OPINIONS DES ANCIENS
On attribue la peste à la colère des dieux (avant Hippocrate) , a i. à une saison chaude et humide (Hippocrate) , a. 2. — à l’influence des corps célestes (Aristote), a. 5.— à l’encombrement pendant les grandes chaleurs (Thucydide), a. 4. — à une cause générale épidémique, a. 5. — Causes analogues à celles de la variole (les Arabes), a. 6,
1. Avant qu’Hippocrate eût posé les premières bases de la science médicale, on regardait les épidémies comme un effet de la colère divine (1), et c’était par des lustrations, par des sacrifices, qu’on demandait aux dieux d’y mettre un terme.
2. Le père de la médecine signale, comme cause de la constitution pestilentielle, une saison chaude et humide. Dans son troisième livre des épidémies , il affirme que l’état de 1 air avait engendré une peste alfreuse. Il dit (aph. 1 , sect. 111) : « Que les changemens de saisons et les variations de température, le passage du froid au chaud sont les causes les plus fréquentes des maladies. »
3» Aristote attribue le développement des affections pestilentielles à l’influence des corps célestes (2).
4. Thucydide, qui a décrit la peste d’Athènes, ne lui assigne aucune cause particulière. Il veut seulement que la maladie ait été apportée d’Éthiopie; et il fait remarquer que l’épidémie ne
(1) Cette opinion s’appuie sur le passage des livres sacrés. Voir l’Exode, Jérémie , Isaïe , le Livre des Rois. — Eusèbe , Histoire ecclésiastique. — Théophylacie, in Matth., ch. xxiv. — Ces idées se retrouvent également riiez les auteurs profanes. Yoyez Homère, à propos de la fille de Chrysès outragée, et Ovide, au sujet des fils de Niobé; ainsi que Platon, dans Phèdre. — Plutarque, \ ie de Romulus. — Tite-Live. — Pline.
(2) I Meteor. , ch. il.
ÉTIOLOGIE. 195
sévissait que dans les villes populeuses , encombrées , durant les guerres et pendant les grandes chaleurs.
5. Galien (1), qui est venu cinq siècles après Hippocrate, admet, comme le médecin de Cos, une cause générale épidémique, et proclame Finfluence des grandes chaleurs, de l’état putride de l’atmosphère, occasionné par la décomposition de substances organiques ; il fait toutefois précéder les épidémies pestilentielles de phénomènes météorologiques.
6. Les médecins arabes assignent a l’affection pestilentielle les mêmes causes que celles qui produisent la petite-vérole. Ils suivaient sur la médecine les théories de Galien , et ils avaient les mêmes idées que lui sur l’étiologie des maladies épidémiques (2).
OPINIONS DES MÉDECINS DU MOYEN-AGE , ET DES MODERNES QUI ONT PRÉCÉDÉ L’EXPÉDITION DÉGYPTE.
La peste est attribuée à la colère divine ( Evagrius et Procope) , a. 1.— à la présence d’animalcules dans l’air (Kircher et autres), a. 2. — à la conjonction des astres (divers auteurs), a. 3. — à la contagion (Fracastor et autres) , a. 4. — à l’infection par l’action de miasmes putrides (A. Paré, Prosper Alpin), a. 3. — à la vapeur contagieuse épidémique (Sydenham), a. 6. — à une matière maligne infusée dans l’air (Diemerbroeck) , a. 7. — à une température inégale et à des excès de régime (Verny, Souliers, Bertrand), a. 8. — à des causes premières inaccessibles, à des causes secondaires d’infection ( Chicoyneau) , a. 9. — à une saison chaude et humide, et à une mauvaise alimentation (Deidier), a. 10. — à l’importation par les Turcs en 1761 (Mertens), a. 11. — à l’importation de la Turquie en Égypte (Olivier), a. 12.
1. Évagrius et Procope (3), qui nous ont transmis l’histoire de la fameuse peste du sixième siècle, laquelle se répandit dans le
(1) Epist. Gai. deFebr. diff. , lib. î, cap. iv.
(2) Avicenne , Primo quarti et fen., 3 primi. Doct. v, cap. î.
(5) De re medica, u, 93.
