le lond était tantôt d’un rouge obscur, tantôt ardoisé , présentant un ramollissement partiel et souveut des ulcérations superficielles qui suivaient les anfractuosités des replis de la muqueuse. Dans certains cas, des ulcérations plus profondes à bords relevés, frangés , et à fond noir, avaient leur siège sur d’autres points. Toutes n’intéressaient que la muqueuse. Quelques cadavres seulement ont offert celte membrane marbrée, bleuâtre et emphysémateuse. L’autopsie datait de vingt heures après la mort. Dans très-peu de cas , l’estomac a été trouvé à l’état naturel. «. Le duodénum participait ordinairement à l’état morbide de l’estomac, mais toujours à un moindre degré. Chez un Européen, mort sous 1 influence de la troisième variété , un caillot remplissait tout cet intestin et adhérait assez fortement a la muqueuse; détaché, il laissait apercevoir les petites ulcérations par, lesquelles l’hémorrhagie avait eu lieu. Les intestins grêles ont offert, à un degré d’intensité beaucoup moindre, presque toujours des pétéchies, moins souvent la couleur livide et jamais des ulcérations. » La valvule iléo-cœcale était la seule portion des gros intestins qui s’offrît altérée ; trouvée sans changement appréciable dans quelques cas , le plus souvent elle avait l'aspect livide, et quelquefois des ulcérations analogues à celles de l’estomac s’étendaient jusque dans l’appendice vermiculaire.

Le foie était toujours plus volumineux qu’à l’état normal ; des taches pétéchiales ont été plusieurs fois observées à sa surface. Une seule fois, une sorte de pustule, noire, ronde, parfaitement circons-

crite et saillante, siégeait sur le bord tranchant du lobe droit ; sa surface péritonéale correspondante à cette pustule était fortement maculée en jaune ; était-ce un charbon? Nous n’osons l’afïirmer. Le pa-

renchyme était gorgé d’un sang non coagulé, qui sortait à Ilots, par incision, et n’était pas sensiblement ramolli. La vésicule, généralement peu distendue , offrait quelquefois intérieurement et extérieurement des pétéchies; ses membranes n’étaient pas autrement

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altérées. Dans deux cas, ses parois avaient trois à quatre lignes d’épaisseur, laquelle était produite par un épanchement sanguin formé dans le tissu cellulaire inter-membraneux. La bile était d’une couleur foncée et visqueuse.

Rate, — Cet organe avait presque toujours le double de son volume et quelquefois davantage, rarement des pétéchies et des taches. Son parenchyme était gorgé de sang, ramolli souvent jusqu’à l’état de bouillie ; la couleur en était toujours plus foncée. Dans quelques cas, elle semblait être à l’état normal.

Pancréas, — En général, son tissu offrait au toucher et sous l’instrument une résistance plus grande que dans l’état ordinaire. Sur trois sujets, il avait le double de son volume.

Appareil urinaire. — Les reins, quelquefois trouvés immergés dans un épanchement hémorrhagique qui avait eu lieu dans le tissu cellulaire environnant , offraient souvent une couleur d’un violet foncé et de larges ecchymoses à leur surface. Les tissus cortical et tubulaire étaient gorgés de sang et les bassinets remplis de caillots. Les uretères en contenaient aussi quelquefois ; quand ces conduits se trouvaient compris dans les paquets glandulaires de la région lombaire, ils participaient à l’état morbide, ou étaient mécaniquement comprimés de manière à rendre raison de la suppression des urines dans certains cas.

La vessie était presque toujours contractée ; la membrane interne, ordinairement saine, a présenté rarement des pétéchies. L’urine a été quelquefois trouvée mêlée à du sang.

1 7 . Lésions organiques observées sur des cadavres de pesiifei "es a V hôpital dé Abouzabel , pendant Vannée 1835, par le doc leur Duvigneau . — « Les lésions observées dans les cadavres des individus qui ont succombé à la peste sont très-nombreuses. Des pétéchies, des ecchymoses, depuis le rouge vif jusqu’à la couleur livide, noire, se voient sous la muqueuse stomacale et intestinale; elles sont quelquefois très-nombreuses et occupent le tube digestif d un bout à l’autre. Dans d’autres cas, elfes n’en occupent qu’une portion plus ou moins étendue ; dans beaucoup de cas enfin , on n en rencontre pas une seule. On les rencontre aussi sous la mem-

brane interne de la veine cave, plus rarement sous celle de l’aorte ; la membrane des bassinets qui contiennent quelquefois du sang très-noir les offre aussi ; on les remarque encore sur la surface du cœur, du loie, des reins, de la rate, où elles sont ordinairement peu nombreuses. Les reins sont souvent augmentés de volume, sans altération apparente de leur tissu. La rate, gorgée de sang, souvent ramollie, est presque toujours doublée, triplée de volume. Celui du foie est plus ou moins augmenté, les veines presque toujours gorgées de sang noir; les cavités droites du cœur, énormément distendues au point de tripler souvent le volume de l’organe, sont remplies par du sang liquide ou coagulé ; le système veineux excessivement distendu , surtout la veine cave inférieure qui égalait souvent le volume de l’intestin grêle, était rempli par du sang très-noir, ou fluide ou coagulé; le système artériel était presque vide ; les veines qui rampent à la surface du cerveau, toujours distendues par du sang très-noir; dans quelques cas , de la sérosité albumineuse en petite quantité était épanchée sous l’arachnoïde ou dans les ventricules ; la substance du cerveau , la moelle vertébrale et leurs membranes n’ont jamais présenté d’altérations appréciables; le nerf grand sympathique, celui de la huitième paire, n'ont jamais offert rien d’anormal ; les poumons ordinairement sains étaient quelquefois un peu engoués. Les ganglions lymphatiques des aines, ceux situés dans le petit bassin et dafts l’abdomen le long de la colonne vertébrale, formant une espèce de chapelet, étaient considérablement augmentés de volume, quelquefois de couleur lie de vin , d’autres fois marbrée ; dans quelques cas, leur consistance était augmentée ; dans d’autres, ils étaient plus ou moins ramollis, en totalité ou par plaques, formant quelquefois de petits foyers purulens ou complètement en suppuration, quand la maladie s’était prolongée an-delà du terme ordinaire.

» Le tissu cellulaire environnant, gorgé de sang extravasé, formait souvent , avec les ganglions lymphatiques tuméfiés , une masse dans laquelle il était ditïicile de reconnaître les parties qui la composaient. Aux aisselles, au cou, on rencontrait les mêmes

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altérations. Dans celle dernière région, au milieu du plus grand désordre, de l’altération profonde du tissu cellulaire et des ganglions lymphatiques, les glandes salivaires se présentaient toujours dans un état parfait d’intégrité.

)> Ces altérations se sont toujours offertes en plus ou moins grand nombre chez le môme sujet ; sur vingt-deux cadavres examinés cà une époque plus ou moins éloignée de la mort, les pétéchies et les ecchymoses existaient toujours. Dans trois autopsies faites quinze, vingt, vingt-cinq minutes après la mort, ces altérations n’existaient sur aucun organe dans les deux premières, dans la troisième elles étaient très-rares , on pouvait les compter facilement. Dans ces trois cas, on ne remarquait pas non plus ces énormes infiltrations de sang autour des ganglions lymphatiques engorgés, plus ou moins profondément altérés, des aines, des aisselles et du ventre ; les veines toujours considérablement distendues projetaient au loin le sang, lorsque quelques-unes d’elles, un peu tortes, venaient à être ouvertes par le bistouri.

» Ces derniers faits me porteraient à croire que, dans quelques cas, les infiltrations de sang dans le tissu cellulaire de l’abdomen et autres régions, ainsi que les pétéchies et les ecchymoses, n’étaient pas toujours des phénomènes morbides, mais bien des effets cadavériques.

)> Le siège des bubons n’est point, comme quelques auteurs l’ont dit, dans le tissu cellulaire*, celui-ci ne s’affecte que con^cutivement. Dans les cadavres, on rencontre les ganglions lymphatiques des aines, des aisselles, du cou, du ventre, à divers degrés d’altération, au milieu du tissu cellulaire environnant souvent parfaitement sain ; celui-ci ne s’altère que lorsque la maladie se prolonge ou arrive à un certain degré d’intensité. Chez certains malades , on reconnaît parfaitement au toucher le volume augmenté et bien circonscrit du ganglion douloureux. »

18. Lésions organiques observées sur des cadavres de pestiférés à T hôpital du Caire et à celui de Damiette , en 1836, par le docteur Emangard. — « Quelquefois la bouche remplie d’un liquide blanchâtre ou dents fuligineuses ; membrane muqueuse de

l1 estomac et des intestins grêles rouge et offrant les traces d’une vive inflammation ; souvent ulcérations , quelquefois présence de lombrics; membrane muqueuse de la vésicule du liel rouge, épaissie, contenant quelquefois un liquide sariguinolent ; le foie augmenté de volume, quelquefois de couleur rouge clair dans toute son épaisseur ; membrane péritonéale rouge , épiploon congestionné et rouge; rate ayant acquis la consistance du foie et d’une couleur rouge, d’autres fois d’un volume considérable , ramollie et remplie d’un sang noir: vaisseaux de la dure-mère engorgés , aucune altération de la masse cérébrale , si ce n’est la congestion manifestée par l’apparition d’une infinité de gouttelettes sanguines rouge clair. Si on la coupe par tranches, point d’épanchement ni sanguin ni séreux dans les ventricules. Ventricule droit du cœur rempli d’un sang noir en caillot , le gauche vide.

» Tissu cellulaire des ganglions lymphatiques engorgé et rouge ; ceux-ci toujours d’un volume supérieur à l’état normal, quelquefois considérables, rouges dans toute leur épaisseur, souvent depuis la partie supérieure des cuisses jusque dans la profondeur du bassin et de l’abdomen ; reins quelquefois augmentés de volume et rouges.

» Ce résumé des symptômes qui caractérisent la peste , ces désordres organiques qu’elle laisse après elle, rendus évidens par les nécroscopies , et dont les symptômes étaient les signes représentatifs , cette réunion de faits enfin doit porter la conviction dans tous les esprits. Désormais , il ne peut y avoir un médecin de bonne foi qui n’avoue que cette maladie est la gastro-entérite la plus grave, et ne proclame la vérité des propositions 257 et 258 de X examen des doctrines.

19. Lésions organiques , observées à Alexandrie en 1835. Résumé des lésions cadavériques trouvées dans soixante-huit autopsies de pestiférés , par le docteur Ri g and.