ETIOLOGIE.
monde entier , n’indiquent aucune cause au développement du fléau. Ils admettent seulement sa propagation par voie de contact, ct ne voient dans cette maladie , qui pendant cinquante- deux ans lit périr des milliers de victimes, qu’un effet de la colère di-
vinc •
2. Rircher (1), qui nous a laissé un histoire de toutes les pestes
du moyen-âge, rapporte le développement du fléau à l'existence, dans l’air, d’animalcules vivons , qui seraient absorbes par 1 économie, et deviendraient eux-mêmes une cause de propagation de la maladie par le contact. Cette hypothèse , née dans le moyen-âge, a été reproduite par Yallisneri (2), Lancisi (3), Linnée (4).
3. Guv de Chauliac décrit une peste engendrée par la rencontre
de Saturne, de Jupiter et de Mars.
Au rapport de Marcelius Zicinus et de Joseph Quercetan, une autre serait provenue de la conjonction de Saturne et de Jupiter.
l a faculté de médecine de Paris, ayant été appelée, par le roi Philippe de Valois , à donner son avis sur la cause d’une pesle qui venait de surgir , déclara quelle était due a la rencontre de
planètes dans le signe du verseau (5).
Paracelse (6) attribue la peste à l’influence de Saturne.
4. Fracastor, médecin italien du quinzième siècle, peut être considéré comme l’auteur de la doctrine de la contagion. Le premier il l’admit d’une manière exclusive, et lui attribua une puissance qu’on exagéra davantage encore après lui. Van Helmont adopta ses idées et admit la contamination pour des objets de di-
verse nature.
Massaria, qui vivait au seizième siècle et qui a décrit la maladie qui régna à Venise et à Vicence, ne trouve d’autre cause à la peste
(1) Histoire de toutes les pestes qui ont paru depuis Moïse jusqu à Vannée 1656.
(2) Dei verrai pestilenziali in Geneve.
(5) De nox. Palud. eflluv.
(4) Amœnit. acad.
(5) Chronic. Engenhus.
(6) De Peslilitate, tr. 2.
ETIOLOGIE.
• que la contagion. Mercurialis, son contemporain, etd autres médecins qui observèrent aussi le fléau, 1 attribuent a des causes d épidémie et d'infection.
5. Ambroise Paré rapporte (1) qu’un grand nombre de cadavres ayant été jetés dans un puits profond de plus de cent brasses, il s'en échappa une vapeur si fétide, que dans la Normandie plusieurs milliers d’hommes périrent comme frappés de peste.
6. Prosper Alpin (2) attribue le développement de la peste à la putréfaction des corps organiques, développée sous 1 influence de la chaleur et de l'humidité. Il s’étaye de l’opinion de Galien, qui dit : qu’un corps quelconque tend a la conservation, s il est doué d une chaleur naturelle *, mais que celle-ci acquérant de 1 intensité, il passe à la putréfaction. C’est surtout la brusque transition d’une température chaude à une froide, qu’il signale comme
cause de l’apparition de la peste.
7. « Qu'il y ait dans l’air, dit Sydenham (3), une certaine température ou disposition qui en divers temps produit différentes maladies, c’est de quoi on ne saurait douter, si on fait attention que la même maladie attaque en certains temps une infinité de gens et devient épidémique, au lieu qu’en d autres temps elle n en attaque qu’un petit nombre. La chose est évidente touchant la petitevérole et surtout touchant la peste. » L’observateur anglais admet que, lorsqu’une épidémie de peste sévit, et qu elle est ai ri\ee à son plus haut degré d intensité , il n est pas alors besoin d un foyer ou d une communication personnelle. Tout homme, quelque éloigné qu'il se tienne des pestiférés, peut contracter la maladie, pourvu qu’il soit disposé à recevoir ce que l’auteur appelle la vapeur contagieuse .
8. Diemerbroeck fait observer que dans la peste de Nimègue, de 1635 à 1637, le printemps fut humide et l’été très-chaud. Il pense conséquemment que la peste avait sa cause dans 1 alino-
(1) Liv. x, chap. xm.
(2) Medicina Ægyptiorum.
(3) Oper. , sect. n, cap. 2.