« Habitude extérieure du cadavre. Quand les malades sont morts rapidement et privés desoins, on observe à la tète, au cou, aux membres thoraciques, à la poitrine et à la région épigastrique, une coloration bleue, violette, noirâtre, irrégulièrement disséminée par

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plaques larges. On dirait (commeTa parfaitement observé M. Broussais sur les cadavres des cholériques) qu ils ont ele frottés avec des mûres. Cette coloration , qui manque souvent quand la mort a été lente, est aussi accompagnée de pétéchies dont la grandeur varie depuis celle d’une piqûre de puce jusqu’à celle d’une grosse lentille ; d’un ou de plusieurs bubons situés dans les régions inguinales , axillaires et parotidales , plus souvent au-dessous de ces régions; enfin d’un ou de plusieurs charbons qui occupent indifféremment les diverses parties du corps , mais presque toujours les membres , le cou et la poitrine. La raideur cadavérique est très-prononcée; les muscles sont saillans ; les doigts rarement fermés.

» Tète. — Les membranes du cerveau sont très-injectées et gorgées de sang noir. Les vaisseaux qui rampent sous l’arachnoïde, fortement distendus, présentent à l’œil nu une arborisation qui se dessine dans les ramifications les plus déliées. Cette membrane est rarement épaissie. Elle est presque toujours adhérente par une transsudation blanchâtre, couenneuse, granuleuse à la surface supérieure et interne des hémisphères cérébraux, de manière à entraîner avec elle des portions de vaisseaux , quand on cherche à la détacher.

» Dans quelques cas très-rares, on trouve des épanchemens sanguins au-dessous de cette membrane, au sommet du cerveau, sur le trajet de la scissure. Dans d’autres cas plus fréquens , le tissu cellulaire sous-arachnoïdien est infiltré d’une sérosité tantôt rosée , tantôt jaunâtre , quelquefois purulente.

y> Le cerveau , coupé par tranches, laisse échapper une innombrable quantité de gouttelettes de sang très-rapproebées ; la couleur de la substance grise est plus foncée. Les ventricules contiennent toujours un peu de sérosité limpide. Les plexus choroïdes offrent une couleur rouge, violacée, lie de vin. La substance cérébrale est très-rarement ramollie.

»Les membranes de la moelle épinière sont injectées delà même manière qu’au cerveau-, on observe la môme arborisation très-

saillante et très -déliée sous l'arachnoïde. Le liquide céphalospinal est très-abondant.

» La moelle est un peu injectée , et a beaucoup plus do consistance que la substance cérébrale.

» Poitrine. — Les poumons se présentent très-souvent à l’état normal. Les diverses lésions qu'on y rencontre peuvent presque toujours se rapporter à des maladies antécédentes. Leur aspect extérieur est ordinairement rosé. Dans quelques cas il est pale, jaunâtre, marbré en bleu. Dans ce dernier cas, ces organes sont exsangues.

v En arrière, ils ont toujours une couleur violette foncée. Leur tissu est sain, ferme, crépitant. Leurs vaisseaux sanguins sont souvent gorgés d'un sang noir et épais. Leur parenchyme exprimé laisse échapper de l'air mêlé d'écume. Dans un seul cas, tous les points incisés laissaient exsuder de leurs cellules des gouttes de pus.

» La plèvre est toujours d’un rouge très-vif. Elle a souvent contracté de nombreuses adhérences.

» J’ai trouvé plusieurs fois des épanchemens de sérosité jaunâtre très-abondans dans la cavité thoracique.

» Cœur. — Le péricarde contient toujours une demi-livre, une livre et plus de sérosité. Le volume du cœur paraît augmenté, ses vaisseaux extérieurs se dessinent parfaitement avec leurs plus lines diramations. Sa surface est quelquefois parsemée de points rouges, sur les cavités gauches principalement, ou de petites taches rondes , rouges , violettes , parfaitement semblables aux pétéchies qui affectent le système cutané. On observe la même transsudation sur la membrane interne du péricarde.

» Les cavités droites du cœur, l’oreillette surtout, sont distendues par un sang noir, tantôt coagulé, mais toujours visqueux. Elles contiennent souvent de forts caillots gélatineux.

» Les cavités gauches sont vides. Le ventricule de ce côté contient pourtant un peu de sang noir. Le tissu du cœur et sa membrane interne ont été trouvés â l'état normal.

» Les artères sont presque toujours vides ; les veines sont , au

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contraire, très distendues par ou sang noir ou des caillots gélatineux , les veines jugulaires surtout. La membrane interne des artères ne m’a jamais présenté aucune altération. Celle des veines m’a offert des plaques noires , de forme irrégulière, quelquefois rondes, semblables à des taches d’encre.

» Le pharynx et l’œsophage se rencontrent quelquefois à 1 état normal; mais le plus souvent ils ont une teinte rosée ou même violacée. J’ai plus d’une fois trouvé l’œsophage dans une intégrité parfaite jusqu’à 1 orifice cardiaque, où se manilestait brusquement, sans transition nuancée, une phlogose intense.

» Abdomen. — Le péritoine est toujours rosé ou d’un rouge vif. On voit ramper sous cette membrane un grand nombre de vaisseaux perpendiculaires gorgés de sang noir , du calibre d’une paille dans leur plus forte dimension , qui vont se confondre , par d’innombrables ramifications très- déliées , dans le tissu adipeux sous-jacent, qu’ils colorent d’un rouge vif.

» Ce tissu adipeux présente d’autres fois l’aspect d’une bouillie pulpeuse, couleur lie de vin; d’autres fois il est tout-àfait puriforme et replié sur lui -même à la hauteur du colon transverse.

)> Les intestins ont une couleur généralement rosée à l’extérieur. Ils sont toujours arborisés d’une manière très-remarquable ; leur coloration varie sur divers points , suivant les divers degrés de phlogose.

» L’estomac est souvent distendu par des gaz et un 'liquide ordinairement visqueux, verdâtre ou noirâtre, semblable à un mélange de bile et de sang corrompu. La couleur de sa membrane interne varie depuis le rose, le rouge vif , jusqu’au rouge brunâtre, violacé, plombé, et jusqu’au vert bronze. Dans un assez grand nombre de cas , cette coloration est générale. On observe aussi de grandes plaques rouges, brunes, ecchymosées, des taches pétéchiales , un pointillé rouge obscur semblable à une éruption miliaire. Avec ces diverses colorations se rencontrent des ulcérations, des ramollissemens de la muqueuse, qui disparaît en entier sous le manche du scalpel promené sur elle

l)L LA 1*ESTE.

légèrement, ou qui manque déjà lout-à-fait sur divers points. Les intestins, excepté le colon qui paraît moins plilogosé et souvent rétréci, offrent les mêmes lésions. Plusieurs sujets ont présenté des vers lombrics en grande quantité : j en ai trouvé trentesept chez un seul individu ; j'ai aussi rencontré plusieurs tænias.

» Les glandes mésentériques sont engorgées et noirâtres. Tout le système glandulaire est toujours plus ou moins altéré.

» Le foie est presque toujours augmenté de volume, surtout dans son grand lobe qui refoule le diaphragme très-haut sur le poumon droit. Ses vaisseaux sont gorgés de sang; son tissu est sain. La vésicule biliaire acquiert un volume double et triple, par la grande quantité de bile épaisse et d un vert noirâtre qu’elle contient. Sa tunique cellulaire est fortement distendue et épaissie par une infiltration de sang noir dont elle est imbibée. On voit sous sa membrane péritonéale des taches pétéchiales rondes, livides.

)> Le pancréas m'a toujours semblé à l’état normal. Les reins sont gorgés de sang ; leur tissu est sain. Les uretères sont toujours arborisés d’un rouge vif dans tout leur trajet , ou couverts de taches noires, ou tou t-à-fait noircis comme avec du charbon ou de l’encre. Leur membrane interne est souvent épaissie , plus souvent saine.

» La vessie est rarement distendue par l’urine ; elle est presque toujours à demi contractée sur elle-même. Sa membrane interne a quelquefois le pointillé rouge qu’on observe dans l’estomac et les intestins dans quelques cas. La rate est augmentée de volume ; le tissu en est ramolli , friable , pulpeux.

» Les plexus solaires, semi-lunaires, examinés plus de trente fois, ne m’ont jamais présenté d’altération appréciable. Les ganglions thoraciques et cervicaux , au contraire , mais plus souvent les premiers, m’ont paru plus développés , injectés, tant dans leur névrilème que dans leur substance que j’ai trouvée rouge, violacée et exsudant des points sanguins. La consistance de leur substance m’a paru beaucoup plus ferme, et je dirai même endurcie dans quelques cas. Ces désordres se font observer sur-

DESCRIPTION

tout sur les divers points des nerfs qui sont en contact avec les ganglions lymphatiques.

» Le tissu cellulaire est imprégné de sang rouge, dans toutes les parties du corps. Les muscles sont d’un rouge vif et laissent exsuder du sang assez abondamment.

» Ces autopsies ont été pratiquées sur des cadavres de malheureux appartenant à la classe la plus misérable de la société , adonnée à tous les excès de l’intempérance et de la débauche. Ils étaient tous européens. Un ou plusieurs médecins ont toujours assisté ou coopéré à ces nécroscopies dont l’exactitude sera constatée par eux. »

Ces observations du malheureux Rigaud ont été faites en commun avec M. le docteur Aubert qui, en rivalisant d’ardeur et de courage avec cette dernière et généreuse victime de l’épidémie , avait partagé ses travaux cliniques et nécroscopiques.

20. Recherches cadavériques fautes à Alexandrie par M . Aubert. — M. Aubert étonné, dit-il, de la constante lésion des ganglions du sympathique , a voulu constater, par comparaison, s’il existait une différence notable entre les ganglions nerveux d’un pestiféré et ceux d’un individu mort d’une autre maladie. Il fit donc en même temps l’autopsie d’un phthisique et celle d’un pestiféré-, et ayant examiné comparativement le système du grand sympathique dans l’un et l’autre, il constata, dans le premier, que les ganglions thoraciques et cervicaux « étaient d’un rose pâle, sans injection aucune, nullement crépitans sous le scalpel ; » dans le second cas , il trouva « tous les ganglions thoraciques rougeâtres, injectés, beaucoup moins cependant que les ganglions cervicaux ; le premier de ces ganglions surtout était rouge, violacé; il y avait non-seulement une forte injection des vaisseaux qui le pénétraient, et desquels nous faisions sortir le sang par la pression , mais la substance môme était violacée. Celte couleur allait en diminuant depuis ce ganglion jusqu’au dernier thoracique qui , lui , n’était plus qu’injecté , augmenté de volume et criant sous le scalpel.

» Qu’est-ce que c’est que cette lésion? » continue M, Aubert ,

UE IA L'ES'l'E .

«je n’en sais rien. Ce que j’ai remarqué c’est qu’elle est constante, qu elle est d’autant plus intense que la maladie a été plus rapide et plus violente ; que les symptômes qui s'observent lors du début et du cours de la maladie peuvent tous s’attribuer au système nerveux ganglionaire. Ainsi j’en conclus que la peste est une maladie qui a son siège dans les ganglions nerveux lésés (1). »

Quant à la cause de cette lésion, M. Aubert pense que ce pourrait bien être un empoisonnement miasmatique.

2t. Résultat des autopsies faites par M. Bulard. — M. Bulard a consacré deux chapitres de son livre à l’exposition des lésions anatomiques et à l’appréciation de ces lésions. Les phénomènes anatomo-pathologiques qu’il indique sont à peu près les memes que ceux qui ont été notés par les autres observateurs ; seulement M. Bulard appuie particulièrement sur les désordres qu’il a observés dans le système lymphatique, désordres qui n’existent point dans les vaisseaux blancs absorbans , mais qui, d’après lui, se rencontrent toujours dans les ganglions . C’est d’après cette alteration constante du système lymphatique que l’auteur a admis 1 affection de la lymphe comme lésion primitive dans les maladies pestilentielles. — Nous discuterons plus loin cette hypothèse.

22. Résumé. Déductions à en tirer pour déterminer la nature de la peste. — Nous avons parlé du long oubli dans lequel est restée l’anatomie pathologique de la peste. Ce retard apporté dans l’étude d’une partie aussi importante de la pathologie , et qui doit être attribué plus spécialement aux idées de contagion accréditées dans les siècles passés; ce retard, disonsnous , avait consacré dans la science plusieurs erreurs que des travaux récens , minutieux et répétés ont fait disparaître aujourd’hui.

23. Ainsi nous avons parlé des prétendus charbons signalés par quelques auteurs dans les poumons, les intestins , le foie et

(1) De la Poste, ou Typhus d’Orient, pag. 273-74.

9g DESCRIPTION

différons organes , et nous avons dit que ces altérations ne pouvaient être rangées parmi les pustules charbonneuses qui sont des affections propres à la peau , et ne se développent que dans

le système cutané. , .

24. Nous avons dit aussi à propos des bubons qu ils n avaient

jamais leur siège que dans les ganglions lymphatiques; et que, si les lésions qui leur sont propres s'étendaient quelquefois à leur enveloppe cellulaire et aux parties adjacentes , ces effets n’étaient jamais que secondaires , l’altération primitive ayant constamment son point de départ dans les ganglions. Ces divers points d’anatomie pathologique ont été constatés et étudies avec soin par tous nos confrères d’Égypte ; l’opinion unanime suffit donc pour faire cesser toute espèce de doute à cet égard. Voyons maintenant quelles conclusions nous pouvons tirer de nos recherches et cherchons à déterminer la nature de la peste.

25 Les autopsies que nous avons faites nous ont prouve que ce n’est jamais un seul organe, un seul appareil, un seul système qui se trouvent lésés. Les altérations sont générales et l’économie tout entière semble avoir subi l’influence de l’agent délétère. Cependant , au milieu de ce désordre général , il est diverses parties qui sont plus spécialement altérées ; il en est qui , dit-on, le sont primitivement.

Les systèmes lymphatiques et nerveux, les organes respiratoires, et digestifs , le système circulatoire sont ceux dans lesquels on observe des altérations dans la majorité des cas, et ceux dans lesquels ces altérations sont les plus profondes.

A. Lésions du système lymphatique. — Nous avons signalé les lésions fréquentes qu’on rencontre dans le système lymphatique ; nous avons décrit l’état pathologique des ganglions qui sont modifiés dans leur aspect général , dans leur texture et dans leur volume. Enfin nous avons admis comme un fait démontré pour nous , que l'agent morbide pestilentiel exerce une action spéciale sur le système des ganglions lymphatiques. Mais doit-on conclure de là , comme le veut M. Bulard, que ce système soit le siège de la lésion primitive des organes? doit-on en conclure que la peste

ne soit qu’une altération de la lymphe, comme le prétend ce médecin? Examinons les preuves qui appuient ou combattent celte opinion , et la manière dontM, Bulard sait présenter les faits.

Pour démontrer que la lésion première a son siège dans le système lymphatique, M. Bulard ne trouve rien de plus logique que de prouver que c’est par lui que l’absorption de l’agent pestilentiel s’effectue. Or voici comment il raisonne. L’absorption n’a lieu , dit-il , qu’à condition que les organes à qui est dévolue cette fonction seront plus ou moins lésés. D’après cela, il prétend que le système respiratoire ne peut être le moyen d’absorption, a puisque ce système n’éprouve aucune trace, n’est le siège d’aucun phénomène anormal ; que la plus ténue et la plus susceptible de ses parties organiques ne présente jamais la plus légère altération de fonction ou de tissu, etc. »

Puis il ajoute: a Quant au système lymphatique, comme il est souvent seul lésé , qu’il l’est dans toutes les circonstances, c’est par lui que l’agent pestilentiel arrive dans le corps vivant.

Admirable conclusion, raisonnement sublime ! Pour prouver un fait, M. Bulard commence par poser en principe ce fait luimême. Pour justifier cette assertion, que le système lymphatique est le point de départ de toutes les altérations , et l’altération primitive, l’auteur commence par admettre ce qu’il fallait démontrer , savoir que le système lymphatique est toujours Use , et qu'il Test souvent seul. — Or cette vérité qu’il proclame , et en faveur de laquelle il a déployé une logique si entraînante; cette vérité pour lui est un fait que nous contestons ; car, quoique nous avons admis et proclamé les lésions du système lymphatique dans la majorité des cas, nous affirmons que celte altération n’est point constante , quoi qu’en dise M. Bulard ; et lui-même a pu observer des exemples dans lesquels les malades ont succombé sans présenter aucune lésion dans les glandes ni leurs vaisseaux. Les prémisses et la conclusion de l’auteur ne sont donc plus admissibles.

D’un autre côté , nous ferons remarquer combien M. Bulard est en contradiction avec toutes les lois physiologiques, quand

100 DESCRIPTION

arguë de l'absence de lésion d’un organe ou d un système, pour conclure que cet organe ou ce système n ont point ouvert une voie à l'absorption. El) quoi! pour expliquer la pénétration d’un agent délétère dans l’économie, est-il nécessaire que les organes qui lui ont livré passage soient les premiers atteints ? Combien y a-t-i! donc de maladies qui présentent un phénomène semblable ? Quels sont les faits qui appuieront les prétentions de I auteur ?

Ainsi, en résumé, les observations sur lesquelles se fonde M. Bulard pour établir sa théorie ne prouvent rien ; sa manière de raisonner est absurde , et ses conclusions ne sont point ad-

missibles.

B. Lésions des organes digestifs. — Voyons maintenant si les lésions primitives ont leur siège dans les organes de la di-

gestion.

Les altérations graves trouvées dans l’appareil digestif sembleraient faire croire que la cause morbide a agi spécialement sur la muqueuse gastro-intestinale , soit qu’elle ait exercé son action sur 1rs follicules de cet organe , ou sur tout autre partie de son tissu. Mais nous avons vu souvent ces altérations ne pas exister , alors que des symptômes externes les avaient annoncées ; ou bien . celles qui existaient n’étaient pas suffisantes pour expliquer la violence des symptômes , et encore moins la mort. Elles pouvaient donc être dans ce cas un effet secondaire de la maladie. Les symptômes de la gastro-entérite ne sont pas manifestes , surtout dans la première période ; on ne saurait donc considérer toujours la peste comme une lésion des muqueuses digestives. Mais vouloir prétendre, comme l’ont fait quelques-uns , et dernièrement M. Bulard, qu’il n’y a jamais inflammation primitive ni secondaire des organes digestifs, et cela parce que le sang ne présente pas de couenne inflammatoire, c’est émettre une conclusion absurde et démentie par l’observation.

Parce qu’on n aura pas trouvé de couenne dans le sang, on déduit qu’il ne peut y avoir d inflammation. Mais c’est déduire une erreur grossière. Pourquoi M. Bulard ignore-t-il que cettecouenne est toujours absente dans les maladies inflammatoires les mieux

dessinées, quand ces inflammations se présentent au milieu d’une constitution épidémique? Pourquoi ne sait-il pas que la grippe, la rougeole, la pneumonie, cette inflammation par excellence, n’offrent jamais de couenne quand elles régnent épidémiquement?

D’un autre côté, s’il eût eu plus d’expérience clinique, M. Bulard aurait su que souvent cette couenne manque dans une saignée pratiquée pendant le cours d’une inflammation aiguë, tandis qu’elle parait dans la période de décroissement.

D’ailleurs il a, sans s’en douter, admis l’existence d’une gastroentérite en indiquant sur la muqueuse digestive de Yà rongeur , du ramollissement, des ulcérations , delà gangrène. 11 a, sans s’en douter, fait du Broussisme (c’est ainsi qu’il s’exprime), quand il a saigné, pratiqué des scarifications sur l’épigastre, appliqué des émolliens sur l’abdomen et administré des tempérans à l’intérieur.

Je ne viens point ici prendre la défense des idées que combat l’auteur et me déclarer partisan d’un système que je ne saurais adopter sans restriction. J’ai surtout voulu démontrer le peu de solidité des raisons d’un de ses ennemis les plus acharnés, et le défaut absolu de logique de ses raisonnemens.

C. Lésions des organes respiratoires . — L’opinion émise par quelques médecins, qui, à la vérité, n’ont pas observé la peste, que le système pulmonaire est le siège de la lésion essentielle, et Y inflammation de la muqueuse bronchique la première altération qui apparaisse; cette opinion, disons-nous, ne saurait être admise, car ces organes ont été trouvés intacts sur le cadavre de plusieurs pestiférés, et les symptômes observés pendant la maladie ont appris qu’ils ne sont jamais les premiers atteints.