ÉTIOLOGIE.
sphère; mais principalement dans une matière très-maligne, infusée dans T aiv pav la colève divine . ^
9. Verny, Souliers, Bertrand et autres médecins qui observèrent la peste de Marseille, l’attribuent surtout a une températuie
inégale et à des écarts de régime.
10. Chicoyneau, dans sonexcellent ouvragesur ia peste, admet, pour la formation de la maladie, la réunion de plusieurs causes d’infection, telles que la malpropreté, la misère, la décomposition de matières organiques, la viciation de 1 air , etc. Il parle en outre de la coïncidence d’épidémies pestilentielles avec divers phénomènes météorologiques , des tremblemens de terre, des pluies considérables, etc. Enfin, il conclut en disant que, quoique les causes qu’il a citées paraissent les plus probables et soient invoquées par beaucoup d’écrivains , rien ne prouve qu elles soient les conditions nécessaires au développement du fléau, « Le piincipe pestilentiel, ajoute-t-il , est caché dans des causes inaccessibles. On peut le deviner et non pas le voir. Pour le saisii ,
nous n’avons que des effets équivoques. »
11. Deidier (1) rapporte que, durant l’été de 1719, les chaleurs et la sécheresse furent excessives ; qu il n y eut presque pas de récolte de blé , peu de lin , peu d’huile ; que pendant les chaleurs , dont la durée se prolongea sans interruption de juin à la fin d’août, il n’y eut presque pas de vent; que celui du Levant fut le seul qui régna , mais léger et très-chaud ; que les mois de septembre, octobre, novembre, furent marqués de pluies abondantes, accompagnées de vent d’ouest; enfin, que pendant les quatre mois qui précédèrent la peste , le peuple se nourrit d un mélange de blé du Levant avec un tiers d orge , d’avoine et de seigle (2).
(1) Peste de Marseille.
(2) Dans le rapport des échevins, extrait par Martin, on trouve le tableau suivant :
« La peste a commencé par la rue de l’Escale , l’une des plus étroites et des plus sales, et qui n’est habitée que par la populace; elle n’a commencé à attaquer les grandes rues que lorsque les cadavres , trop nom-
ÉTIOLOGIE.
12. Mertens, qui a décrit l’épidémie qui ravagea la Russie en 1770-71 (1), croit que la peste avait été apportée par les lurcs pendant la guerre de 1761 . Il ne tient aucun compte des influences épidémiques.
On voit dans l’ouvrage de Mertens que, dès Tannée 1767 , il régnait à Moscou des fièvres de mauvais caractère ; que la mortalité, déjà considérable vers cette époque , le fut encore davantage en 1768, 69 et 70 : ce fut à la fin de cette dernière année que la
peste parut et causa de grands ravages.
13. Le docteur Olivier émet une proposition diamétralement opposée à celle de presque tous les médecins. Il ne voit en Égypte rien de ce qui peut produire la peste, et il prétend qu’elle y est toujours importée de Constantinople.
IY.
OPINIONS DES MÉDECINS DE L’EXPÉDITION d’ÉGYPTE.
La peste est attribuée à faction d’un air chaud et humide, à celle du vent du sud (Desgenetles), a. 1. — au vent du sud, brûlant, chargé cl émanations putrides (Larrey), a. 2. — à 1 air chaud et humide (Pugnet), a. 5. — 1° A des causes externes, — a. Humidité. — b. Faits du midi. — 2° A des causes internes. Faiblesse directe ou indirecte (Savaresi), a. 4. — aux agens extérieurs, à une alimentation de mauvaise qualité (Assalini), a. 5. — Il (Assalini) a remarqué que le nombre des malades augmentait par les jours brumeux, lorsque le vent souillait du sud au sud-ouest, a. 6. — à la stagnation des eaux du Ail (Sotira), a. 7.
1 . Le baron Desgenettes s’exprime ainsi (2) : ce L’influence
breux pour être inhumés dans un jour, furent déposés dans les rues ou abandonnés dans les maisons. Il y en avait sur une place près de 2,000, qui y ont demeuré plus de cinquante jours. A cela se joignit la lamine , et ceux qui ne mouraient pas de la peste mouraient de faim. »
(1) Observations médicales sur les fièvres putrides, la peste et quelques autres maladies.