D. L èsions du système nerveux. — Que faut-il penser de l'hypothèse qui place l’cssentialité de la peste dans le système nerveux et dans les ganglions du grand sympathique , comme le veut >3. Aubert? Les symptômes précurseurs et primitifs de la peste indiquent bien un (rouble général dans les fonctions de l’in-

3 02 description

nervation. Le cerveau est affecté. L’état cl hébétude, de torpeui, de stupeur se développe avant aucun symptôme de lésion gastrique. Dans le début des épidémies, quand la maladie enlève les individus avec une effrayante rapidité, alors qu’on ne trouve que peu de lésions dans les organes, alors, disons-nous, le système nerveux doit être affeclé profondément. Mais l’est-il toujours le premier? l’est-il constamment, du moins dans sa texture organique? Non ; et s'il est necessaire que les altérations de fonctions se traduisent par des lésions organiques appréciables pour qu’on puisse admettre l’existence de ces altérations , nous disons que lessentialité de la peste n a point son siégé dans le système nerveux; car les lésions de ses organes, s’il en existe, sont souvent insaisissables.

Nous avons fait à cet égard les recherches les plus minutieuses, parce que M. le docteur Aubert avait cru reconnaître que les ganglions et les cordons nerveux du grand sympathique étaient altérés, enflammés. Notre confrère n’avait pas remarque que les taches rouges, espèces de pétéchies que 1 on observe sur ces organes , sont, d’une part, le résultat d’infiltrations sanguines qui se font dans le tissu cellulaire environnant; et que de l’autre, ces petites ecchymoses résultent de la rupture ou de la transsudation des rameaux veineux qui rampent sur le névrilème. G est donc ici une imprégnation, et non une rougeur inflammatoire de la pulpe nerveuse. Une preuve qui vient encore à l’appui de ce que nous avançons , c’est l’observation faite par le docteur Rigaud , collaborateur de M. Aubert, que les lésions offertes par le système du grand sympathique se font surtout remarquer sur les divers points des nerfs, qui sont en contact avec les ganglions lymphatiques. Nous concluons de ce qui précède que les altérations organiques que présente le système nerveux ne sont pas suffisantes pour établir leur lésion primitive et essentielle.

JE. Altérations du sang. — Examinons maintenant le rôle que doit jouer ici l’hypothèse de l’altération du sang.

Le sang est évidemment altéré dans la peste, et personne n’a jamais prétendu le contraire , quoique les expérimentations de

DE LA TESTE

tout genre n’aient point encore réussi à nous démontrer en quoi consistent ces altérations , ni même à indiquer des différences notables entre le sang d’un pestiféré et celui d’un homme bien portant.

M. Rochct, chimiste français, a fait en Égypte l’analyse du sang qui fut tiré de la veine, chez trois pestiférés , du troisième au cinquième jour de la maladie, et pendant la durée des symptômes les plus graves.

a Chez le premier , le sang était sorti facilement de la veine et par un jet continu } sa couleur était d’un brun obscur. Abandonné à lui-même pendant deux heures , il offrait un caillot assez bien formé , mais entièrement recouvert par un sérum fortement coloré en rouge. À cette époque , un papier à réactif préparé avec l’acétate de plomb, et préalablement humecté, fut exactement appliqué sur l’orifice de l’éprouvette contenant le sang , afin de s’assurer s’il y avait développement de gaz ; après deux à trois heures d exposition, le papier était coloré en brun clair.

)) Chez le second, le sang sortit difficilement de la veine, malgré une large ouverture ; il était aussi foncé que le précédent, et après deux heures de repos , le caillot, dont la partie inférieure était très-faiblement coagulée, était tout recouvert de sérum fortement coloré en rouge. Le même papier à réactif a donné le même résultat plus prononcé.

» Chez le troisième, les résultats ont été analogues ; de plus, le nitrate d argent et le papier préparé avec la solution de ce sel ont donné, le premier un précipité grisâtre , le second une teinte correspondante à la couleur du précipité. »

Voici le résultat de l’analyse chimique du sang des deux premiers pestiférés :

Cent parties ont donné, chez le premier :

[Eau

Caillot. Fibrine

' M atière colorante

description

[Albumine et matière colorante 4,704

] Matière muqueuse extractive 0,252

Serem. \ Hydroclilorate de soucie et de potasse. . 0,408

I Carbonate de soude et matière grasse. . 0,216

\ Acide hydrosulfurique, traces abondantes.

Chez le second , cent parties ont donné :

(Eau 36,760

Caillot. Fibrine 0,606

( Matière colorante 2,640

Eau - • • 54,180

1 Albumine et matière colorante. .... 4,944

! Matière muqueuse extractive 0,252

Sliu m. }]yCjr0chlorate de soude et de potasse. . 0,408

I Carbonate de soude et matière grasse. . 0,216

V Traces abondantes d’acide hydrosulfurique (1).

Nous le disons encore, si les expériences chimiques n ont pu indiquer la nature des altérations du sang, ces altérations n’en existent pas moins. Est-il nécessaire pour cela qu il renferme de l’arsenic ou du mercure? Ne peut-il pas être attaqué dans les principes nécessaires cà la vie et à la santé, par des agens inconnus dans leur nature, tels que l’électricité, le magnétisme, et sur lesquels les réactifs n’ont aucune action ? D’ailleurs , 1 aspect tout particulier de ce liquide , sa teinte noirâtre , vineuse , 1 état qu il présente dans les saignées , sa prompte décomposition , le développement de pétéchies , d’ecchymoses , les épanchemens hémorrhagiques , le ramollissement des organes , etc. , sont autant de phénomènes qui démontrent ces lésions , et ne peuvent laisser aucun doute à cet égard.

(1) M. Destouches, pharmacien-inspecteur en Égypte, a fait aussi plusieurs analyses du sang des pestiférés. Je regrette d’avoir égaré les notes qu’il avait eu l’obligeance de inc communiquer à ce sujet, d'aulant plus que ses expériences et ses résultats diffèrent un peu de ceux obtenus par M. Roche t.

Mais le sang est-il altéré primitivement , et les diverses modifications qu’éprouve l'économie peuvent-elles être rapportées à cette altération? Nous manquons à cet égard de preuves irrécusables, et de long-temps encore ce problème ne sera probablement résolu. Cependant, en supposant qu’il y ait dans la peste un ordre d'organes , un système , une humeur sur laquelle l’influence délétère se fasse sentir d’abord * en admettant toutefois qu il y ait dans cette maladie des lésions primitives et des lésions secondaires , ne serait-il pas rationnel de supposer que les premiers phénomènes morbides se développent dans le sang, qu’ils agissent aussitôt sur le système nerveux , et que ce n’est que secondairement que se développent les autres symptômes morbides. Cette opinion, nous ne la donnons encore que comme une hypothèse, mais de toutes elle nous paraît la plus rationnelle et celle qui présente en sa faveur le plus d’analogie avec les faits que l’on observe dans divers phénomènes physiologiques.

26. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons point encore déterminer d’une manière précise la nature de la peste, parce que nous manquons de données exactes sur une multitude de choses indispensables pour pouvoir bien établir notre jugement; parce que nous ignorons la nature de l’agent morbide, scs propriétés, sa manière d’agir ; parce que nous ne pouvons suivre sa marche dans l’économie, ni apercevoir les premiers effets de son action. D’ailleurs ne sommes-nous pas dans la même ignorance à l’égard de presque

toutes les maladies, et notamment à l’égard de celles qui se montrent sous la forme épidémique? Nous ne savons pas si les causes délétères exercent une influence générale et simultanée sur l’organisme entier , sur tous les systèmes , sur tous les organes , ou bien si les modifications s’opèrent successivement en conséquence de la lésion primitive d’un système ou d’un organe isolé.

DESCRIPTION

THÉRAPEUTIQUE. MEDICATIONS.

Les méthodes de traitement les plus opposées ont été employées contre la peste , a. 1 . — Mélhode de Galien, a. 2. — de Botal et de Sydenham, a. 5. — de Chicoyneau , a. 4. — de Samoïlowitz , a. 5. — de Desgenettes , a. 6. — de Larrey, a. 7. — de Pugnet, a. 8. — d’Assalini, a. 9. — de Savaresi, a. 10 — de Sotira , a. 11. — Réponses aux questions de Jean Howard, a. 12. — Opinion de M. Paris, a. 15. — Traitement par l’huile , a. 14. — Traitement de M. Braver, a. 15. — De M. Gosse , a. 16.— Traitement de l’hôpital du Caire, a. 17. — Traitement de M. Duvigneau à Abou-Zaîiel, a. 18. — Traitement de M. Émangard au Caire et à Damiette , a 19. — Traitement employé par les médecins d’Alexandrie; M. Rigaud, a. 20. — M. Aubert, a. 21. — M. Étienne, a. 22. — M. Lefèvre, a. 25. — M. Bulard, a. 24.

1 . En compulsant les nombreux écrits qui ont été publiés sur la peste, on trouve que les méthodes les plus diverses ont été mises en usage pour la combattre. Le traitement a varié selon les époques, et les nombreuses théories tour à tour ont été abandonnées, reprises, modifiées à l’infini.

il nous subira de jeter un coup-d’œil sur les principaux écrits, tant anciens que modernes, pour juger de la différence et du nombre des remèdes et des médications qui ont été de tout temps mis en usage,

2. Galien dit que lorsque la peste exerçait ses ravages en Asie et faisait de nombreuses victimes, il fut lui-même atteint de cette maladie ; que le second jour de son invasion , il se pratiqua des scarifications à la cuisse et en tira deux livres de sang ; que ce moyen le délivra de tout danger, et qu’il en fut de même à l’égard de tous ceux qui, après lui, en firent usage-, car, ajoute-t-il, les

symptômes indiquant une surabondance de sang , il faut recourir

aux saignées pour faire cesser cet état (1).

(1) Tractatio de cncurbit. et scarifie.

DE LA TESTE

3. Bolal et Sydenham déclarent que les succès nombreux qu'ils ont obtenus sont dus à l'emploi de la saignée. Ce dernier ajoute l’observation suivante :

« Depuis long-temps , dit-il, plusieurs écrivains très-recommandables avaient compris que la saignée était utile dans le traitement de la peste, mais nous n’en connaissons qu’un seul, et nous voulons parler de Léonard Bottai, qui ait fait d’une abondante évacuation sanguine le seul remède , le remède suprême (1). » Massaria et Septatius partagent les mêmes idées.

4. Dans la peste de Marseille (1720), Chicoyneau employa les cordiaux et les sudorifiques, assez souvent la saignée, rarement les vomitifs et les purgatifs ; le kermès minéral, les élixirs-, comme boisson ordinaire, l’eau d’orge, de riz, de poulet, simple ou acidulée. Scs moyens étaient variés selon les indications. Yerny, Souliers, Deidier, Bertrand adoptèrent à peu près le même traitement.

5. Samoïlowitz, dans la peste de Moscou, administrait presque toujours l’émétique au début de la maladie. 31 excitait la transpiration par les lotions d’eau tiède, par les sudorifiques , et à cet effet il employait la sauge, le chardon bénit, l’esprit de nitre dulcifié. Il combattait la céphalalgie à l’aide des épithèmes faits avec le vinaigre, le vieux levain, le rhum, etc. Il appliquait les épispastiques à la plante des pieds; et sur les bubons, des cataplasmes excitans, plus ou moins composés, des emplâtres maturatifs ; sur les charbons, des onguens faits avec la teinture de myrrhe, d’aloés, etc. ; des huiles aromatiques de diverses espèces. Il combattait la fièvre avec les boissons acidulées, le quinquina, le camphre. Le premier, il a fait des frictions avec la glace. Ce moyen était mis en usage lorsque le malade était dans un état de stupeur, d’abattement. Il pratiquait la saignée chez tous les individus d’une constitution vigoureuse, toutes les fois que le pouls était fort, fréquent, la peau brûlante. Il a souvent répété les saignées , jusqu’à trois et quatre fois.

(1) Sydenham, Const. ep. , nnn. 166d et 1666.

DESCRIPTION

6. Desgeneltes préconise l’émétique, les sudorifiques, les fortifions énergiques, les vésicatoires et la saignée.

7. Dans la période de l’invasion, le baron Larrey dit qu’on retire de grands avantages de l’évacuation des premières voies à l’aide des vomitifs. Lorsque le malade est entré dans la période inflammatoire, on peut continuer l’emploi du tartrite antimonié de potasse à très-petites doses, dans de l’eau de tamarin nitré, ou dans la limonade végétale. S’il existe des signes de turgescence locale à telle ou telle partie, il faut alors appliquer des ventouses sèches ou scarifiées; mais la saignée générale n’est jamais indiquée, quelque violens que soient les symptômes de la turgescence générale. Dans la troisième période, qu’il appelle nerveuse, il administre des toniques tels que le quinquina, les amers, le camphre, les lotions sur le corps avec le vinaigre ou l’eau-de-vie camphrée.

8. Pugnet emploie, dans ce qu’il appelle l’espèce nerveuse, l’éther, l’opium , le camphre, le quinquina ; dans l’espèce putride, l’émétique, les purgatifs, les acides végétaux, le quinquina, le café, le thé, la cannelle, la thériaque, le sel ammoniac, l’alcali volatil. 11 préconise la saignée dans les premiers temps.

9. Assalini reconnaît les avantages de la saignée générale dans les commcncemens de la maladie et les dangers de l’émétique qu il n’administre que très-rarement. Ses moyens thérapeutiques sont presque tous pris parmi les adoucissans.

10. Savaresi dit que 1 indication principale est exciter. À cet effet, il emploie, en pilules ou en boisson, l’opium, le camphre, le musc, l’esprit de Mendererus , les acides nitrique et sulfurique, l’alcool ou l’eau-de-vie, le serpentaire de Virginie, la salsepareille, les teintures spirit ueuses, de cannelle, de cardamome, d écorce d arnica, l’eau de menthe, la sauge, le café, le vin, etc. Il bannit l’usage des anti-phlogistiques.

11. Sotira , qui n’a vu que deux cas de peste, dit les avoir guéris avec l’éther et l’ammoniaque.

12. Voici les réponses qui furent données à une série de questions posées par Jean Howard , de la société ro\ale de Londres,

par les médecins des différens lazarets d'Europe, où, dit l’auteur, on connaît la peste par expérience (1).

Rémond , médecin du lazaret de Marseille. — « La peste se traite comme maladie inflammatoire. On n'a pas encore trouvé de spécifiques qui la guérissent. »

Demoulin , chirurgien attaché aumème lazaret . — « On emploie dans les commencemens les saignées, les vomitifs, les purgatifs, les délavans, les réfrigérans et les anti septiques ; ensuite les anti-putrides et les cordiaux suivant les tempéramens et les symptômes. »

Gioranelli, médecin du lazaret de Livourne. — a 11 convient de saigner en proportion des forces du malade, et d’employer un régime rafraîchissant composé d’acides végétaux. Il est bien aussi de faire prendre l’émétique. Il est nécessaire de favoriser l'évacuation des voies par des purgations anli-phlogistiques. Les épispastiques appliqués aux extrémités sont utiles quand la nature a besoin d’étre excitée. »

Titus , médecin du lazaret de Malte. « Au commencement des fièvres pestilentielles la saignée est quelquefois nécessaire, mais les vomitifs le sont presque toujours dans une période plus avancée. Les boissons froides et légèrement acides, le quinquina pris à grandes doses, et l’acide sulfurique , ont été regardés comme des remèdes très-puissans lorsqu’il y avait dissolution du sang.»

13. M. Paris, qui est auteur d’un mémoire couronné dont nous avons eu occasion de parler déjà , dit que tous les remèdes employés dans la peste (et dont il donne une liste très-longue), peuvent être remplacés par l’eau froide, « laquelle, assure-t-il, bue sans autre remède , a procuré des cures incontestables. » A côté de l’eau simple M. Paris place burine, que les juifs du Levant font boire aux malades dès l’instant de l'invasion ; pratique heureuse, au dire de l’auteur, « et qui fait surtout des prodiges dans la peste putride. »

Cette médication , qui est celle de plusieurs bonnes femmes pour une infinité de maladies , paraît avoir été employée très-anciennement , comme on peut le voir dans Dioscoride.

(1) Ouvrage publié en 1801.

14. Dans la peste de Tanger de 1809, dans celle de Tunis de 1818-19, et dans l’épidémie de Malte de 1813, on fit grand usage des frictions huileuses, auxquelles on attribuait non-seulement une propriété curative, mais encore une vertu prophylactique. Ce moyen, qui a joui dans le temps d’une certaine réputation , s’est bien souvent trouvé en défaut , au dire même de ses partisans. Il était au reste principalement employé dans l’intention de provoquer d’abondantes sueurs ; et l’on parvenait à ce but en pratiquant les frictions au moyen d’une éponge imbibée d’huile qu’on promenait sur le corps pendant un temps plus ou moins long(l).

15. Le docteur Brayer a employé le traitement anti-phlogistique pendant son séjour à Constantinople , et dit en avoir retiré de bons effets. D’après cet auteur, la médication antiphlogistique est également adoptée dans la capitale de la Turquie par les prêtres de la Perse. « Ceux-ci, dit-il , ne donnent à leurs malades, pendant les huit ou dix premiers jours, que de la limonade très-légère, et de l’eau de riz acidulée pendant une quinzaine ; et ce n’est qu’au trentième, quelquefois même au quarantième jour, qu’ils accordent de la nourriture animale. »

16. M. Gosse de Genève, auteur d’une relation de la peste qui régna en Grèce pendant les années 1827 et 1828, indique les principales indications thérapeutiques à suivre, et qu’il a remplies lui-mème.

Dans le début, et comme traitement perturbateur destiné à agir principalement sur le centre nerveux cérébro-spinal, il administrait quatre à cinq grains d’émétique. Par ce moyen , dit-il , il obtenait en partie la cessation de la fièvre. Quand les phénomènes fébriles offraient quelque diminution , il en profitait pour donner au malade le sulfate de quinine , comme dans les fièvres pernicieuses ; puis il revenait à un autre émétique s’il se présentait des symptômes d’embarras gastriques. Pour le traitement local, il

(1) Ces frictions ont été recommandées par M. George Boldwin , consul

d’Angleterre à Alexandrie , qui en a fait le sujet d’un mémoire publié en 1791.

favorisait la marché et la pyogénie des bubons, « afin d’éliminer par cette voie le virus contagieux, et de prévenir en même temps son absorption ultérieure. » Quant aux charbons, il les attaquait par les caustiques, dès qu’ils commençaient à paraître, pour a enrayer , dit-il , l’extension du mal , favoriser la réaction inflammatoire environnante , et empêcher également l’absorption du virus. »

M. Gosse dit qu’il n’a jamais eu l’occasion de pratiquer des saignées ; il pense même qu’en ayant égard â la cause et à la nature de la maladie, on ne peut admettre les déplétions sanguines comme base fondamentale d’un traitement spécifique.

Toutefois, il pense « qu’on doit retirer de bons avantages d’une saignée du bras faite à propos chez les pléthoriques, quand il se manifeste dès le début des accidens congestifs apoplectiques, ou au moment de la réaction générale dans les premiers accès de fièvre (1)*

17. Traitement employé à T hôpital du Caire par la commission medicale. — « Avant de parler du traitement, nous devons dire d’abord ce que la nature a fait indépendamment des secours de la médecine; et I on appréciera mieux la valeur des moyens thérapeutiques que nous avons employés. Poussés par une sorte de nécessité et d’instinct, le plus grand nombre des malades gardaient la diète, au moins les premiers jours; beaucoup excitaient la transpiration, buvaient de l’eau en abondance; un certain nombre se faisaient faire des saignées ou des scarifications, mais surtout ils s’interdisaient les remèdes, persuadés que la peste n’en réclame point. »

Telles sont les circonstances générales dans lesquelles est restée la masse de la population du Caire; ce n’est qu’une très-petite fraction qui a reçu les secours des médecins (2).

(1) Relation de la peste qui a régné en Grèce , par Gosse de Genève , pag. 127.

(2) Les musulmans croient peu à l’efficacité des remèdes, et attendent en général leur guérison de la volonté de Dieu. On conçoit d ailleurs qu'il était impossible aux médecins , occupés à soigner les pestiférés

description

Dans ces conditions , d’après le bulletin de chaque jour donné par le gouvernement, la mortalité a été de 33,000; mais l’impossibilité de constater tous les décès nous porte à penser qu’on devrait faire monter ce chiffre un peu plus haut ; et d’après cette donnée et nos propres recherches nous sommes induits à croire que le nombre des personnes attaquées a dû s’élever à 120,000

environ.

Il reste donc assez bien démontré que les deux tiers des malades ont obtenu guérison sans les secours de la médecine , de cette médecine au moins dirigée par les hommes de 1 art.