(2) Histoire médicale de l’armée d’Orient.
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des vents du sud, dans ces contrées, est assez connue. C est en effet quand ils soufflèrent que nous eûmes le plus de malades. On sait également combien l’air humide et chaud influe sur la production et le développement de la peste. »
2. M. le baron Larrey fait naître aussi la peste des vents du sud, « qui, dit-il, pendant une cinquantaine de jours sont trèsviolens et très-chauds. Ils durent trois à quatre heures de suite, et sont d’autant, plus brûlans qu’ils traversent des déserts immenses qui bordent au midi toute 1 Égypte. Les vents se chargent des émanations putrides qui s’exhalent des substances animales et végétales, que cette chaleur décompose dans les lacs formés par la retraite des eaux du Nil. Telle est la cause principale des maladies pestilentielles (1). »
M. Larrey a observé que la peste prenait une intensité plus grande, lorsque les vents du sud soufflaient. Les vents du nord ou nord-est, au contraire, diminuaient les effets de la maladie, et la faisaient même disparaître s’ils régnaient long-temps. La peste reprenait avec violence au retour du Khamsin (2).
3. Pugnet formule ainsi son opinion sur les causes delà peste : « Les grandes causes occasionnelles de la peste sont les agens de la décomposition animale. Ce sont principalement 1 air, 1 eau et la chaleur, ou plutôt un air chaud et humide. Le père de la médecine, dit-il, a depuis long-temps posé ce principe, et une longue expérience l’a sanctionné.
» Je crois, ajoute-t-il, avoir assez fait sentir dans quel sens j entends que la peste est endémique en Égypte. Je n’affirme point qu’elle y règne constamment. Je ne pense point qu’elle y naît, meurt et ressuscite à différentes époques. Je suis aussi éloigné de croire que le vent du sud en est le père, et celui du nord l’exterminateur, qu’elle périt dans l’inondation du Nil, et qu’elle se récrée de sa fange; qu’elle est engendrée par des abus locaux, ou par l’usage nécessaire d’aucune des choses non naturelles. Je regarde ces causes, et toutes celles dont elles s’entourent, comme des agens
(1) Campagne d’Égypte , pag. 550.
(2) Khamsin, ou vent du Midi.
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très-actifs, qui répandent et propagent son germe toujours existant ; de sorte que, s’il est possible d’anéantir les unes et énerver l’efficacité des autres, nous pourrons être, avant même d’avoir obtenu l’extinction absolue du germe pestilentiel, nous pourrons être aussi sûrement à l’abri de la contagion sur ce sol infecté, qu’on l’est dans les plus purs climats de l’Europe; et, pour ne pas sortir de l’Égypte, nous ne la craindrons pas plus ici, durant le cours du premier été, que nous ne la craignons pendant celui qui lui succède. »
4. Savaresi (1) s'exprime d’une manière si singulière et si affirmative, sur la découverte qu’il pense avoir faite dos causes de la peste , que je crois devoir rapporter en entier ses propres expressions.
(( Je divise les causes de la peste en internes et externes :
» 1° Les causes externes sont l’humidité et les vents méridionaux, qui, réunis ensemble, constituent la température chaude et humide que j’appelle principe pestilentiel. Un tel principe constituant et inhérent au climat d’ Égypte ne peut s’annuler sans détruire le pays même. L’évaporation des eaux du Nil , répandues dans les canaux, et les lieux bas où les marais se forment donnent lieu à l’humidité plus ou moins forte de l’atmosphère, suivant le degré d inondation. L’action seule de l’humidité n’est pas suffisante au développement du principe délétère. Il faut nécessairement qu a elle s’unisse le vent du sud ou sud-ouest, qui fait la base de 1 étiologie d’une pareille matière. Le Nil donc si superbe, si fameux, portant la fertilité en Égypte, contribue à y faire germer les semences de la peste. 11 y porte en même temps le principe de la vie et de la destruction. Dans les années d’abondance, il y a une grande mortalité : le nombre des victimes est proportionne à la crue des eaux.