« Il en serait un plus grand nombre, sans-doute, si les Orientaux connaissaient l’importance de l’abstinence des alimens, s ils suivaient l’instinct de la brute qui ne mange que quand le besoin se fait sentir ; mais parmi les gens de toutes les classes existe le fatal préjugé que les malades ne doivent pas rester sans prendre de nourriture : c’est à teî point que les parons et les amis les forcent à manger dans la plus grande violence de la maladie et môme jusqu’au moment de l’agonie (1). »

Les premiers malades observés présentaient tous les symptômes de la troisième variété ; nous avions cherché a rappeler la chaleur à la peau par des infusions sudorifiques, et à exciter le système nerveux par une potion éthéréc. Sous l’influence de ces moyens la marche de la maladie n’avait pu être arrêtée d’aucune manière, et la plupart des malades périssaient avant que la reaction se fût manifestée.

Dans les cas rares où les efforts de la

nature surmontaient cette

fournis par l’armée, de donner des secours à domicile à tous les individus qui étaient malades, car, dans le Caire , la peste a atteint presque la moitié des habitans. Sur ce nombre , les deux tiers ont guéri.

Les nègres mouraient en masse. Avant l’épidémie , il y en avait plus de cinq cents au bazar : il en est resté dix-huit. Sur soixante esclaves que contenait la maison de leur maître, cinquante-quatre sont morts.

(1) 11 arrive souvent qu’un malade demande à la fois des alimens et des remèdes. Aussi la clientelle civile est très-pénible. Si quelque chose rend ce préjugé moins funeste, c’est la sobriété naturelle des Orientaux et l’usage modéré qu’ils font, de la viande.

DE LA LESTE

première période, le pouls se relevait, la peau s’animait, et alors, pour prévenir et combattre les congestions viscérales indiquées par les symptômes et vérifiées par les premières autopsies, nous employions la saignée générale.

Quand il y avait céphalalgie ou délire, des sangsues ou des ventouses scarifiées étaient appliquées à la nuque ou derrière les oreilles ; des réfrigérans sur la tète ; des révulsifs sur les membres inférieurs, au moyen de pédiluves, de sinapismes, de la pommade ammoniacale , des vésicatoires.

Quand la langue devenait rouge et sèche , l’eau de gomme , la limonade et autres boissons mucilagineuses étaient administrées. Des sangsues et des scarifications étaient appliquées à l’épigastre. Quoique l’emploi de ces différons moyens nous ait paru parfaitement justifié, et qu’en effet ils aient été souvent suivis d’un amendement notable, pourtant plus de la moitié des malades a succombé pendant la première période de l’épidémie, jusqu’à la fin de mars.

Chez d'autres malades de la môme variété , à l’invasion de la maladie , lorsque l’état de la langue n’offrait pas de contre-indication, nous avons tenté l’emploi de l’émétique et du kermès à doses fractionnées, pour déterminer une action perturbatrice et diaphorétique. Cette action a été produite le plus souvent, mais sans qu’elle ait eu une influence bien démontrée sur l’issue de la maladie.

Dans le but de solliciter des transpirations et de combattre les vomissemens, la teinture thébaïque a été administrée à un assez grand nombre de malades. Chez presque tous les sueurs ont été produites et les vomissemens suspendus; mais la conséquence de cette médication est encore restée à peu près nulle.

En nous rapportant à l’action élective du mercure sur le système lymphatique, nous avons pensé qu’il pourrait agir comme spécifique sur la cause morbifique qui semblait se porter plus particulièrement sur les ganglions de ce système , nous avons administré à 1 intérieur le calomélas, et l’onguent mercuriel en frictions à la partie interne des membres. Sous la première forme, il a presque

^ J 4 description

toujours été rendu par les vomissemens préexistons; sous la seconde , les effets d’absorption ont été faibles, et en somme cette tentative n’a pas donné plus de résultats que les précédentes.

Au début de la maladie, et sur l’indication des frissons que tous les malades éprouvaient , le sulfate de quinine a été administre seulement chez quelques malades qui ont preseme une ^ centime résistance assez marquée, mais outre que ces cas ont etc rares les malades qui les ont offerts n’ont paru éprouver de cette médication

que des effets d’aggravation.

La saignée générale a souvent précédé ou suivi 1 emploi des moyens thérapeutiques dont il vient d’être fait mention, et tout nous porte à croire qu’elle a été quelquefois utile , souvent impuissante , et jamais nuisible. . ,

« Nous sommes arrivés ainsi au commencement d avn , i poqu

où la maladie a commencé à perdre de son intensité et à former la deuxième variété.

» Dans celte variété, le caractère inflammatoire était beaucoup plus prononcé, les bubons passaient plus vite à la suppuration, les pétéchies devenaient plus rares , les charbons se montraient en plus grand nombre et avec moins de malignité. La saignée générale et les limonades étaient les moyens le plus fréquemment employés.

« Le milieu du mois d’avril peut être considéré comme 1 apogée de l’épidémie relativement au nombre des cas, mais non point a

F intensité du mal (1). t i

» Vers les premiers jours du mois de mai , 1 épidémie et la

maladie ont commencé à décroître, et l’on peut dire qu alors, bien

que livrés aux seules forces de la nature, les malades guérissaient

presque tous. Cependant , dans les différentes périodes, il y eut

presque toujours quelques cas graves. »

(1) Le 11 avril, la mortalité, augmenta considérablement; de quatre cent soixante par jour, elle s’est élevée à cinq cent cinquante. C est a peu près à cette époque que nous avons observé que la maladie perdait de son intensité; c’est-à-dire que les symptômes étaient moins violens, et que s’il mourait plus d’individus, c’est qu’il y en avait un plus giand nombre qui contractaient la maladie.

J^n résumé , nous croyons que tous les moyens thérapeutiques ont été presque <1 une inutilité absolue. Les anti-phlogistiques et notamment la saignée sont les seuls moyens dont on ait réellement retiré des avantages. Nous avons à regretter de ne pas avoir eu des sangsues à notre disposition , pour en appliquer à la tête et aux pieds, dans les cas où i! y avait violentes douleurs de tête ou du délire; sur l'épigastre , lorsque les signes d’irritation gastrique étaient manifestes, ainsi que pour couvrir les bubons douloureux,

7 reniement des hubons. a Dans le traitement des bubons, nous a\ons eu egard à leur influence sur l’affection générale, et considérant que la terminaison heureuse de la maladie a toujours été en rapport direct avec la rapidité de leur développement et leur marche vers la suppuration, il nous a paru que c’était là une indication naturelle a suivre , et dès-lors toutes les applications topiques ont été de nature dérivative, c’est-à-dire, que nous avons toujours eu pour but, en y recourant, de seconder le travail 11 u x ion na ire dont ils étaient le siège. Ainsi, d’après l’observation constamment faite, que quand les bubons s’affaissaient plus ou moins, ou disparaissaient même, le pronostic devenait plus fâcheux dans les premiers temps de la maladie, le cautère actuel a été applique à leur sommet, tantôt sur leurs tègumens conservés intacts, tantôt en les incisant profondément jusqu’aux ganglions, de manière à mettre ceux-ci à nu , et à rendre leur cautérisation immédiate. D autres fois , l’effet cherché a encore été sollicité par 1 emploi de la pommade épispastique sur les bubons préalablement incisés. Mais , quoi qu’il en soit de l’énergie d’action de ces moyens , elle n’était toujours que relative aux périodes de la maladie, et au plus ou moins de gravité des symptômes généraux.

» Pendant la période de prostration et dans les cas graves, la médication révulsive était incomplète ou restait impuissante à produire un centre de rappel ou de fluxion. Au contraire, lorsque la maladie débutait avec moins de violence, que l’état général se montrait moins grave, et que la prostration n'était pas extrême, alois 1 application du leu était réellement active, la turgescence des parties s'en suivait immédiatement, une inflam-

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mation rapide s’établissait plus ou moins profonde, et dans ce cas, le mode de terminaison était certainement le produit aitificiel de la cautérisation ; car sans elle , il était démontré pour nous que les bubons se seraient résorbés ou qu ds auraient pris b par induration, à cause du peu d'intensité de leur activité mor-

‘tCÎ seconde période, quand les symptômes changeaient de rbythme , et que la réaction s’effectuait, la série d effets consécutifs à l'usage des cautères avait beu , les parties contiguës c pintes à l'esebare devenaient le siège d'une inflammation prompte, vive, complète. Mais, malgré cela, la marche de la maladie ne paraissait pas modifiée. En général , on peut dire que le plein effet du cautère était subordonné a une moindre gravite des symptômes et à la prolongation de la maladie. Car si les symptômes étaient graves , la maladie était promptement morte le , et le temps voulu pour la production des phénomènes dérivatifs n existait pas. Dans ces circonstances, la cautérisation était necessaire-

ment inutile. .

)> C’est cette conviction tirée de l’observation, qui a déterminé

la commission à abandonner ce mode de médication, et a le remplacer par des topiques émolliens dont , en somme , le mode d’agir n’influait pas davantage sur l’affection générale , mais qui , du moins , suppléait un moyen dont l 'effet immédiat , les douleur s sur-ajoutées , faisait place à l’allégement des douleurs propres à l’affection locale.

» Les soins chirurgicaux ont varié comme les désordres locaux ; quand le bubon était superficiel et circonscrit, que la fluctuation était facilement perçue, l’ouverture en était faite toujours au plus tôt , afin d’empêcher la destruction destégumens, et d’en bâter la cicatrisation. Mais quand le foyer avait son siège sous le feuillet aponévrotique , on n’incisait que d’après l’époque probable de la suppuration, et alors l’incision était large et profonde. Quand il y avait des décollemens étendus, les incisions se prolongeaient selon leur direction, et étaient souvent suivies de contre-ouvertures. Cette pratique était toujours suivie de succès.

)) Dans d'autres cas , rares à la vérité, il arrivait que la substance des ganglions n’était que partiellement détruite, et qu’une partie était engagée dans le lacis des vaisseaux; alors,- comme lorsque quelques glandes restaient isolées au milieu du travail suppuratoire, on les excisait , et la cicatrisation du bubon en devenait plus prompte.

)) La terminaison par induration qui n’est assurément qu’une forme lente de la résorption , nous a paru être activée par les emplâtres résolutifs et les frictions mercurielles. »

Traitement des charbons. « Le traitement des charbons était subordonné à leur nature bénigne ou envahissante, aux symptômes généraux et à l’étendue des surfaces déjà mortifiées. Les charbons d’aspect bénin ne réclamaient autre chose que des applications émollientes. Si l’ensemble et l’acuité des symptômes généraux portaient à croire qu’ils dussent s’étendre en surface et en profondeur, avant le développement, on promenait le cautère jusque sur les parties vivantes, dont on changeait et limitait par là le mode de morbidité. Quand les ravages étaient produits, et que la portion mortifiée était à grande surface, on la circonscrivait par une incision circulaire qui compromettait les tégumens et le tissu cellulaire , et dans laquelle on passait le cautère rouge à blanc. Le pansement ultérieur à la suite de l’eschare se composait d'abord de charpie chlorurée, puis, quand les pertes de substance étaient réparées, on pansait avec la compresse, le linge fenôtré , enduit de cérat. »

Traitement emjdoyè à T hôpital d’ Abouzabel , par M. Duvigneau. — a Dans les deux premiers degrés, le traitement est des plus simples. La diète plus ou moins complète des cataplasmes émolliens sur les bubons , des boissons rafraîchissantes, telles (jue la limonade citrique ou tartrique, et le repos suffisent presque toujours. Les saignées générales peuvent convenir dans le cas où de fortes congestions se font sur des organes essentiels à la vie.

)> Dans le troisième degré, tous les moyens mis en usage ont paru être complètement insuffisans. Croyant dans le principe

j { 8 DESCRIPTION

tle l’épidémie avoir affaire à une phlegmasie, du cerveau surtout , les saignées générales, plus ou moins abondantes, furent mises en usage *, mais elles n’ont presque jamais diminué la fréquence du pouls,

» Dans deux ou trois cas, elles ont rendu pour quelques heures seulement, la respiration plus facile-, mais la stupeur, l’agitation, le délire , continuaient sans la plus légère diminution. Après leur emploi, la marche de la maladie n’en était ni plus lente, ni plus rapide. Les saignées par les sangsues , appliquées sia les bubons dans les dernières heures , ont été, dans quelques cas, suivies rhémorrhagies abondantes incoercibles.

)) Fatigué d’employer sans aucune espèce d’avantage les évacuations sanguines , une médication toute opposée fut mise en usage. Les stimulans, tels que les décoctions de quinquina camphrées, aiguisées avec l’acide sulfurique, les infusions de valériane avec le camphre et l’éther, ont été employés sans nul avantage appréciable. Cette médication, comme la premieie , est lestée sans nul effet', la maladie n’en était ni aggravée, ni amendée , sa marche ni hâtée , ni ralentie -, sa terminaison était constamment la mort , toujours la mort. Fatigue encore de ces insuccès constans , ne pouvant me décider a rester sans agir, a abandonner des malheureux luttant contre la mort, sans essayei ut les secourir, une médication mixte fut adoptée. Les évacuations sanguines et les stimulans furent employés simultanément. Celleci , comme les deux autres , demeura complètement inefficace, La maladie n’en éprouva aucune espèce d influence *, elle pai courait sa marche, comme si on se lût borne a administrer de 1 eau pure aux malades.

a Les vésicatoires n’ont jamais diminué la stupeur ouïe délité, n’on| jamais dissipé l’assoupissement, ni relevé le pouls languissant ; il en a été de même des sinapismes. Les abusions d eau froide, essayées deux fois, sont restées sans nul effet. La peste à ce degré me paraît une maladie presque constamment au-dessus des ressources de 1 art. Trois malades , traités par les stimulans, ont guéri , mais c’était vers la fin de l’épidémie. Si dès le début de

la maladie, sans s’en laisser imposer par des symptômes d’une gastrite ou d’une cérébrite qui n’ existent pas, si à cette époque, dis-je , on tentait d'exciter le système nerveux par les médicamens stimulans les plus puissans , s’ils étaient administrés avec le soin convenable par les personnes qui entourent les malades , peutêtre obtiendrait-on des résultats moins déplorables.

» Les bubons ont été traités par les cataplasmes émolliens, lorsque l’agitation, souvent extrême dans ce degré, permettait de les maintenir en place. Quelques-uns étaient cautérisés avec la potasse ou le fer rouge, sans aucun effet avantageux *, les malades ont succombé. Les cataplasmes irritans sur les bubons rétrocédés suffisent bien rarement, peut-être jamais, pour les rappeler à leur siège primitif. Dans quelques cas , où les symptômes généraux étant dissipés les bubons ne sont plus qu une affection tout-à-fait locale, les frictions avec la pommade mercurielle ont bâté la résolution.

» Les charbons ont été brûlés par le fer rouge, aussitôt à leur apparition j toutes les fois que cela a été possible. Si 1 on n’agit ainsi, la gangrène fait des progrès rapides, donne lieu à des plaies larges et profondes , souvent très-difficiles à guérir. On aidait la séparation des parties mortifiées par des lotions faites avec la décoction de quinquina camphré aiguisée avec l’acide sulfurique , ou bien avec le vinaigre camphré, ou bien encore par des lotions avec la solution de chlorure de chaux , qui a l’avantage de détruire en même temps l’odeur iniecte qui s exhale de ces plaies. Dans ces cas , il est presque toujours nécessaire de soutenir les forces du malade par l’usage des stimulans à l'intérieur, comme le quinquina , la valériane, le camphre, etc. »

M. le docteur Perron a employé la saignée et les anti-phlogisliques dans quelques circonstances. Il a eu recours , dans la majorité des cas , à une médication excitante, énergique. Il dit qu’il ne sait point quelle thérapeutique est préférable , car il n’en est aucune qui lui ait fourni quelque résultat satisfaisant.

19. Traitement employé par le docteur Emangard au Caire et à Damiette en 1830. — La thérapeutique du docteur Epian-

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gard est des plus simples et seulement anti-pblogistique. Voici ce qu’il en dit lui-mème :

« Lorsque, après une ou deux saignées generales au début, les vomissemens paraissaient ou cédaient difficilement, 1 indication d’une application de sangsues à 1 épigastre était évidente; mais ce moyen manquant, j’y substituais des ventouses scarifiées , ou je revenais aux saignées du bras, que j’ai quelquefois piatiquees jusqu’au nombre de quatre ou cinq en peu de temps. C’est en faisant ces émissions sanguines fort nombreuses et rapprochées, dans les cas les plus graves surtout , qu’on peut espérer des teiminaisons heureuses. L’eau fraîche est la seule boisson qu on puisse permettre*, son emploi exige même encore des piecautions. Elle doit être prise à petites doses et peu souvent, si les vomissemens sont opiniâtres. On devra en interrompre l’usage quelquefois , si son ingestion sollicite l’estomac; on aurait alors la pi eu\ e que l’inflammation delà membrane muqueuse est considérable , puisque la présence du liquide le moins excitant réveille sa sensibilité. On supplée aux boissons par des lavemens d’eau à une température peu élevée. Des cataplasmes émolliens sur l’abdomen et sur les bubons sont d’utiles auxiliaires. Ces moyens doivent être continués aussi long-temps que 1 exige 1 état des malades ; et lorsque l’époque des évacuations sanguines est passée, il faut encore les tenir à une diète sévère , jusqu à ce que le pouls et 1 état de la langue et de la peau , la régularité de toutes les fonctions , annoncent le rétablissement de l’ équilibre. 11 ne faut peimetlie le premier bouillon ou du lait coupé, qu’après avoir bien pose toutes les circonstances.

» La même circonspection doit guider le médecin dans 1 augmentation progressive des alimens.

» Toutes ces conditions étant bien remplies on sera suipris de bétonnante promptitude du retour des lorces, et du peu de durée de la convalescence. Ces faits répondent victorieusement aux cris aussi malveillans qu’impuissans des ennemis de la doctrine physiologique.

)) On voit par ce court exposé que ce traitement aussi simple

q u’ héroïque est fondé sur l’observation , consacré par des succès nombreux, et qu’ il n’est pas d’autre moyen de traiter la peste. » 20. Traitement employé par les médecins d’ Alexandrie . — La thérapeutique du docleur Rigaud dérive d abord de ses observations nécroscopiques. Ayant cru remarquer que les désordres du système ganglionaire étaient toujours en rapport d intensité avec la phlogose des voies digestives, il en avait conclu qu il n’était pas impossible d’enrayer la maladie, en arrêtant ces inflammations profondes, incurables, selon lui, quand elles étaient établies; et, en conséquence, le traitement anti-pblogistique le plus énergique lui avait paru le plus convenable. Il employait dans le début les saignées copieuses, répétées, il appliquait des sangsues en abondance, lorsqu’il en avait à sa disposition, soit à la jugulaire, soit à l’épigastre , dans le trajet inguinal ou à l’anus. Mais le docteur Rigaud n’avait pas en 'thérapeutique d’idée bien arrêtée : il était éclectique ou sceptique, et quand il n’était pas livré au doute, il ne tardait pas au moindre revers à s’y abandonner. Aussi, lorsqu’il eut fait la remarque que sur les malades auxquels il avait fait perdre, par les saignées locales ou générales, quatre, cinq, six livres de sang en quarante heures, il y avait après leur mort même engorgement sanguin que chez ceux qui n avaient pas été saignés du tout, il perdait toute foi en ses premières tentatives.

Aussi, dans les cas graves, fut-il bientôt conduit à essayer d’une méthode contraire. Il en vint à employer les toniques, les excitans diffusibles, et toutes les ressources de la stimulation : ce qui ne l’empêchait pas d écrire, à l’époque même de ces essais, que les résultats thérapeutiques de cette classe de médicamens n’ayant pas été, jusqu’à ce moment, assez marqués pour qu il put adopter exclusivement ou définitivement une méthode curative, il essayait de tout. Ce dernier mot nous semble peindre parfaitement l’état de son esprit en ce qui concerne le traitement de la peste. C’est dans cette incertitude qu’il est mort à Alexandrie, malgré les soins et le dévouement de ses collègues dont il repoussait les secours dans scs dernières heures.