» 2° Les causes internes sont la faiblesse directe, la faiblesse indirecte et la réunion successive de ces deux faiblesses. La première est l’effet du manque de stimulus ou de l’application de la
(1) Mémoires et opuscules sur l’Égypte , pag. 117.
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force excitante négative. La seconde est le résultat de l’excès du stimulus ou de l’application des forces excitantes ; et la troisième a lieu lorsqu’une de ces causes remplace l'autre successivement dans le même jour : c’est-à-dire que l’une précède et l’autre suit immédiatement. Chacune de ces>causes isolées forme l’état de prédisposition ou degré initiatif des maladies de diathese asthénique, qui, s’accouplant aux causes externes, engendre infailliblement la peste ou l’état pestilentiel détermine par une maladie éminemment contagieuse, consistant en un gaz très-subtil qui s’introduit partout, qui s’attache à tout, qui siège en abondance à la superficie du corps affecté ; faible dans l’invasion de la maladie, fort dans ses progrès, et qui semble seul disparaître à la fin ou après la mort. Ce venin, d’une nature inconnue bien active et meurtrière, qui doit occuper la première place parmi les venins animaux connus et non connus, qui étonne le médecin philosophe et observateur par ses effets innombrables et variés, est ce qui s’appelle principe contagieux , matière contagieuse et miasmes contagieux. Il émane insensiblement du corps humain qui en est affecté, passe aux autres par le moyen du contact et n’en épargne que le petit nombre. Il augmente à proportion du séjour qu’il y fait : il multiplie rapidement chaque fois que l’occasion s’en présente. Si on le laisse agir, il se joint avec ses qualités virulentes et occultes pour attaquer un grand nombre d’individus. Alors sa violence est au comble. Il abat les fondemens du principe vital, et souvent l’absorbe tout entier. Quand il s’en est emparé, il travaille continuellement à sa destruction, et il n’en est expulsé que par le hasard ou l’heureux concours des moyens thérapeutiques les plus excitans. »
5. Àssalini admet l’action d’agens extérieurs et d’une mauvaise nourriture. Parmi les causes externes qui avaient précédé le rassemblement des troupes à Uarich et à Jaffa, il signale les pluies et les nuits froides , et par suite , la suppression de la transpiration. Il tient aussi compte des émanations putrides d’un lac rempli d’eau croupissante. Il fait remarquer l’influence qu’ont dù avoir ces causes sur des soldats qui, sous le beau ciel de 1 Egypte,
ÉTIOLOGIE.
avaient eu le temps de s’habituer à une égalité de températuie
quils ne retrouvaient plus en Syrie.
6. Le même médecin dit avoir remarqué constamment que, les jours où les vents du sud et sud-ouest rendaient 1 atmosphère brumeuse, le nombre des malades et des morts augmentait. Le contraire arrivait pendant les jours sereins et lorsque les vents du nord régnaient. II ajoute que la même observation put être faite à Damiette et à Rosette.
7. Sotira trouve la cause de la maladie dans la stagnation des eaux du Nil. « Ce fleuve si fameux, dit-il, n est aujourd hui qu un torrent, puisque pendant les quatre mois qui précèdent l'inondation , c’est à peine si l’écoulement des eaux a la force nécessaire pour parvenir jusqu’à la mer (l). »
OPINIONS DES MEDECINS MODERNES, DEPUIS LEXPEDITION d’É- GVPTE , JUSQU A L INVASION DE L EPIDEMIE DE 1 834-1 8oO.
La peste est attribuée aux qualités délétères de l'atmosphère (Mac Lean), a. i à des causes générales atmosphériques (Lassis), a. 2. — à la contagion (Passeri), a. 5. — aux miasmes délétères, aux effluves du Y1 (Pariset, Lagasquie, Guillion), a. 4. — à des miasmes putrides (Buidin), a. 5. — à la chaleur, aux vents du sud, à l’abus des fruits (Brayer), a. G. — aux causes générales des épidémies (Cholet) , a. 7. — à la contagion (les Grecs modernes), a. 8.