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21. M. Aubert fut plus ferme dans ses doctrines, plus persévérant dans ses expériences. 11 saignait aussi , abondamment au bras, quelquefois à la jugulaire; il appliquait de nombreuses sangsues au cou, aux aines ; mais notre collègue, frappé, soit des remarques qu’il avait lues avant sa peste sur le trouble nerveux noté par les auteurs, soit de ses observations anatomo-pathologiques, adjoignait aux moyens précités, dans la période avancée surtout, un autre ordre de moyens auxquels il attribuait plus d’efficacité : les révulsifs énergiques et le cautère actuel. Nous avons parlé à la fin du chapitre précédent de l’opinion de M. Aubert sur les désordres du grand sympathique. Malgré la controverse de M. Itigaud et la nôtre, nous devons dire que notre confrère n’a pas dévié de sa croyance , et qu’il a toujours persisté à voir les mêmes désordres organiques et à considérer son traitement comme très-rationnel. Il employait les sinapismes, les vésicatoires, etc., il appliquait le cautère chauffé au rouge blanc le long de l’épine dorsale , entre les deux épaules ou aux lombes , et se proposait de réduire ainsi la peste aux conditions d une maladie ordinaire.

Ce traitement avait obtenu plus d’un beau succès entre les mains du docteur Aubert, et cependant l’impartialité nous oblige à dire, qu’il fut un moment où sa foi commençait à s’affaiblir, c’est lorsqu’il nous écrivait : « Nous expérimentons avec Rigaud force trailemens, et cependant nous n’avons à nous louer d’aucun. » Il est vrai qu’aussitôt après , il revient à louer l’emploi du cautère et des révulsifs sur le trajet de la moelle épinière.

Le même observateur se fondant sur l’insuccès de l’opium, qui avait augmenté la stupeur, loin de la diminuer, et pensant qu’une médication contraire pourrait être plus heureuse, avait songé aussi à faire l’essai du Hachisch (l), substance qui produit une espèce de gaîté folle et des visions extraordinaires. « Deux pestiférés froids, sans pouls, furent apportés a l’hôpital; je leur fis

(1) Extrait d’une plante annuelle qui croît dans toute la Basse-Égypte, en Syrie et dans quelques parties de l’Asie-Mineure , et qui a la plus grande analogie avec le chanvre. Le hachisch est, de la même famille et du même genre que cette dernière plante.

avaler à chacun trois gros d’extrait de cette plante dans du café : c’est le quadruple de la dose ordinaire prise par les Arabes pour se mettre en bonne humeur. Bientôt le pouls revient; ils se mettent sur le séant, à rire et à faire, comme on dit dans le pays, des fantaisies. Cet effet dura vingt-quatre heures. Mais ils ne tardèrent pas à tomber dans un état de prostration extrême, l’effet du médicament ayant été détruit par celui de l’eau qu’ils burent en quantité, et bientôt après ils moururent.

» Je pensai qu’en soutenant cet effet, on obtiendrait peut-être de meilleurs résultats. Deux malades dans la troisième période de la peste arrivèrent. Je leur fis administrer, d’heure en heure, une tasse de café avec un demi-gros d’extrait de hachisch ; j’en lis même mettre un gros dans la quatrième. L'un des deux malades s’endormit tout-à-coup, sentant, disait-il, sa tête tourner, et le lendemain il se réveilla n’ayant plus de douleur qu’au bubon. Aujourd'hui il se porte bien. Le second a fait des fantaisies toute la nuit. Je soutins l’excitation avec des tasses de café données cl heure en heure, sans extrait. Cet état ayant cessé peu à peu, et un profond sommeil y avant succédé, il a été pareillement guéri. J ai agi de même sur trois autres; deux sont en voie de guérison ; le troisième était encore hier dans les fantaisies. Aujourd hui il dort ; je crois qu'il guérira.

» Alexandrie, 4 mai. »

C’était au déclin de la maladie que M. Aubert me parlait de ces expériences qui sont mentionnées plus en détail dans l’ouvrage que notre confrère vient de publier.

22. Je me bornerai au sujet des idées de thérapeutique de AI. Estienne, à dire qu’il a préféré la méthode éclectique. Il a fait généralement la médecine des symptômes; il a employé hardiment la phlébotomie et les sangsues, chez les individus robustes , avec beaucoup plus de réserve chez les individus faibles ; puis les anli-phlogistiques, les toniques, les légers excitans, les stimulans diffusibles, les laxatifs, les sudorifiques, les révulsifs selon les cas. Mais souvent , malgré les combinaisons les

124 DESCRIPTION

mieux raisonnées , M. Estienne se trouve réduit a deploiei l insuffisance de l’art dans le traitement de la peste , et il ne peut même qu’avec peine retarder quelques instans une terminaison

funeste.

C’est avec plaisir que nous ferons lemarquer que ce médecin, malgré son opinion très-prononcée en faveur de la contagion, recommande pourtant, entre autres précautions d hygiène morale, de ne pas éloigner les parens du malade de son lit. C est un progrès, sans doute, mais c’est aussi une contradiction.

M. Lefèvre, médecin-major à l’hôpital du Ras-el-Tin, a Alexandrie, a employé le traitement anti-plilogistique qu’il mesurait « sur l’intensité de la fièvre, sur la constitution, la force, les habitudes et l’âge du malade. »

v Mais il veut qu’avant tout on soustraie le pestiféré à Faction délétère des causes qui ont agi sur lui : « C’est un air miasmatique qui l’a affecté; c’est un air pur qu’il réclame pour sa guérison (i). »

24. M. Bulard, après avoir fait avec nous, à l’hôpital de l’Esbekié , de la thérapeutique , tantôt instinctive ou symptomatique , tantôt empirique ou déduite des lésions, sans beaucoup de succès, comme il le dit lui-même, est allé tenter à Smyrne une médication exclusivement stimulante. 11 a donc mis en usage T ammoniaque et ses préparations diverses , l’iode , le chlore, f acide nitrique, les teintures alcooliques, les préparations nitrèes , la strychnine , le sulfate de quinine, etc. Dans la période de réaction, il n’a plus saigné, plus employé les anti-phlogistiqucs ; parce que, dit-il, « malgré le retour du pouls, l’exaltation de la face, l injection de la conjonctive, la dilatation de la pupille, l’étal de la langue, etc. , jamais les anti-phlogistiques ni les émissions sanguines n’ont eu d’efiicacité marquée, et qu’au contraire, la réaction a été plutôt paralysée, et l’issue du mal funeste (2).

M. Bulard a-t-il été plus heureux avec sa thérapeutique nou-

(1) Opuscule sur la cause et la contagion de la peste , pag. o»,

(2) Ouv. cit. , p. 126,

DE LA. VESTE. 125

voile , avec ses remèdes énergiques? Hélas non ! et il l avoue luimême.

En désespoir de cause, et ne sachant plus à quelle médication s'adresser , M. Bulard s’est jeté dans le vitalisme et a cherché , dit-il, à imiter la marche de la nature, qui, à certaine phase de la maladie , « réagit spontanément contre le principe morbide , triomphe seul des désordres , et fait ainsi justice de l’affection morbide.» Dans cette phase (qu’il appelle 'période de synergie) la propriété conservatrice dont est doué l’organisme se révèle d’un côté par le mouvement spontané, par le phénomène vital, accidentel, d’une laxité générale, d’un développement subit de charbons à large surface , d’une plus grande activité pyogénique dans les bubons , de flux cutanés ou hémorrhagiques; de l’autre, une nature instinctive s’exprime par une aversion presque générale pour les alimens et pour toute administration de médicamens.

« Telle est, dit l’auteur, la physionomie naturelle de la maladie marchant d’elle-mème, et des malades abandonnés à leurs propres sensations ; telles sont les conditions générales en vertu desquelles la double intervention d’une nature instinctive et régulatrice devient ainsi la cause efficiente de la guérison. C’est par la découverte de cette terminaison vraie de la maladie, et par l’observation attentive des circonstances individuelles et pathologiques favorables à la production, que l’idée nous est venue d abord d abandonner toute médication, puis d’expecter, et enfin d’imiter la nature, et de la provoquer quand le principe vital livré à ses seules forces nous a paru entravé, fourvoyé, impuissant ou inerte»

(( Si , dès l’invasion du mal , des tumeurs charbonneuses

ne s’annoncent point par quelques elemens eiuptifs, par un petit furoncle conique entouré d’une large auréole inflammatoire et accompagné d’une sorte de sensation pyvetique , on doit sui-lccliamp recourir aux charbons artificiels. Poui cela , on agit de fa manière suivante :

» 1° Armé d’une large lancette à abcès ou d’un bistouri à double tranchant, on pratique sur les membres, a la partie externe des cuisses ou des jambes, sur le tronc, sur la région pectorale ,

DESCRIPTION

là où les muscles présentent le plus de développement , et à la partie antérieure des bras, sur la saillie causée par les biceps, une incision telle, que l' instrument glisse horizontalement dans Tépaisseur du tissu cellulaire tégumcntairc, de manière à former par cette manœuvre une poche de sept à huit lignes de longueur.

a Cette poche une fois faite, on y introduit, à l'aide d’un Stylet, dix à quinze grains du mélange suivant :

» Deuto-chlorure de mercure. .... un gros.

» Proto-chlorure. ........ . . demi-gros.

» On réunit ensuite, par première intention, avec un morceau de sparadrap.

» 2° Si l'éruption bubonique naturelle n’a pas lieu le premier ouïe second jour, il y a néanmoins toujours de la douleur dans les régions ganglionaircs qui doivent en devenir le siège. C’est sur ces régions ganglionaircs memes qu'on doit déterminer des tumeurs buboniques artificielles de la manière suivante :

» Avec un bistouri droit on fait une incision perpendiculaire assez profonde pour intéresser un ganglion principal et le mettre partiellement à nu -, puis, à l’aide d’un tube de verre ou de platine qu'on place jusqu’au fond de la plaie, on introduit cinq à dix grains du mélange que nous venons de formuler , en y ajoutant un demigros d'iode et un peu de charpie, à titre de corps étranger. De celte manière les lèvres de la plaie n'ont point été en contact avec ce mélange. On réunit ensuite, par première intention , avec un morceau de sparadrap et deux tours de bande, a

« On applique des cataplasmes émolliens sur les bubons,

on les renouvelle trois à quatre fois par jour , et on les continue jusqu’à fluctuation. Les charbons sont simplement mis à découvert ; leur vésicule est incisée et enlevée à la manière de celui d’un vésicatoire.

» Les bubons artificiels et naturels réclament les mêmes soins chirurgicaux. Quand le travail pyogénique est suffisamment avancé , on incise largement afin de faciliter ainsi la sortie de fragmens de ganglions , dont la substance est passée à l’état d’in-

duration ou n’a été que partiellement détruite par la suppuration »

Telle est la médication spéciale employée par M. Bulard. Nous examinerons dans le paragraphe qui suit si elle est digne de tous les éloges que lui prodigue son inventeur.

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