1. Le docteur Mac-Léan , qui , en 1815, fit à Constantinople des expériences sur la peste, et qui a publié , en 1817-18 , un ouvrage sur cette maladie , qu’il a observée dans le Levant, dit
(1) Cette assertion est la plus étrange et la plus paradoxale qu’on puisse énoncer; car, d’après un calcul très-exact de M. Linant, ingénieur des ponts-et-chaussées au service de Méhémet-Ali, le Nil parcourt deux milles à l’heure dans les basses eaux, et jette par ses embouchuies 326,237,464 mètres cubes d'eau.
204 Étiologie.
que la peste , ainsi que la fièvre jaune , est causée par les qualités délétères de l’atmosphère.
2. Le docteur Lassis , dans une brochure intitulée : Calamités résultant du système de la contagion , soutient que toutes les épidémies de peste ont toujours été produites par des causes générales atmosphériques , indépendantes de causes d infection.
3. Passeri , qui nous a donné une relation des pestes qui régnèrent à Tunis pendant les années 1818-19-20 , dit quelles furent apportées d’Alger à la suite des communications qui se rétablirent entre les deux régences après la paix.
Passeri est donc contagioniste. Cependant il admet une influence autre que celle de la contagion ; car , apres avoir donné un exposé succinct de la marche de l’affection , il termine par les réflexions suivantes. — « On ne saurait s’expliquer comment, dans un pays où Ton ne prend aucune mesure efficace contre l’envahissement de l’agent pestilentiel , où on laisse même un champ libre à son accroissement et à sa marche , l’épidémie contagieuse cède et se dissipe elle-même, après un espace de temps plus ou moins long... Peut-être cela tient-il à l’existence de certaines conditions atmosphériques , qui rendent h économie peu propre , et quelquefois entièrement réfractaire, à l’action de ce principe (1). »
4. MM. Pariset , Lagasquie et Guilhon attribuent le développement de la peste surtout au mauvais système d inhumation qui succéda à la pratique des embaumemens , à la décomposition des matières végétales et animales qui s’opère à la retraite des eaux du Nil.
M. Pariset, dans son Mémoire sur les causes de la peste , résume ainsi son opinion : « L’unique foyer de peste qui soit au monde , c’est le Delta , parce que nulle part dans le monde vous ne rencontrerez ce que vous rencontrez dans le Delta : une terre étendue , égale , unie , chaude , humide , et saturée de matière animale. »
Notre honorable ami fait encore mention de bataillons de ra-
(1) Relation sur la peste de Tunis de 1818-19 20, pag. 15 et 10.
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miers , de nuées de tourterelles qui obscurcissent le ciel -, de rais, de belettes écrasés sous les pieds des chevaux , des chameaux ; de myriades de serpens , etc. ; causes efficientes, selon lui , d’émanations délétères et d’infection.
5. M. Burdin admet que la peste est engendrée par la formation spontanée de miasmes dans l’air, par la décomposition de matières animales et végétales dans des lieux chauds et humides , par des foyers d'infection développés autour des villes et des villages, par l’encombrement des habitations , et surtout par la misère.
6. M. Brayer (l) passe rapidement sur les causes de la peste. 11 pense que celle de Constantinople doit être produite par la chaleur de l’été , par les vents du sud , par l’usage de fruits de mauvaise qualité , enlin par la suppression de la transpiration.
7 . M . Choîet a aussi publié un mémoire sur la peste de Constantinople (1834). Il regarde la malpropreté , l’humidité de certains lieux , la misère de la population , la famine , les grandes chaleurs de l’été, comme autant de causes conditionnelles du fléau.
8. Les médecins grecs ont aujourd’hui , d’après Pouqueville , les mêmes idées sur la peste qu’Hippocrate et les auteurs de l’antiquité. Dans un voyage que j’ai fait en Crète, j’ai eu occasion d’interroger plusieurs Iatroi qui , sur cette maladie , suivent , encore de nos jours , les écrits du père de la médecine , dont ils prétendent être les héritiers directs. Cependant, depuis qu ils ont des rapports plus fréquens avec les Européens , les Grecs ont donné crédit chez eux à l’opinion de la contagion.
(1) JN'euf années de séjour à Constantinople, par le docteur Brayer.
ÉTIOLOGIE,